Nous avons rencontré Seth Gueko à l’occasion de son concert à Toulouse, organisé le 20 février dernier au Connexion par Bleu Citron, afin de revenir en 10 morceaux sur quelques moments forts de sa carrière. N’en sélectionner que 10 s’est révélé être un véritable casse-tête, le rappeur de Saint Ouen L’Aumône possédant une discographie longue comme le bras et plus de 150 collaborations hors album à son actif. Cela ne l’a pas empêché de se souvenir de chacun des couplets présents sur les titres que nous lui avons soumis, de ses débuts sur les compilation Néochrome, à la parution de son album Professeur Punchline fin 2015. Magnéto.

1 – Brasco, Loko, Granit, Diomay, Sidi Omar & Seth Gueko – All Stars (2001, Néochrome)

Ah ouais… Ça c’est mes tout débuts, c’était mon entrée dans Néochrome on va dire. C’était « Néochrome All Stars », ça tournait autour du basket, d’ailleurs il y a un mec qui fait une imitation à la Georges Eddy. Moi j’étais un peu arrivé comme le rookie à ce moment-là dans le 5 majeur.

Ils t’annoncent comme le « 6ème homme » en début de morceau.

Exactement. C’est 2000, c’est Néochrome, ça me rappelle Loko, ça s’était fait chez lui, c’est là qu’était son studio. C’est mon premier pas dans le rap. La voix est hésitante, mais on sent qu’il y a un truc dans la rime. A cette époque je ne savais pas ce qu’était un 12 mesures ou un 16 mesures. On m’a dit : « fais un couplet », j’ai demandé : « un petit couplet ? » et donc j’ai fait un petit truc pas long. (rires)

2 – Seth Gueko – Crimino (2004, Néochrome 3 | Mains Sales)

C’est Loko (lire l’interview) qui m’avait fait la prod. Je l’entends encore aujourd’hui sur Téléfoot ou dans les interviews, ils réutilisent l’instru, exactement celle-là, le même beat, tout. Un morceau solo de trois couplets pour Néochrome 3, c’était une nouvelle occasion de faire parler de moi, une vraie place de luxe. C’était rare les plages solos, et encore plus les morceaux bien longs avec trois couplets sur Néochrome 3. C’était leur premier projet CD après les deux premiers volumes en cassette, et le premier morceau structuré que j’ai fait.

Il est sur ton premier maxi Mains Sales aussi.

Oui, je l’ai récupéré. A la base je l’avais écrit sur un son cainri, une version que j’ai retrouvée il y a quelques temps… Lourd de ouf.

Quand on écoute ce morceau on reconnaît déjà ta patte.

L’esprit de la rime est là, c’est surtout ça. Les punchlines aussi : « On a des bijoux et pas d’argent, parles-en aux darmes-gen. Dis-leur que si la rue c’est la jungle, je suis Tarzan. » Je me rappelle des couplets encore. Comme à cette époque-là tu n’avais pas beaucoup de couplets, celui que tu écrivais tu l’avais deux ans dans la tête, tu avais le temps de le connaître par cœur. Avec la discographie que j’ai c’est dur de se rappeler de tout, mais j’ai une mémoire d’éléphant.

Comment te sentais-tu au moment de te lancer en solo avec ton premier maxi ?

J’étais bien mais j’aimais bien l’esprit collectif aussi. Je me sentais à l’aise dans tous les schémas, que ce soit avec des potes ou pas. J’arrivais à sortir mon épingle du jeu de par ma voix et mes punchs différentes. J’ai pris ce maxi comme une carte de visite pour faire les projets que j’avais envie de faire après. Ce que je fais derrière c’est Barillet Plein, un projet où j’ai beaucoup de featurings alors que je ne suis pas connu et que j’ai eu grâce à ce maxi-là. J’allais voir les rappeurs, je me déplaçais, tout seul, ils ne me connaissaient pas, comme Sefyu par exemple, je leur donnais le maxi, et je leur disais : « Ecoute, et si tu aimes bien tu reviens vers moi. » Ça se passait comme ça, et à chaque fois les mecs revenaient. C’était une bonne carte de visite on va dire.

3 – Seth Gueko feat. Sefyu – Patate de forain (2005, Barillet Plein)

« Patate de forain », classique, les émeutes, Aulnay… Hit de rue de ouf. Jusqu’à aujourd’hui les gens m’en parlent, ils le veulent. Donc voilà, je sollicite Sefyu, le morceau se fait. On enregistre chez Dave Davery, c’était un mec qui me faisait des prods dans le 91 chez qui j’ai rencontré Alkpote d’ailleurs, ainsi que Zekwe Ramos. Là-bas je vais enregistrer beaucoup de titres de Barillet Plein. Sefyu vient, et ce n’est pas cet instru qu’il kicke. On a d’abord fait un autre morceau dont le refrain était : « Du son thug pour ta go-va, Sénégalo-ruskov molotova… ». Je l’ai gardé et j’en ai fait l’intro de « Patate de forain ». Après ce premier morceau, je suis rentré chez moi, je n’étais pas satisfait, et j’ai appelé Sefyu en lui demandant si on pouvait changer l’instru, ça lui avait fait peur un peu, il trouvait ça relou. Je lui ai dit de me faire confiance, et avec mon beatmaker Jack S on s’est enfermé chez moi et on a fait cette prod qui a traumatisé le rap français. J’ai fait écouter l’instru à Sefyu depuis ma chaîne hifi par téléphone et il a validé le remix à distance. Il n’avait pas eu besoin d’écouter le morceau en vrai. On n’avait pas les mails à l’époque, on devait se déplacer et donner des CDs.

Il n’a pas reposé sa partie du coup ?

Non non, j’ai repris ses voix, et moi j’ai reposé des acappellas.

Considères-tu ce morceau comme un virage dans ta carrière ?

C’est un virage dans ma carrière, mais c’est un an après que Barillet Plein soit sorti qu’on a fait le clip. C’est quand le clip sort qu’il se passe quelque chose et le morceau a donc déjà un an déjà à ce moment-là. Jusqu’à aujourd’hui, je suis convaincu qu’un titre ne fonctionne que quand il y a le clip. Ce morceau est vraiment une collaboration à deux. Sefyu, j’ai tout mon respect pour ce gars-là. Ça fait partie des rares featurings pour lesquels le mec vient, il fait le morceau avec toi, il vient faire le clip. Quand il fait ses concerts il t’appelle, tu fais le morceau, quand tu fais tes concert il vient, il fait son morceau. Vous allez à la radio vous faites des freestyles ensemble, vous représentez le titre du début à la fin. Aujourd’hui ça ne se fait plus. Le mec fait un morceau avec un rappeur pour lui donner un peu de force, mais il ne va pas jusqu’au bout, il ne fait pas le clip.

Ce qui est cool sur mon dernier album, c’est que Niska a joué le jeu, il a fait le clip, Gradur aussi. Ça c’est un combat que je ne lâche pas. Et sur Bad Cowboy il y a Niro et Orelsan qui ont aussi fait les clips. Même si j’ai toujours aimé ça, je préfère faire moins de featurings mais que les mecs aillent jusqu’au bout, que ce soit une collaboration de qualité, une rencontre entre deux artistes.

4 – Seth Gueko – Dès que (2007, Patate De Forain)

J’aimais bien, c’est ma phase où je kiffais de ouf toutes ces sonorités à la Moroder. Je répétais « Dès que », une sorte de petite reprise du titre « Hardcore » de Kery James. A la base je l’avais appelé quelque chose comme « Hardcore 2005 ».

Sinik et Kennedy avaient fait une reprise qui s’appelait comme ça.

Ben moi aussi j’avais fait le mien, j’avais voulu Kery à l’époque mais je n’avais pas réussi à le contacter. Pour ce morceau j’avais fait un petit clip un peu violent avec des coups de pelle, des petites références à l’original. Ça reste un vrai street clip, dégueulasse, mal filmé et tout, mais qui avait permis au morceau de faire son buzz. C’est un titre que j’ai donné pour Talents Fâchés 2, et qu’ils n’ont pas mis sur la compil. « Patate de forain » était aussi pour Talent Fâché à la base. Mais ils n’ont pas été sélectionnés, alors que ce sont des titres qui ont super bien marché en fait. « Dès que » était sur la plage DVD de Talents Fâchés 2 : il y avait le CD avec la compil, et une plage DVD avec trois ou quatre titres qui n’avaient pas pu rentrer. Ça a pris du buzz après, mais ça m’a plus servi à moi qu’à la compil.

Ils ont dû se mordre les doigts de ne pas avoir gardé « Patate de forain »…

Il n’y avait pas Sefyu dans la version que je leur avais donné. Mais il y avait le truc de la patate de forain, ce qui a fait ma marque de fabrique, encore aujourd’hui.

« Dès que » est un morceau avec un gimmick qui se répète tout le long du morceau, c’était une époque où il y avait beaucoup de morceaux comme ça. Tu en as fait pas mal d’ailleurs.

J’aimais bien ces morceaux-là, ça donnait une ligne conductrice. Ça aide à écrire, ça donne un thème.

5 – Alkpote feat. Seth Gueko – Caillera mentalité (2008, L’Empereur)

Ah oui, magnifique ! Alors mon grand regret c’est de ne jamais avoir clippé ce morceau. C’est notre « classic duo », on n’a jamais réussi à faire mieux en duo avec Alkpote. Les gens sont frustrés, on aurait toujours rêvé de faire un album commun avec Alkpote. On a essayé, il y a eu un album Néochrome Hall Stars avec Zekwe en plus, mais à la base c’était un truc « Seth / Alkpote », les gens en ont toujours rêvé. « Caillera mentalité » c’est de la folie ce morceau-là, je peux le faire aujourd’hui sur scène, tout le monde le connaît. J’ai clippé des titres moins bons que celui-ci.

On retrouve Alkpote sur ton dernier album, tu penses le faire un jour cet album commun ?

Ouais c’est obligé. Je ne sortirai pas du rap sans l’avoir fait.

Qu’est-ce qui vous a réunis ?

J’avais un petit peu d’avance sur lui à l’époque, on avait l’amour de la rime, on était jeunes, on tapait des fonce-dés ensemble, on a tout fait. On était des jeunes ados tu vois ce que je veux dire ? On s’est connus on avait la vingtaine, on traînait ensemble quasiment quatre jours par semaine de 23 à 30 ans, à se fonce-der, écrire des textes de rap… Après nos chemins se sont séparés parce qu’à un moment donné le rap m’a rapporté de l’argent alors que pour lui c’était un peu plus difficile. Des fois tu as des petites jalousies internes quand tu en as un qui réussit un peu plus que l’autre, mais on est toujours restés des frères. Je ne lui ai jamais tourné le dos. Demain je rentre de Toulouse, et je vais faire « Cabochard 2 » avec 25G. Je donne toujours de la force aux mecs.

6 – Seth Gueko – Ma couillasse (2008, Drive By En Caravane)

C’est bien, tu as mis des classiques. Le personnage se dessine un peu plus sur ce morceau-là. Après il y a eu quand même un truc qui a été compliqué, c’est qu’à jouer un peu sur l’image d’Emir Kusturica, l’imagerie du temps des gitans, ça peut prêter à confusion. Moi je suis plus sur la Caravane de l’étrange, les Freaks, que sur Babylon Circus. Jusqu’à aujourd’hui je suis tatoué, je suis plus à la recherche de troupes, j’aime bien cet esprit-là. Les gens ne l’ont pas compris, ils ont quand même collé le truc gitan. Dans ce temps-là je disais : « Je suis autant gitan que Brad Pitt dans Snatch. » Là aussi tu as une phrase qui est devenue un grand gimmick du rap français et qui vient de moi, ou du moins j’ai été le premier à le faire : « Morray ». Dans « Ma couillasse » je dis « Dis-leur Morray ! La Chevalière, marche avant, marche arrière! » Ce sont trois gimmicks qui retournent la salle en une seconde.

Et donc là j’étais avec un mec qui s’appelait Le Roumain, il faisait des trucs pour Diomay et RMA2N. C’est parce que j’enregistrais dans son studio que j’ai posé sur sa prod. Il m’a dit : « Ouais vas-y on essaye, fais un truc ! » Et il m’a fait un classique le mec. En fait c’est la première fois où j’avais une instru un peu de qualité, pas trop à l’arrache. C’est que mes potes qui me donnaient des prods avant. Et là tu as un producteur, un musicien qui te dit : « Je t’ai fait une musique pour toi. » Moi sur le coup je n’ai pas tilté, je n’ai pas trouvé ça ouf, je ne pensais pas que ce titre-là prendrait. C’est l’intro de Drive By En Caravane.

En arrivant avec ce délire gitan, le côté « caravane », le milieu ne t’a pas regardé avec un regard un peu perplexe ? Sachant qu’on parle d’une époque où le rap était un peu fermé.

On pouvait avoir peur quand même que ça fasse rigolo en mode « cirque », « clown ». Je me rappelle, je suis en freestyle pour Booska-P pour un morceau qui s’appelle « Le code de la rue » de Kennedy, et il y a Fif. J’explique que j’ai un nouveau clip qui va sortir : « Ma couillasse ». J’ai la pochette du morceau, et Fif dit : « Là je peux vous dire que Seth Gueko va faire son cirque. » Et je lui réponds : « Faut pas croire que c’est un truc de clown. » J’avais anticipé un peu.

C’est passé, mais les gens m’ont un peu mis une étiquette, j’ai été interviewé sur Canal + comme le rappeur gitan. Ça a été dur d’expliquer à chaque fois que je n’étais pas gitan, que c’était de l’image, comme dans les films. Je suis autant gitan que Brad Pitt dans Snatch. C’était un peu relou.

7 – Seth Gueko feat. Farage Nikov, Escobar Macson, 25G & Alkpote – La bande à Pierrot (2009, La Chevalière)

J’adore. « La bande à Pierrot ». J’avais scénarisé un petit truc, avec une histoire que j’avais mis de bout en bout. J’ai aidé tous les artistes à écrire leurs couplets dessus, je voyais un truc à la Bertrand Blier dedans. Un vieux truc en noir et blanc, on voulait se grimer, se mettre des moustaches, des perruques blanches… Vraiment se retrouver dans un truc de Audiard. Ça n’a jamais été fait, c’est mon grand regret, les gens auraient capté la musicalité du morceau. C’est vrai que c’est chelou pour un morceau Néochrome sur lequel tout le monde est réuni, mais moi j’avais le clip dans la tête.

C’est vrai que l’ambiance renvoie à tous ces films de gangster à la française.

Oui, les vieux polars noirs. J’ai aidé tout le monde à écrire, ou plutôt je me suis plongé dans les feuilles de tout le monde.

On sent effectivement un travail dans la construction du morceau.

Exactement. C’était dur de raconter une histoire qui se tienne avec des 12 mesures. Imagine 25G avec un impair, le brushing d’Anne Sinclair, le porte-clef de sa femme Véro… Escobar qui tient le bar, on se croise tous dans le bar mais on se voit pas, ils nous recherchent… Ça aurait pu être terrible.

Sur ce morceau, on retrouve un autre de tes thèmes de prédilection, à savoir les grands bandits.

Tout le monde est fasciné par ça.

Oui, mais dans le rap on te citera plutôt des Scarface, Pablo Escobar, alors que toi tu es dans un délire très français.

Parce que je suis français, j’étais peut-être le seul rappeur français qui n’avait pas honte de ses origines, même s’il y a eu le petit épisode « gitan » qui n’a pas été totalement compris. Mais ouais, c’est l’amour de la France, et la chance d’avoir des grands frères qui m’ont transmis de la culture, notamment dans le cinéma. Je ne suis pas fan de voyou moi, je suis fan de cinéma. Et là-dedans il y a des bandits ou des clowns tristes que tu peux apprécier, c’est ça que j’ai réussi à faire comprendre aux gens : le délire c’est plus l’amour du cinéma.

Sur ce morceau on retrouve l’équipe Néochrome, mais c’est vrai que tu as fait des feats avec beaucoup de monde dans ta carrière, jusqu’à des gens qu’on n’imaginait pas forcément comme Medine ou Kery James. Y a-t-il un featuring que tu n’as pas fait et que tu aurais aimé faire ?

Celui que je n’ai pas encore fait ne saurait tarder. Je garde justement cette petite pépite, celle pour laquelle les gens se demandent si ça se fera ou pas, pour mon prochain CD. Ah oui ! Il y en a un qu’on a toujours voulu faire, mais c’est des concours de circonstances qui nous en ont empêché, c’est Nessbeal. Je pense qu’un Seth Gueko / Nessbeal aurait fait un bon titre. Ou bien, mais à l’époque du rap bien ghetto, un morceau avec L.I.M aurait aussi pu faire un gros titre.

Tu as déjà pensé à Rohff ? Le délire voyou aurait pu coller à ton univers.

Oui j’y ai déjà pensé. Mon cousin, ici, est un très bon ami à lui, donc on pourrait se connecter, ne serait-ce que par des liens en dehors du rap. On s’est déjà rencontrés, mais les feats doivent faire du bien à tout le monde, il y a peut-être de bonnes périodes pour faire les feats, et d’autres moins bonnes. Après Rohff est un bon artiste, il est sur le podium du rap français.

8 – Seth Gueko – Démarrer (2009, Autopsie 3)

Ça me rappelle Miami.

C’est vrai que tu as fait le voyage jusqu’à Miami pour le clipper quand même.

C’était audacieux. Ça a plu à Booba d’ailleurs, c’était à un moment où je sentais que j’avais du power dans le peura. Mais c’est aussi le moment où il y a le regard des autres qui change. Quand tu commences à te coller à un artiste comme ça, ils se disent : « Il a changé ». Ce sont eux qui font un écart, et c’est là qu’il y a eu de la distance par rapport à des artistes de Néochrome, ils se sont sentis rejetés de me voir approcher des gens comme Booba. A ce moment-là, il sortait d’un épisode un peu houleux, à savoir Urban Peace. (Booba avait jeté une bouteille de Jack Daniel dans le public, ndlr), et il était revenu derrière avec Autopsie 3 en prenant des artistes qui lui ont donné de la force. On s’est tous donnés de la force en fait. Moi j’avais déjà une carrière, mais il y en a qui m’ont découvert avec « Démarrer ». A partir de ce moment-là, j’ai eu beaucoup de gens de la fan base de Booba qui m’ont donné de la force. Donc pour ces « ratpis » là, je suis associé à lui.

Beaucoup de gens voient aussi uniquement à travers le prisme de la validation ou non par Booba de tel ou tel artiste.

Ben c’est la validation suprême Booba qui me conduit dans sa voiture ! Après ça on a fait « Gipsy King Kong », on devait faire le clip, moi je devais poser dans son album Lunatic, et il n’a pas gardé le morceau.

Tu parlais tout à l’heure des collaborations qui vont jusqu’au bout, il vient quand même poser sur ton album après Autopsie 3.

Je devais être sur son album, on devait faire des clips, aller jusqu’au bout de l’aventure, et puis non. Pour moi « Gipsy King Kong », c’est un feat qui ne sert à rien vu qu’il n’y a pas de clip. Ça n’a pas donné de force, ni de visibilité. Ça a eu moins d’impact que pour « Démarrer ».

9 – Seth Gueko – Dodo La Saumure (2013, Bad Cowboy)

Là c’était un retour, ça faisait longtemps qu’on ne m’avait pas entendu, depuis Michto… Je revenais avec le bagage de la Thaïlande un petit peu, l’imagerie « loubard », façon Sons Of Anarchy. On n’est plus sur le cinéma mais sur les séries : Walking Dead, Breaking Bad…

C’est encore une nouvelle facette de ton personnage.

Si tu regardes depuis le début, ce qui lie tout, c’est l’esprit rock’n roll. Quand tu vois les Négresses Vertes, les Bérurier Noir, comment ils se produisaient sur scène, avec des déguisements, c’était comme des troupes de cirque un peu. Ce que j’ai mis en avant avec les trucs un peu « freaks », « caravane », etc, ça me fait penser aux Négresses Vertes par exemple. Après les trucs de marginaux à la Mesrine c’est hyper alternatif, c’est punk. C’était qui les marginaux dans la musique ? Les keupons, les rockeurs. Donc quand on me dit que je sors un nouveau personnage, non. C’est juste qu’il a plein de facettes.

Sur le clip du morceau tu as quand même réussi à faire venir Dodo La Saumure.

Le proxénétisme, les blousons en fourrure… Ça reste des trucs que j’aime bien dans l’image « Mesrine » un petit peu. Les bars à champagne, les vieux murs un peu bordeaux, le côté baroque, les vieux tenanciers de clubs, qui sont des laboratoires à expressions. Ça donne des univers à la Audiard. Dodo La Saumure on dirait un mec qui sort tout droit d’un polar le mec.

Quand tu l’as contacté, il a accepté facilement ?

Direct ! Il avait tout compris, on lui a envoyé cinq punchlines écrites, c’est comme ça que fonctionne mon manager. On leur envoie des conneries que j’ai écrites, et les mecs valident tout de suite. C’est l’amour de la langue française, elle casse toutes les barrières.

10 – Seth Gueko – Titi Parisien (2015, Professeur Punchline)

C’est l’original, il est mieux. Le remix est bien parce qu’il y a Nekfeu dessus (lire l’interview), et il a donné de la visibilité au titre. Et Oxmo est venu amener sa validation, c’est Time Bomb quand même. Moi mes rappeurs préférés c’était Ill, Ox’… Avec Lino et Le Rat aussi. Oxmo est aussi fan de moi, il ne s’en cache pas. A la base, le premier morceau qu’on devait faire ensemble c’était « Totino la mafia », c’était lui qui devait faire l’intro, il devait le présenter, mais ça ne s’est pas fait. Et des fois il ne faut pas forcer la nature. Regarde le featuring est tombé sept ans après La Chevalière, mais il fonctionne de ouf.

Pour revenir à l’original, comment expliques-tu une telle unanimité autour du morceau ?

C’est juste que ça faisait longtemps que les gens n’avaient pas entendu un bon boom bap bien fait. Une bonne boucle, un Seth Gueko sans gimmick, ça rappe… J’aurais pu chanter n’importe quel texte dessus, ils auraient bien aimé. Ça tranchait avec ce qu’on avait envoyé avant, plus trap : « Val d’Oseille », « Chintawaz ». « Titi parisien » c’était comme un petit retour aux sources, ça leur a fait du bien. Et inversement si je n’avais fait que du boom bap et un seul son trap comme « Delicatessen », les gens auraient dit : « Trop lourd le morceau trap ! » Il y a une grosse vague parisienne qui aime bien ce peura boom bap, et moi ça m’emmerde un peu ces compils avec que des sons comme ça. Mais là un seul titre je trouvais que c’était une manière de le faire briller.

C’est un titre sur Paris, qui m’a rappelé un autre morceau de toi qui ressort régulièrement sur les réseaux sociaux : « Paris ça sent pas bon » sur lequel tu parais vraiment très jeune. Quel regard portes-tu dessus ?

C’est bien écrit. Tu écoutes les lyrics et comment ça rappe, les techniques de rimes… Il y a des rappeurs qui ne savent même pas le faire 15 ans après ! Ça veut dire que la première fois que j’ai sorti un truc, il y avait des rimes de ouf dedans. J’ai commencé le rap en sachant rapper. J’ai évolué avec la musique parce qu’elle évolue. C’est comme la langue latine : il y a des mots d’avant qu’on n’utilise pas, de nouveaux mots sont apparus dans le vocabulaire… Pour moi la musique c’est pareil, il faut la faire vivre dans la rue, c’est là qu’elle évolue.

Ce sont les Hits Alive qui produisent ce morceau, et ce sont eux qui produisent une bonne partie de ton dernier album, Professeur Punchline.

Ce sont eux qui produisent depuis Michto.

Ils ont vraiment une patte particulière…

(Il coupe) Ils ont une patte pour Seth Gueko, parce que dès qu’ils donnent une instru à quelqu’un d’autre on leur dit que ça fait trop Seth Gueko. C’est comme si on était un groupe en fait. A la base c’était quoi un groupe de rap ? Un producteur et un rappeur, ça ne se dissociait pas, ils avaient leur touche. Ben je trouve que la fusion est parfaite. Tu vois, la prod de « Dodo La Saumure » aurait pu être signée Hits Alive vu comment elle sonne. Et « Titi parisien » sonne aussi Hits Alive, ils ont des prods comme ça dans leur catalogue. J’en ai gardé une deuxième d’ailleurs pour le prochain album.

Merci pour cette interview.

Merci à toi mon loubard.

Professeur Punchline : disponible depuis le 6 novembre

Photo : Adrien Lacheré ©

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook ou le compte twitter du Bon Son.