Il s’en est passé des choses depuis la découverte de L’Entourage par les non-initiés avec les Rap Contenders en 2011. Des albums, des EPs, une victoire de la musique, des concerts un peu partout en francophonie, des séances de dédicaces, des feats, des mixtapes, le départ de Guizmo… Dire qu’il était attendu relève donc de l’euphémisme.

Le nom « Jeunes entrepreneurs » est bien trouvé. En effet, en quelques années, les membres de L’Entourage auront appris les ficelles du métier : monter des labels, distribuer, et surtout communiquer. Leur force de frappe sur les réseaux sociaux est énorme, et les membres du collectif en ont compris l’importance très rapidement. La base de fans est solide, et stratégiquement parlant, le moment est bien choisi pour sortir l’album.

Un premier album collectif pose les bases, et sert souvent de référence pour les sorties suivantes. Dans ce cas précis, les escapades solos ont eu lieu avant la sortie de cet album, et à la place d’occuper une place centrale dans les activités du collectif, « Jeunes entrepreneurs » donne l’impression d’être une parenthèse dans les carrières de chacun des membres. Et ce qui frappe à la première écoute de l’album c’est l’absence d’une couleur, d’un fil rouge qui permettrait de rassembler toutes les entités du collectif. L’album est bien produit (avec aux machines rien de moins qu’HO Time, Supafuh, DJ Elite, Sheety, 1Up World, Animalsons, Mitch Buckannon, Vax1, Cookin’ Soul…), et on oscille entre des instrus boom bap qui rappellent les premiers sons du crew, et prods beaucoup plus lentes et actuelles. On a même droit à une vibe west coast sur « Comme ça »… Une diversité de prods sur lesquels la plupart des membres posent avec l’aisance qu’on leur connaît, mais qui n’unifie pas vraiment un collectif aux flows et aux univers déjà très variés.

Et en parlant de flows, l’album souligne encore davantage les différences de niveau entre les membres, mais permet aussi à ceux qui sortent du lot de briller. Le grand gagnant est Jazzy Bazz, percutant à chaque apparition. 2-Zer s’en sort aussi très bien et creuse encore un peu l’écart avec le reste du S-Crew, quand la prose d’Alpha Wann et son flow tout-terrain nous font regretter qu’il n’ait pas posé sur davantage de morceaux. On est par contre est un peu déçus des prestations de Deen Burbigo, plus monotone dans ses thèmes depuis son dernier album, et d’un Nekfeu beaucoup moins en forme que sur « Seine Zoo » ou les titres solos sortis en fin d’année dernière. Moins inspirés qu’à l’accoutumée, ils renforcent cette impression de « sessions studios entre deux projets ».

Chillance, sujets de société, ambition, gente féminine, reconnaissance… Les thèmes sont diversifiés et à l’image de ce que les différents membres du collectif ont déjà livré : tantôt introspectifs (« S’ils me voyaient », « Mourir demain »), tantôt plus légers (« Comme ça », « Les rois »), sans oublier une bonne dose d’égotrip (dont le très bon « Fous la merde »).

Un album brillamment mixé et masterisé par le grand Mitch Olivier, mais attendu dans les deux sens du terme, sans réelle surprise. Il arrive peut-être un peu tard, mais permettra au crew de se consacrer à un autre de leurs domaines de prédilection : faire le tour de la francophonie et manger un maximum de scènes.

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