Aujourd’hui Le Bon Son revient sur les raisons du passage à vide qu’a connu le rap français entre 2001 et 2007 : Qu’est-ce qui explique cette chute qualitative dans le rap français ?

Une chose est sûre, 2011 fut une année prolifique pour le rap français. Il y en eut pour tous les goûts. Certains parlent de retour aux vraies valeurs, quand d’autres essaient justement de ne pas regarder dans le retroviseur du rap hexagonal.  Underground, old school, vocoder, main stream, vintage, tout le monde a trouvé son bonheur.

Qui dit retour du bon son, dit absence de bon son pendant une période. Cette période de disette, on pourrait situer son commencement en 2001, après l’âge d’or (quand le rap connut ses plus grands succès, tant au niveau qualitatif que commercial). Evidemment, durant cette période peu faste, il y eut des exceptions telles que le premier album de Booba ou le solo de Lino, mais d’une manière générale, “L’amour était mort”. Et cette période de vache maigre a eu raison de plus d’un auditeur de rap français, et a transformé leur goût pour le hip hop en une “phase”, quelque chose d’éphémère avant le décrochage définitif.

Cependant, à partir de 2007, on note un retour vers du vrai rap comme on l’aime, avec des artistes qui n’ont pas comme seul objectif de passer sur Sky : Haroun, Flynt, Pejmaxx, Mysa, etc…
Aujourd’hui Le Bon Son revient sur les raisons de ce passage à vide entre 2001 et 2007 :  Qu’est-ce qui explique cette chute qualitative dans le rap français ?

Des 2èmes albums en demi-teinte

Busta Flex, Arsenik, les Psy4 de la Rime, 113, Pit Baccardi… la liste est longue. On note par exemple un manque de spontanéité chez la FF sur “Art 2 Rue”, spontanéité bordélique qui faisait toute la force du premier opus.  Thibaud de Longeville indiquait dans son interview pour l’abcdr du son qu’il avait noté un manque de motivation flagrant  chez pas mal d’artistes comme Pit, le 113 ou Ärsenik. En bref on a commencé à se reposer sur ses lauriers.

Les majors et Skyrock

À cette baisse de qualité, s’est associée une chute des ventes. Les majors ont donc rendu nombre de contrats à ces ex–rappeurs à succès, qui ne rapportaient plus les mêmes recettes. Fini donc le traitement de faveur pour ces  groupes, et s’en suit la fin du bon son sur Sky, période dorée qui débuta au milieu des années 90, quand on pouvait écouter en pleine journée Doc Gyneco époque Première Consultation, Hamed Daye en feat. avec Lino, la FF, ou Ideal J featuring avec Method Man.

Séparations de collectifs mythiques

Le debut des années 2000, et même la fin des années 90, ont été marquées par la séparation de crews mythiques, dans lesquels l’émulation et la compétition positive tiraient le niveau vers le haut. Les meilleurs albums du 3ème Oeil et de la FF datent de l’époque Côté Obscur; les X-Men et Pit étaient intestables en freestyle à l’époque Time Bomb; “Quelques gouttes suffisent” est sorti quand le Secteur Ä était au complet. On pourrait continuer à décliner ce point  avec pleins d’autres  groupes : Busta Flex avec IV My People, Malekal Morte avec Beat 2 Boul, les 2 Bal avec le Ménage à 3, etc… Comme dit Zox’ dans Boulogne Tristesse (titre qui revient sur le potentiel du Beat 2 Boul avant la séparation du crew) : “Parce qu’à un moment on se prend tous pour Sinatra”.

Les instrus

Sur ces 2èmes opus moins réussis, on peut remarquer un changement de type d’instru, on commence à s’orienter vers des sons plus électroniques, ou rejoués, sans arriver au niveau des américains, on est loin de la maîtrise qu’on peut constater dans le rap actuel. Les boucles samplées qui ont rendues mythiques nombre d’instrus sont reléguées au second plan. Une bonne partie du public a commencé à déserter pour cette raison.

Le discours

Un glissement du rap de rue au rap racailleux s’opère petit à petit au niveau du discours. C’est à cette période que commence la fameuse surenchère “je parle de gun – je le montre dans mon clip – je tire avec mon gun dans mon clip – je le montre dans le docu, etc..” Les rappeurs s’inventent une vie, et ça se sent dans les textes. Beaucoup de MCs se donnent beaucoup de mal pour prouver que ce sont de vrais thugs, intestables et hors-la-loi. Certes, quelques uns le font avec talent comme B2O, mais la grande majorité sonne faux, avec en plus un manque d’application pour l’écriture. Pour beaucoup d’amoureux de hip hop à  message, ce fut la cause du décrochage.


Les effets de la catégorisation

La catégorisation en rap racaille, rap conscient, ou bien rap électro a causé beaucoup de mal au hip hop qui était tout à la fois dans les années 90. On se souvient de TTC sur les mixtapes Neochrome, ou bien quand Oxmo et Booba pouvaient poser ensemble, ou même La Fouine et Casey sur un même morceau (!!!!). Se réduire à une catégorie réduit les discours en les rendant stéréotypés et ennuyeux.

La résistance – Le retour au bon son

Cependant, face à cette chute globale du niveau du hip hop en France, quelques groupes ont su garder le cap sans faire attention au rap plus médiatisé. On pense évidemment au fameux dicton de la Scred Connexion “Jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction”. On peut citer les Zakariens, la Boussole, les Grandes Gueules, Flynt, Opak, le Pakkt, Fayçal, etc…
D’autres groupes plus jeunes opèrent un retour avec les recettes qui ont fait la qualité de l’âge d’or du rap français : Guizmo par exemple, qui sur son album “Normal” revient, avec des samples, des scratchs et une plume acérée.

Sans parler des effets aujourd’hui positifs de cette diversification dans le rap. Odezenne, ses prods électro et ses punchlines de trentenaire ultra efficaces, Canelason et ses sonorités latinos, ou Furax et son univers poisseux et sombre.

Bref le rap n’est pas mort, quelques groupes ont su le réanimer en sous-marin, quand d’autres pensaient à l’autopsier. Comme dit Médine : “Le rap est mort, vive le rap.”

Cet article a été publié sur un autre blog dans un premier temps. Après s’être ravisé l’auteur a préféré le publier sur Le Bon Son.