Un mythe grec raconté par Hésiode veut que Zeus, pour se venger des hommes qui avaient volé le feu, créa une femme qu’il nomma « Pandore ». Il lui donna une boîte mystérieuse, en lui donnant l’interdiction de l’ouvrir. Tous les maux de l’humanité y étaient rassemblés (Misère, guerre, folie, maladie, etc.), ainsi que l’Espérance. Or, la curiosité est un vilain défaut, et c’est celle-ci qui poussa Pandore à ouvrir cette boîte de laquelle s’échappèrent les maux que l’humanité aurait à subir durant son existence. Seule l’Espérance demeura dans la boîte, celle-ci n’ayant pas eu le temps de s’échapper. La vengeance de Zeus était accomplie : les hommes devront tirer dorénavant les fruits de la terre de leur sueur et de leur travail, sans jamais avoir l’espoir de s’en sortir et de vivre enfin en paix.

Toutefois, il nous faut croire que Zeus n’avait pas tout prévu. En effet, des maux et des souffrances de l’humanité devaient naître ce qui lui permettrait de soulager son existence : la musique. Ainsi, ce n’était qu’une question de temps avant que n’apparaisse une nouvelle boîte de Pand’Or dans laquelle serait retrouvées des vertus acquises durant les siècles passés à combattre les maux libérés jadis. Mais il fallait compter avec un rebondissement : les hommes découvrirent que la boîte de Pand’or était en réalité une boîte à musique. Cette boîte, à lebonson.org, nous l’avons ouverte. La suite traite de ce que nous y avons découvert.

 

De la solidarité et de l’amitié.

« L’amitié, j’l’ai encaissée quand elle me boxa naïve. Déçue des potes devenus des putes et t’as le moral à vif. » Le cactus

L’édition collector de « Dans ma boîte » pressée dernièrement et sortie le 30 juin 2014 regroupe les deux volumes sortis en téléchargement libre ainsi que quelques inédits. Ce sont au total vingt-et-un titres qui nous sont proposés par Pand’Or et pas moins de neuf beatmakers différents ainsi qu’une dizaine d’invités en featuring (sans oublier tous ceux qui participent de près ou de loin à la réalisation des albums). Thème récurrent de nombreux textes, l’amitié y joue un rôle majeur. Cet album, c’est donc avant tout une affaire de collaborations, d’amitié et de solidarité, afin de nous rappeler que le rap, ce n’est pas simplement de la musique, mais des rencontres, des histoires et de l’entraide.

De la fierté

« Besoin des potes et des coups, pas qu’de porter mes couilles. Les temps s’corsent mais j’men sors, avec force et débrouille » Avec Force et Débrouille feat. Abrazif

Difficile pour beaucoup d’entre nous de nous en rendre compte, mais réussir sans montrer ses fesses pour une femme dans un milieu masculin et assez misogyne est un véritable motif de fierté. On s’en voudrait presque de le mentionner tant cela n’a au fond aucune importance. Malheureusement, les obstacles auxquels certaines artistes doivent faire face leur donnent, en cas de réussite, une percussion d’autant plus forte que s’imposer dans un tel milieu est plus difficile. Avec cet album, Pand’Or fera certainement taire quelques mauvaises langues et on ne peut que l’en remercier. « Dans ma boîte » est, à n’en pas douter, un projet dont le rendu final ne peut que conférer une grande fierté.

 

De l’indépendance

« Un projet dans les pattes, j’emmerde ces grandes chiennes à Universal. J’ai pas touché d’gros chèques mais l’coeur des gens qui aiment la musique et l’rap » Les poings sur les i

Album produit en indépendant et après que soit déjà sortie gratuitement la majorité des titres, difficile d’y voir autre chose qu’une volonté de partager. C’est le cœur qui parle plutôt que le porte-monnaie. De fait, être indépendant, c’est ne compter que sur soi-même avec les galères que cela comporte, mais c’est avoir la possibilité de toucher un véritable public qui est présent pour la musique et exclusivement celle-ci. Ajoutez à cela une volonté réelle de la part de l’artiste de faire un album qui lui ressemble, vous avez tous les ingrédients pour un album qui sera acheté uniquement par ceux qui soutiennent l’artiste et les valeurs du hip-hop. Pas de cibles de vente, loin de faire un disque dont l’objectif serait de n’amasser que de l’argent, un album pressé surtout pour le kiff et la possibilité de partager plus facilement sa musique, « Dans ma boîte » porte haut les valeurs de l’indépendance, et c’est toujours aussi bandant !

De l’authenticité

« Au point mort depuis 3 ans j’ai des problèmes de démarrage. Tu veux m’juger correctement bah vas y viens zieuter ma life. J’vais quitter c’système débile et ses castes sociales. Guidée par l’ivresse des livres et des cartes postales » Quoi ma gueule

Il est toujours difficile de décrypter ce qui relève du fantasme de ce qui est réel dès lors que l’on s’interroge sur l’authenticité d’un rappeur. L’authenticité est certainement ce qui sépare les vrais artistes de ceux qui jouent un rôle et qui se plaisent à rentrer dans un personnage qui ne leur correspond pas. Véritable pierre de touche en ce qui concerne la qualité des textes, il est difficile de remettre en cause la sincérité d’une artiste comme Pand’Or. Si la qualité d’un album se mesure à la sincérité de son créateur alors il n’y a aucun doute que « Dans ma boîte » est un album de qualité et qu’il méritait bien d’être pressé. Il est impossible d’être déçu à l’écoute dès lors que les attentes ne sont pas faussées par une image biaisée du rap et de ses protagonistes. Il reste une place pour l’authenticité dans le rap. Merci aux artistes comme Pand’Or qui nous le rappellent !

Pour attraper l’album, c’est par ici sur le bandcamp de l’artiste ou sur shoptonhiphop !

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