Comment tirer son épingle du jeu lorsque l’on sort son premier solo après les sorties retentissantes de ses deux compères, Nessbeal et Zesau, du groupe Dicidens ?

C’est tout là le défi à relever pour Koryaz, MC au flow atypique et au parcours sinueux. Rencontre avec un MC à la tête sur les épaules pour la sortie de « Sorti de nulle part », 10 ans après le mythique « HLM Rézidants ». Dicidens et ce depuis qu’il est adolescent.

Comment est né ton groupe « Dicidens » ?

Koryaz : La première rencontre, c’était moi et Zesau. On faisait du son déjà chacun de notre côté. J’avais 14-15 ans. Y’a eu un feeling, mais on n’avait pas de groupe vraiment ensemble. Ensuite on a rencontré Nabil (NDLR : Nessbeal), par l’intermédiaire d’un pote à nous, comme il savait qu’on faisait du son. On s’est bien entendus, il a kiffé ce qu’on faisait, nous aussi. Après, on est devenus potes et tous les jours on trainait ensemble. C’est une histoire d’amitié, c’est ça qui a donné naissance à Dicidens.

Tu te rappelles de vos débuts en groupe ?

Koryaz : Ouais, c’était vers la fin des années 90s. On a commencé en 1997. Le premier morceau sorti en maxi, c’était « Les gosses ». La première session studio, on a enregistré plusieurs morceaux dont celui-ci. C’était DJ Scar qui nous faisait les prods.

Parle-nous de la rencontre avec Lunatic…

Koryaz : Ceux qui s’occupaient de nous connaissaient Geraldo, qui lui s’occupait de Lunatic à l’époque. En plus de ça, Nessbeal a de la famille au Pont-de-Sèvres et passait des week-ends là-bas. Avec Booba, je ne sais plus comment s’est faite la rencontre exactement, je crois qu’il était parti le voir directement parce qu’il kiffait Lunatic. Y’a eu un bon feeling entre Booba et Nessbeal, après je ne sais pas précisément, je n’étais pas avec eux. Je pense que ça a facilité le contact avec Dicidens.

De là est né le morceau légendaire « De larmes et de sang »…

Koryaz : Légendaire c’est un grand mot je trouve !

Pour beaucoup de gens, il a marqué l’Histoire du rap français.

Koryaz : Ouais, franchement on a fait un bon morceau. Le jour où on l’a fait, on était tous satisfaits. Déjà, on avait tous kiffé l’instru (NDLR : prod de DJ Scar) au départ, on était tous motivés et après chacun a ramené son petit couplet.

Tu te rappelles du choix du thème ?

Koryaz : Y’avait pas de thème. C’était ça le truc avec Dicidens. On écrivait, et le plus souvent nos textes se rejoignaient. On ne se donnait pas de thème… Bon, on discutait un minimum, et on partait sur un mot ou quelques mots.

Ce titre était prévu pour l’album ? Parce qu’il est sorti bien avant l’album il me semble…

Koryaz : Oui, comme tous les morceaux. On l’avait enregistré en deux sessions d’une semaine chacune, une en 1999 et une en 2000 ou 2001. Y’a eu des morceaux qu’on n’a pas sorti non plus. Mais quand on allait au studio, tous nos morceaux étaient prêts.

Qu’est-ce qui explique alors que votre album soit sorti seulement en 2004 ?

Koryaz : Ahhh…il y a eu des problèmes (sourire).

Et quels retours avez-vous eu du public ? Vous le considérez comme un succès ?

Koryaz : Au niveau du public, il n’y a pas eu de déception. C’est ça qui était bien avec Dicidens. On a eu un bon succès d’estime. Même si financièrement ça n’a pas suivi… On a vendu quand même, mais on avait des frais. Au final, si, c’était bien, j’en garde une bonne expérience, un bon souvenir. Mais ça n’a pas suffi pour en refaire un deuxième derrière… mais il n’y a pas que ça.

Parlons un peu de tes deux accolytes. Nessbeal, a, lui, percé à un degré au-dessus du milieu underground sans pour autant faire parler de lui autant que sa plume laissait présager… Qu’est-ce qui, selon toi, a fait qu’il n’ait jamais eu la carrière qu’on lui promettait ? Son entourage ? Ses choix artistiques ? D’autres éléments ?

Koryaz : Nessbeal, moi, je trouve qu’il a réussi. Même si les gens disent qu’il n’arrive pas à percer ou je ne sais pas quoi. Il a réussi dans le sens où il a réussi à se faire connaître, à se faire un public, à vendre des albums. Il a quand même fait des petits scores honorables. Pour te parler franchement, avec Nessbeal, on ne se voit pas tous les jours. Depuis qu’il fait sa carrière solo, c’est plus comme à l’époque de Dicidens.

« Nessbeal, moi, je trouve qu’il a réussi. Même si les gens disent qu’il n’arrive pas à percer ou je ne sais pas quoi. Il a réussi dans le sens où il a réussi à se faire connaître, à se faire un public, à vendre des albums. »

On a un peu l’impression que Booba l’a laissé tomber après leurs premières collaborations. En même temps, le 92i a éclaté au milieu des années 2000, Dicidens aussi… Les carrières solos ont-elles finalement nuit à votre groupe ?

Koryaz : Il y a eu le morceau « Chute libre » sur le premier album de Nessbeal, puis « La jungle » sur son deuxième album. Nessbeal a aussi sorti le titre « Maximal » avec Zesau en 2011. Il n’y a pas d’animosité, c’est ça qui est bizarre. On ne s’est jamais embrouillé vraiment. Il y a eu des histoires entre nous, mais jamais au point de… tu vois ?

C’est vrai que vous êtes très discrets sur le web, et rares sont les infos concernant l’évolution de Dicidens depuis l’album…

Koryaz : Nessbeal a fait son choix de lancer sa carrière solo. Si ça se trouve, Zesau ou moi on aurait fait pareil que lui. Il a eu une opportunité, et il l’a saisie.

Parlons de Zesau d’ailleurs, qui, ces dernières années s’est peu à peu lancé en solo. Il est installé dans le milieu…

Koryaz : Ah ouais, tout le monde connait Zesau ! (rires) C’est un bosseur, à chaque fois qu’on lui demande un featuring, il y va. Il est tout le temps sur le terrain. Zesau, c’est le plus productif d’entre nous.

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D’où viennent vos blases dans Dicidens ?

Koryaz : Koryaz, ce blase-là on me l’a donné y’a longtemps. C’est par rapport à la musique, je ne sais plus. La façon dont je rappe… Sûrement par rapport à la vie que j’ai aussi. Zesau, ça vient de Keyer Söze puisqu’il aimait bien le film « Usual Suspects », en verlan. Et Dicidens…c’est l’un de nous trois qui l’a trouvé, je ne me souviens plus qui. Et dès qu’on l’a entendu, on a regardé la définition dans le dictionnaire et on s’est dit « Ah ouais, violent, vas-y on garde ça ! »

Vous avez réédité « HLM Rézidants » en 2012 ; comment est venue l’idée ?

Koryaz : C’est Zesau qui est à l’origine de ça. Il a vu qu’il y avait un manque à gagner, il y avait un peu de demande, il l’a repressé.

Ça ne vous donne pas l’envie de repartir sur un projet à 2 ou à 3 ? Une date de concert ?

Koryaz : Si, bien sûr. Mais bon, moi je ne peux pas te dire ça tout seul. On en a parlé. On en parle, après on parle plus, on en reparle… La porte n’est pas fermée. Derrière, il faut de l’envie et de la complicité. On ne refera pas un truc juste pour le faire.

Le retour de Nessbeal, tu confirmes ?

Koryaz : Oui, il va revenir.

Venons-en à toi. Pourquoi avoir attendu 10 ans après ton projet de groupe pour voir ton premier solo ?

Koryaz : C’est compliqué. J’ai eu une période où j’ai cru que j’avais arrêté le rap. Malgré ça, je n’ai jamais vraiment réussi à arrêter. J’ai dû aller travailler, j’ai une vie professionnelles à côté, je ne vis pas de la musique. Je n’ai jamais mangé avec la musique, je n’ai pas eu le choix. Il faut avoir le temps, il faut avoir le budget pour enregistrer, en plus je suis indépendant depuis toujours. J’ai dû mettre trois ans à faire l’album.

Il y a une frustration d’avoir écrit toutes ces années sans rien sortir ?

Koryaz : Oui et non. Parce qu’en fait, c’est comme ça que j’aime la musique. Quand je vais mal, j’écris. Quand tout va bien, je ne pense même pas à la musique. J’ai tendance à dire que j’ai fait un album pour les dépressifs (rires). J’aime bien donner de la force aux gens aussi, les motiver et leur apporter un message d’espoir. J’essaye de le faire.

Tes attentes sont-elles comparables aux sorties de Zess et Ne2s ? Te filent-ils un coup de main pour la promo et l’exposition ?

Koryaz : Non, ce n’est pas comparable… Non, même pas. Je suis tout seul. C’est ça mon défaut aussi.

Tu ne profites même pas du buzz de Zesau ?

Koryaz : Ca c’est fait comme ça. Il ne m’a pas proposé. Après, c’est un peu normal, je ne suis pas signé chez Bad Game. Même si on est amis… Comme je l’ai fait tout seul dans mon coin de A à Z, à mon rythme, ben je viens et je le produis moi-même.

« Quand je vais mal, j’écris. Quand tout va bien, je ne pense même pas à la musique. J’ai tendance à dire que j’ai fait un album pour les dépressifs (rires). »

C’est plus que 3 ans de travail finalement, c’est un peu l’aboutissement de toute ta carrière…

Koryaz : Je ne sais pas, elle est compliquée cette question (sourire). Ouais, si. C’est le concentré de toute ma petite carrière de rappeur.

Quand tu vois la carrière de MC’s que tu as côtoyé un temps comme Booba ou Nessbeal, tu as des regrets ?

Koryaz : Oui et non. Oui parce que j’aurais bien aimé vivre de la musique. Ça doit être agréable de vivre de ce que tu aimes bien faire. D’avoir une vie sans te lever le matin, sans aller charbonner. Mais non parce que si ça se trouve, on aurait réussi et pris de l’argent avec ça, va savoir… Si ça ne s’est pas fait, c’est que ça ne devait pas se faire.

Il y avait pourtant une grosse vague rap français à l’époque de Time Bomb, puis du 92i…      

Koryaz : Soit tu surfais sur la vague, soit tu loupais le coche. Nous, on l’a prise mais on l’a mal prise ! (rires)

« On n’aurait pas sorti l’album, Dicidens n’aurait jamais existé»

C’est ce qui a fait que chacun ait eu des envies de solo par la suite ?

Koryaz : Ben ouais… Là, je ne regrette pas car je suis content de moi. Je ramène mon album, je ne dois rien à personne et je n’ai rien demandé à personne. Si j’arrive à avoir un petit succès d’estime, ça serait excellent !

Est-ce que tu es d’accord pour dire que Dicidens a cessé d’exister à la sortie de l’album?

Koryaz : Ouais, on n’aurait pas sorti l’album, Dicidens n’aurait jamais existé.

Un mot de la fin ?

Koryaz : Allez acheter mon album, essayez de me soutenir un maximum, faites pas les chiens ! (rires) Non, je rigole. J’espère que mon album va vous plaire, et que ça va vous faire penser à Dicidens.

Koryaz – Sorti de nulle part disponible depuis le 23 juin (iTunes / Fnac).

Koryaz

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