10 Bons Sons en novembre 2020

Comme chaque début de mois, l’heure est au bilan du précédent autour de dix morceaux de rap français qui ont retenu notre attention.

Le 21 novembre : Le Téléphone Arabe – Cookies

Issu d’un nouvel EP – mode de diffusion favori de LTA – « Cookies » rentre directement dans le lard. Pas d’introduction, pas de refrain, le rappeur underground enchaîne les phases sur la société, brassant les sujets, gouvernance, pédophilie, médias, tout en se plaçant en dehors des débats : « je téma pas ce qui se passe, je téma les gens qui téma ce qui se passe ». La production est répétitive, angoissante, quasi-paranoïaque. LTA en profite pour raffermir encore un peu plus sa position de marginal par rapport au milieu, tout en découpant l’instru avec un flow millimétré. Comme souvent, deux minutes de rap suffisent à faire passer le message et à planter quelques images bien pensées dans la tête de l’auditeur. Un morceau qui vient compléter une discographie qui se construit sereinement, brique par brique. – Jérémy

Le 5 novembre : Gaël Faye – NYC

Alors que ces dernières années ont vu les mots « slam », « littérature » ou « chanson française » s’associer à son nom, Gaël a su distiller quelques piqûres de rappel dans un registre plus rappé dans Lundi méchant, son nouvel album, paru sept ans après le fameux Pili-pili sur croissant au beurre. Parmi ces rappels figure l’ode à la Grosse Pomme sobrement intitulée « NYC » avec son piano envoûtant et sa subtile dédicace au morceau « Cream » du Wu-Tang Clan. Ce titre nous rappelle que les centres névralgiques du rap US ont beau se déplacer au cours des années, New York gardera toujours un statut particulier pour le public français, tant pour son attachement à certaines sonorités, que son amour indéfectible pour quelques grands noms du rap. – Olivier

Le 12 novembre : Buds – St. Lazar

Le son tape, le clip claque, et c’est normal : c’est signé Buds ! Le leader du groupe biennois La Base, dont nous avons déjà parlé ici à maintes reprises, a sorti son premier EP en solo Platinum, condensé riche d’émotions, d’images et de phases qui se succèdent naturellement comme l’eau coule d’une cascade. A l’image de « St Lazar », on sent qu’une étape vient d’être franchie pour celui qui incarne mieux que quiconque le néo-boombap dans le rap francophone. Encore plus aujourd’hui, le Suisse maitrise tous les aspects de son art, de la création à la communication, rien n’est laissé au hasard et le choix des visuels et productions est monté d’un cran. Les fans, toujours plus nombreux à suivre le train, se passent le bon mot et savent déjà qu’il faudra compter avec lui en 2021. – Antoine

Le 19 novembre : 13 Block – Babi (Prod Heezy Lee)

Les ingrédients qui font de la musique de 13 Block une proposition unique sont bien installés depuis déjà quelques années : des grains de voix singuliers, des répétitions de phases savamment disséminées, une multiplication des pistes vocales, et un goût pour les instrus trap subtiles et sophistiquées. Sur Blo II, cette formule est encore plus maîtrisée que sur le premier volet, tant au niveau des arrangements que de la direction des textes. Le titre « Babi », paru peu de temps avant la sortie de l’album, constitue un des sommets de l’album, et pas seulement parce qu’il s’agit d’un des seuls morceaux qui comporte des couplets des quatre rappeurs. En effet, l’instru céleste, la superposition des voix, la manière de scander et le travail des réverb’ confèrent au morceau une ambiance presque religieuse, une incantation à la sauce Beaudottes aux propriétés hautement addictives. – Olivier

Le 27 novembre : Fayçal – Seize à mes sources (Prod. Keïzan)

« La discrétion est la première des vertus ; on lui doit bien des instants de bonheur ». Cette citation de Vivant Venon illustre à merveille la ligne de conduite de Fayçal. En effet, celui-ci distille depuis février 2018  et avec parcimonie, des extraits de son futur EP, Chants de ruines, prévu pour le 18 décembre. Après « Bête curieuse » et « Balade en sourde oreille », « Seize à mes sources » vient ravir les amateurs de poésie et de boucles mélodieuses grâce à la patte du beatmaker lyonnais Keïzan. Dans l’ensemble de sa discographie, le Bordelais a pour habitude de souligner l’importance de son entourage proche qu’il considère comme son moteur et son inspiration. Il était donc naturel de leur rendre brillamment hommage le temps d’un morceau. Fayçal risque d’être mis d’avantage en lumière les prochains mois, son quatrième album étant prévu courant 2021. Nous serons évidemment au rendez-vous. – Jordi

Le 13 novembre : Frenetik – Chaos (Prod. NegDee)

Des mois qu’on entend et qu’on voit pop le rappeur Frenetik, mais des mois également que nous faisons les aveugles et les sourds. Mais désormais c’est terminé, le Belge a bien mérité qu’on parle de lui et qu’on consacre quelques lignes à sa musique. Il y a un an, Frenetik sortait le morceau « La Matrice » produit par BBL et NegDee. Une entrée très sérieuse dans le rap jeu suivit petit à petit par pas moins de six autres titres publiés au compte goutte, avec à chaque fois un clip original et très soigné. Fin juillet, c’est le track « Traffic » et son énergie dévastatrice qui a doucement affolé les compteurs, une fois de plus appuyé par une mise en scène étonnante (une sorte de faux plan séquence ou le rappeur se balade d’arrêt sur image en arrêt sur image). Et puis à la fin de l’été, les Berlinois de Colors se sont penchés sur son cas et l’ont invité pour deux de leurs performances musicales et chromatiques… Bref pour résumer l’artiste originaire d’Evere et Anneessens (près de Bruxelles) a le vent en poupe et continue son petit bonhomme de chemin avec le titre survitaminé « Chaos », son instrumentale ardante (comme le festival liégeois et Fanny)et son clip en deux parties (une à l’endroit, et l’autre à l’Anvers) à la Paul Greengrass. Pas de doute, il faudra compter très fort sur Frenetik dans les mois à venir. – Clément

Le 5 novembre : 5th Corner – Bas instincts (Prod. Goomar)

Le collectif 5th Corner, « fondé au numéro 5 d’un boulevard bruyant » d’après leur description Youtube, rassemble des kickeurs et beatmakers de l’Est de la France et de la Région Parisienne. Gavin Meidhu, Géabé, Dah Conectah, Hunam, Harbor & Hexpir et James Cole Pablo ont posé sur des instrus de GooMar, Slivanoë, DJ Cerky, Riols… et  James Cole Pablo, qui fournit donc beats et voix. De ces sessions entre copains, voici symboliquement cinq premières salves soignées, où le mot a son importance et la rythmique sonne bon le rap français. L’occasion de revenir sur les discographies de Géabé, Harbor & Hexpir ou Goomar dont nous vous avons déjà parlé plusieurs fois dans nos colonnes, et de découvrir de nouveaux blases prometteurs. – Antoine

Le 11 novembre : Dinos – Freestyle Booska Stamina (Prod. Ken & Ryu)

Depuis la parution de son album Imany en 2018, Dinos s’est clairement imposé comme une référence de la nouvelle génération. Déterminé à accéder au panthéon du rap français, celui qui a su rester patient depuis sa signature en maison de disques en 2013,  enchaîne les projets. Après Taciturne l’an passé, Stamina vient de paraitre fin novembre. Pour en faire la promo, le courneuvien est passé devant les caméras du média Booska-P. Sur une instrumentale de Ken & Ryu, Dinos nous offre deux minutes de rap de haute volée en multipliant les phases percutantes. Nous vous recommandons l’écoute de son nouvel album qui regorge d’excellents titres et semble un peu plus spontané que les précédents. – Jordi

Le 27 novembre : Nahir feat. Frenetik (Prod. Yahmanny& B99ly)

Inviter Frenetik en featuring suppose de pouvoir rivaliser un minimum avec l’énergie et la science des placements qui caractérisent le bonhomme. C’est heureusement le cas de Nahir, autre étoile montante du rap francophone, qui donne le change au rappeur bruxellois durant cette passe d’armes faite de passe-passes et de performances spectaculaires à chaque échange de micro. Au même titre que le très bon « Moneygram » en feat avec Freeze Corleone paru aussi ce mois-ci, cet enchaînement d’aller-retours entre Paris et Bruxelles devrait logiquement se retrouver sur l’album de Nahir, Intégral, censé sortir très prochainement sur le label Awa. – Olivier

Le 6 novembre : Hugo TSR – Senseï (Prod. Swed)

En mars dernier, nous sélectionnions le morceau « Périmètre » d’Hugo. Nous espérions que ce titre venait annoncer la parution d’un nouvel album du membre du TSR. La sortie ce mois-ci de « Senseï » vient définitivement conforter cette hypothèse. Une vie et quelques sera bel et bien dans les bacs le 19 février 2021. Un évènement en somme. Sur cette instrumentale taillée sur mesure de Swed, producteur, activiste et membre du label / collectif toulousain CMF, le rappeur du 18ème reproduit sa formule secrète qui fait mouche à chacune de ses apparitions. Un fow ultra technique, des punchlines aiguisées, de l’humilité et une sincérité dans ses propos faisant de lui (et malgré lui) la figure emblématique du rap indépendant en France. « Je suis pas underground, underground c’est déjà trop mainstream ». – Jordi

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