Cette interview, c’est l’histoire d’une écoute, d’une découverte, d’un coup de cœur perso. Elle date d’un couplet marquant, retenu d’une compilation sur laquelle il aurait pu passer inaperçu. Très discret pendant une décennie, Mr Kayz n’en a pas pour autant mis de côté sa passion mais l’a au contraire préservée, réservant le meilleur de sa plume et de son flow pour les oreilles aguerries d’aujourd’hui. L’homme est plus mûr, a sa propre vision, l’artiste prêt et décidé. Il est bavard, généreux dans l’exercice, laissant parler sa détermination au cours de deux heures d’introspection enrichissantes. Lucide sur le business et ambitieux pour sa musique, rencontre avec un kiffeur de son définitivement atypique.

Commençons par revenir sur ton parcours dans la musique. Pour moi, il y a Mr Kayz qui apparaît il y a une dizaine d’années, puis arrive DJ Kayz progressivement, et toi, tu as disparu.

Mr Kayz : (rires) Je suis rentré dans la musique d’une manière bizarre. J’ai fait toute ma vie de la musique, j’ai un grand-frère qui faisait partie d’un groupe de rap sur Paris, un crew qui s’appelait EJM mais c’était dans les années 80s. Et de par ma culture familiale, et de par les activités de mon frère, j’étais dans la musique. La première séance de studio, j’avais 6 ans ! Du coup, c’était quelque chose de naturel chez moi, de pouvoir m’exprimer comme ça. Je viens du même quartier que Jean-Pierre Seck ; quand j’étais tout petit, je marchais, j’allais voir son frère, je voyais Booba, je voyais Ali… J’ai toujours été dedans. En grandissant, j’ai eu l’occasion de faire des choses. J’ai rappé. Je rappais pour rien, j’écrivais des textes pour rien, et j’ai eu des petites opportunités. Je pense que, si ma carrière se passe bien, il y a plein de choses que j’ai faites qui vont resurgir : tu vas pouvoir me voir dans le CD 45 Scientific, genre tout petit… Il y a 10 ans, dans les années 2005s, quand j’ai eu mes premiers faits d’armes, j’étais pas à l’aise avec le formatage de la musique, avec le fait de se dire que le rap ça se résumait à dire “Ouais, tu viens du 78”… Je trouvais ça naze en fait. Je trouvais qu’il n’y avait pas réellement de conversation, que c’était faux. J’étais pas vraiment à l’aise donc du coup j’avais grave perdu espoir, et j’écrivais des morceaux pour des artistes, les gens ne savent pas.

Des trucs qui ont marché ?

Mr Kayz : Ouais, ouais ! J’étais dans une position attentiste. C’est la raison pour laquelle tu me dis que j’ai disparu. J’y croyais pas, je me suis dit “On est en France, la France c’est pas les Etats-Unis”… Sans m’en rendre compte, j’avais un mauvais état d’esprit. J’ai fait le Français (rires). Leur manière de faire aux Américains, c’est : “on le fait”. Tu vois, ils ne se posent pas la question de si, de comment, peu importe ce qu’il se passe, on le fait. C’est pour ça que leur musique elle évolue tellement. Il y a eu un mouvement New-Yorkais, mais ça n’a pas empêché les mecs de Los Angeles de venir avec leur propre truc. Après, il y a les mecs d’Atlanta qui sont arrivés avec leur propre vibe, et même à Los Angeles, dans la côté Ouest, il y a des subdivisions, les mecs de Oakland ils ont le mouvement Hyphy… Moi, je me disais : “De toute façon, ils vont pas comprendre ce que je fais !” (rires) Il y a un événement qui s’est passé. Un jour, j’ai eu un problème de poumons et j’ai failli caner. Je me suis rendu compte que ce que je savais faire, ça pouvait partir. Là, je me suis dit :”Ouais, j’ai envie de rapper de ouf !” Et c’est comme ça que j’ai sorti le “Onze de légende”, sans rien. Je suis moins imbu de ma personne. Le talent que j’ai, ça m’appartient pas vraiment. Si demain, Dieu, il décide que c’est fini, c’est fini. Du coup, je me suis dit que j’allais recommencer du début, peu importe combien de gens je vais avoir, il y a forcément quelqu’un qui va aimer. De fil en aiguille, je crois que jusqu’au numéro 4 j’ai enregistré avec mon téléphone, après, le numéro 5, un mec de la vidéo qui me dit “Hey toi ! Kayz ! Mortel ! Laisse-moi tourner ton clip”, après il y a un mec qui me dit : “Vas-y, viens enregistrer dans mon studio !”, après il y a un mec qui me dit :”Laisse-moi être ton manager !”, après il y a un mec qui me dit :”Ouais, il y a une maison de disques qui veut marcher avec toi ! Ouais, y’en a une autre…” Et au final, j’ai 1000 vues et je suis signé en maison de disques. C’est un truc qui n’avait jamais été fait. Quelque part je suis fier parce que j’ai réussi à changer cette perception qu’on a, quand on dit que pour être en maison de disques, il faut faire ce que tout le monde fait. Au final, j’ai réussi à faire ce que je voulais, mais d’une manière où je ne m’y attendais pas.

“Au final, j’ai 1000 vues et je suis signé en maison de disques. C’est un truc qui n’avait jamais été fait.”

Tu me parles du présent, mais je voudrais que tu reviennes sur le premier clip que tu balances à l’époque.

Mr Kayz : En fait, il y a une étape avant ça encore. Je fais un morceau de rap (“De la tête aux pieds”) et Nicolas Anelka le met dans une de ses vidéos à l’époque où, lui, il est au top de la vague. Donc du coup, le tout premier morceau que je sors, il fait je-ne-sais-pas combien de millions de vues (rires). Moi, ça me met dans un état d’esprit où c’est ma normalité. Mortel ! T’as 16 ans, t’as des maisons de disque qui se battent pour t’avoir… Je me dis qu’en fait, je suis trop fort ! Et ça biaise tout le reste, je me dis que c’est comme ça que les choses se passent; tu rappes, et après tu fais 1 million de vues, c’est normal. Après ça, je vois que les choses ne se passent pas comme je veux qu’elles se passent, du coup je me dis que je vais monter ma propre équipe. J’ai envie de faire un autre genre de vidéo musicale. Quand je sors “Ambition d’un banlieusard”, les gens sont choqués et disent : “T’es parti à New-York ?!” alors que non, on est dans le 20ème. Le truc qui a fait qu’on a pas continué, on avait tous le même problème : on avait du talent et on voulait toujours tout péter. Alors que, réellement, quand tu veux marcher, il faut que tu te dises que tout ne va pas être parfait, il va forcément manquer quelque chose. La perfection, ça n’existe pas vraiment. C’est une leçon d’humilité. Si tu mets toujours deux ans à sortir un clip, tu peux sortir le clip que tu veux mais tu n’es pas Kany West, les gens ne te connaissent pas. Si tu mets deux ans, t’as forcément perdu, tu recommences à chaque fois. C’est pour ça que quand j’arrive au “Onze de légende”, je sors un morceau toutes les semaines, je me dis que je m’en fous de faire les trucs les plus beaux, les gens vont comprendre.

C’est pas tant un manque de moyens…

Mr Kayz : Non, c’est un problème d’humilité. Il y aura toujours des mecs ultra talentueux qui vont avoir des toutes petites carrières, et il y aura toujours des mecs qui ont beaucoup moins de talent qui vont faire d’énormes carrières, parce que les mecs qui ont moins de talent, ils ne se posent pas autant de questions ! C’est la même raison pour laquelle tu vas toujours voir des bonnes meufs avec des mecs qui sont moches ! (rires) Un mec qui est moche, il s’en bat les couilles, il sait qu’il est moche donc il va aller voir la meuf, il n’a rien à perdre. Un mec qui est un petit peu mignon, il va faire des styles… Au final, la meuf elle s’en fout de tout ça. C’est pour ça que tu vas voir énormément de mecs talentueux qui n’ont pas la carrières qu’ils méritent. C’est une question d’humilité, de perception et de travail.

Donc pendant toutes ces années, tu écris pour d’autres, mais tu te construis à distance de la musique ?

Mr Kayz : J’ai jamais arrêté d’écrire. J’y crois sans y croire, je le fais pas vraiment. Je suis toujours en studio, j’essaye de monter des choses. Et à côté de ça, vu que j’ai toujours plus ou moins eu des facilités en cours, je vais à la fac. Mais je sens qu’en vérité, c’est pas pour moi. Je suis là, mais je ne suis pas vraiment là.

“Nicolas Anelka le met dans une de ses vidéos à l’époque où, lui, il est au top de la vague. Donc du coup, le tout premier morceau que je sors, il fait je-ne-sais-pas combien de millions de vues !”

Tu n’as aucun projet professionnel à ce moment-là ?

Mr Kayz : Je n’ai jamais eu de projet professionnel. Je suis toujours allé à l’école parce que ça rendait ma daronne tranquille. Elle dormait bien la nuit, et comme j’étais doué à l’école quand j’étais petit, c’était la chose à faire : tu vas à l’école, tu suis le troupeau. A la fin tu regardes le truc : “Est-ce que j’ai vraiment envie de m’asseoir dans un bureau de 9h à 17h tous les jours pendant encore 50 ans ?” (rires) Non, non ! Donc j’ai fait la fac, DUT, j’ai commencé à travailler et j’ai détesté le truc ! A chaque fois, je ne suis jamais vraiment resté longtemps dans un taf parce qu’il y avait toujours un truc qui m’allait pas.

Tu as enregistré des sons à cette époque qui ne sont jamais sortis ?

Mr Kayz : Si tu prends “J-1” ou “Jimmy”, c’est des morceaux que j’ai écrit il y a 10 ans. “Jimmy” j’ai changé l’instru et le refrain. Quand tu te remets dans le contexte, en 2005, il y a une certaine image du rap. La discussion c’est “Si tu n’es pas allé en prison…” C’est pas que j’ai un problème de street cred du tout, mais j’ai rien à prouver, et quand tu connais les gens de ma famille, tu te dis “Je serais trop un trou du cul si je mentais et que je me faisais passer pour un mec…” L’image du rap est trop manichéenne. C’est difficile d’aller voir quelqu’un et dire: “-Tu fais quoi ? -Ben je suis rappeur…” Après il me regarde et se dit: “Toi t’es rappeur ?! Et t’es allé en prison où ?” Moi je m’en bats les couilles, même si je viens du 78, de te dire d’où je viens. Au bout d’un moment, le rap c’est de l’art, peu importe. Aujourd’hui c’est tellement vrai, la plupart des rappeurs ils ne viennent même plus de Paris ! Il y a les belges qui ont amené un vent d’air frais, les mecs autour de Paris que ce soit Dosseh, que ce soit Niro… Je suis pas à l’aise avec tout ça, donc je me dis que la facilité c’est de prendre de l’argent, je travaille.

Mais tu gardes cette passion pour le rap ?

Mr Kayz : Ouais, le rap ne m’a jamais quitté et je ne pense pas que ça me quittera un jour. J’ai toujours continué d’écouter du son US et français. Après, aujourd’hui, c’est vrai que j’écoute beaucoup moins de rap français mais je reste toujours connecté. Tous les matins, mon rituel : je me lève, je regarde les infos, je regarde Worldstar, je regarde Hip-Hop machin… Je me tiens au courant comme ça puisque c’est vraiment ce que j’aime et ce que je fais. Je trouve que c’est vraiment le pouls de la société en fait le rap. Quand tu veux savoir comment une société va, tu regardes de quoi les rappeurs parlent, et tu te rends compte de où est-ce qu’on est.

“Paye moi même si j’suis là par passion / Ils disent que le rap est mort, j’suis la réincarnation / J’sais bien qu’en France on n’aime pas les gens trop sûrs d’eux-mêmes / Mais j’vais pas marcher dans tes pas si t’as des chaussures de merde”  CTLR ALT SUPP

Pourquoi Mr Kayz ?

Mr Kayz : Parce que je suis un con, parce que je me la raconte ! Kayz ça vient de Keyser Söze (NDLR: personnage dans le film Usual Suspects). Quand j’étais tout petit, je trainais avec des mecs plus vieux que moi. Quand ils rappaient, ils ne s’attendaient pas à ce que je rappe. Ils m’ont mis sur le grill : “Vas-y, rappe !” Je me mets à rapper. J’ai deux grand-frères, dont un juste au-dessus de moi, lui il a toujours eu la lumière par rapport à moi. J’étais le petit-frère, mais t’sais j’avais des crottes de nez ! Quand je rappe, je rappe bien, donc les mecs disent : “T’es chaud en vérité !” Un grand de mon quartier me dit: “Tu leur as fait un coup de Keyser Söze !” J’ai coupé ça, j’ai gardé Kayz, et Monsieur c’est parce que c’est mon caractère de me la raconter, pour le côté challenge.

Quand DJ Kayz est arrivé…

Mr Kayz : (il coupe) Ça m’a rien fait du tout. Mon principe c’est toujours de me dire que ce que je suis capable de faire, personne n’est capable de le faire. J’ai pas à être en concurrence avec qui que ce soit.

Même pour le déficit ou préjudice de notoriété ?

Mr Kayz : C’est pas grave… Après, c’est une course de fond. Je ne suis même pas en concurrence avec lui, on ne fait pas la même chose. Ça se trouve, même, un de ces quatre on fera un “Kayz rencontre Kayz” !

La transition est toute trouvée; je t’ai découvert en 2009, au pays des Kaiser, sur ce projet franco-allemand qui rassemblait des noms installés des deux pays (Tunisiano, Akhenaton, Mac Tyer) et des valeurs montantes (Casus Belli, Kennedy, Alkpote). Comment t’es-tu retrouvé sur ce projet ?

Mr Kayz : Haftbefehl, il est BIG hein maintenant ?! Je suis à une soirée avec mon gars Sonar (NDLR : beatmaker français), je viens de le rencontrer à l’époque, c’est l’époque où le 91 ils sont là, ils ont le vent en poupe. Dans mon parcours, j’ai jamais arrêté en fait. J’ai fait énormément de choses qui ne sont pas sorties. On a fait un projet ensemble, pour x raisons, le truc n’est pas sorti, mais c’était pas ni de sa faute à lui ni de ma faute. J’ai toujours eu des très bonnes relations avec lui. A l’époque, je prenais en considération que mon rôle c’était le fait de rapper donc je m’arrêtais là. Le job était fait.

Sans même rendre ta musique disponible ?

Mr Kayz : Il y avait des gens qui étaient censés s’occuper du reste. Ils étaient plus vieux que moi, donc il y a le respect et tu ne veux pas outrepasser certaines choses…  Ils l’ont pas fait. Les morceaux sont là, et si ça se trouve, un de ces quatre, je me dirais “Rétrospective”… Pour revenir à la mixtape franco-allemande, c’était l’époque où Daymolition venait d’être lancé, on avait fait des freestyles avec eux, c’était Sonar qui avait fait la connexion. Là, j’étais signé dans une maison de disques à Gare de l’Est (je ne sais plus comment ils s‘appellent). Sonar me présente à un mec en soirée, il me demande de rapper “Oh ! Ça tue ! Viens en studio”. Quand j’arrive dans le studio, je vois Tunisiano, pffffiiouuu je prends une gifle, parce que le mec, quand il rappe, c’est de l’art ! Moi qui me croyais fort, je vois ça… Il y a d’autres choses que je n’avais pas pris en considération. Quand il rappe, il te le fait en une prise, et il n’y a pas de bégaiement, c’est soigné, c’est propre, tu vois que c’est un professionnel. Je rentre en cabine quand même, je ne sais même pas avec qui je vais rapper ou quoi que ce soit, je ne sais pas sur quel projet je sors. Je sors un couplet, il me met une instru, je rappe. Quelques mois après, on m’envoie un lien et je vois que je suis dans un clip avec un type mais moi je ne l’ai jamais rencontré le type en question. Le mec avec qui je parlais était Allemand et m’a dit : “Ca sort en France et en Allemagne”. Pour moi, c’est un truc comme un autre. Quelques années plus tard, je me rends compte qu’en fait en Allemagne, en Suisse, et un peu en Belgique, ils me connaissent. Je ne suis pas du tout connu en France mais les Allemands savent qui je suis. En 2014, je vois Kaaris qui fait un son avec ce mec-là, je me dis : “Ah putain, il est big en fait !”

Exact, c’est un des 10 plus gros rappeurs allemands aujourd’hui, signature Universal. Il a même repris “Zoo” de Kaaris en 2014.

Mr Kayz : C’est cool. Ca veut dire que j’ai été un des premiers à le faire avec lui, parfait !

A la suite de ça, on te retrouve sur le titre de Rockin Squat “L’Undaground s’exprime Chapitre 5”…

Mr Kayz : Ouais, sur l’album de Grodash aussi. J’ai également écrit un album pour un artiste kainfry, Werrason. J’ai fait un morceau en 2011, et ils ont sortis le clip en… 2016 ! (rires) Il y a un morceau où je rappe, ils ont laissé mes voix.

Arrive finalement le “Onze de légende” en 2016, onze titres sur Soundcloud.

Mr Kayz : J’ai même pas 11 titres. Quand tu vois le premier clip que je sors, “Forrest Gump”, j’ai ma casquette parce que je suis défiguré, je viens de sortir de deux mois d’hôpital, j’ai des boutons partout… c’est l’instinct de survie. Il y a mes proches, ma meuf de l’époque, qui me disent : “Rappe, fais-le !” Il y a beaucoup d’autres choses que j’expérimente. Avant, je considérais qu’être un rappeur c’était juste le fait de rapper, et pendant ces années-là je me mets à apprendre comment réaliser un clip, comment réaliser une prod et la faire évoluer.  C’est la période pendant laquelle je passe de rappeur à artiste. Je n’ai plus de limites, ce que j’ai envie de faire, je le fais. Si j’ai envie de chanter dans un morceau, je le fais. Ça vient avec l’état d’esprit “Borderline”, le label que j’ai monté entre temps. C’est la discussion que j’ai envie d’amener: ne pas avoir de limites. Ça vient de tout mon parcours, j’ai ressenti que je ne rentrais dans aucune case. Aussi bien dans le parcours scolaire, rapologique ou dans ma vie. Je me suis dit que ça avait grave du sens de sortir un truc auquel les gens ne s’attendent pas. Sortir un morceau et s’en battre les couilles s’il n’y a que 100 vues. Personne ne pourra dire qu’il peut rapper mieux que moi ! Donc c’est ce que je fais, je balance un morceau tous les mercredis, et je vois que ça parle aux gens et ça me plaît. La simplicité me plaît.

“T’arrives à la draguer, parce que tu vas la faire rire. Si t’arrives à lui donner un truc profond en lui disant une connerie, la meuf va être à la fois amusée et se dire que c’est intelligent. Et donc c’est mon approche. J’essaye d’être léger dans la forme mais d’être profond dans le fond.”

Tes textes sont remplis d’images, souvent bien amenées et on pourrait même qualifier tes egotrips d’intelligents. On ressent de vrais efforts d’écriture. Tu passes beaucoup de temps à construire tes textes ?

Mr Kayz : Je te remercie. Non, j’arrive mieux à m’exprimer avec des images. Écrire le texte, c’est pas le plus difficile. Le plus difficile pour moi c’est de vivre, et comprendre ce que j’ai vécu. Après, une fois que j’ai réussi à faire la synthèse, assimilé ce qu’il vient de se passer, c’est facile d’avoir l’image parce que t’as compris par où tu allais. Même mes egotrips, j’essaye de raconter quelque chose au final. Pour avoir la métaphore, c’est comme quand tu dragues une meuf; si tu lui racontes quelque chose “Tu vois, la politique, nananinana” tu vas lui casser les couilles. Mais si t’arrives à lui raconter quelque chose en lui racontant rien, t’arrives à la draguer. Tu vas la faire rire si t’arrives à lui donner un truc profond en lui disant une connerie. La meuf va être à la fois amusée et se dire que c’est intelligent. Et donc c’est mon approche. J’essaye d’être léger dans la forme mais d’être profond dans le fond. Je trouve que même les films que tu regardes à la télé, les blockbusters c’est ça en fait. Même Spiderman, c’est une métaphore de quelque chose. Et pourtant y’a plein d’effets de Hollywood et tout… J’essaye de toujours avoir ce mélange-là.

Dans tes références, il y a pas mal de films et de sports aussi. T’es un bousillé de séries, non ?

Mr Kayz : Ouais ! C’est ce que je vois au quotidien. Je suis plus séries que films. J’aime beaucoup l’approche et le temps que tu as de pouvoir exploiter. Je trouve que dans les séries, ils ont le temps. Ils ont le temps de raconter et de t’intéresser à chaque personnage, et en même temps à la globalité, comme dans Game of Thrones. Et je kiffe ça !

Le fait de truffer tes textes de ces références, ça les inscrit dans une époque. Tu n’as pas peur qu’à terme, ça vieillisse tes chansons ?

Mr Kayz : Quand tu prends “J-1”, que j’ai écrit il y a 10 ans, il y a : “les tox veulent des 10 keus d’herbe, elles voudraient plus avoir un boy comme Kevin Costner”. A l’époque de ça, Kevin Costner, c’est Bodyguard, c’est le gendre idéal, c’est l’équivalent de Di Caprio ou Ryan Gosling aujourd’hui. Tu comprends l’idée. Même “10 keus” on le dit plus ! Quand tu prends la totalité, t’arrives à comprendre où est-ce que je veux en venir. Ouais, c’est pas d’actualité mais j’ai des morceaux où je rappe pour le présent et j’ai des morceaux où la musique est intemporelle. Tu n’as pas besoin d’être né dans les années 70s pour comprendre Michael Jackson. Quand c’est bon, ça dure. Si ça ne dure pas, c’est que j’ai pas été assez bon.

Tu avais ramené Rmak sur “Onze de légende”.

Mr Kayz : Rmak, c’est mon gars depuis ! Quand j’ai rencontré les mecs de Daymolition, c’est là que j’ai rencontré Rmak. C’est un très bon rappeur, qui était dans la Sexion d’Assault avant. Nespo, qui a fait le clip de “La pluie et le botox”, c’est son frère. Ça aussi, ça fait partie de ma démarche : je ne fais pas de featuring par rapport au fait de ramener des noms. Quand je me suis retrouvé en maison de disques, j’ai fait un choix, plutôt que de ramener que des mecs qui sont connus… C’est pas ce en quoi je crois. Je crois aux gens avec qui je travaille et j’aime bien la loyauté. C’est la même raison pour laquelle quand on m’a demandé : “Avec qui tu veux faire une interview ?”, j’ai dit “Toi” !

Tu exclues l’idée d’un featuring ?

Mr Kayz : Non, du tout. Mais par rapport à moi, je me suis dit qu’avec tout ce que j’ai fait, ça serait très réducteur de me résumer à “Ah ouais ! Lui c’est le mec qui a rappé avec lui !” Et en plus, a fortiori, ça ramène toujours des problèmes le fait d’avoir été découvert par quelqu’un. Il y a des risques qu’il faut prendre. Si ça ne marche pas, je trouverai un moyen pour que l’avenir me récompense (rires). Et puis pour mon équipe, j’avoue que c’est un bon message fort. Parce que c’est bien de parler, en rap “Ouais, on est tous ensemble !” mais si tu dis ça, et dans les faits t’es avec tout le monde sauf les gens avec qui t’es depuis le départ, tu mens.

Après le “Onze de légende”, Sony vient à ta rencontre. Comment appréhendes-tu ce RDV avec une maison de disques ? Est-ce que c’est justement le bon moment pour toi, pour développer encore plus ta musique, ou est-ce que tu es méfiant, réticent à l’idée de perdre ton indépendance ?

Mr Kayz : Ca va avec mon but ultime. Quand je fais de la musique, mon but est de donner la possibilité à quelqu’un d’être soi-même. Je trouve que c’est mon rôle dans le rap… enfin, c’est ce que je fais. Pour atteindre ce but, la liberté, c’est ce que je cherche, il n’y a que des moyens de l’atteindre. Alors oui, je peux choisir, j’ai plusieurs maisons de disques avec qui je parle, oui je peux choisir d’être indépendant, d’être en contrat d’artiste, d’être en distribution… Peu importe la manière, tous les chemins mènent à Rome. Mais quand je parle avec Vincent Boivin, et que j’écoute son discours, je parle avec un mec qui est un businessman mais avant tout je parle avec un mec qui a une vision et qui a des convictions. Il me dit : “Ce que tu proposes, c’est différent. J’aime les risques que tu prends, et je crois en ce que tu fais.” Je crois beaucoup aux convictions des gens. Tous les idoles que j’ai, ils ont tous fait des trucs de ouf ! Tu prends Mohamed Ali, quand tu réfléchis à ce que le mec a fait… Ce mec-là, il a dit : ”Non, je vais pas à la guerre.” Il a deux bras, il a deux jambes, il est comme toi, comme moi, il a dit : “NAN !” Faut avoir des couilles. Je me dis que si lui il a des couilles comme ça, si Nelson Mandela il est capable de passer je-ne-sais-pas combien d’années en prison, moi je suis capable de subir le parcours que j’ai subi et d’arriver à mes fins. Je vais juste écouter ce que moi je crois, à l’intérieur de moi, je vais juste écouter mon cœur et je vais le faire. Et quand lui me parle, il parle à mon cœur et je me dis : “Vas-y, cool, viens on y va.” Jusqu’ici, ouais, je suis satisfait.

Tu es en contrat d’artiste chez Sony, sur le label Arista. Est-ce que cela signifie qu’ils travaillent avec toi dès la création, dès le studio ?

Mr Kayz : Ils me proposent des instrus mais après toute la DA, c’est moi qui fais ce que je sais faire. De toute façon, je suis un casse-couilles. J’ai décidé de signer avec eux parce qu’au moment où je sors le “Onze de légende”, je discute avec 2-3 maisons de disque. Quand je parle avec Vincent Boivin, le discours qu’il me dit… Tu sais, c’est la même raison pour laquelle je préfère faire mon interview avec toi. C’est une question de sensibilité. Quand tu parles à quelqu’un et tu sais que la personne elle comprend ce que tu veux et elle sait où est-ce que tu vas, tu n’as plus besoin de t’expliquer. Une fois que j’ai parlé avec lui, il sait que quand je vais aller en studio, je sais. Son but, c’est juste de me dire : “Bon, vas-y, qu’est-ce qu’il te manque ?” Après, quand je lui envoie un morceau, il me dit : “J’aime, j’aime pas”, tu vois ce que je veux dire ? C’est plus une discussion, ils n’essayent pas de me formater à quoi que ce soit.

“Je me dis que si moi, j’arrive à mon but, je sais que je vais pouvoir changer la discussion et que demain il va y avoir des rappeurs qui ne vont pas être obligés de dire “J’bricave” alors qu’ils bicravent pas. On va pouvoir parler d’autre chose, et ça me tient à coeur ça.“

A entendre les réticences et craintes des artistes rap qui signent des contrats de distribution ou licence avec des maisons de disque, on se rend compte qu’il y a comme une blessure du passé qui demeure, de cette époque où les DA imposaient des éléments comme des refrains ou des featurings. Penses-tu que ce schéma-la existe encore ?

Mr Kayz : De moins en moins, et c’est ce que je kiffe avec la musique d’aujourd’hui; t’as une liberté de ouf ! En vérité, on est peut-être dans une des meilleures époques de la musique finalement. Tout ce que tu veux, tu l’as. Si tu cherches du rap conscient, tu l’as, si tu cherches du rap mainstream tu l’as, etc.

Surtout, il n’y a plus ces pères savants pour expliquer ce qui est bon ou ce qui va marcher commercialement.

Mr Kayz : Exact, c’est cool.

Comment est-ce que tu te situes / considères aujourd’hui ? Comme un ancien du rap ou plutôt comme un jeune rookie qui a très faim ?

Mr Kayz : Je me considère actuel, autant qu’un Kendrick, ou un J.Cole, ou un Drake que est actuel aux States. Je pense que la musique c’est intemporel.

Etant donné que tu as un passif dans le rap, mais que tu débarques presque comme un jeune rappeur pour les auditeurs, est-ce qu’on peut comparer ta carrière à celle de JP Manova, dans le sens où vous êtes dans l’ombre depuis longtemps, par choix, mais que les gens du rap vous connaissent déjà depuis un bout de temps ?

Mr Kayz : Je ne connais pas du tout. Je connais personne, moi, dans le business. Les mecs du rap non plus, ils ne me connaissent pas. Quand Grodash me rencontre, il se rend compte qu’on connaît grave des gens en commun. Même si j’ai été en studio avec beaucoup de rappeurs et beaucoup de gens, je n’ai pas de relation personnelle avec qui que ce soit, et j’ai jamais essayé d’en avoir une. EJM, il doit se souvenir de moi en tant que bébé, mais jamais il sait qui je suis à l’heure d’aujourd’hui. Même JP Seck, il est dans mon quartier depuis toujours mais jamais il ne m’a pris au sérieux réellement et jamais je n’ai eu les couilles de lui dire “Mets-moi bien !”. Je me suis dit que j’allais rapper bien jusqu’à ce qu’il ne puisse plus m’ignorer. Et ça s’est passé comme ça, il m’a appelé et on a fait l’émission BET . Je me suis dit que j’ai mérité le respect que j’ai eu. Je ne regarde jamais en arrière.

Tu n’as plus cette gêne, tu assumes d’être rappeur devant ta famille ?

Mr Kayz : Ma daronne, elle ne savait même pas que je rappais ! Jusqu’en 2018. Je me suis rendu compte qu’elle le savait plus ou moins puisqu’elle m’a dit : “Ah, mais je t’ai vu à la TV !” J’ai dit : “Ouais, non, c’est pas moi !” (rires) Je suis Congolais, j’suis Z, mes oncles, c’est directement leur univers, ils ont grandi avec cette musique-là. A l’époque où j’écris pour Werrason, ils m’ont dit : “J’ai vu un truc où t’es là, ils m’ont parlé de toi…” Vu que mes deux frères faisaient de la musique, je disais à chaque fois que c’était pas moi. Quand j’ai signé à Sony, j’ai dit à ma daronne que je fais de la musique et je me disais qu’elle allait faire une crise cardiaque ! Quand j’étais petit, j’étais vraiment bon à l’école, et elle a gardé cette image-là. Pour elle, se dire “Mon fils, il fait du rap”, c’est comme si on disait “Ouais, ton fils est SDF, il a raté sa vie.” Toutes les subtilités que j’apporte à ma musique, je pensais pas que ma daronne aurait pu les comprendre mais en fait c’est juste dans ma tête, moi et mes peurs. Je lui ai fait écouter; il y a des trucs qu’elle n’a pas comprit, un morceau comme Forrest Gump, mais des morceaux comme “Jimmy” où ça parle de quelque chose, ou des morceaux plus musicaux, et là : “Ah ouais, quand même…!” Et c’est cool. On est pas encore au stade où je vais ramener un disque d’or mais ça va arriver.

Tu parles de tes frères. Ils sont encore actifs ?

Mr Kayz : Non. La relation que j’ai avec mes reufs, elle m’a forgée. Mike, c’est mon grand-reuf, Ce que j’aime vraiment, c’est ce que ton art va représenter sur le long terme. Pour schématiser, si t’enlèves Jay-Z, tu n’as pas Kanye West, tu n’as pas J.Cole, tu n’as pas Kendrick, tu n’as pas Drake. Je pense que quand t’as un talent et que tu sais faire quelque chose, t’as le devoir de le faire. Je me dis que si moi, j’arrive à mon but, je sais que je vais pouvoir changer la discussion et que demain il va y avoir des rappeurs qui ne vont pas être obligés de dire “J’bricave” alors qu’ils ne bicravent pas. On va pouvoir parler d’autre chose, et ça me tient à cœur ça. Comme l’album de J.Cole qui vient de sortir, je le trouve grave mature. Je trouve qu’il est grave décisif dans l’époque, comme le fait d’avoir eu un Kid Cudi il y a 5 ans, qui arrive et qui te parle de problèmes mentaux. Je trouve que c’est cool de pouvoir avoir ce genre de discussions, ça aide les gens au quotidien. C’est à ça que le musique sert. C’est ce que je fais et c’est comme ça que j’ai monté “Borderline”.

Tu peux nous en dire plus sur ton label Borderline justement ?

Mr Kayz : Il y a deux autres artistes : Kriks Murphy qui vient de Belfort et on attend tous qu’il déménage (rires), et KPTN J. Les deux sont mes cousins. Ils sont signés chez Borderline, pas encore chez Sony. Ils sont déjà en studio. Quand je réfléchis, je me dis que c’est Kriks qui a le plus gros potentiel: il a une putain de voix, il est capable de rapper, il est capable de chanter, il est capable de ramener de la musicalité, et il a une énergie qui est mortelle ! Il a juste besoin de croire en lui. KPTN J, il a été là dans toutes les époques où moi j’ai été, on a été toujours ensemble. Ca me fait plaisir de vivre ça avec mes zincou. C’est un aboutissement.

Donc là, tu fais ton job à plein temps ?

Mr Kayz : Ouais. Matin, midi, soir. C’est cool, c’est une grosse victoire pour moi.

C’est toi qui a eu l’idée de reprendre le concept d’envoyer un nouveau son/clip chaque Mercredi ?

Mr Kayz : C’est eux qui me l’ont dit. Quand moi j’ai signé chez Sony, j’avais déjà un album de prêt. Ils m’ont dit : « – L’album que tu veux faire, c’est cool, mais faut arriver par le haut. – Ouais, ok. Donc ça veut dire quoi ? – Là, ton délire, t’arrives avec un truc qui est qualitatif et peut-être même plus qualitatif que ce qu’il se fait sur le marché français. Nous, on veut aller encore plus loin. Si t’as les meilleurs morceaux, on veut que tu aies les meilleurs clips avec. – Ah ! Vous avez une paire de couilles donc ! » (rires) Et j’aime bien.

Maintenant que tu es signé, le sablier est retourné pour toi comme pour ton label. Comment vous travaillez et fixez concrètement vos objectifs et les moyens d’y parvenir ? Est-ce qu’il y a une stratégie figée dès le départ ou est-ce que c’est vous avisez petit à petit ?

Mr Kayz : Il y a des choses qui sont maîtrisables, et d’autres qui ne le sont pas. Comment  les gens vont-ils réagir à un certain morceau ? On ne peut pas le maîtriser. Par contre, il y a des choses qui sont maîtrisables. On part sur des certitudes : “-Kayz, tu sais rapper ? -Ouais.-OK. Est-ce que tu sais vraiment rapper ? Parce que si tu sais vraiment rapper, tu vas pouvoir le faire pour toujours. Ne te soucies pas de ce qu’il se passe tout de suite.” Si t’as un morceau qui a fait 1000 vues, transforme les 1000 en 2000, puis les 2000 en 4000. Tu vas voir que tu vas arriver à quelque chose, après, il y a d’autres choses qui vont se passer. Là, à la fin des 10 épisodes, il va y avoir une mixtape qui va arriver avec un autre format de stratégie; ça veut dire qu’on va être dans la presse, ce qu’on n’a pas du tout cherché à faire. Pourquoi on n’a pas décidé d’avoir un relais presse dès le premier épisode ? Parce que tout ce qu’on fait, c’était atypique. Ce qu’on cherche à faire, c‘est établir un dialogue où les gens aiment réellement la musique, on ne veut pas que les gens nous aiment parce qu’on marche. Si on donne de la bonne musique, les gens vont aimer, et les gens aiment. Maintenant les gens ne nous voient pas. On a une tape qui va sortir là, on va avoir plus de pub et être dans les médias. On va en presser en nombre limité d’exemplaires.

“Ce qu’on cherche à faire, c‘est établir un dialogue où les gens aiment réellement la musique, on ne veut pas que les gens nous aiment parce qu’on marche.”

Ça amène à de la scène ?

Mr Kayz : Ouais ! Je suis déjà en train de parler avec des tourneurs. A la sortie de la tape, il va y avoir un concert sur lequel on va se pencher là. De toute manière l’année prochaine, je suis dans la scène.

T’en as déjà fait un peu ?

Mr Kayz : J’ai fait beaucoup de scènes. J’ai fait 45 Scientific à l’Elysée Montmartre, après avec le groupe avec lequel j’ai commencé on faisait tout le parcours que tu connais: maisons de quartier, scène à gauche, à droite… Je pense que la scène, c’est un de mes atouts aussi. C’est comme le freestyle pour moi. Quand je suis en freestyle, je rappe pour tout niquer, tu vois ce que je veux dire ? La scène, c’est la même approche, c’est quelque chose que j’ai envie de faire. Je sais que je ne vais pas faire Bercy demain, donc du coup, en terme de moyens, de choses et d’autres je ne vais pas avoir tout ça, mais ça va être cool de pouvoir rencontrer les gens qui aiment ma musique et de pouvoir exprimer ma musique d’une autre manière.

C’est ta deuxième et dernière carte de visite avant l’album ?

Mr Kayz : Clair ! L’album, je l’ai à l’intérieur, je commence à avoir les discussions dans ma tête, je commence à comprendre où est-ce que j’ai envie qu’il se dirige. Avec le temps, j’ai de moins en moins de problème avec le fait d’être personnel sur certaines choses. Tout à l’heure, je te citais J.Cole, je trouve que ses albums sont très personnels mais ils en disent beaucoup sur la société. Je pense que la meilleure manière de parler de la société, c’est de parler de soi. J’espère que j’arriverai à avoir ce mélange de pertinence et d’impertinence.

Aucun de tes nouveaux sons ni de tes nouveaux clips ne se ressemblent. Quelle image souhaites-tu véhiculer ? Quel message portes-tu ?

Mr Kayz : Que c’est cool d’être soi-même ! Que t’es pas obligé de faire comme tout le monde et que t’es pas obligé d’être ce que les gens veulent que tu sois. C’est pas parce que quelqu’un va entendre un storytelling de toi que t’es un “rappeur conscient”. C’est pas parce que quelqu’un va entendre un morceau de toi où tu turn up que tu vas être un mec qui turn up tout le temps. Dans la vie, tu fais ce que tu veux. Si les gens comprennent, ils comprennent, s’ils ne comprennent pas, ils ne comprennent pas. On a qu’une vie, tu ne peux pas passer ton temps à satisfaire tout le monde, il faut que tu te satisfasses toi. Et puis c’est cool, quand tu travailles avec quelqu’un, de voir que la personne arrive à donner une âme différente à ton clip. S’il fallait qu’on retienne une chose de ces 10 morceaux, c’est qu’on est libres. Donc ne t’attends à rien, juste assieds-toi et regarde ce qu’il va se passer parce que tu ne vas pas pouvoir prédire ce que je vais faire après (rires). Pour l’avenir de ma carrière, c’est bien que les gens ne s’attendent à rien. Tu ne t’attends pas à ce que Kanye West veut faire, tu ne sais pas ce qu’il va faire, juste tu l’acceptes.

“J.Cole, je trouve que ses albums sont très personnels mais ils en disent beaucoup sur la société. Je pense que la meilleure manière de parler de la société, c’est de parler de soi. J’espère que j’arriverai à avoir ce mélange de pertinence et d’impertinence.”

Dans ta démarche, tu vas chercher des beatmakers et des réalisateurs différents à chaque titre ?

Mr Kayz : Pour la mixtape Borderline, ça a été le même réalisateur, Guillaume King, qui avait fait le premier clip de Booba “Repose en paix” et le clip de 113 / Le Rat Luciano / Booba “On sait l’faire” (NDLR : mais également les clips de Rim-K “Boozillé”, Busta Flex “Nuff respect”, Fonky Family “Marginale musique”…) C’est un mec qui avait une carrière il y a 20 ans. On a un peu le même parcours: il a fait ça, après il s’est senti limité, il est rentré dans la pub, il avait une boite de pub, il a fait beaucoup de choses et là il s’est dit : ”La pub c’est cool mais c’est trop formaté. C’est bien, parce que je gagne des sous, mais les sous, c’est pas synonyme de bonheur. J’aimerais bien retourner à mon premier amour.” Donc on nous a connectés. C’est cool parce qu’au-delà du fait qu’il comprend ma musique, il a une approche que j’ai pas. Avec l’âge, il a une certaine maturité, et il me calme sur certains trucs. On lui a laissé les 10 clips et c’est cool parce que ça ne se sent même pas que c’est lui qui fait les 10 ! Il n’y a pas un truc qui se ressemble. Par rapport aux prod, ce ne sont que des beatmakers différents. J’en ai amené quelques-unes. J’ai mis mon grain de sel sur toutes les prods. La plupart des beatmakers avec qui j’ai travaillé, je ne les connais pas et je ne les ai jamais rencontrés. C’est juste la musique qui nous a liés. C’est pur !

Un Mot de la fin ?

Mr Kayz : BORDERLINE !

BORDERLINE sera disponible le 29 juin en streaming et téléchargement.

Retrouvez ici la participation de Mr Kayz à notre dernière mixtape, DU BON SON #4.

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook  ou le compte twitter du Bon Son.