Sat, l’interview « 10 Bons Sons »

Sat a été un acteur incontournable du rap français des nineties et des années 2000. En groupe ou en solo, son parcours est fait de succès, d’échecs, depuis Bad boys de Marseille, l’album Si Dieu Veut, le Hors Série Vol.1, en passant par ses propres albums jusqu’à la fin de l’aventure Fonky Family. Durant cette interview en 10 bons sons, nous sommes revenus sur vingt ans de carrière. Sat s’est livré comme il le faisait sur disque, avec beaucoup de sincérité, en évoquant des regrets, des fiertés, en faisant certaines révélations. De Pone à Mr R, de Fabe à Akhenaton, du Rat Luciano à Matt Houston, retour sur une discographie riche dans cet entretien fleuve.

1 – Fonky Family – On pète les plombs (1993)

D’où tu as sorti ça ? Même moi je ne l’ai pas ! (rires) Déjà je veux bien que tu me l’envoies ! Je pense que ça fait (il réfléchit)… Je pense que ce titre remonte à 1993 ? J’ai peur de me tromper d’une année…

C’est ça, 1993.

Ce qui veut dire qu’il a 25 ans. C’est un truc de fou, je ne pensais pas dire ça un jour… Je l’ai reconnu quand j’ai entendu ce refrain mythique (sourires). C’est le premier titre qu’on a enregistré tous ensemble. Alors pourquoi « On pète les plombs » ? Franchement, ma mémoire va me faire défaut… Je ne suis même pas sûr qu’il y ait vraiment une idée derrière. (sourire) Ça devait être un truc spontané, qui est sorti sur le moment. Il faut savoir qu’au tout début de l’aventure F.F., on avait les centres d’intérêt de n’importe quel jeune de notre âge. On écoutait beaucoup de rap west coast et forcément ça nous a influencés. Le son de Dre, de Snoop, c’était un son qui amenait à faire la fête, ce n’est que par la suite qu’on s’est « endurcis » et radicalisés dans le discours.

Donc « On pète les plombs », c’était un freestyle, un egotrip, sympa, entre potes, qui rappent, qui tuent le temps. On voyait la musique comme une distraction, un loisir, on n’était pas encore dans la revendication, le message… Ce n’était pas notre premier rap, on rappait déjà, même si je ne suis pas sûr que ça s’entende vraiment sur ce titre. (sourire) A aucun moment, on ne s’imaginait que derrière on pouvait faire quoi que ce soit dans la musique. Et quand je dis quoi que soit, je ne parle même pas de ce qu’on a fait par la suite. On ne s’imaginait sûrement pas sortir un disque. Avoir un pote qui nous faisait des musiques, c’était déjà extraordinaire, de ne pas avoir à rapper sur des faces B, c’était le summum et pouvoir s’enregistrer sur une cassette… Parce qu’on parle de ça, ce titre a été enregistré sur une cassette qui se rembobinait avec un stylo ! On était dans l’insouciance, la naïveté… Mais c’est aussi ce qui fait le charme de cette époque. Sûrement pas le charme de ce titre-là mais de cette époque (sourires).

Passons au morceau au suivant.

Oh mon dieu, du coup, je suis plus serein du tout ! Je suis arrivé en confiance, je me suis dit il va me sortir les gros titres…

Non non ne t’inquiète pas…

2 – Akhenaton feat. Fonky Family – Bad Boys de Marseille Version Sauvage (1996 – Métèque et Mat)

(Il hoche la tête) J’ai envie de te dire que c’est le premier tournant. Tu sais quoi, tu m’as envoyé ça, ça m’a donné la chair de poule… Là, tout bascule puisqu’entre « On pète les plombs » et ça, on ne s’est pris pas pris au sérieux, mais on s’est pris au jeu. Pone s’est vraiment impliqué, il a été la pièce centrale parce que tout gravitait autour de lui, c’est lui qui faisait les musiques, c’était chez lui qu’on se retrouvait. On a commencé à se structurer, à faire des morceaux et on sentait qu’artistiquement, il commençait à se passer un truc entre nous. Ce qui était drôle, c’est qu’on se ressemblait tous et on était tous très différents à la fois. C’est ce qui a fait la force du groupe par la suite.

Suite à la disparition d’Ibrahim Ali dans les conditions qu’on connait, un concert est organisé au Café Julien, pour lui rendre hommage. On est contactés pour participer à cet événement et évidemment on accepte, même s’il y avait d’autres groupes, je vais être honnête avec toi, qui nous enterraient vivants. Ils étaient meilleurs que nous, ils avaient de meilleures prods, de meilleurs textes et nous, on est arrivés à l’arrache totale, sauf qu’on devait avoir ce petit truc en plus dont on n’avait pas conscience. Ce soir-là, dans la salle, il y avait les membres d’IAM et à la fin du concert, leur manager de l’époque vient nous voir pour nous dire qu’Akhenaton voudrait nous parler. Je vais parler pour moi, mais Akhenaton c’est… (il réfléchit) c’est Zizou. Je ne pensais pas qu’un jour on discuterait ensemble. Je connaissais les chansons d’IAM par cœur… C’était des inspirations, des objecteurs de conscience, des modèles.

Pour beaucoup d’auditeurs, les rappeurs ont souvent été des grands frères…

(Il coupe) Des pères. Ils ont remplacé des pères, des grands frères. Pour moi, par exemple, mon père étant parti très très tôt et mon grand frère ayant passé la majeure partie de mon enfance et de ma jeunesse en milieu carcéral, j’étais élevé seul par ma mère donc à part elle, je n’avais aucune référence, si ce n’est les gens autour de moi.

Donc Akhenaton souhaite nous voir et il nous dit qu’il a entendu parler de nous pendant qu’ils étaient en tournée, de notre côté très rue, sauvage… C’est vrai que contrairement à d’autres groupes, on ne refaisait pas du IAM. C’est sûrement ça qui a dû l’interpeller. Et contre toute attente, il nous dit « je prépare mon album solo, je vais l’enregistrer à Naples, je veux que soyez dessus. Vous serez le seul featuring de l’album. Je viens demain, je vous fais écouter des musiques et on choisit un thème ». Nous on lui dit « Ok », tu vois on fait les mecs… Mais t’imagines ? On est le seul feat., il n’y a même pas Shurik’n sur l’album ! Au fond de nous, c’est n’importe quoi. Et puis on se dit qu’il ne va jamais venir le lendemain. Sauf qu’il est venu le lendemain chez Pone, avec un sac à dos rempli de cassettes. Il nous dit « les gars, j’ai gambergé toute la nuit, j’ai le thème du morceau, c’est bad boys de Marseille », il nous fait écouter la prod et fredonne même un bout de refrain. Il nous dit « tout le monde écrit un 4 mesures, je vous ferai venir à Naples pour l’enregistrement. » (rires)

On part donc pour Naples avec nos 4 petites mesures sous le bras pour aller poser sur le premier album solo d’Akhenaton… C’était une aventure extraordinaire. On rencontre Cut Killer (qui a fait les scratches de l’album, ndlr), c’est la première fois qu’on se retrouve dans un vrai studio, avec de vrais ingés sons, on voit les gars travailler et je crois que c’est là qu’on se dit « C’est ça qu’on a envie de faire nous aussi ! » L’album sort et très vite le morceau « Bad boys de Marseille » sort du lot puisque l’album était très introspectif et ce titre, c’est un ovni… Contre toute attente, l’album Métèque et mat n’est pas un succès d’un point de vue commercial. C’est là qu’on fait l’autre version à New York, pour relancer l’album, et c’est donc l’autre tournant puisque là, on explose, notamment grâce au clip, qui est un des premiers clips à gros budget du rap français. Truc de fou. Notre première apparition sur disque est sur l’album d’Akhenaton et notre premier clip, c’est à New York avec IAM… Rapidement il s’en écoule, je crois, 250 000 singles, les radios et les chaînes musicales le jouent… On est la tendance du moment, mais pour autant rien ne change dans nos vies. C’était très déstabilisant.

Suite à ce tournant, vous changez tout de même de dimension et inaugurez une nouvelle ère…

3 – Fonky Family feat. 3e Oeil – Marseille Envahit (1998 – Si Dieu Veut)

(Il hésite) C’est « La résistance » ? Attends… (il reprend le couplet de Don Choa) « Marseille envahit » ! Après le succès de « Bad Boys », les choses s’accélèrent. IAM nous fait savoir qu’ils envisagent de créer un label, Côté Obscur, et ils aimeraient qu’on soit la première signature. On accepte, on ne pose même pas de questions, on ne cherche pas à savoir les conditions, rien à foutre ! On accepte parce qu’on a l’occasion de faire un album, c’est-à-dire le rêve qu’on avait commencé à nourrir depuis cette expérience sur l’album d’A.K.H. Et là, on prend conscience du challenge.

Donc tous les jours, on se met à écrire des textes pour l’album. On voulait bien faire pour nous, mais on voulait bien faire pour les gens aussi, les gens autour de nous et tous ceux qu’on avait rencontrés, qui disaient se reconnaître en nous… Franchement, on s’est mis la pression. On a eu la chance que Pone prenne la réalisation en main. Souvent, on démarrait avec des textes qu’on lui proposait et il nous réalisait des instrus. C’était à flux tendu. Par exemple « Sans rémission » s’est construit comme ça : je pars de chez moi, sur le trajet, à pied, j’écris une partie du titre dans ma tête, j’arrive chez Pone, je lui rappe le truc, il me dit « putain, j’ai fait une musique d’un autre monde », je pose dessus, les autres arrivent et c’est parti… Ça se passait souvent comme ça. Ou lors d’une séance freestyle, tu en avais un qui sortait un nouveau texte et ça nous motivait pour écrire. L’objectif était de repartir tous les jours avec un gros titre.

Durant la préparation, vous avez fait la vingtaine de morceaux qui s’est retrouvée sur l’album ou beaucoup plus ?

Il y en a eu plus. On a fait une préprod au studio Le Petit Mas, à Martigues. Et de cette préprod-là, je crois qu’on n’a pas gardé grand-chose… On a notamment gardé « Cherche pas à comprendre », parce que je me souviens des conditions dans lesquelles on l’avait enregistré, avec la musique qui est trop courte, qui s’arrête et on recolle la musique pour repartir, c’est ce qui fait la structure du morceau (rires) ! On faisait avec les moyens du bord.

De cette préprod, on ne garde pas grand-chose parce qu’on sait qu’on peut faire mieux. D’ailleurs des gens qui gravitaient autour de nous, nous ont reproché de ne pas avoir mis dans Si Dieu veut d’autres titres qui ne sont jamais sortis, que seul Pone doit avoir, notamment un morceau intitulé « La mort est facile », mais il fallait faire un choix et j’assume tous ceux qu’on a gardés… Même si ça fait 20 ans que je n’ai pas écouté Si Dieu veut, si ce n’est pour répéter pour Marsatac. C’est pour cela que tout à l’heure j’ai hésité entre « La résistance » et « Marseille envahit ».

Tu disais « Marseille envahit », ça m’offre une transition vers le morceau suivant…

4 – Fonky Family, 3e Oeil, Akhenaton, Freeman, Faf Larage & K-Rhyme Le Roi – Le retour du Shit Squad (1998, Chroniques de Mars)

Ah ! (rires)

Pour le contre-pied, je voulais prendre le morceau « Faut qu’on sorte de là » ou « Démon », mais celui-là est un incontournable…

C’est un classique du rap français ! Et alors la genèse de ce titre est surnaturelle… A Marseille, il y a un lieu à la Friche de la Belle de Mai où on avait des locaux de répétition, avec IAM et 3ème Oeil et on était voisin du local d’IAM. Je me souviens ce jour-là on est avec Menzo et peut être Djel… Et on n’a plus à fumer ! Donc on va à côté et par chance, on tombe sur Imothep. On sait donc qu’on ne va pas repartir les poches vides. (sourire) On lui dit « Tonton, on n’a plus à fumer, tu peux nous dépanner ? », il nous dit « venez les neveux, tenez… ». Les mecs d’IAM sont des bons vivants, ont beaucoup d’humour, sont très second degré, ça chambre beaucoup, chez nous aussi et on commence à lui dire « tonton, en vérité, à la fumette, le vrai Shit Squad, c’est nous, c’est pas vous ! ». Et ça l’amuse parce que le premier morceau, « Le Shit Squad » figure dans Ombre et Lumière et c’est un putain de morceau ! On le charrie en lui disant « tu vois pas qu’ils sont fatigués tes fumeurs, on vous enterre, on vous prend quand vous voulez, etc… » On était vraiment des petits cons et ça le fait rire… Et plutôt que de faire un simple concours de fumette, il propose d’en faire une chanson. Il se charge de réserver le studio du Petit Mas, de ramener de quoi fumer pour tout le monde… C’était Chronic de Dr Dre avant l’heure ! Il fait venir tout le monde, même ceux qui ne fument pas, avec l’idée de faire un morceau. Mais nous, sans mentir, la seule chose qui nous motive, c’est d’aller fumer toute la journée ! (rires) En fumette, on était violents, c’était vraiment notre sport numéro 1. C’était How high… On y va et effectivement, il y a toute l’équipe, IAM, 3e Œil, Faf, K-Rhyme Le Roi… Nous, on arrive : « elle est où la fumette ? » (rires) L’instru tourne dans le studio, Imothep motive tout le monde avec le morceau, « pourquoi ne pas faire le nouveau Shit Squad ? ».

Parce qu’il était déjà en préparation de Chroniques de Mars ?

Pas du tout ! Tout part de là. L’instru tourne, pendant ce temps, ça faisait des 6 feuilles, des 12 feuilles, ça tentait des expériences avec 3 filtres, 6 filtres, c’était n’importe quoi ! (rires) Si on avait eu les smartphones et qu’on avait filmé ça… Et je sais pas pourquoi, il me vient ce truc « M’ghetta au shit, m’ghetta au shit », inspiré du fameux « Get down on it » de Kool and the gang. Et Le Rat me dit « ça tue ! Garde-le, on fait ça en refrain ! » Même si on était tous très amis, on était très compétiteurs, même entre nous au sein de la FF… Par exemple, Le Rat voulait toujours commencer les morceaux parce qu’il disait « façon, les gens vont pas écouter la suite donc pose vite ! » (rires) C’était très drôle de travailler des fois avec Le Rat (sourire)… Très vite, il a son couplet… Derrière, K-Rhyme le roi pose, puis moi. Je dis à Imothep que j’ai une idée de refrain, il me dit « vas-y enregistre… » Il sentait qu’il se passait un truc. Le morceau s’est fait comme ça.

Dans la foulée, il enregistre un deuxième morceau, « Le megotrip », avec Le Rat, A.K.H. et Freeman et sort le maxi vinyle sur Kif Kif Prod. Le truc explose. Une nouvelle fois, ça nous dépasse… A l’époque, tu sortais un premier maxi, tu prenais la température auprès du public, des DJ, des radios, des maisons de disque. Ils en ont sorti un deuxième pour transformer l’essai et là Imothep a l’opportunité, avec BMG je crois, de signer un album. C’est comme ça que naît Chroniques de Mars. Parce qu’on n’avait plus de shit (rires)

1998, l’âge d’or ?

Quand je repense aux albums de rap sortis cette année-là… C’est dingue ! Le combat continue d’Ideal J, Quelques gouttes suffisent d’Arsenik, Busta Flex, Shurik’n, Oxmo Puccino, NTM, Sages Po’… Je ne sais pas si depuis 1998, il y a eu une année aussi riche en terme d’albums qualitatifs. Quasiment tous les albums cultes des groupes qui ont fait l’histoire du rap français sont sortis cette année-là. Donc sans hésitation, c’est l’âge d’or du rap français et j’ai envie de dire que c’est l’âge d’or du rap marseillais. Parce qu’à partir de 1997, il y a eu L’Ecole du micro d’argent, puis Si Dieu Veut, Hier Aujourd’hui Demain du 3e Œil… Il y a un enchaînement d’albums qui se passe en un laps de temps très court et ce qui scotche tout le monde, c’est de voir que tout le monde est sur les projets de tout le monde, qu’à Marseille, il se passe un truc différent. Tu retrouves tout le monde sur Taxi, tout le monde sur Chroniques de Mars, tout le monde sur la FF, tout le monde sur l’album du 3ème Œil… Les gens se disaient qu’on avait un certain état d’esprit, une façon de faire qu’on ne retrouvait nulle part ailleurs. Ça va paraître fou ce que je vais dire, mais peut-être que d’autres avaient plus de talent, mais qu’on a compensé ainsi, parce qu’on avait un truc qu’ils n’avaient pas. Au foot, ce ne sont pas toujours les plus talentueux qui deviennent pro… On en voulait beaucoup et je crois qu’on ne s’est jamais pris au sérieux. Je pense qu’on est toujours restés les gamins d’« On pète les plombs »…

Le prochain morceau…

Qu’est-ce que tu m’as réservé, encore ?

Va falloir que tu te concentres…

5 – Monsieur R feat. Fabe, Ritmo, Sat & Faf Larage – Misère (2000 – Anticonstitutionnellement)

Qu’est-ce que c’est que ça ? (il réfléchit) T’as des morceaux que je ne connais même pas !

Tu vas reconnaître.

Genre moi j’ai rappé avec Fabe ? (Il écoute le morceau jusqu’à son couplet). Oh putain, oui ça me revient ! Qui avait organisé ça… Monsieur R ?

Monsieur R, sur l’album Anticonstitutionnellement.

Ça va te paraître fou, et ça va faire le lien avec ce que je te disais, mais l’inconvénient de ne pas s’être pris au sérieux, c’est que par moments, il y a des événements que je n’ai peut-être pas pris à leur juste mesure. J’ai eu la chance de rapper avec Fabe, quoi ! Ça serait à refaire aujourd’hui, mon texte je le travaillerais pendant un mois… (Il marque une pause) Pour moi, c’est des rendez-vous manqués.

Pourtant, c’est une période où tu es le « rappeur préféré des rappeurs » en étant invité sur plein d’albums, par Shurik’n, par Jacky et Ben-J, sur PC1, Sad Hill Impact

Tu sais quoi, les motivations qui poussent les gens à m’inviter sont très différentes. Mr R m’invite parce qu’on se rencontre en studio, il apprécie ce que je fais et il aime la dimension sociale et engagée qu’il peut retrouver dans mes textes. Sad Hill Impact, c’est différent parce qu’Alonzo, depuis son plus jeune âge, voulait faire un titre avec moi et je vais t’avouer un truc, à cette époque on est en froid avec IAM. Quand j’y repense, je me dis « qu’est-ce que j’ai été con ! »… Je leur dis « je viens le faire pour Alonzo.». Des trucs de con, de fierté, d’ego bidon… Jacky et Ben-j, deux ans avant d’enregistrer « Faut que ça saigne » sur leur album Le Bilan, ils me disent qu’ils veulent ré-utiliser la musique présente sur mon verset dans Si Dieu veut. Au final, ça ne se fera pas, mais ils tiennent quand même leur parole et m’invitant sur leur album, comme quoi il y a quand même des gens valables dans ce milieu…

Autant sur l’album de Shurik’n, ça va. Mais sur PC1, PC2, avec Mr R, sur Sad Hill Impact, sur l’album de Kertra aussi, je trouve que j’ai raté mon match. C’est la vie, il ne faut pas avoir de regrets… Mais je pense que j’ai raté certains rendez-vous. Je ne dis pas que ça aurait changé grand-chose par la suite, mais par rapport à ces artistes-là, j’aurais dû m’imposer de faire mieux. Je m’en veux un peu. Si c’était à refaire, je donnerais beaucoup plus. J’y suis peut-être allé trop décontracté.

Il est courant ce décalage entre le public qui apprécie tel morceau, tel album et l’artiste qui a du mal à assumer certaines de ses « performances ».

Et à l’inverse, il y a des titres, je ne vais pas dire que je me suis trouvé génial, mais j’estime que j’ai été bon et le public n’en a strictement rien eu à foutre ! (rires)

Pendant cette période où tu fais beaucoup de featurings, est-ce que l’idée d’un album solo t’a traversé l’esprit ?

A aucun moment. Je ne m’en sens pas capable. Et pour moi être invité sur les disques d’autres rappeurs, c’est déjà une belle consécration en soi. Je me sens comme un rappeur de la F.F. avant tout, je suis investi dans le groupe. Il y a un truc que peu de gens savent, je ne sais pas si ce n’est pas la première fois que je le dis…  (Il réfléchit) Ça aussi, putain… Des fois, on fait vraiment des conneries quand on est jeune. A cette époque, Le Rat travaille sur son album solo. Je me souviens, je suis à Paris, chez une meuf, il me téléphone et me dit : « je bosse sur mon album, j’aimerais que tu fasses le D.A. dessus ». Et je ne sais plus pour quelle raison, alors qu’on s’entendait très bien, je lui dis « je sais pas si je vais avoir le temps pour m’y consacrer pleinement, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, mais ça me touche, je suis flatté, je pense que tu peux trouver mieux… » C’est pas que je ne veux pas le faire, mais j’ai un peu peur de pas être à la hauteur. Et bêtement je refuse. Par la suite je me suis dit « mais qu’est-ce qui t’a pris ? » C’est fou. Je ne sais même pas si lui s’en souvient, faudrait lui poser la question un jour. Longtemps, par pudeur, je ne l’ai pas raconté, parce que ça ne s’y est pas prêté et puis aujourd’hui j’estime qu’il y a prescription sur toute cette époque, que tout peut se dire, d’autant qu’il n’y a rien de mal. D’ailleurs, pendant que Le Rat prépare son album, je me dis qu’il faudrait peut-être préparer la suite et je me mets à prendre les choses en main, en m’enfermant chez moi pendant des mois pour avancer sur le nouvel album de la F.F.

Transition parfaite vers le morceau suivant.

6 – Fonky Family – Filles, flics, descentes (2001, Art de rue)

Celui-là aussi ça me fait un truc à chaque fois que j’entends l’instru démarrer…

Tu disais que sur votre deuxième album tu avais endossé certaines responsabilités. Sur ce disque, très souvent, tu ouvres les morceaux et très souvent, tu es au refrain.

A la fin de l’album du Rat, on discute du prochain album et il est chaud pour l’attaquer dès le lendemain ! Ce qui l’arrangeait aussi parce que la promo c’était pas son truc (rires). Le lendemain, nous voilà donc au studio Ballard. Pone n’est pas de la partie. Le Rat prend les choses en mains en termes de prods. Il est très productif. Et avec Choa, on le lui rend bien en termes de textes. Tous les jours, on repart avec la maquette d’un nouveau titre… « Dans la légende », « Filles, flics, descentes », « Histoire sans fin », « Nique tout » naissent notamment comme ça. De là, on part en prod au studio Polygone, à Toulouse. Entre nous, des tensions commencent à naître… Pourtant, ça ne se ressent pas sur les titres parce que ce qui nous anime sur Art de rue, c’est de montrer à tout le monde qu’on a la rage même si on a connu des succès multiples sur plein de projets.

Faut rappeler que Si Dieu veut sort en 98, Art de rue, en 2001, entre temps j’ai fait quelques feats, il y a eu le Hors-Série volume 1, mais ce nouvel album je l’attends. J’avais vraiment envie de tout casser. Sur chaque titre j’avais beaucoup de choses à proposer, j’étais force de proposition, j’avais énormément de couplets, de refrains… Quand tu écoutes le disque aujourd’hui, tu sens bien que j’ai impulsé pas mal de choses.

Transition toute faite puisque cette énergie te mènera cette fois vers le début de ta carrière solo.

7 – Sat – Strange Day (2002, Dans mon monde)

« Strange day » ? C’est en préparant l’album Art de rue, que pour la première fois, je prends conscience que je serai speut-être capable de faire un solo. Je vois que j’écris beaucoup, ça me vient de plus en plus facilement, j’ai beaucoup de choses à raconter et la marge de manœuvre au sein du groupe commence à devenir étroite. Et j’ai des idées que je ne me vois pas partager avec les autres, que je me vois exploiter seul, soit des thématiques qui me sont trop propres, soit des concepts, comme « Strange day ».

C’est la première fois que tu vas vers le storytelling.

Complètement. Sayd des Mureaux venait souvent à Marseille notamment pour collaborer avec le 3ème Œil. Il me fait écouter des musiques, dont celle-là qui me fait penser à un truc qui m’est arrivé. Je lui raconte et il me dit que c’est une histoire de fou. Et je me dis si je la racontais ? Alors certes c’est une histoire vraie, mais il faut en faire une chanson. Je n’avais jamais fait cet exercice de style. C’est sûrement le titre qui est ressorti de l’album, qui tournait en radio. C’est dommage qu’on n’ait pas fait le clip. J’avais demandé à Sony, mais il fallait partir à New York, ils ne voulaient pas lâcher le budget. Si c’était à refaire, je leur aurais mis la pression, mais à l’époque je suis déjà content de ce qui se passe…

Dans cet album, tu explores d’autres univers et tu affirmes tes influences US. On le découvre presque.

Parce que je n’avais jamais pu le mettre en avant au sein de la F.F. D’une certaine manière, la F.F. c’était une somme de compromis. Plein de fois, les autres n’ont pas pu faire ce qu’ils auraient aimé parce ça ne branchait pas tout le monde dans le groupe. Et c’était ça aussi l’intérêt de pouvoir faire des solos. Donc j’ai envie d’aller à fond dans mon truc. Plus que ça, j’ai envie de faire tout ce que je ne peux pas faire avec le groupe, comme le titre « C mon truc » avec cette prod très Rockwilder. « Vie de chien », « Mémoires d’outre-tombe » c’était des morceaux très personnels. Je me hasarde même à dire des trucs qui ne sont pas partagés par tout le monde mais je me dis « Merde ! C’est ton album solo ! Fais ce que tu veux ».

Comme la collaboration avec Matt Houston…

Exactement ! On fait « Streetlife » sur mon album, « Hotel motel » par la suite, un remix de « Miss » aussi. Je lui écris des titres également pour ses albums solos, sur lesquels je n’apparais pas nécessairement. C’est la première fois que j’écris pour quelqu’un. Au début c’est très drôle, je lui écris des titres et il me dit « mais avec un de tes titres, je fais 4 chansons ! » (rires) C’est quelqu’un que j’aime beaucoup, que je trouve très talentueux et d’ailleurs à une époque, on avait envisagé la possibilité d’une tournée commune et d’un album ensemble. Ça aussi, c’est quelque chose que j’aurais aimé faire, parce que je pense qu’on se serait éclatés. On venait de faire Art de rue, lui avait sorti RnB de rue. En plus, à la même période, sortait l’album entre R. Kelly et Jay Z, on était surs de notre truc !

Et tu vois ce qui me fait rire avec du recul, parce que j’entendais ce qui se disait… (Il réfléchit) Beaucoup m’ont attaqué sur le fait que je faisais une collab’ avec Matt Houston, comme si j’avais vendu mon âme au diable… Quand je pense qu’aujourd’hui ils chantent tous. (sourire) Je pense juste que j’étais en avance. Et que je n’avais pas peur de ce que les gens allaient penser ou dire. Mais Matt est vraiment devenu un ami. C’est dommage, on avait beaucoup de projets, on en a réalisé quelques-uns, j’aurais aimé qu’on aille plus haut encore…

Vous aviez fait Urban Peace aussi ensemble il me semble.

C’est vrai ! Tu vois, c’est drôle de revoir tout mon parcours de cette manière, qui est fait de certaines réussites, d’échecs parce que c’est la première fois que je me rends compte qu’il comporte autant… (Il réfléchit) Autant d’actes manqués. Mais je sais qu’on refera quelque chose ensemble avec Matt.

Nouveau morceau…

8 – Fonky Family – Les affaires reprennent (2006, Marginale Musique)

Ok. (Il reconnait le morceau dès les premières notes)

Viens on s’arrête à la première phase du morceau…

« Faisons ce qu’on a à faire, une bonne fois pour toute »…

Est-ce que ces mots ne sont pas prophétiques ? Même si aujourd’hui, on peut faire dire ce qu’on veut à l’histoire…

Complètement. Je le concevais comme ça. A ce moment-là, je ne me fais aucune illusion. C’est déjà un miracle qu’on enregistre un nouvel album, vu nos relations à l’époque : chacun vit sa vie de son côté, tout se fait dans un mauvais climat, rares sont les bons moments, il n’y a plus trop d’alchimie entre nous… Pendant des mois, c’est du grand n’importe quoi, même quand on enregistre, on pète les plombs, il n’y a pas de respect, à plus d’une reprise ça claque la porte. Ça fait des réunions pour soi-disant parler, mais qui ne mènent à rien… C’est dur. Franchement, quand j’écris ça, je sais que si on arrive au bout de ce disque-là, c’est déjà une victoire et qu’il y a 9 chances sur 10 qu’il n’y en ait plus après. Ça m’habite tout au long de l’album parce que je suis très lucide sur la situation. C’est un peu comme dans un couple où tu sais que malheureusement la fin est inéluctable. Le tout est de savoir quand, comment et qui va garder les gosses ? Quand j’écris ce truc, c’est l’intro du morceau, l’intro de l’album, et ça plante le décor…

Ce n’est pas un mauvais album, je ne le désavoue pas parce qu’il y a quand même de bons morceaux, mais si tu demandes aux gens « cite moi un album de la F.F. », sur 100 personnes, tu vas en avoir 49 qui vont te dire Si Dieu veut, 49 qui vont te dire Art de rue et peut-être 2 qui vont te dire Marginale musique pour se distinguer… (sourire) Le disque en soi n’est peut-être pas très abouti et il fait moins album que les précédents. Tu sens que c’est une addition de titres. Il n’y a pas d’alchimie, personne ne s’incruste dans les couplets des autres, personne ne vient faire les backs… Il n’y a pas de vie. Chacun a fait son album dans l’album. Je ne le renie pas cet album pourtant, je l’assume totalement et je suis content qu’on l’ait fait parce qu’il clôt l’histoire. Il fallait le faire, sinon, on l’aurait regretté.

Mais derrière ça, ça s’arrête brutalement, d’autant que lorsque l’album sort, c’est un succès ! Il est disque d’or la première semaine. Sans promo et sans clip. On entame une tournée et ce n’est pas la même ambiance que les précédentes… On est prévus sur la tournée des festivals, qui est une sorte de récréation et si je me souviens bien, je reçois un appel de notre manager qui me dit que Le Rat ne veut pas la faire… Je lui demande d’organiser une réunion car je ne peux pas tolérer ça. On se retrouve tous ensemble chez Pone où on s’avoue à demi-mot que c’est fini, ça tergiverse… Ceux qui depuis des mois faisaient tout pour que ça explose se réveillent. Moi j’en ai plein le cul des histoires, des enfantillages, des embrouilles, des non-dits… On plante la tournée des festivals pour soi-disant se laisser du temps… Mais moi là, je ne me fais aucune illusion, je sais très bien que c’est fini, que c’est mort. Les mois se suivent et je n’ai strictement plus aucune nouvelle de personne. Ça se confirme. Dans le même temps, je suis papa depuis peu et tout ça commence à m’affecter profondément dans ma vie personnelle. Je sens que si je me laisse atteindre par tout ça, ça peut vraiment me faire du mal et je me dis : « Mec, faut que tu rebondisses ! »

La transition est là !

9 – Sat – A force de vivre (2008, Second souffle)

Ah, j’aurais pas pensé à celui-là… Mais c’est un bon choix (sourire). S’il ne devait rester qu’un titre de la F.F., je dirais « Cherche pas à comprendre », c’est le titre qui nous caractérise le mieux et s’il ne devait rester qu’un titre solo, j’aimerais que ce soit « A force de vivre ». En terme d’écriture, je crois que j’ai tout dit, tout résumé, je ne sais pas si un jour je pourrai écrire un truc plus profond, plus lucide, aussi mûr, aussi introspectif… Et pourtant je ne me suis pas plus cassé la tête que ça… Des fois ça te vient, tu ne sais pas d’où et là ça me venait, quoi. Un jour j’ai lu un truc sur l’écriture guidée, c’est un truc un peu barré, sur l’écriture quand ça vient tout seul, c’est aussi un peu comme ça le rap. Généralement quand j’ai forcé le truc, il n’en est rien sorti d’extraordinaire. Et mes plus grandes fulgurances, elles me sont venues comme ça.

Et ça résume tout, « A force de vivre ». Ça a toujours été mon terreau d’inspiration, la vie, ma vie, je ne me suis jamais inventé de vie… J’ai dû en raconter des conneries, grossir des trucs peut-être, mais je n’ai jamais rien inventé. Si un jour je dois faire écouter une chanson à mon fils, quand il sera en âge de comprendre, je lui ferai écouter ça. Ce morceau me touche aussi parce que j’ai fait moi-même la prod, avec le sample de Les McCan, qu’IAM avait utilisé, que Mobb Depp avait utilisé … Il a une charge émotionnelle très importante. C’est sûrement mon morceau préféré de ma discographie solo. C’est un morceau particulier pour moi. J’espère… (il hésite) qu’il fera date et que si les gens doivent me résumer à un morceau solo, que ce soit celui-là. Si un jour, je devais refaire de la musique, refaire de la scène, c’est un titre que je jouerai toujours à la fin. Je pense qu’il est intemporel et je pourrai le jouer à 50-60 ans (rires). Avec ce titre, on n’est plus dans le rap, on est dans la chanson française alors que je m’y suis toujours opposé…

« Nique la musique de France »…

Nique la musique de France (sourires)… Avec ce morceau, j’ai peut-être tué Sat le p’tit con pour devenir un homme… J’ai beaucoup d’amour pour ce titre et tu sais quoi, c’est un titre que je pourrais écouter. Je n’aime pas m’écouter parce que je ne fais que chercher les erreurs, mais ce titre-là, je crois qu’un jour je vais l’écouter et j’espère que je vais le kiffer ! (rires)

On arrive au dernier morceau…

Tu m’as pris à contre-pied pour les neuf premiers morceaux, mais pour le dixième, je pense savoir celui que tu as mis… Je suis sûr de mon coup (sourires)

10 – Sat, Akhenaton & Soprano – Plus que de la musique (2010, Diaspora)

C’est ça, « Plus que de la musique ». Second souffle n’a pas eu le succès que j’espérais : ça ne vend pas, les radios ne me suivent pas alors que le disque est bon. Je suis déçu mais pas abattu. Je ne veux pas rester là-dessus. C’est juste que je n’ai pas envie de repartir sur un nouvel album solo. Il me vient cette idée. J’ai envie de me faire plaisir, de rapper avec des gens parce que le groupe me manque et que je veux partager le micro avec des mecs de chez moi, des connus, des pas connus. C’est comme ça que naît le projet Diaspora.

Cette collab’ évidente avec A.K.H et Sopra est une des premières qui me vient à l’esprit. A cette période, je n’ai plus collaboré avec IAM depuis très longtemps. Avec Sopra, je n’ai même pas souvenir qu’on ait déjà fait un truc ensemble. Et je me dis qu’un morceau IAM / F.F. / Psy4, ça aurait de la gueule. Réunir les trois groupes qui ont marqué l’histoire du rap marseillais, sans faire offense à tous les autres. Je me dis « qu’est-ce qui peut nous unir ? ». Rapidement, l’idée arrive. J’ai la chance de faire la connaissance de Sofly, à qui je vole deux prods avant qu’il se barre pour les Etats-Unis et qu’il commence à produire pour tous les rappeurs américains. Et je lance l’invitation.

En te demandant est-ce qu’A.K.H. va accepter ?

J’avais la chance d’avoir un ingé son en commun avec lui et à qui j’en avais parlé. Il a donc transmis l’info. Akhenaton m’invite alors à la Cosca, il m’accueille à bras ouverts, on discute, on revient vite fait sur les histoires de l’époque et très vite on bascule sur le morceau, il écoute la prod., il écrit spontanément… C’est un peu plus compliqué avec Sopra parce que c’est dur de le capter, il est très peu dispo, mais on y arrive. J’étais fier de pouvoir réunir IAM / F.F./ Psy4. C’est très symbolique. C’est un peu la transmission de témoin. Je ne cherche pas à faire un single parce que j’ai la chance d’avoir Akhenaton et Soprano, non, je veux qu’on fasse un morceau hip hop…

C’est un peu le fil rouge de ta discographie. Il y en a un autre, plus intime, mais cet amour du hip-hop est là depuis les débuts…

Je le dis direct, le hip hop a sauvé ma vie. Je ne dis pas que j’aurais nécessairement mal fini. Mais à un moment, le quartier, les mauvaises fréquentations, la facilité, la fumette, la boisson, l’appât du gain, m’entraînaient vers le mauvais chemin… Ce qui m’a aidé, c’est la musique, parce que pendant que j’étais chez moi à écrire, je ne faisais pas de conneries. Et j’estimais que je le devais à ma mère, qui m’a élevé seule. Donc les deux choses qui m’ont sauvé, c’est ma mère et le hip-hop.

Le rap m’a fait vivre des choses extraordinaires, des moments inoubliables, d’une intensité émotionnelle rare que peu de gens peuvent connaitre à part des artistes ou des sportifs de haut niveau qui ont eu la chance de faire se lever des foules. J’ai rendu des gens heureux, j’en ai aidés, guidés certains, sans le savoir, comme d’autres artistes l’ont fait pour moi…

C’est Kool Shen qui disait : « on a tellement … »

(il coupe) « On a tellement tutoyé de fois le bonheur qu’on pourrait mourir demain ». Mais combien de fois je me le suis dit… Je savais déjà qu’à l’âge de 30 ans j’avais vécu plus de choses que 99% des gens normaux, gagné plus d’argent… Ne serait-ce que par rapport à tout ça, je me dis que le rap a sauvé ma vie et j’ai toujours essayé de mettre un point d’honneur à essayer de lui rendre au mieux.

On arrive à la dernière question de l’interview, tu pourrais nous dire quel est le bon son que tu écoutes en ce moment ?

Ces derniers temps, il y a plusieurs albums qui m’ont marqués, notamment celui de Nipsey Hussle, Victory Lap, ça faisait longtemps que je n’avais pas écouté un album aussi abouti. Plus récemment le 7 titres de Pusha T Daytona, l’album de Jay Rock Redemption ont pas mal tourné dans ma voiture. Ça m’a prouvé qu’il est encore possible de faire du bon rap, du vrai rap, comme je l’entends, en 2018. Ce n’est pas un secret, j’ai toujours été branché rap US même si je fais l’effort d’écouter du français quand on m’en conseille… J’aime beaucoup Drake, je pense que ça n’étonnera pas grand monde, pour le côté hip d’un côté, RnB de l’autre. J’ai beaucoup aimé l’album de Beyoncé et Jay Z, pour le côté soul. J’adore aussi l’univers musical de Rick Ross.

En fait, j’aime la musique avant tout. Et dans tous les albums que je viens de te citer, le dénominateur commun c’est que derrière les performances des rappeurs, il y a de la grosse musique et c’est ce qui m’a manqué ces dernières années. Je trouve qu’on a régressé en terme de musique avec la trap. Je ne me reconnais pas non plus dans l’état d’esprit qui va avec. Je me sens tellement détaché de tout ça que j’ai estimé que je n’avais plus ma place là-dedans. Volontairement, j’ai demandé à sortir du terrain. J’ai fait une « Cantona », j’ai jeté mon maillot et je suis parti (rires) ! Après, je ne vais pas te mentir, parfois ça me démange de revenir… Puis, il n’y a pas un jour sans que des gens me disent « tu manques, reviens, fais quelque chose pour nous, on n’en peut plus du rap actuel… » Si un jour je le fais, ce sera avant tout pour moi. J’ai toujours conçu ma musique de manière intimiste, limite égoïste et étrangement, c’est là que j’ai touché le plus de monde. (sourire)

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Chafik

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