[Interview] GAÏDEN : « Pour moi, A DÉCOUVERT est mon premier album solo. »

Nous nous sommes entretenus avec Gaïden à l’occasion de la parution d’A découvert, son premier véritable album solo, et en avons profité pour faire le point sur les trois années qui ont séparé cette sortie de celle de son précédent projet, Toxiplasmose, entre les Rap Contenders, la sortie de Grand Line, ses aventures avec Yoshi, les plaisirs de l’autoproduction, et tout plein d’autres trucs. Magnéto:

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Salut Gaïden, comment ça se passe à quelques jours de la sortie ?

Là je suis en plein « NBA 2K ». (rires) Je suis plutôt dans la phase où j’envoie les mails à la presse, tout ça…

Nous t’avions interviewé pour Toxiplasmose, et depuis on a continué à te voir participer aux Rap Contenders, jusqu’à la 8ème édition… Tu n’as pas participé à la 9ème, comment te situes-tu par rapport à la ligue de battles ?

Oui pour la 9ème édition j’étais seulement dans le jury, et suite au RC 8 j’ai aussi participé à la Punch Ligue contre Nem, qui pour le coup était vraiment mon dernier battle. C’est devenu vraiment une discipline, donc je ne me sens plus trop concerné. En fait quand j’ai été contacté pour le premier, j’avais déjà fait des battles, et je me suis toujours considéré comme un rappeur qui fait des clashs, pas l’inverse. Maintenant, les mecs qui sont dedans, ce sont des battlers comme ils disent au Québec, et je ne me considère pas dans cette discipline. Et après j’ai un peu fait le tour, j’en avais déjà fait il y a quelques années, et je n’ai plus trop le goût à ça. Ça m’a fait plaisir quand je l’ai fait, et je me suis arrêté quand j’ai senti que je n’avais plus trop envie de le faire.

Pour beaucoup, les RC ont servi de coup de projecteur, tu ne t’es pas aussi dit qu’après tant de participations les gens qui s’intéressaient aux RC te connaissaient, et que ce n’était plus forcément utile ?

Forcément je me le suis dit, j’ai un cœur mais aussi un cerveau. Ce n’est pas pour faire une phrase démago mais ce n’était pas mon objectif de chercher des vues quand j’ai accepté, j’y étais au tout début quand il n’y avait rien du tout, donc je ne savais pas si ça allait marcher ou pas. Je l’ai vraiment fait pour m’amuser à la base. Après une fois dedans ça aurait été bête de partir une fois que le truc buzzait, surtout que j’y prenais du plaisir. Quand j’en ai pris moins, je me suis dit que j’avais fait le tour. Dony m’a proposé de participer au RC 10 et honnêtement j’ai fait le tour de la question, je ne vois pas qui j’aurais envie d’affronter. Maintenant je ne me sentirais pas à ma place en affrontant un mec qui est un clasheur alors que moi je suis plus un rappeur. A la limite, si un jour j’ai une histoire avec un rappeur qui me taille publiquement, et que j’ai envie de régler ça peut-être qu’il y aurait une motivation. Mais en créer une juste pour gagner, non.

« Sincèrement, si je trouvais pas le mot aussi stupide, j’aurais pu qualifier Toxiplasmose de street album. »

Justement, il y a eu le fameux clash avec Sinik en direct de Planète Rap. Suite à ça beaucoup s’étaient un peu indignés en disant que sur place Sinik était en terrain conquis, avec tous ses gars, et que tu t’étais un peu jeté dans la gueule du loup. Comment l’analyses-tu a posteriori ?

J’y suis allé sans trop de calculs, je ne l’ai pas vraiment vécu comme un clash mais plutôt comme un freestyle égotrip l’un contre l’autre, c’était vachement artificiel… Je ne sais pas, je l’ai bien vécu, je me suis amusé, mais je n’en garde pas non plus un souvenir de ouf, ni en bien ni en mal. Pour moi c’était aller faire du rap à Planète Rap. Si ça avait été à Générations ou à Nova j’y serais allé aussi, sur n’importe quelle petite radio.

Suite à ça il y a eu le projet Grand Line avec Kimble, Sasss, Tidess et FaderBeaz, et sur ton précédent album on retrouvait beaucoup de featurings. A découvert, ton nouvel album, n’en contient pas, pourquoi ce choix de n’inviter personne ?

Pour plein de raisons. D’abord parce que j’ai déjà fait pas mal de featurings, et que sans faire le mec blasé, là tout de suite il n’y a pas un mec en particulier qui me ferait rêver pour un featuring. Je vais avoir 30 ans, et je me dis que ce serait cool qu’avant ma trentaine j’aie sorti un album vraiment solo comme certains artistes à l’époque comme Shurik’N par exemple, Ideal J… Même s’il y avait un ou deux feats certes. Et puis il y a le côté pratique pour les concerts. Par exemple Toxiplasmose il y a 5 solos et le reste c’est des featurings, donc le faire en concert c’est galère. Et c’était un défi aussi dans un sens. Et enfin il y a une différence entre ce que tu peux dire en solo et en groupe. C’est un album nettement plus personnel.

Considères-tu A découvert comme ton premier vrai album, sans dévaloriser Toxiplasmose ?

Clairement. Pour moi, et je pense que pour les gens aussi, A découvert est mon premier album solo. Sincèrement, si je trouvais pas le mot aussi stupide, j’aurais pu qualifier Toxiplasmose de « street album ». On a l’impression que quand les rappeurs sortent un street album, c’est pour prévenir qu’il n’y aura pas de qualité, ça pue la douille en général. Mais dans sa construction, Toxiplasmose a été fait comme un street album dans le sens où avec les RC je me suis dit qu’il fallait que j’aie un truc à proposer. Donc j’ai regroupé des morceaux, enregistrés d’autres, alors qu’A découvert a été fait dans la logique d’un album du premier au dernier morceau. Si c’était de la littérature, Toxiplasmose serait un genre de recueil, alors qu’A découvert serait un roman.

J’avais lu dans une interview que tu qualifiais ton rap d’ « inconscient » en opposition au rap dit « conscient ». Malgré cela, est-ce qu’on aura droit sur cet album à des morceaux plus personnels, moins égotrip ?

L’album est nettement moins égotrip, il est plus âgé on va dire, à l’époque j’étais un peu plus dans la provocation. J’ai du mal avec les rappeurs qui se disent « conscients », je trouve ça stupide. Sans donner de noms, même si j’ai des visages qui viennent naturellement dans ma tête (rires), je trouve que ça ne veut rien dire d’être rappeur « conscient ». C’est comme « rappeur blanc », « rappeur noir », « rappeur machin »… Tu es un rappeur ou tu n’es pas un rappeur. Florent Pagny il ne se demande pas s’il est un chanteur conscient ou chanteur de pop, bon c’est un mauvais exemple parce qu’il est un chanteur de merde. Je trouve ça débile de se mettre des étiquettes pour rien, et puis il y a des morceaux qui paraissent idiots et qui sont moins cons que les morceaux intelligents de certains. C’est surtout ça qui me faisait taquiner ce courant de rap conscient. Donc pour répondre à ta question, peut-être que des gens vont trouver ça plus conscient, mais je trouve que ce n’est pas le bon mot.

« Franchement je suis super content du résultat, ça va au-delà de mes attentes. »

Quelle évolution vois-tu dans le propos entre Toxiplasmose et A découvert ? On retrouvera plus de morceaux à thèmes ?

Oui, après je ne parle pas de choses, mais de moi comment je vois les choses, tout passe à travers mon œil et mon vécu. C’est beaucoup plus personnel et intimiste, même si je ne sais pas si c’est le bon mot, sur certains sons. Je parle beaucoup plus de moi, il y a beaucoup moins de personnages, même s’il y a quand même deux ou trois morceaux égotrips. Mais oui, il y a un travail d’écriture différent par rapport à Toxiplasmose. Un morceau comme « Paix, amour et acte de barbarie » par exemple, aujourd’hui ça me fait chier de le faire sur scène parce qu’en termes de technique il y a trop de mots, c’est hyper fatigant à faire, il n’y a pas de respiration. Aujourd’hui je laisse beaucoup plus les instrus parler… Il y a une vraie différence entre les deux albums, il n’y a pas photo.

Tu as annoncé l’album avec une nouvelle série d' »Actes de freestylerie », et sur les cinq, Goomar a produit les trois premiers, et il produit également le premier extrait et intro de ton album, « Avant-gardiste ». Va-t-on le retrouver sur d’autres titres ?

Non, il n’a fait que l’intro de l’album, le reste c’est 80% mon beatmaker Raheem, plus Beus Bengal sur une prod, Shaolin Beatmaker sur une autre, Tayreeb et Draw Beats. Mais majoritairement c’est Raheem, Goomar je bosse régulièrement avec, comme en ce moment sur l’album avec Yoshi, mais il n’a pas fait plus que l’intro sur l’album. Au delà du fait que je l’apprécie humainement, c’est vraiment un bon beatmaker.

Tu matures cet album depuis longtemps, ou au contraire il s’est fait très rapidement ?

Ça a mis quasiment deux ans jour pour jour entre le premier et le dernier morceau. A la base j’avais sorti quelques vidéos freestyle tournées à Amsterdam il y a deux ans, c’était vraiment les ébauches du début de l’album. Il y a un des freestyles qui est un couplet d’un morceau de l’album. En fait au début on s’est posés avec Raheem et on a fait ces freestyles pour voir où on voulait aller, et ça s’est ensuite affiné petit à petit. J’ai fait pas mal d’aller-retours à Amsterdam parce que le studio est là-bas, et je dirais que ça fait un an qu’on va tout droit en sachant exactement où. Franchement je suis super content du résultat, ça va au-delà de mes attentes.

J’ai été surpris de ne pas voir Yoshi au tracklisting…

Ça n’a rien de personnel puisqu’il n’y a personne.

Mais je vois que vous préparez un album ensemble, tu l’as aussi ramené aux Rap Contenders, et on vous a également entendu ensemble sur Appelle-moi MC 2 de DJ Blaiz, une compilation sur laquelle on ne s’attendait pas forcément à vous voir figurer, les autres participants ayant l’habitude de poser régulièrement ensemble… D’ailleurs votre morceau revient souvent quand on parle de cette compilation.

C’est vrai qu' »Appelle-moi Papa », il a bien tourné franchement à notre niveau. J’ai eu pas mal de bons retours, et je sais que le refrain rentre bien dans la tête. Quand on le fait sur scène, les gens sont contents en général, ils sont de bonne humeur, c’est un morceau sympa.

Où en es-tu avec Toxiclabot ? On n’en entend plus trop parler…

En vérité, quand je disais « Toxiclabot » à l’époque, ça n’existait déjà plus officiellement. C’était plus comme un cri de ralliement pour big up mon pote Specta et son équipe. Donc je n’ai jamais vraiment été dedans, mais j’étais parmi les gens qui bossaient avec Specta. C’était un peu comme un nom de team, sans que ce soit très formel. Donc je ne suis plus affilié à ça puisque ça n’existe plus, mais je ne suis pas du tout en froid avec Specta. Mais à un moment donné je me suis dit qu’il était temps de voler de mes propres ailes, de ne plus tenir de drapeau.

Du coup tu sors cet album avec une structure en particulier ?

Avec la structure de Raheem, No Name Studio. C’est vraiment du pur indé, on est en autoprod totale : on est deux, c’est nos sous… D’ailleurs c’est même pas nos sous, on va payer le pressage avec les premières commandes. Donc c’est vraiment de la pure mission indé là.

Donc tu réponds à ma question au sujet du pressage du projet.

Oui, mais sans distrib’, juste de la vente par correspondance. A partir de la 100ème commande, ou plutôt à partir du moment où on a les fonds pour faire presser, on envoie les disques en presse. Donc il faudra compter un petit mois, sachant que les gens qui vont le commander auront l’album offert en mp3.

« J’ai la pression d’un mec qui revient, et en même temps la non-pression d’un mec qui arrive. »

On a pensé à faire des précommandes, et au final on a préféré faire comme ça. On aurait pu faire un Kiss Kiss Bank Bank mais sincèrement je vois vraiment ça comme de la mendicité. Je n’ai rien contre les mendiants, mais je pense qu’il y a des gens qui ont vraiment besoin de mendier, mais pas les artistes. On a des choses à vendre, et je préfère ce procédé de vente, et le temps que je réunisse les fonds je l’envoie au pressage. Ça ne va pas prendre très longtemps puisqu’on va en presser mille, ça ne va pas coûter très cher. Mais à ce stade je ne veux pas de distrib’, partager l’argent avec la Fnac ou d’autres gros distributeurs. J’en ai marre de partager mon panier à œufs avec des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans une ferme. Au final si tu en vends 100 tout seul de la main à la main, tu te fais autant d’argent que si tu en vendais 800 à la Fnac.

Ce procédé de vente est assez peu courant en tout cas.

J’ai mon éthique, et j’essaie d’être en accord avec, et c’est la meilleure solution pour moi à l’heure actuelle, on verra si ça change avec le temps. C’est un peu la réflexion d’une PME face à la grande distribution.

Le nom de l’album « A découvert », c’est pour souligner le fait que c’est ton premier album vraiment en solo ?

C’est marrant parce que c’est ce que tout le monde me dit. En fait c’est à double emploi, et pour moi le premier emploi serait « à découvert financier ». (rires) Après tu peux être à découvert de plein de façons : financièrement, quand tu te découvres, ou bien sur un champ de bataille… J’aime bien cet emploi multiple de l’expression.

Des dates de prévues pour défendre cet album sur scène ?

J’espère faire un maximum de dates, ce n’est pas évident parce que je suis vraiment tout seul à tout gérer donc j’essaye de gratter des dates là ou je peux. Je suis en train d’essayer d’organiser une date sur Paris, mais ce ne sera pas tout de suite. J’aimerais faire un bon concert pour janvier avec Yoshi puisqu’on y joue rarement au final. Mais voilà, j’adore la scène, c’est un album que j’ai pensé aussi pour la scène… Sincèrement je pars sans featuring, sans distrib’, sans le buzz des RC qu’il y a eu il y a trois ans… Pour moi je repars vraiment à zéro. C’est comme si j’avais 18 ans et que je sortais mon disque.

Tu ressens une certaine pression, ou justement le fait de repartir à zéro fait que tu n’en ressens pas ?

C’est un peu les deux. Ça fait trois ans que je sors peu de choses, à part Grand Line… On a surtout fait des concerts avec Yoshi, une tournée en Afrique, lui il a sorti son album avec S.O.A.P… En fait j’ai la pression d’un mec qui revient, et en même temps la non-pression d’un mec qui arrive. Donc on verra, on part à l’aventure sans filet… A découvert.

Le projet qui suit c’est donc l’album avec Yoshi…

Oui, on est en train de le maquetter tout doucement, donc pas de date, pas de nom, mais ça va arriver et ça sera bien sympa. Et ça sera aussi l’occasion de faire des dates pour cet album.

Un mot de la fin ?

Je suis très mauvais pour ça… Rendez-vous le 7 octobre sur mon Bandcamp ! Prenez le temps d’écouter le disque, réfléchissez, pesez le pour et le contre, il y a beaucoup de « pour » et peu de « contre », et soutenez si vous voulez ! Et il y aura tous les lyrics sur Bandcamp, je voulais que ça puisse s’écouter avec de la lecture.

A découvert

A découvert : disponible depuis le 7 octobre

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Olivier LBS

Doyen et autocrate en chef de cette incroyable aventure journalistique. Professeur des écoles dans le civil. Twitter : @OlivierLBS

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