Si les DJ’s sont de plus en plus considérés comme « pousse-vinyles », pour reprendre l’expression de L’indis (cf L’entretien avec Les 10′), c’est aussi parce qu’ils subissent un traitement médiatique bien moindre que leurs collègues MC’s sur le devant de la scène. Tantôt beatmaker, tantôt dj ou producteur, DJ Veekash est de ces hommes à tout faire du hip-hop. Entretien entre platines et mpc d’un passionné.

Alors, première question, peux-tu te présenter ?

Je suis DJ et beatmaker, ma passion pour le hip-hop est venue très jeune car je suis le dernier d’une fratrie de cinq. Le sport, l’art et la musique étaient forts présents chez nous. Un de mes frères était dj dans les années 80s à l’époque du funk et de la soul. Il m’emmenait acheter des disques et il mixait déjà quand j’avais moins de 10 ans ; j’ai donc vu naître le mouvement « old school » américain (Kurtis Blow, Grand Master Flash, Whodini…) et directement, le délire des platines m’a attiré. En particulier le côté technique de cet art, et de là j’ai commencé mon ascension : d’abord dans ma ville, près de Dunkerque, ensuite dans ma région (59) et depuis quelques années sur Paris et ailleurs (Scandinavie, Pologne, Etats-Unis, Ile Maurice, Porto Rico, Pakistan, Angleterre…).

Comment est né DJ Veekash ?

Comme je te le disais, j’ai accroché tout de suite au côté technique avec la naissance du mouvement hip-hop américain et ses DJs comme Cash Money, Too Tuff du Tuff Crew, Jazzy Jeff… A l’époque, surtout dans la « olds chool », le scratch était grave présent. Je saignais les phases de scratch et trafiquais les tables de mixage ! Si tu n’avais pas de platine « Technics » -qui était un luxe à l’époque-, tu changeais la courroie de la platine pour que le plateau reparte plus vite (rires). Chez nous, il y avait pleins de vinyles, j’ai d’ailleurs hérité d’une partie de la collection de mon frère et depuis toutes ces années j’en ai accumulé grave aussi ! Après, je me suis acheté mon propre matos petit à petit, ça a pris des années, surtout quand t’es jeune c’est chaud car c’est un vrai investissement… L’art des platines a beaucoup évolué, c’est pour ça qu’entre la « olds chool » et maintenant, il a fallu se mettre à la page. Au niveau technique, c’est un peu comme le solfège, toutes les phases ont un nom. Ça représente pour moi des heures d’entrainement, voire plutôt des années !

“C’est un peu comme le solfège, toutes les phases ont un nom”

Peux-tu nous parler de tes débuts ?

J’avais environ 13 ans pour mon premier show. Aujourd’hui, j’en ai 36, ça fait donc à peu près 23 piges que je suis dans le son et vraiment sérieusement depuis la fin des 90s. Mon premier contrat, je l’ai signé à l’âge de 16 ans, à l’époque de la New Jack. Ensuite, j’ai enchainé concerts, mixes, battles DJs et depuis un peu plus de dix piges je me suis mis au beatmaking.

Tu étais récemment présent au festival Réflexion Capitale à la Miroiterie, avec la Scred Connexion, quel regard portes-tu sur ce type d’événement ?

Je trouve ça super cool ! Des initiatives pour réunir des artistes connus et moins connus, c’est même devenu un type de rendez-vous incontournable pour les amateurs de hip-hop. Nasme et Stélio ont bien géré leur évènement, ça ramène un dynamisme sur Panam et c’est surtout ouvert à tous.

Quelles ont été tes impressions et tes sensations après ton passage avec la Scred ?

Frais ! Les gens ont kiffé, bonne ambiance !

Tu as fait une tournée avec Rocé (2011-2012) et une autre avec la Scred Connexion (2009-2010). Racontes-nous ce que t’apportent humainement et artistiquement de telles expériences.

Pour ces deux tournées, c’était de supers moments. On a sillonné la France, la Belgique et la Suisse aussi. On a fait de très bons concerts, mais en même temps, quand tu taffes avec des groupes qui font partie des classiques du rap français, tu peux faire n’importe quelle scène ! Ça donne de la force et de la confiance en soi. Etant de la même génération, humainement, ça a pris direct.

DJ Veekash présente "Le son dans le sang"

DJ Veekash présente “Le son dans le sang”

Si tu as une ou deux anecdotes croustillantes…

C’est arrivé, dans certains endroits, que le public ne veuille pas nous laisser partir car il en voulait encore et toujours plus !… Du coup, tu pars « en scred »…

On te voit encore régulièrement avec la bande de Barbès, mais alors, c’est toi ou DJ Simsima le DJ officiel de la Scred ?

Depuis Avril, j’ai repris du service au sein de la Scred Connexion, je fais toutes les dates et officiellement, oui, je suis le dj de la Scred. Après « Sims » c’est la famille, on se connait depuis très longtemps, on vient de la même région. D’ailleurs s’il y a un remplacement à faire, si je ne suis pas là sur une date, c’est lui qui la fera. Sur la tournée du dernier album de la Scred (NDLR : « Ni vu ni connu », 2008), on était à deux DJs sur scène pendant environ deux ans.

Mais on ne trouve que des infos sur Simsima sur le site officiel de la Scred…

C’est un oubli, un problème de mise à jour qui sera réglé pour la rentrée.

“Officiellement, oui, je suis le DJ de la Scred.”

Tu as fait des prods pour AL, Sidi Omar, Koma ou Les Grandes Gueules notamment, comment es-tu devenu beatmaker ? Avant ou après le deejaying ?

Je suis devenu beatmaker après les platines. Je suis fan de son depuis très jeune, et c’est le cheminement normal d’un dj hip-hop. Le matériel est aussi devenu plus accessible car moins cher que dans les années 90s (mpc, pc, sampleur…)

Te considères-tu comme un beatmaker régulier ? Si oui, à quelle fréquence réalises-tu tes instrus ?

On va dire que là, j’ai moins de temps qu’avant : beaucoup de scènes, de mixes en soirée, de studio avec les MCs… J’essaye aussi de mieux gérer ma promo. Pendant des années, j’ai hiberné et fait des instrus tous les jours, matin, midi et soir au point que parfois, je ne dormais pas. Après, j’ai toujours du son dans mes machines et j’en fais par période. J’ai une vie de famille maintenant aussi donc je dois avoir un timing serré dans tout ce que j’entreprends dans ma vie.

Tu as sorti en mai dernier une compilation « LE SON DANS LE SANG », gratuite et disponible via le web, parles-nous des origines et des objectifs de ce concept.

Il s’agit tout simplement de faire un projet avec des artistes que j’apprécie et marquer le coup avec son titre et les morceaux disponibles. Ce titre fait référence à beaucoup de personnes qui ont le même vécu ou une histoire similaire. Ce n’est pas prétentieux, les gens peuvent simplement s’identifier à ce titre… J’avais déjà sorti une compile qui s’appelle Rétrospection vol.1 avec des titres que j’ai produit sur des albums et que j’ai réuni, plusieurs mixtapes pour des groupes ou MCs qui m’ont demandé de mixer aux platines leur projet. J’ai aussi réalisé l’album de Foudealer, celui d’Atlars, un MC scandinave que je produis depuis dix ans et beaucoup d’autres projets. Ça faisait longtemps que je n’avais pas réalisé une compile avec des inédits, donc ça a pris du temps mais c’est sorti sur le net en numérique et quand je suis en live j’ai avec moi des CDs promotionnels. D’autres projets arrivent à la rentrée sous le même format compile où je réalise l’ensemble…

Ce n’est d’ailleurs pas ta première compilation (NDLR : il avait déjà sorti « Des hauts & des bas » en 2004), pourquoi proposes-tu du Bon Son gratuitement aux auditeurs ? Est-ce pour s’adapter au mode actuelle de consommation musicale ou par pur altruisme ?

Voilà c’est pour donner un projet gratuitement, et ceux qui soutiennent peuvent l’acheter en numérique. C’est comme à l’ancienne quand on filait des k7 et des CDs dans nos quartiers, j’essaye de rester proche de mes auditeurs.

Tu dois commencer à disposer d’un répertoire de MCs assez long… Comment sélectionnes-tu les artistes que tu fais poser sur tes compiles ?

Je suis un mec qui marche au coup de cœur, au feeling, que les MCs soient français, américains ou d’ailleurs.

Tu produis aussi Foudealer. Peux-tu décrire votre rencontre ? Qui est-il vraiment ?

Ça fait un peu moins de dix piges qu’on travaille ensemble, j’ai réalisé son street album en 2009 et plusieurs titres depuis. Il vient de Roubaix, c’est un rappeur comme je les aime ; une écriture, un flow, une présence forte. C’est un MC au grand cœur, c’est la famille avant tout, c’est pour ça qu’on taffe ensemble.

Quelles sont tes actualités et projets à venir ?

Je mixe sur plusieurs soirées sur Paris, je fais la tournée avec la Scred Connexion et je prépare une mixtape et une compile pour la rentrée.

Mot de la fin ?

Merci pour tout et bonne continuation… Peace !

Lien pour télécharger la mixtape gratuite “Le son dans le sang” :

https://hotfile.com/dl/215532090/fde112b/DJ_VEEKASH_present_LE_SON_DANS_LE_SANG_compilation_2013.rar.html

Les dates où vous pourrez retrouver DJ Veekash :

11 juillet soirée au Pau Brazil à Paris

19 juillet au Hiphop Apéro à Paris

24 juillet à Abbeville avec la Scred Connexion

27 juillet à Antigny avec la Scred Connexion

D’autres dates à venir, toutes les infos sont sur le Facebook de DJ Veekash.

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook  ou le compte twitter du Bon Son.