Après plusieurs années en solo, Scylla sort enfin son premier album, Abysses. Un album attendu,  annoncé par un par un maxi très prometteur sorti cet été (lire l’interview « Second souffle »). Pour découvrir les coulisses de la conception de l’album, de son écriture à sa couleur globale, en passant par la sélection des prods, des feats et des thèmes, c’est ici que ça se passe.

Le Bon Son : Salut Scylla, comment vas-tu depuis notre première interview, comment te sens-tu alors que la sortie de ton premier album est imminente ?

Scylla : Salut. Bien merci. Un peu la course pour l’instant : préparatifs pour la sortie de l’album au niveau scénique, visuel, etc. Et le fait d’être en auto-prod ne facilite bien sur pas les choses. Mais on fait comme on peut, avec ce qu’on a, comme c’est le cas depuis le départ…

Quel ressenti vis-à-vis de la sortie de l’album? Je ne sais pas trop en réalité. Je dirais curieux. Peut-être un peu de crainte que ceux qui l’écouteront ne le comprennent pas. En même temps, je me suis conditionné. J’ai fait mes choix artistiques et humains. Je tente maintenant de les assumer sans regrets. J’attends… Je ne préfère rien pronostiquer.

Les Soulchildren nous disaient en interview : ‘Pour Scylla, les titres arrêtés pour son album ne sont pas certains. Mais oui, je crois que nous serons dessus.’ Tu as donc dû opérer une sélection parmi de nombreux titres ?

Effectivement oui. J’ai maquetté de nombreux titres. La sélection finale ne s’est pas forcément axée sur les “meilleurs” d’entre eux d’un point de vue performance technique ou lourdeur du son. Au contraire, ce sont bien souvent les titres les plus “simples” qui ont été retenus. La sélection s’est opérée par rapport à la couleur que je voulais donner à l’album dans sa globalité.

Si je devais donner l’explication la plus brève possible du concept  “Abysses”, je dirais qu’il s’agit d’une descente dans les “profondeurs de l’être”. Voilà donc le critère essentiel, le fil rouge pour la sélection finale des titres : leur profondeur du point de vue plume, concepts, atmosphère, messages qu’ils tendent à véhiculer.

‘Je ne veux pas t’entendre dire que cet album c’est du lourd, à part s’il t’entraine dans mes profondeurs’ (phrase issue du titre “Abysses”).

Les Soulchildren seront-ils présents finalement ?

Oui, sur deux titres. L’un d’entre eux est déjà connu, puisqu’il a fait l’objet d’un premier clip accompagné de trois titres inédits sur un maxi digital. Il s’agit du morceau “Second souffle”. Ils signent la prod d’un second titre à découvrir sur l’album, intitulé “Tout a un sens”.

Quels seront les autres beatmakers présents sur ton album ?

La brochette est assez “volumineuse” en fait…  Je n’ai pas travaillé de manière privilégiée avec l’un ou l’autre d’entre eux. Point de vue beatmakers français, en dehors des Soulchildren, on retrouve Proof, Nizi, Crown, Bastard Prod et Bilbok. Point de vue beatmakers belges : Lams, Alien, Bustar, Ptifa, L’inconnu et Imani le chien.

Scylla - Bandeau Abysses - Le Bon Son

‘Je suis issu de l’école selon laquelle un album est oeuvre en soi, doté d’une couleur globale, bien particulière, et ne constitue pas une sorte de compilation de tout ce qu’un MC est capable de faire.’

Dans ‘Ma Hassit Wallou’ (Inglourious Bastardz), tu commences ton couplet en disant ‘J’ai rien d’une victime, mais j’ne kiffe que les beats tristissimes…‘ As-tu dérogé à la règle pour l’album ? D’ailleurs comment sélectionnes-tu tes instrus ?

Justement pas… (sourire). Et je sais d’ores et déjà que c’est exactement la critique qui ressortira majoritairement de la part des auditeurs “non-initiés”. La couleur de l’album “Abysses” est essentiellement mélancolique et darkness. C’est simple, selon moi, il y a des gens qui vont se sentir totalement dans leur élément, et d’autres qui estimeront que c’est “trop”.

Après, qu’on s’entende bien, je ne suis spas de ce genre d’artistes qui prétendent qu’il n’y a que cela de “vrai” (le sombre et le mélancolique). C’est juste, d’une part, une question d’inspiration au cours de la période d’écriture. ‘Tu attendais plus de beats aux effets trampoline sur scènes ? Mais sur ceux qui m’inspirent, il y en a peut-être 6 mélancoliques sur 7. Je ne serai pas ton rappeur hardcore à la mode !’ (phrase issue du titre “Plume originelle”).

D’autre part, comme je te l’ai dit, c’est une question de “degré de profondeur” des titres, puisqu’il s’agit de la pierre angulaire de l’album “Abysses”.  Et tu t’imagines bien que la profondeur est souvent bien plus présente dans les titres à atmosphère plus sombre et mélancolique que dans les titres entraînants ou à performance technique niveau flow ou prod.

Cependant, je refuse catégoriquement de faire rimer mélancolie avec désespoir, et d’entrer dans la caricature de la tristesse pour la tristesse. L’objectif n’est pas d’apitoyer les gens sur mon sort ou celui d’autres personnes, mais d’en faire ressortir des choses positives, constructives. Trouver dans les sombres profondeurs de quoi mieux apprécier la vie “à la surface”, la comprendre à sa juste valeur.  ‘Voici la preuve que même à deux doigts de n’avoir plus d’air… Du pire des darkness on peut faire pleuvoir de la lumière’ (phrase issue du titre “Abysses”). ‘Je ne cherche qu’à exhorter les gens à mieux renaître, donc à chaque texte en guise d’encre j’ai du sang de Phoenix’ (phrase issue du titre “Abyssal musique”).

Pour ma sélection d’instrus, pas de règle fixe. Soit ça me parle, ça m’inspire quelque chose, soit pas.

‘Je refuse catégoriquement de faire rimer mélancolie avec désespoir, et d’entrer dans la caricature de la tristesse pour la tristesse.’

Ça fait quelques années que tu rappes en solo, qu’est-ce qui explique que ton premier album ne sorte que maintenant ?

Sans doute justement l’envie de fournir une réelle couleur et une maturité à l’album. Je suis issu de l’école selon laquelle un album est oeuvre en soi, doté d’une couleur globale, bien particulière, et ne constitue pas une sorte de compilation de tout ce qu’un MC est capable de faire, en espérant toucher un maximum de personnes de par ses différentes facettes.

C’est ton premier long format en solo, le processus d’écriture fut-il long et/ou laborieux, ou l’inspiration ne fut pas un problème ?

Ça a fonctionné par périodes. Je t’avoue qu’il y a des périodes où je n’ai pas la tête à la musique. J’ai besoin de me recentrer sur d’autres choses, peut-être plus “essentielles”. Puis il faut gérer sa vie quotidienne aussi… Quand tu travailles 8 heures par jour quelque part pour t’assurer de remplir tes responsabilités vis-à-vis de ta famille, c’est difficile d’être aussi productif que quand tu n’as que ça à faire ou à penser. Seconde raison : j’ai vraiment tenu à livrer un album cohérent, réfléchi et engagé. Et ça, ça prend du temps.

Si on regarde les titres de tes différents projets solos : ‘Immersion’, ‘Thermocline’ (couche de transition thermique rapide entre les eaux superficielles et les eaux profondes), puis ‘Second souffle’, il y a comme une remontée progressive des profondeurs vers la surface… alors qu »Abysses » tranche avec cette remontée. Peux-tu nous expliquer le choix de ce titre ?

En fait, si on suit l’ordre chronologique des projets, c’est le contraire qui se passe. Il y a d’abord une première “Immersion” dans l’univers artistique. On part donc de la surface pour une première entrée dans l’univers.

Ensuite, on passe la “thermocline”, qui est précisément la ligne de démarcation, la frontière sous-marine à traverser pour entrer dans les abysses. Donc, en toute logique, la dernière étape est l’arrivée dans les “Abysses”. C’est bien le stade le plus profond, et il s’agit de l’album.

Maintenant, tu anticipes déjà ce qui va se passer en réalité. Je sais pertinemment que certains manqueront d’air dans cet album car ils ne sont pas ou plus habitués à ce genre d’atmosphère. J’ai donc prévu de confectionner des capsules vidéos qui accompagneront les auditeurs lors de leur écoute d’“Abysses”. L’objectif est de faire agir ces capsules comme des doses successives d’oxygène, qui permettront peut-être de respirer et de mieux apprécier les abysses.

Scylla - Abysses clip - Le Bon Son

‘Si je devais donner l’explication la plus brève possible du concept  “Abysses”, je dirais qu’il s’agit d’une descente dans les profondeurs de l’être.’

En d’autres termes, ça risque de kicker plus sec dans ces capsules… (sourire) Ou de faire prévaloir une couleur plus “légère” (sans tomber dans la facilité bien évidemment), des performances plus techniques, peut-être un peu d’humour. Ces capsules d’oxygène me tiennent fort à coeur, d’un point de vue personnel avant tout, car elles vont me permettre de remonter un peu à la surface, de “respirer à l’air libre”  après une période de 3 ans d’apnée !

Parle-nous des invités, qui va-t-on retrouver sur Abysses ? Comment as-tu choisi tes feats ?

Niveau feat, j’ai toujours fonctionné d’une seule façon. Je ne suis jamais allé demandé une collaboration à un artiste. Ça part souvent d’une demande de l’autre artiste, ou ça se fait tout simplement de la façon la plus naturelle qui soit : je croise l’artiste en question, chacun kiffe ce que fait l’autre, donc la collaboration s’enclenche sans aucune autre forme de convention. Et les collaborations qui perdurent dans le temps prouvent une entente humaine en plus d’être uniquement artistique.

Si tu regardes un peu mon parcours d’ailleurs, ce sont souvent les mêmes qui reviennent : Saké et Furax Barbarossa particulièrement. Ces deux-là seront donc, sans surprise, dans l’album. En dehors d’eux, il y a également un titre avec Tunisiano et R.E.D.K.

Je ne tenais pas particulièrement à faire de feats en fait. Ceux qui sont sur l’album se sont faits naturellement, selon la méthode que je t’ai décrite. Seul regret : pas de feat belge. Ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant. On a tenté d’explorer certaines pistes avec Blel, L’Hexaler, 13hor, etc. A mon grand regret, rien ne nous a vraiment satisfait… Mais je ne jette pas l’éponge. On continuera les tentatives jusqu’à ce qu’on ponde un truc qui nous mettent tous d’accord !

Des scènes sont-elles prévues pour défendre l’album ?

Oui. Nous serons sur scène à Genève le vendredi 15 Février 2013 à L’Undertown,  à Lausanne le samedi 16 Février à l’Ébullition, à Liège le vendredi 22 février au Live Club. Nous sommes aussi actuellement sur l’organisation d’une plus grosse date… qui aura lieu… est-ce la peine que je le dise ? À Bruxelles bien sûr ! (rires)

Quelques dates se profilent aussi sur la France. Mais je ne préfère encore rien dévoiler tant rien n’est fixé définitivement. Ceux que ça intéresse peuvent retrouver toutes les infos nécessaires sur le Facebook… Nous communiquerons essentiellement via cette plate-forme.

D’autres projets ou participations à annoncer ?

Pour l’instant, on va s’en tenir à “Abysses” et aux capsules d’oxygène qui l’accompagnent. Par la suite, je verrai où ma vie et ma quête personnelle me mènent, et sur quels plans mes combats se situeront.

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

De l’essentiel.

Album « Abysses » disponible à partir du 18 février.

Commander : lien iTunes / lien Fnac

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Scylla - Abysses - Le Bon Son

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