Du rap, de l’altruisme et un lieu mythique : bienvenue au festival Réflexion Capitale ! Samedi 8 et dimanche 9 Juin avaient lieu deux affiches à la Miroiterie, organisées par l’inépuisable équipe composée de Nasme, Stélio, Swan et DJ Blaiz. Presque deux jours entiers à kiffer, manger, boire, fumer ensemble, et surtout échanger dans un esprit authentiquement hip-hop qui sentait bon les valeurs de partage propres à cette culture.

Le rendez-vous était fixé aux alentours de 17h Samedi, notamment pour faire les balances et ouvrir les inscriptions aux MC’s désireux de saisir l’opportunité des Open Mic. 8 euros pour un jour, 10 pour les deux, autant dire qu’il fallait prévoir de revenir le lendemain.

Peu à peu, les organisateurs Swan et Stélio accueillent les auditeurs et invités qui affluent sans crainte, alléchés par une affiche d’exception où des noms comme Casey, Nakk ou la Scred Connexion sont venus s’assembler comme pour former une dream team. En cette période de fin de saison sportive, on pourrait même croire que Nasme et Stélio les ont sélectionnés pour leurs performances récentes ou par reconnaissance pour l’ensemble de leur carrière. Une sorte d’élection du Ballon d’Or qui se déroulait sur deux jours.

Dans la catégorie des « légendes », pourrait y figurer Casey, qui, en retard sur la date annoncée de son futur bébé, n’a « que » son opus Libérez la bête et ses classiques à venir défendre sur scène. Idem pour la Scred, plus en vue ces derniers temps par l’activité de ses membres en solo (Mokless et Morad en particulier) mais à qui on ne compte plus les titres incontournables. Pour ce qui est des rappeurs qui se sont démarqués en 2013, on pourrait citer Nakk avec son album Supernova, Sear Lui-Même et son Big punchliner ou bien encore Loko et Vis ma vie.

Le Bon Son Réflexion Capitale

L’affiche de l’année à la Miroiterie

Sur scène, se succèdent ainsi B.E La Beu, avec un délire très centré sur la fumette et ses effets, des textes apologétiques qui trouvent un écho instantané chez les consommateurs présents en nombre dans la salle déjà surchauffée de la Miroiterie. Puis, après un open mic, le public parisien découvre alors la Mannschaft, groupe de jeunes autochtones armés de flows bien travaillés et pleins de hargne.

Le Verdict, duo de Marseille, a fait le voyage pour venir présenter son premier projet Hors du troupeau dans les bacs en Juillet prochain. Une bonne découverte, notamment le titre « Marge d’erreur » featuring avec Sheryo et Nasme, qui a profité de l’occasion pour kicker son couplet en live. A peine le temps de commander une 16 que 13k monte  à son tour et vient hurler à la gloire du 9.3 un rap chaud et plein d’entrain.

Nasme et Le Verdict

Nasme et Le Verdict

L’Or Noir était aussi à l’honneur, et c’est A.D.S qui ouvre le bal en solo…mais avec toute son équipe à ses côtés (Flev’,Sear…) Le beatmaker Flev’ ressent alors une démangeaison au bout des doigts, le moment choisi par l’architecte sonore de l’album de Pand’Or (Le cul entre deux 16, sorti le 3 Juin, disponible ici) pour entamer un show hallucinant : il joue avec des bases d’instrus et sa MPC pour en faire de véritables beats monstrueux ! Comme si les degrés n’étaient pas assez élevés, Nasme suggère un défi : « Faire des prods les yeux fermés » ! Aussitôt, le public se réveille et le DJ enfile veste et capuche pour s’obstruer la vision ; l’applaudimètre est formel, il vient de mettre tout le monde d’accord. Dans la foulée arrive le premier « nom », Sëar Lui-Même, qui régale de ses titres ultra-techniques extraits de son projet sorti en mars (et dont la version physique est disponible depuis Lundi dernier : iTunes/Fnac). En vrai meneur, il harangue les auditeurs et ne laisse aucun répit à DJ Blaiz qui prend son pied comme au premier jour de mix ! Un vrai combat de boxe qui en laisse pas mal K.O…

Le prochain à se présenter sur l’estrade, c’est Yoshi. Hip-hop Momo est dans les bacs depuis deux semaines mais certains connaissent déjà les paroles et Nasme se félicite d’avoir un tel personnage présent pour Réflexion Capitale. Yoshi laisse très vite place à un ami beatboxer, Faya Braz, qui vient rappeler le temps d’un bref passage combien le Hip-Hop est un art complet, tant au niveau de la technicité que des profils généreux de ses activistes.

Loko et Chris Taylor, échange de passes...décisives!

Loko et Chris Taylor, échange de passes…décisives!

Dernier MC de la soirée, Loko. Une touche d’humour, une vague de bonne humeur et un flow sans équivalent, le fondateur du label Néochrome vient faire vivre ses nouveaux titres avec son public. En dépit de près de quinze années d’activisme multiforme, il vient juste de sortir son premier effort solo et c’est avec un rictus non dissimulé qu’il nous explique ce qu’il fait à « Minuit pile » ou avec sa « Main droite ». Avec son acolyte Chris Taylor, on assiste à un échange fluide de bonnes phases et de thématiques originales. Il est près d’une heure du matin, et on n’a pas vu le week-end passer. Quoi ? Il reste la seconde partie demain ? Insatiables, préparez-vous à revenir demain !

Un gros concert peut en cacher un autre

Dimanche 9 Juin. A peine levé, on s’impatiente de revenir sur les lieux du crime de la veille. Il faudra attendre 18h et la prestation de Grödash, le MC qui a fait ses classes avec son posse Ulteam’Atom du 91 avant de percer en solo. Derrière s’enchainent les open mics et l’on croise un Swift Guad ou une Casey postichés à côté du bar. Mokless est tout sourire, et les MC’s échangent entre eux ou avec les auditeurs les plus bavards.

Casey, justement, est la première à littéralement enflammer la Miroiterie ; rien que sa présentation par Nasme fait exploser les décibels. Imaginez lorsqu’elle prend le micro en mains, avec Prodige et DJ Kozi dans son sillon, les grondements chaleureux que le public lui offre… Un set mémorable, bouillant, où les innombrables larsens sont couverts par une ambiance détonante. Prodige, son partenaire d’Anfalsh vient ponctuer trois quarts d’heure de haute volée.

La panthère sort les griffes

La panthère sort les griffes

A son tour, Mam’s Maniolo et son inimitable voix grave et rock prend les choses en mains. Originaire du Val de Marne, il est venu rapper notamment des morceaux de son opus « Faits réels », toujours disponible en téléchargement gratuit ici. Même pas le temps de faire la queue pour un « dwich merguez »  que Nakk Mendosa grimpe sur scène. L’ambiance remonte illico d’un cran alors Nakk décide d’inviter Grödash encore dans les parages pour interpréter ensemble le morceau « Dans la zone », qui fait bouger les têtes et les mains du public déjà bien rassasié de ce plateau de rêve.

Avec l’émerveillement d’un mouflet à Disneyland, on assiste à un set d’un Nakk loin d’être avare en classiques ; « La Tour 20 », « Une chanson triste », « Devenir quelqu’un »… La liste est longue et le public participe naturellement aux refrains du titre dédié à son fils, comme pour rendre l’émotion à un artiste habitué à se confier à ceux qui l’écoutent.

      ‘J’arrive à fond comme une baffe dans ta gueule !’

BIMBIM. Ceux qui rangeaient l’appareil photo dans leurs sacs s’aperçoivent que ce n’est vraiment pas le moment… La voix de Nasme annonce la Scred Connexion et c’est toute la salle qui hurle de plaisir de revoir les « 2 gars d’Oran et 2 gars de Tunis ». Du feu dans la voix, Nasme fait remarquer que c’est la première fois que l’équipe du dix-huitième arrondissement s’apprête à performer au complet dans ce lieu mythique de Paris. DJ Veekash prend le relais de DJ Blaiz aux platines, et la leçon peut commencer. Du classique en veux-tu en voilà, des solos repris par cœur par les connaisseurs, le meilleur de leurs combinaisons, la tension ne redescendra pas pendant la quarantaine de minutes de passage. Koma aura bien tenté de secouer l’ingé son mais les larsens pleuvent, ce qui ne semble pourtant pas perturber les supporters d’Haroun, Koma, Mokless et Morad bien décidés à backer chacune de leurs rimes tranchantes bien connues.

Forcément du mal à rentrer, alors ça fait du bruit !

Forcément du mal à rentrer, alors ça fait du bruit !

On se dit qu’il est compliqué dès lors de prendre la suite après LE passage de la soirée. Mais quand on s’appelle 10vers et qu’on vient de Toulouse pour représenter la Bim Bam Prod, c’est qu’on a du talent à revendre. Et les Miroitiers ne s’y trompent pas. Un flow et des textes percutants dans son bagage, il montre rapidement qu’il n’a pas fait le voyage pour faire partie des spectateurs. Et puisque le programme est chargé, Nasme appelle déjà Sëar Lui-Même pour qu’il vienne « boombacker » ces écrits en live. Sur la même lignée que la veille, le MC longiligne remet une couche pour renforcer un peu plus son statut autoproclamé de « Big punchliner » sans oublier d’égratigner les MC’s comme Abd Al Malik qui ont cru pouvoir disposer d’un « Droit d’asile ». Dégoulinant de transpiration, Sëar se dépense comme s’il jouait une finale de coupe d’Europe. Impressionnant, il procure un kiff tellement sincère qu’il en devient réciproque, et on le sent. De la magie dans les yeux, on checke l’heure ; il est minuit passé mais le Narvalow se faufile pour venir jouer quelques-unes de ses pépites rapologiques. Swift Guad est électrique et débite son flow légendaire devant un public conquis et presque épuisé.

Les dernières forces du public se rassemblent et tous chantent haut et fort les refrains du rappeur de la Croix de Chavaux. « Oh nan Maman, pleure pas, un jour j’te répondrai… » vient bercer les derniers amateurs présents avant que Nasme et Stélio les envoient définitivement au lit.

Complètement Nar-va-looow !

Complètement Nar-va-looow !

En guise de récompense, les deux organisateurs posent deux-trois chansons de leur répertoire. DJ Blaiz est toujours à ses vinyles, et Sandro vient épauler Stélio pour les dernières minutes de Bon Son. Eux qui devaient aussi jouer plus longuement se sont sacrifiés avec une telle générosité qu’elle méritait d’être soulignée.

Il est 2 heures du matin, et une poignée de spectateurs débriefe avec Swift Guad, Koma et DJ Veekash toujours présents. Nasme plaisante sur la conception et la vente de sa marque BIFF MAKER. Quelques MC’s ayant profité des Open Mic remercient les organisateurs alors que le rangement et le nettoyage commencent tout juste. « Chan-mé », le mot est bien trouvé par Ahmed Koma pour décrire ce week-end riche en sensations musicales, en découvertes et pour qualifier un état d’esprit irréprochable de tous les participants, acteurs et spectateurs.

Stélio, Swan, Nasme et DJ Blaiz, les organisateurs du week-end

Stélio, Swan, Nasme et DJ Blaiz, les organisateurs du week-end

Des rappeurs des quatre coins de la France, de toutes les générations, des styles complétement différents, autant vous dire que ce melting pot artistique éclabousse de talents et illustre une fois encore ce qui fait la richesse du rap hexagonal. Un grand Merci à Swan, Nasme, Stélio et DJ Blaiz pour ces heures de pur hip-hop dans tous les sens du terme. Et puisque le Dimanche s’est achevé en beauté, autant conclure par une bonne nouvelle rassurante pour les adorateurs du plus vieux squat de Paris : Nasme et Stélio viennent de prolonger la signature du bail pour un an minimum encore. Le bon son et la Miroiterie seront donc au rendez-vous pour une prochaine saison dès Septembre.

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