Nous sommes déjà début janvier, 2017 et ses bilans de fin d’année sont désormais derrière nous. Cependant, comme 2016, le mois de décembre fut le théâtre de sorties de qualité, venant bouleverser les rétrospectives écrites avec un peu trop d’anticipation.

Le 4 décembre : MGZ – Hiems (Prod. Kartoon)

Rapide et technique, le jeune MC de 22 ans continue discrètement mais sûrement son petit bonhomme de chemin et sortait un second morceau début décembre pour annoncer la sortie d’un EP en janvier. Sur une nouvelle prod de Kartoon, toujours en base boom bap et boucle légère et groovy, il pose tranquille ses allitérations et son flow mélancolique sur ce qui ressemble à un joli freestyle hivernal sans refrain. A l’image de « Premier Contact » sorti en début d’année, ce morceau s’écoute avec plaisir et s’insère sans forcer dans nos playlists. Un deuxième extrait de l’EP, aux accents plus trap, sorti en fin de mois, nous a moins convaincu mais aiguise définitivement notre curiosité quant au projet à sortir – Sarah

Le 4 décembre 2017 : Alkpote & Vald – Plus Haut

Rien de mieux qu’un morceau de six longues minutes pour annoncer la saison trois des marches de l’empereur. Quel empereur ? Celui de la crasserie bien entendu. Le Serge Gainzbeur à la langue virulente (au sens propre comme au figuré), la gargouille d’Evry sur Seine ou l’Aigle de Carthage,  bref appelez le comme bon vous semble… Comme la Team Rocket (pas celle de Houston), Alkpote est éternel. Alors qu’il avait annoncé il y a tout juste un an l’arrêt prochain de sa carrière, l’ex-rappeur de Néochrome en est finalement loin du compte. Plusieurs futurs projets sont annoncés, la BD “Les Aventures de Jonathan H” (en collaboration avec WildSketch) est sorti au début du mois, et les featurings s’enchaînent (ici avec Vald et très récemment avec Jean Jass et Caballero). Deux ans après le premier featuring avec Vald, les deux compères se retrouvent une nouvelle fois pour un exercice qu’ils maîtrisent : l’échange de phases dégueulasses. Sur une instrumentale super protéinée du duo Beebs et Seezy , Vald et son père Alkpote (ou Alkapote et son fils Vald) laissent libre court à leurs plumes sordides et se fendent de punchlines qui feraient presque passer Franky Vincent pour un poète au lyrisme rare : “Ma voix dans l’transistor, le Diable est mon ventriloque/J’éjacule du venin, sur ces branquignoles / Y’a pas d’antidote, j’suis aux antipodes d’tes gentils potes”. – Clément

Le 1er décembre : Damso – Tueurs 

Si l’album de Damso Ipséité restera l’une des sorties les plus marquantes de l’année, l’un de ses titres les plus originaux se trouve sur la bande originale du film Tueurs. Réalisé par d’anciens braqueurs, le long métrage s’accompagne d’une B.O. inspirée dont la tracklist s’avère être 100% belge : JeanJass & Caballero, Isha, Senamo, Krisy ou Hamza ont tous placé un inédit en lien avec la thématique du gangstérisme. Si Animalsons a réalisé douze prods, l’unique exception résulte du choix de Damso de s’entourer de BBP pour délivrer ce puissant inédit. Dépourvu de toute candeur, il anticipe un avenir bien à lui, loin du cliché de la vie rangée “femme-enfant-maison-niche du chien” mais proche de la violence, du danger et de la prise de risques. Toujours parsemé de lignes fortes “J’te dis je t’aime aujourd’hui pour une histoire sans lendemain”, il s’appuie sur une rythmique douce et agréable, sur laquelle on imaginerait facilement un texte léger aux saveurs exotiques, alors qu’il n’est rien. Contrepied parfait, la magie du duo a opéré. Pourvu qu’il y en ait d’autres. – Antoine

Le 14 décembre : Swing – Cercle (Prod. Mataya)

Ritournelle aérienne et flow précis, le belge de l’ODC pose ici pépère avec la subtilité et l’application qu’on lui connaît pour proposer un premier extrait réussi au premier projet solo qu’il prévoit de sortir en janvier. Un brin flegmatique, il applique doucement sa signature, où les refrains chantés sans complexe contrebalancent des couplets efficaces et bien ficelés (dont une partie reprise d’un des freestyles posé sur le Grünt 33 spécial Belgique de début 2017, que les aficionados auront directement reconnus). Le morceau nous fait surfer avec plaisir sur une vague de groove bien agréable pour faire face à l’effervescence folle de fin d’année, et c’est bien appréciable. – Sarah

Le 24 décembre : Makala – Ginger Juice (Prod. Pink Flamengo)

Le rappeur genevois Makala a sorti la veille de Noël un banger idéal pour se trémousser pendant les fêtes. Produit par son acolyte Pink Flamengo, le track “Ginger Juice” est loin de figurer dans les standards du rap actuel (si toutefois, il y a des standards…). Instrumentale à mi chemin entre le kitch des 80’s (le synthétiseur moog régnant alors en maître sur cette décennie) et la musique électronique actuelle, flow nonchalant assez détaché et texte égotrip, clip tranquillement barré : tous les ingrédients sont réunis pour se mettre à gesticuler comme les protagonistes du clip. On attend la suite. – Clément

Le 17 décembre : Sopico – Arbre de vie (Prod. Sopico)

Il n’en finit plus, le jeune Parisien, de nous envoûter. Conclusion d’une année hyper productive où, morceau après morceau il a su séduire et convaincre sur des registres musicaux parfois osés et souvent très différents, « Arbre de vie » est l’ultime démonstration de l’immense talent du membre du Dojoklan. C’est cette fois sur des accents de reggaeton, qu’il a lui-même produits, que le flow du jeune MC se pose avec une maturité et un naturel qui force l’admiration. Difficile de ne pas se laisser toucher par ces vers introspectifs et difficiles bercés par une prod presque à contre-emploi, qui souligne pourtant une émotion aussi pudique qu’intense. Premier extrait d’un projet annoncé pour ce 26 janvier, entièrement produit par le MC lui-même, on ne pouvait espérer meilleure mise en bouche pour attendre ce qui s’annonce comme une des belles promesses de 2018. – Sarah

Le 1er décembre : Furax Barbarossa & Jeff Le Nerf – Virus (Pord. DJ Rolxx)

Annoncé depuis plusieurs années, l’album commun entre Jeff Le Nerf et Furax Barbarossa a enfin vu le jour. C’est que, malgré la parenthèse Inglourious Bastardz, on pouvait commencer à douter d’assister un jour à sa sortie, entre les envies d’arrêter affichées du Grenoblois et les différents reports depuis 2011. Sur “Le préau te cause 2”, leur première collaboration en 2009, la compatibilité microphonique sautait déjà aux yeux. Mais qui aurait pu parier qu’elle resterait intacte des années plus tard, et qu’elle donnerait lieu à un projet fort de treize titres de haute volée ? Sur Dernier manuscrit la science de la rime atteint en effet des degrés de précision et de maîtrise rarement observés, et se révèle particulièrement efficace sur “Virus”, qui raconte les coups de foudre des deux fins limiers pour le rap vingt ans en arrière, sur un breakbeat enlevé du meilleur effet. – Olivier

Le 17 décembre : Le 77 – Ladybawler

Fort d’un premier EP décontracté délivré l’année dernière, Le 77 (prononcez comme eux) pousse encore plus loin dans le conceptuel. Le “bawlerz” gang version élargie (Zwangere Guy et Blu Samu ne sont jamais loin) tease son nouvel album depuis la fin octobre à coups de clips colorés et de morceaux aux sonorités hybrides. Dans “Ladybawler”, le bien nommé Dr Peet est convié de force par Féléflingue et son équipe d’hédonistes à festoyer dans le vagin d’une de ses patientes. Histoire, certainement, de célébrer la future naissance de l’album Bawlerz, prévue pour le 2 février prochain. Cheers– Manu

Le 15 décembre : Graindsable – 20 ans d’âge 

Les auditeurs avertis connaissent Graindsable pour ses faits d’armes aux côtés de Jeff Le Nerf, Wira ou Neka sur morceaux, sur scène ou en radio. Avec un rap qui comptabilise désormais “20 ans d’âge” et son grain de voix tout de suite reconnaissable, le MC a sorti le mois dernier son premier projet, Bug de la matrice, en compact disc seulement, une façon de concrétiser physiquement ses deux décennies d’activité, et de démontrer l’étendue de ses capacités tant sur des productions actuelles que sur du 90 BPM. Sur “20 ans d’âge”, l’ancien membre de Touareg Records résume son parcours, accompagné sur son clip de grandes figures de ce que l’on nomme communément “le rap indé”, dans les coulisses du dernier Demi Festival qui s’est tenu en août dernier au Théâtre de la Mer de Sète. – Olivier

Le 7 décembre : Euphonik – Itô Noé

« Je te ramène à la vie puisque l’histoire t’a oubliée » déclare Euphonik au début du deuxième couplet. Qui parmi nous connaît Itô Noé ? Quelques lecteurs d’Alternative libertaire, des historiens spécialistes du féminisme, du Japon ou de l’anarchisme, mais très peu de personnes. Alors, quand Euphonik décide de lui consacrer un titre, la curiosité nous pousse à tendre l’oreille. Mais quand le clip et la mélodie sont d’une qualité telle que tout dans ce titre est particulièrement appréciable, il apparaît nécessaire de le faire figurer dans cette sélection du mois de décembre. Sur une instrumentale d’El Renardo, Euphonik raconte l’histoire de cette femme qui s’est révoltée contre la société traditionnelle patriarcale de son temps jusqu’à en perdre la vie. « Itô Noé » est un superbe storytelling dont le mérite principal est de tirer de l’oubli une grande figure de la lutte féministe. Le clip, tourné au Japon, vient magnifier le tout. – Costa