Robse ne constituera possiblement pas une découverte au sens propre pour une partie de nos lecteurs et lectrices, qui auront relevé ses rares mais notables prestations sur des productions d’Oster « Lapwavass ». Une mise en lumière du travail du MC lyonnais nous parait cependant méritée.

Dotée d’un flow mitraillette à la technique appréciable, la « Plume Noire » développe un discours sincère et parfois engagé, sans tomber dans les clichés puérils souvent présents chez les rappeurs à thème. Un rap cru, déployé sur des instrumentales variées, parfois expérimentales. Robse, c’est aussi de légères tares liées à sa spontanéité, comme la récurrence de certains sons mal mixés, ou encore des problèmes de promotion que ne renieraient pas S2E et DJ Masta, mais qui semblent en passe d’être résolus.

Bien qu’il ne souhaite pas théoriser son rap, on peut tout de même, sans prendre de risques, décrire la démarche musicale de Robse comme franche et fédératrice. Éclairage sur un rappeur simplement « humain », comme il aime à se décrire.

Pour commencer, peux-tu te présenter succinctement à nos lecteurs ?

Je suis pianiste de formation, j’ai fait cinq ans de classique puis cinq ans de jazz dans une école de musique. Je suis donc musicien avant d’être rappeur, je tiens à le dire. Ça fait une dizaine d’années que je rap, en tout cas que j’écris des textes. J’enregistre depuis sept ans, sur Lyon surtout. Mais j’ai aussi pas mal voyagé – ça doit se ressentir un peu dans ce que je fais. Je suis très lyonnais, mais en même temps porté sur les voyages. Je suis donc autant basé dans les rues du centre-ville de Lyon, qu’à la montagne et dans la nature. Et je pense que mon œuvre suit cette dualité.

Ça fait une petite année qu’on écoute ce que tu fais, notamment depuis le freestyle N°02062014,2 de L’Animalerie, sur lequel tu apparais. Peux-tu récapituler un peu tous les projets parus depuis que tu enregistres ?

J’ai cinq albums, quatre-vingt sons en tout. Mais je ne suis pas satisfait de tout, il y a des choses que je n’aime plus. J’aime me renouveler, être toujours au top.

L’ensemble de ces projets a fait l’objet, au cours de l’année passée, d’un upload assez chaotique sur Youtube, avant de disparaître pour la plupart le mois dernier. Cela augure-t-il d’une accélération de ta production artistique ?

Le but de la manœuvre est d’avoir plus de visibilité sur internet, parce que malheureusement, ça marche comme ça. J’ai laissé les vidéos qui avaient beaucoup de vues, qui avaient de vrais thèmes et étaient réellement travaillées. J’ai enlevé tous les freestyles un peu à l’arrache, et tous mes albums, parce que je sais qu’il faut que je sorte ça mieux. On va dire que c’est révélateur d’une prise en main un peu plus professionnelle. Après, j’ai encore besoin de conseils, parce que je n’y connais rien du tout. On commence tout juste à se motiver, à deux ou trois. C’est aussi pour ça que tu tombes à pic, toute com’ est la bienvenue.

Tu n’as pas dû accorder des masses d’interviews.

C’est la première. (rires)

Tu viens de lancer une série de freestyles intitulée « Robstory ». Annonce-t-elle la parution d’un projet du même nom ?

On a commencé ces freestyles spontanément, mais en fait certaines prods ont été reconnues par Youtube, et j’ai reçu des messages concernant le respect des droits d’auteurs. Et comme j’ai envie d’avoir une chaîne authentique, et que tout me revienne de droit en tant qu’auteur, ça m’a saoulé. Mais le projet est bel et bien de faire une « Robstory », avec des instrus de moi ou de mes potes. C’est pour ça qu’on a laissé le freestyle n°4, qui est devenu le freestyle n°1.

Tu beatmakes donc également ?

Oui, comme je te l’ai dit je suis musicien. Il y a pas mal de mes sons sur Youtube dont j’ai fait les prods, notamment « Rien à voir » et « Freestyle 2015 ». J’aime bien faire mes beats.

Tu es entouré de l’entité Monde Collectif, quel est son rôle par rapport à toi en tant qu’artiste ? 

Je fais partie du noyau de cinq personnes qui ont créé l’asso, le lien est assez direct (rires). On est une bonne dizaine à graviter autour, avec pas mal de graffeurs, c’est très hip-hop. Il s’agit surtout de mon entourage personnel, de mes amis, en gros.

Robse c’est très « entonnoir », alors que Monde Collectif est très ouvert. Le but du collectif est de faire d’autres trucs, ça ouvre le champ pour d’autres artistes lyonnais. Robse la Plume Noire est quelque chose qui doit rouler tout seul, et le Monde Collectif c’est le petit chapeau au-dessus qui permet de faire graviter du monde autour, et de faire avancer les choses comme toute asso normale.

Tu as l’air assez engagé dans la vie, en tout cas concerné par ce qui se passe en bas de l’échelle, cela se ressent dans ton rap. Définirais-tu clairement celui-ci comme engagé ?

Non, pas du tout. C’est juste de la musique. Il n’y a pas de politique derrière, pas de mode de vie. Je ne dis pas comment les choses devraient être. J’essaie au maximum de faire ce que j’aime. J’ai du mal à dire qu’il y a autre chose derrière. J’essaie d’être le plus simple et le plus moi-même dans mes chansons. C’est pour ça qu’il m’est difficile de mettre un adjectif sur ma musique, parce que ce serait comme mettre un adjectif sur moi. C’est du rap très égoïste, centré sur moi. J’écris ce que je pense sur le moment, et ça va pas vraiment plus loin.

Tu te dis nostalgique de « l’époque où le hip-hop faisait du tam-tam », celle où « ça sortait des sécateurs en or pour découper les prods ». De plus, on trouve dans la présentation du Monde Collectif l’idée de défense d’un « rap alternatif » à Lyon. Tu sembles avoir une idée assez précise de ce que devrait être la culture hip-hop.

J’estime qu’elle doit être précise, parce que chaque artiste a son idée très précise et la développe. Et du coup, moi je développe la mienne. Je ne peux pas te la définir, parce que ce serait comme me définir moi-même. C’est quelque chose qui serait très difficile à faire, car on est tous complexes. On a tous des états d’esprit et d’humeur variables selon les moments.

Rien n’est théorisé.

Non. Après dans le texte et dans l’esprit, tout est calculé et intelligemment construit, si tu préfères.

On t’aperçoit pourtant, au début du « Freestyle 2015 », graffer un grand « Je suis Charlie », ce qui va à l’encontre de la plupart de ce qu’on a pu entendre chez les rappeurs à propos des attentats de Charlie Hebdo. Là non plus, pas de revendication particulière ?

C’est une très bonne question. Cette action est marrante, parce qu’elle s’est déroulée en plusieurs temps. J’avais prévu de faire le clip deux semaines avant le tournage, et les événements se sont passés entre temps. On habitait en squat, on était une dizaine. Quand le type est venu réaliser le clip, on s’est tous mis la chauffe en même temps, et ça a donné ça. C’était très spontané, je ne suis absolument pas responsable de la manière dont les choses se sont passées. (rires) Et il se trouve que mon pote qui avait eu l’idée de peindre portait aussi un t-shirt « Je suis Charlie ». J’aime bien ajouter des choses aux clips, ça ne va pas plus loin.

Si j’avais eu truc du genre « I love Donald Trump », je l’aurais mis ! J’adore créer des débats qui ne servent à rien comme ceux-là. Parce que j’ai créé une association qui s’appelle Monde Collectif, et qu’à partir de là, tout est dit. C’est tellement parlant que je me dis que derrière, je n’ai plus besoin de réfléchir à tout ça. J’ai posé qu’on faisait les choses tous ensemble, qu’on est simples et gentils quoi. Ensuite, il n’y a pas de prise de position par rapport à des idées politique, je trouve ça un peu débile, on est tous des êtres humains et c’est tout. Concernant le « Freestyle 2015 », le texte n’a rien à voir avec le « Je suis Charlie », je l’ai écrit énervé dans ma chambre en écoutant du Lacrim. (rires)

Tu te dis « soutenu par Lyon ». Ton entité est au centre du jeu, à Lyon, toutes catégories confondues ?

Je ne sais pas du tout. J’aimerais bien en savoir plus d’ailleurs, ça me permettrait d’avancer. En tout cas, ça bouge bien à Lyon. Après, on est la troisième ville de France, donc ce serait intéressant qu’on le soit aussi dans le rap en terme de grand public, de moyens de communication, etc. Je trouve ça super important. Je pense qu’on a ce qu’il faut mais qu’on ne se bouge peut-être pas assez le cul. C’est pour ça que là on est d’équerre. (rires)

Il y a quand même un groupe qui commence à bien percer, à savoir L’Animalerie. Vos relations se limitent à se côtoyer de loin, et se croiser de temps à autre ?

Voilà c’est une très bonne définition. S’il y a des connexions à faire je les ferai, sinon je continuerai comme ça. De manière générale, toute connexion est la bienvenue. Je pense qu’il faut partager un maximum, c’est important.

Un concert « Robse + guests » a lieu le 13 février prochain au Sixième Continent. Il va rassembler les gens qui te sont les plus proches ?

C’est ce que j’ai fait l’année dernière au Transbordeur, avec les gens de la Mégafaune notamment. Mais c’est parce que je faisais la première partie, accompagné de mon équipe et donc des gens qui me sont vraiment proches.

Cette année c’est moi qui ai appelé la salle, qui ai organisé, et qui suis le centre du concert. J’ai invité des gens qui ne sont pas forcément proches de moi, mais plutôt avec qui j’avais envie de faire la soirée, comme la Jungle et MC Jo Hell. Comme je t’ai dit, je suis en mode humain, c’est des gens que je ne connais pas trop, je sais juste qu’ils aiment bien rapper.

Tu as déjà eu l’occasion de te produire à droite à gauche en France ?

J’ai dû faire une vingtaine de concerts. Et je kiffe, les gens sont réceptifs. Comme je m’amuse sur scène, j’ai l’impression que le courant passe !

Dernière question : pourquoi « La plume noire » ?

J’ai fait un voyage en Nouvelle-Calédonie pendant deux ans. J’étais posé, je ne faisais rien. Là-bas ils ont des totems. Tu trouves le tien en méditant. En cherchant pendant un mois, il m’est apparu que mon totem était un oiseau. Puis un jour, je suis en voiture et je me prends un oiseau sur le pare-brise : je me dis « c’est un truc de fou, c’est pas possible ». Je continue à rouler, et je me dis que si je revois un signe pareil, je vais me mettre à y croire. Et pile à ce moment-là, crois-moi ou non, je ralentis et sur ma droite je vois un gros rapace noir qui bloque sur moi, qui me fixe ! (rires) Et voilà, vu que mon écriture est assez sombre, ça correspondait bien.

D’ailleurs pour la petite anecdote, il y a une libraire anarchiste à Lyon qui s’appelle « La plume noire ». Je n’étais pas au courant quand j’ai trouvé mon surnom. Pour revenir sur les idées, il y a dans l’anarchie une dimension d’ouverture qui correspond bien à mon côté humaniste.

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