10 Bons Sons US en novembre 2020

Le mois de novembre a vu la population américaine se réjouir du couronnement de leur nouveau roi, préparer avec application le jour de fête du capitalisme mais aussi remercier Dieu pour les bienfaits de cette magnifique année 2020. Un programme des plus jouissifs, qui s’accompagne bien évidemment de quelques chants de nos ménestrels préférés.

Willie The Kid & VDon – Minutiae

Après être déjà apparus dans notre sélection d’octobre, les productifs Willie The Kid et VDon en ont remis une couche en publiant le volume 2 de l’excellent Deutsche Marks qui était sorti en 2017. Et les deux hommes ont plus que fait le travail, avec un nouvel opus lourd et poisseux, produit avec toute la richesse que l’on connaît à la panoplie de VDon. Les invités s’y intègrent d’une main de maître, comme l’illustrent les couplets d’Eto, Flee Lord ou encore Vado. C’est pourtant avec un morceau solo que nous illustrerons cette sortie. Sur « Minutiae », le génial beatmaker newyorkais nous fait encore part de son inventivité folle, avec cette boucle de piano mi-énergique mi-angoissante, accompagnée d’une batterie très légère, qui permet à Willie de nous fournir l’un de ses meilleurs morceaux de l’année. Xavier

Roc Marciano feat. Schoolboy Q – Covid Cough (Prod. Roc Marciano)

Comme pour Marcielago l’année denière, et KAOS avec DJ Muggs celle d’avant, Roc Marciano a attendu l’arrivée des premiers froids pour nous fournir la dose annuelle, avec Mt. Marci, encore un habile jeu de mot avec le plus haut sommet de New York. Et comme à l’accoutumée, Marci a fait le travail. Malgré son statut de chef de file de la régénération newyorkaise de ces dernières années, il garde une patte unique que l’on ne confondrait avec personne. Et comme élément clé de cette patte, il y a la densité de ses albums, d’où la difficulté, chaque année, d’en extraire un morceau. Prenons « Covid Cough » pour le côté actualité et le featuring étonnant avec Schoolboy Q. Xavier

3ohBlack – Exactly (Prod. DJ Social)

Ayant connu un petit succès avec son morceau « All Talk » en 2019, le MC de Washington a eu du mal à confirmer malgré une productivité qui ne s’essoufflait pas, toujours avec ce format de mixtape relativement court, ne dépassant jamais les 10 titres. En ce mois de novembre, il nous fournit ce que l’on pourrait considérer comme un premier véritable album, puisqu’il sort du schéma qui était le sien jusqu’alors, en contenant plus de 14 titres. Même s’il tente parfois de sortir de son style préférentiel brut de décoffrage, c’est néanmoins dans ce registre qu’il reste le meilleur, comme c’est le cas sur « Exactly », où le piano répétitif de DJ Social sied parfaitement à son ton brutal et agressif. Xavier

Aesop Rock – The gates (Prod. Aesop Rock)

Figure importante du rap indépendant new-yorkais, rattaché à Def Jux puis à Rhymesayers, Aesop Rock a traversé les époques dans l’ombre. Le rappeur nous est revenu au mois de novembre avec un album-concept quelque peu surréaliste. Avec sa riche production mêlant le 8-bit et des éléments plutôt rock-prog, ce morceau porte bien son nom car il vient nous ouvrir les portes de l’univers du disque, là où les feux de Saint Elme côtoient le pull rayé de Charlie. On est donc sur un titre très dense dans sa composition, compact dans son contenu lyrical, à l’image de l’album, et finalement, de toute la carrière d’Aesop Rock. Risque d’étouffement pour les non-initiés, mais ce Spirit World Field Guide peut faire office d’introduction pour ceux qui voudraient découvrir le Aesop deuxième génération. Jérémy

Lil Wayne feat Young Thug – Out West (remix)(prod. Jabz & Buddha Bless)

6 ans après que Dwayne adoube Jeffery sur « Take Kare » mais, surtout, après des années de guerre (pas toujours) froide entre les deux, Lil Wayne invite Young Thug pour remixer « Out West » de JackBoys & Travis Scott – où le jeune voyou apparaissait déjà. À la recherche de leur cible dans un univers très Western, la plus grande pop star des années 2000 sort son chapeau, son colt et tire à vue en vérifiant qui est touché après, alors que le jeune voyou fabrique et balance des bombes artisanales sans trop viser. La voix de la sagesse est logiquement incarnée par l’intellectuel DJ Khaled qui host No Ceilings 3. Wilhelm

Juicy J feat. Conway the Machine – Killa

De l’autre côté du pays, l’ambiance est plus pesante, plus froide, mais pas moins meurtrière. Juicy J sortait ce mois de Novembre son cinquième album solo sans que les ravages du temps ne semblent l’affecter : il rappe toujours aussi bien – et il est un peu beauf mais dans le bon sens. Il est aussi l’une des énièmes légendes à convier Conway autour d’un microphone. Si le Juteux J a toujours plus de présence et qu’on salue les efforts musicaux du rookie de 38 ans, c’est l’appétit des deux loustics qui nous ravit. Wilhelm

Elcamino & 38 Spesh – Hold U Up

Le dérèglement climatique et le re-confinement nous poussent à repenser nos certitudes, à remettre nos convictions en question. Ainsi, lorsque nous disions avec assurance que les projets d’Elcamino pouvaient pêcher dans leur ensemble dans l’édition précédente des Bons Sons US ; c’était mettre de côté les projets qui, souvent orchestrés par un unique producteur avec une vision, tirent leur épingle du jeu. C’est le cas des Sacred Psalms, fomentés sous la houlette de 38 Spesh. Nous en avons extrait « Hold U Up » parce que Camino ne se laisse que (relativement) rarement aller à la chanson sur ses propres œuvres. Wilhelm

Russ – Who Whants What feat. Ab-Soul (Prod. Russ)

Pas forcement le rappeur préféré de ton rappeur préféré mais parfois, Russ nous rappelle qu’il sait quasiment tout faire quand il s’agit de musique : rapper, chanter, produire, mixer ou encore masteriser. Mais personnellement, le Russ que je préfère, c’est celui qui kicke sauvagement ou qui « spitting heavy bars » comme disent les ricains. EP surprise sorti le 17 novembre dernier, CHOMP est donc un 5 titres des plus cossus, un projet pour rappeler à tout le monde qu’avant d’être en tête des charts avec ses refrains entêtants et ses chansonnettes, Russ sait rapper sur du bon vieux boom-bap. Et quoi de mieux que d’inviter quelques écumeurs de rimes pour l’occasion : Ab-Soul, Benny The Butcher, Busta Rhymes, KXNG Crooked ou encore Black Thought. Cerise sur le cupcake, on peut retrouver DJ Premier à la production d’un morceau, histoire de bien nous montrer l’utilité de cet EP: KICKER. Clément

Pa Salieu – Informa feat M1llionz (Prod. Felix Joseph & AoD)

Pas de doute vous l’aurez reconnu à son fort accent, mais nous faisons donc un détour par la contrée d’Elizabeth II avec le rookie Pa Salieu. Originaire de Coventry (dans la banlieue de Birmingham) et âgé de 22 berges, Pa Salieu avait marqué les esprits très tôt dans l’année avec le morceau « Frontlines » qui mélangeait influences afrobeat, hip-hop et dancehall. Un mélange qui fait fureur de l’autre coté de la manche et que plusieurs experts appellent Afroswing. Mais bref, revenons à nos moutons avec le morceau qui nous intéresse : « Informa » en featuring avec M1llionz. Sur une prod cette fois-ci beaucoup plus drill, le jeune rappeur originaire de Gambie nous dévoile une belle palette qui rappelle assez facilement les premiers balbutiements d’un Spekta ou d’un Stormzy. Et si vous n’êtes pas totalement convaincu, on vous laisse écouter sa mixtape Send Them To Coventry sorti le 13 novembre et dont est issu le morceau choisi dans notre sélection. Clément

Meek Mill – Middle of It feat. Vory (Prod. Xander & Nick Papz)

Meek Mill a toujours eu le génie des introductions. Des morceaux puissants et émouvants viennent ouvrir plusieurs de ses précédents projets. Dans la veine de ses titres les plus énergiques, Middle of It ne fait pas exception. On part sur morceau de motivation, quasi-guerrier (le lexique y fait référence à plusieurs reprises), où son débit rapide et sa manière de conclure chaque mesure avec hargne font encore une fois mouche. Le rappeur de Philly a la bonne idée de se passer de refrain et de les remplacer par de courts interludes parlés qui donnent du liant à l’ensemble. Dommage que la prestation autotunée de Vory fasse un peu tache à la conclusion. Jérémy

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