Rap US, l’année 2020 en 10 albums

Ça y est, c’est la conclusion annuelle, l’heure des bilans et des classements en tous genres. Il est donc temps pour notre affreux quatuor de proposer sa rétrospective annuelle, en dix albums ayant particulièrement retenu son attention.

Aminé – Limbo

En voici un qui commence à devenir un nom inévitablement cité quand on parle de rap US ces dernières années. Dorénavant habitué à squatter le haut du billboard, Aminé a sorti son second album studio en août dernier, tout juste deux années après son (selon Rap Genius) LPEPAlbumMixtape ONEPOINTFIVE (il faut comprendre qu’en appelant son projet 1,5, il estime être à 0,5 de ce qui pourrait être plus considéré comme un album). Nous en parlions dans nos colonnes, il a d’abord sorti, en hommage à ODB, le titre « Shimmy » en février dernier, avant de dévoiler en mai un autre single, intitulé « Riri », une sorte de déclaration d’amour à l’inévitable Rihanna. Bref, l’album sort le 7 août et se place immédiatement dans le top 20 des charts, notamment grâce à des morceaux comme « Woodlawn », « Burden », « Compensating » avec Young Thug, ou encore « Pressure In My Palms » avec slowthai et Vince Staples.
Composé de 14 titres, Limbo répète l’excellente recette de son ONEPOINTFIVE, en incorporant de nouveaux éléments pour plonger l’auditeur dans le monde si particulier du rappeur de Rip City . Produit d’une main de maître par l’inévitable Pasqué, l’opus possède également des mélodies smoothie, tantôt étonnantes, parfois très entêtantes qui apportent une grande fraîcheur. Un peu plus intimiste et mieux construit, l’album possède même deux morceaux assez touchants : « Mama », une ode -vous l’aurez deviné- à sa maman et « Kobe », un interlude qui rend hommage au basketteur (et à sa fille) disparus en février 2020. L’interlude fait d’ailleurs écho aux morceaux « Woodlawn » et « Fetus » qui comportent de belles phases sur l’éternel numéro 8 purple/gold.
Pour conclure brièvement, Limbo possède tous les ingrédients d’un excellent projet. Mêlant légèreté et introspection, Aminé nous délivre un projet d’une fraîcheur assez rare, qui fait de chacune de ses sorties un joli bol d’oxygène. – Clément

Reason – New Beginnings

Alors qu’il est très fréquemment cité dans nos colonnes durant l’année 2020 et même sur la fin d’année 2019, il paraissait évident de parler du premier album de Reason, intitulé New Beginnings. Teasé depuis novembre 2019 et le premier titre « Flick It Up«  en featuring avec Ab-Soul, puis dévoilé petit à petit avec 3 autres morceaux en janvier, mai et septembre 2020, il aura donc fallu attendre quasiment un an pour entendre l’intégralité du « debut album » du petit protégé de chez TDE. Dès les premières secondes du projet et à l’écoute de ces fameux morceaux disséminés pendant plus d’une année, on s’aperçoit rapidement que le rappeur répondant au nom de Robert Lee Gill Jr. a parfaitement compris et assimilé le cahier des charges de Top Dawg Entertainment. On y retrouve d’ailleurs en featuring 3 des fameux lascars qui ont fait la gloire du label : Ab-Soul, Schoolboy Q et Isaiah Rashad. Mais vous me direz sans doute qu’il manque le boss des boss, à savoir, un certain Kendrick Lamar. Bien qu’absent du tracklisting, l’aura de Kendrick plane au dessus du projet, tant certains gimmicks et backs de Reason peuvent y ressembler, parfois même un peu trop.
Excellement produit par toute une tripotée de talentueux beatmakers (Kal Banx, Bizness Boi, !llmind ou encore AC The Producer pour ne citer qu’eux), New Begginings déroule ses 14 morceaux, en variant entre instrumentales boom-bap et smoothie (« Flick-It Up », « Westside », « Gossip »), trap entêtante à la sauce banger (« Show Stop« , « Sauce« , « Favorite Ni**a« ) ou encore productions plus généraliste (« Windows Cry », « Fall« ).
Forcement, à l’écoute de toutes ces tracks, on ne peut que constater le talent et la polyvalence du rappeur originaire de Carson en Californie. Quoiqu’un peu caricatural sur certains morceaux, ou plus précisément sur certaines phases, Reason délivre un très solide premier album studio qui laisse à penser qu’il faudra dorénavant compter sur lui quand on évoque l’écurie TDE. – Clément

Freddie Gibbs & The Alchemist – Alfredo

Alfredo (LP) de Freddie Gibbs & The Alchemist - CeDe.com

Parfois, il suffit de quelques secondes pour comprendre que l’on est face à une grande œuvre, ou un grand disque. Quelques accords, quelques notes, quelques vocalises, qu’importe. C’est ce sentiment que l’on ressent lorsque l’on lance « 1985 », et que résonne le sample de guitare électrique d’Alchemist. Alfredo est l’œuvre de deux hommes, parmi lesquels, il y a le MVP 2020, et ce n’est pas forcément celui que l’on croit. Entre LULU avec Conway et donc, le disque dont on parle ici, l’alchimiste a également fait d’un vieux briscard de Detroit la révélation de l’année avec The Price of Tea in China. Freddie, lui, n’a pas connu son année la plus active, s’étant limité à cet opus, à des stories Twitter de très bon goût (lui qui a encore été banni d’Instagram) et à diverses apparitions çà et là. Et c’est déjà pas mal vu la qualité du bousin. Alors qu’attendre d’une association entre l’un des producteurs les plus inventifs et ingénieux du circuit, et l’un des MC’s les plus doués et polyvalents de cette musique ? On en avait déjà eu un avant-goût avec Fetti, où les comparses étaient accompagnés par Curren$y, et où c’était surtout la complémentarité entre les deux interprètes qui faisait mouche. Et ce d’autant plus qu’Alchemist semblait produire du sur-mesure pour le Louisianais, Freddie Gibbs se contentant de s’adapter, puisqu’il sait tout faire. L’association sur Alfredo avait donc tout de la rencontre finale, entre deux géants, marqueurs indissociables de l’undeground de la dernière décennie. Et cette rencontre a bien évidemment fait mouche. Le résultat consiste en 10 titres qui passent comme un éclair, où les deux hommes réalisent le tour de force de construire un ensemble homogène, tout en se laissant chacun le soin et la liberté de démontrer l’ensemble de leur palette respective. Les tonalités sont différentes, mais elles s’enchaînent naturellement, facilitées par la fluidité des flows de Fredrick, et la douceur des transitions d’Alan. Et on en ressort avec l’unique envie de relancer. Et d’un album de Rick Ross produit par Alchemist, aussi. – Xavier

Conway – From King To a God

Stream Conway the Machine's New Album 'From King to a GOD' | Complex

Encore une année chargée pour nos bisons buffaloniens, et tout particulièrement pour notre miraculé préféré. A tel point qu’il n’a pas été aisé de choisir laquelle des trois traces discographiques laissées sur son chemin cette année mettre en avant dans notre bilan. Si LULU, produit par The Alchemist, lui permet, en seulement quelques titres, de faire montre de la versatilité dont il est capable, et de la large palette qu’il a acquise depuis son émergence (et dont vous pouvez toujours lire notre chronique ici), No One Mourns The Wicked, produit par Big Ghost Ltd, devient presque un exercice de style, tant la noirceur, le pessimisme, mais aussi le cynisme, n’auront à tel point été cristallisés dans une œuvre si courte. Et un point essentiel de ces deux sorties, c’est l’émancipation de Conway du son « daringerien ». Et c’est précisément l’un des principaux intérêts de From King to a God, prélude à l’album tant annoncé. Conway y a en effet convoqué un large panel de beatmakers, parfois surprenants, comme Hit-Boy, 9th Wonder, Erick Sermon, mais aussi des têtes plus attendues comme Roc Marciano, Beat Butcha ou Havoc. Dans le contenu, Conway offre à boire et à manger et fait preuve de la même versatilité, étant aussi à l’aise lorsqu’il s’agit de se confronter à ses comparses sur « Spurs 3 », que lorsqu’il s’agit d’évoquer des souvenirs douloureux, comme sur « Forever Droppin Tears », où son interprétation sans fausse pudeur et tout en émotivité fait encore mouche (rappelons que « The Cow » est la production musicale la plus bouleversante depuis le final de la symphonie « Leningrad » de Chostakovitch). On notera également la partition parfaite des invités, notamment Method Man qui offre l’un des couplets de l’année sur « Lemon ». Ainsi, l’année 2020 n’a pas seulement consacré Conway comme l’étalon le plus performant de son écurie, mais bien comme l’un des meilleurs MC’s de son époque. – Xavier

Jadakiss – Ignatius

Jadakiss - Ignatius [LP] - Amazon.com Music

Actif depuis le milieu des années 1990, Jadakiss aura longtemps été une sorte de mythe. Alors que l’époque actuelle fait la part belle aux rappeurs sans qualité qui parviennent à optimiser ce manquement par un packaging et une direction artistique leur permettant de pouvoir mener des petites carrières, Jadakiss fait partie de cette catégorie de MC’s surdoués n’étant jamais parvenu à mettre leurs qualités en valeur sur des longs formats cohérents. Pour le dire de manière quelque peu sentencieuse, il est de ces rappeurs sans aucun mauvais couplet, mais sans aucun bon album, la faute à des choix artistiques douteux, et d’un mauvais goût certain pour choisir ses producteurs et ses invités. Et bien s’il fallait retenir une chose positive de 2020, l’effacement de cette anomalie apparaît en bonne position. A 45 ans, le découpeur du Yonkers nous a livré son 5ème album, dont le titre et une bonne partie du contenu sont présentés comme un hommage à son ami Icepick Jay, mort en 2017. On peut donc le considérer comme le fruit de trois ans de travail et de réflexion, nécessaires pour offrir le meilleur requiem qui soit pour son défunt comparse. Et c’est peu dire que d’affirmer que ce laps de temps n’était pas de trop, au vu de la qualité du résultat. Des premières notes de « Pearly Gates » au dernier souffle de « Closure », Jada porte haut le cercueil de son ami, sans jamais tomber dans le larmoiement ni à l’inverse, dans la retenue, en s’autorisant même quelques sorties de piste comme ce duo très attendu avec Pusha T sur « Hunting Season ». Le reste des invités adhère tout à fait au projet global, et l’on ne crachera pas sur le plaisir coupable du classique mais toujours diablement efficace refrain de John Legend sur « I Know ». On soulignera également la qualité de la production, tout en sobriété et en phase avec la solennité des couplets. Les hommages réussis sont relativement rares dans le rap, et c’est d’autant plus à souligner lorsqu’ils constituent, par là même, le meilleur disque de la carrière de leurs auteurs. – Xavier

Run the Jewels – RTJ4

Qui aurait cru qu’en 2020, on arrive au quatrième volet d’une collaboration entre El-P et Killer Mike ? Cette fusion, a priori artificielle, s’est au fil du temps révélée totalement naturelle. Run the Jewels a créé son son et est devenu une institution. Mais pour les deux artistes, il n’est maintenant plus le temps de prouver qu’ils peuvent être compatibles, mais plutôt celui de montrer qu’ils peuvent pousser leur formule encore plus loin. L’une des belles idées de ce volume, c’est d’avoir travaillé une ambiance sonore qui touche à la fois au versant le plus électronique, le plus répétitif, le plus minimaliste du duo, tout en assumant aussi un côté très old-school, à base de gros breakbeats, ou encore de scratchs (d’où l’intervention de DJ Premier). Deux versants qui se complètent bien, et sur lesquels les deux rappeurs rebondissent toujours de manière survoltée, à coups de rimes surprenantes et d’intonations ascendantes. RTJ4 est à la fois très engagé sur le plan social (sans verser dans le côté commentaire de politique politicienne) et extrêmement rythmé musicalement. On pourrait presque y déceler une filiation avec les grandes heures de Public Enemy. Cet album fait l’effet d’une machine de guerre (guerre-éclair, au vu du format), dont rien ne peut stopper l’avancée. Il entre ainsi dans cette étrange catégorie, celle des disques courts mais très intenses, qui laissent l’auditeur lessivé par la densité de son contenu. Il y a quelque chose d’un peu punk dans cette démarche, comme si tout allait en accéléré. En résulte un sentiment d’urgence (l’album est d’ailleurs sorti en avance) qui en fait l’un des albums les plus volontiers contemporains de l’année. – Jérémy

Aesop Rock – Spirit World Field Guide

Figure importante du rap indépendant (il a transité par Def Jux et Rhymesayers), Aesop Rock a conservé l’habitude de prendre son temps dans la composition de chacun de ses albums solos. Spirit World Field Guide succède ainsi à The Impossible Kid sorti quatre ans plus tôt. Ce nouveau-né se veut conceptuel, et est supposé guider l’auditeur dans une nouvelle forme de voyage : le tourisme surnaturel. Il semble que les récents voyages d’Aesop (notamment au Pérou ou au Cambodge) lui aient redonné de l’inspiration, alors même qu’il hésitait à arrêter la musique. Spirit World Field Guide est conçu comme une grande aventure sensorielle, les productions jonglant entre les genres, guitares prog-rock, breakbeats funk, boom-bap, voire même quelques notes jazzy, pour un mélange dense, mais rarement surchargé, plus oppressant que rêveur. Lyriquement, on suit la même ligne : télescopage de références pop et mystiques, images, impressions et sensations disséminés çà et là pour poser son ambiance, à l’image du curieux « Dog at the door », monologue intérieur d’un homme que les sons venus de l’extérieur rendent paranoïaque et qui imagine qu’on lui tend des pièges. Le piège des concept-albums, justement, est souvent d’emprisonner l’auditeur et de le forcer à écouter le disque de A à Z, ce qui renforce sa replay-value mais qui bloque parfois l’envie d’y revenir. Aesop Rock a eu la finesse de faire un concept-album qui puisse se saisir par morceaux, appelant ainsi à se rattacher aux sections correspondant à notre humeur du moment. Un geste intelligent donc, car Spirit World Field Guide, même s’il est plus accessible que les premiers essais de son auteur (grâce à une meilleure mise en forme de la complexité de ses idées), conserve le côté revêche de sa musique. Malgré tout, dès les premières écoutes, il y a la sensation que cet album aura toutes ses chances de traverser les époques. – Jérémy

Boldy James & Sterling Toles – Manger on McNichols

En février, The Alchemist sortait Boldy James de la préretraite pour une visite guidée de Detroit dans The Price of Tea in China. Mais son œuvre majeure est venue à l’été, et s’appelle Manger On McNichols. Entre 2007 et 2010, Sterling Toles, rappeur/producteur/ingénieur du son de Detroit, reprend la production et accepte que Boldy y pose sa vie entre deux deals d’héroïne. Il le pousse à extérioriser tout ce qu’il a sur le cœur, à être « le plus personnel possible ». Le musicien s’inquiète pour la santé mentale et émotionnelle de son ami et est convaincu que la guérison passe par l’extériorisation de ses démons. Les textes sont intemporels, dépeignant, en toile de fond, toutes les tragédies vécues par l’homme. Parfois chronologiquement, évoquant tour à tour les angoisses d’une paternité prochaine et les décès prématurés de ses deux enfants, espacés dans le disque. D’autres événement s’inscrivent dans l’évolution du disque plus que sur une frise chronologique. L’abandon, très jeune, par sa mère et la fameuse « I know my mama wish she got a fucking abortion » empruntée à Biggie arrivent en plein milieu du disque, comme le point culminant des émotions et l’élément déclencheur. M. Toles s’est amusé à déjouer le carbone 14 pendant 8 ans. Il a invité les musiciens de Détroit, autant les légendes locales que les anonymes, à habiller les textes du rappeur. Il aspire à une œuvre qui ne sonne pas comme un assemblage de samples mais comme les morceaux que l’on samplerait s’il n’y avait pas de voix par-dessus. L’exécution est réalisée à la perfection et mêle le rap à du gospel, de la soul, du funk, l’électro et beaucoup de jazz. Detroit passe d’un élément (primordial) de décor dans les textes au troisième personnage principal de l’album, grâce à la mise en musique. Finalement, la visite initiale remet en question les notions de narration et de point de vue. Celui que l’on pensait guide apparait dans chacune des scènes, parfois sans vie. On s’explique alors sa froideur par une anesthésie par la douleur plutôt que par un stoïcisme extrême. – Wilhelm

Westside Gunn – Pray for Paris

Pour la Fashion Week de Paris, Virgil Abloh a invité Pop Smoke et Westside Gunn à le suivre. Ce dernier, en fin de trentaine, n’avait, à vrai dire, jamais quitté le sol américain, notamment pour des raisons judiciaires. Le symbole est joli pour lui qui a toujours revendiqué son amour de la mode et qui criait « Pray for Paris (then you pray for me) » dans Hitler Wears Hermès deuxième du nom. Arrivé dans la ville lumière, il est pris d’une fièvre d’inspiration et passe son temps libre à enregistrer une première moitié de ce qui deviendra vite Pray For Paris, son troisième album solo. Il l’annonce en grandes pompes sur internet, enthousiaste comme un véritable adolescent, et promet une sortie imminente. Il réalise très vite à tête reposée qu’il peut transformer son squelette d’EP en un véritable album. Marqué par l’atmosphère (romancée) de Paris, il opte pour des mélodies beaucoup plus mélodiques qu’à l’accoutumée, et l’on ne retrouvera les ambiances crues de Daringer que deux fois pour accueillir le reste de la famille. Mais sinon, la rue, la mode, le catch, l’argent et tous les thèmes récurrents du Flygod semblent soudain beaucoup plus beaux. À ce titre, « $500 Ounces » avec Freddie Gibbs et Roc Marciano sur une production d’Alchemist est véritablement le sommet de l’album. Les trois styles très distincts fusionnent parfaitement et la belle boucle rend tout moins grave si l’on n’y prête pas attention. En fin de comptes, on peut dire que les deux meilleurs albums de la carrière Westside Gunn sont en quelque sorte sortis cette année puisque Flygod, sa pièce maitresse, est réapparu sur les plateforme de streaming pour Noël. – Wilhelm

G Herbo – PTSD

Il y a des artistes dont on apprécie d’autant plus le travail quand ils souffrent. Est-ce parce qu’on cherche à s’identifier ? Parce que la douleur se transmet plus facilement que d’autres émotions ? G Herbo n’a jamais versé dans le larmoyant, pourtant il représente parfaitement les artistes torturés que l’on adore, non sans sadisme. Dès ses premières traces discographiques à 17 ans, on le reconnaît à son énorme voix, son flow crié et agressif et son vécu dans les rues de Chicago. Vécu qui lui a valu d’être diagnostiqué atteint d’un trouble de stress post-traumatique (PTSD) il y a quelques mois. Il a décidé de se soigner, et l’album nommé d’après le syndrome est teinté des moments les plus noirs de sa vie. Pour autant, le sentiment le plus fort est surtout celui de la rémission. Les sonorités graves, la rage dans la voix du natif de Chiraq et les couplets fleuves sont remplacés par une mélancolie plus saine, et des refrains qui lui laissent, métaphoriquement, le temps de se poser. Les qualités musicales du bougre sont toujours les mêmes ; la musicalité vient souvent des productions ou des invités. Herbert évolue, se soigne mais ne se transforme pas. Il a d’ailleurs toujours ses placements parfois, disons inattendus, qui font son charme. PTSD, dont on vous parlait déjà plus tôt cette année, parvient même à gagner une cohérence qui manquait à Humble Beast. Plus encore, la version deluxe apporte une plus-value réelle et ne se contente pas de recréer un peu de bruit pour la course aux certifications. Si nous avons su nous délecter des morceaux les plus sombres d’un rappeur toujours assez jeune, il est presque de notre responsabilité de célébrer la guérison de l’homme. D’autant plus quand la musique est de cette qualité. – Wilhelm

Mentions honorables : Nas – King’s Disease; Pa Salieu – Send Them To Coventry; Lord Apex & V Don – Supply & Demand; Mac Miller – Circles; Russ – Chomp; Raashan Ahmad & Rita J – Black Koala; V Don – Black Mass; Flee Lord – In the Name of Prodigy; Lil Wayne – Funeral; Chris Brown & Young Thug – Slime & B; Eto – The Beauty of It; Key Glock – 1997; Yo Gotti – Untrapped; Sada Baby – Bartier Bounty 2; Young Dolph – Rich Slave; Moneybagg Yo – Time Served; Roc Marciano – Mt. Marci; Stove God Cooks – Reasonable Drought; Icewear Vezzo – Drank Baby; Mozzy – Beyond Bulletproof; $ha Hef – Numbs

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