10 Bons Sons en octobre 2020

Comme chaque début de mois, l’heure est au bilan du précédent autour de dix morceaux de rap français qui ont retenu notre attention.

Le 29 octobre : Sameer Ahmad – Cousin Harold

Conçu comme une jonction entre les deux projets estampillés « Un amour suprême », dédiés à Jovontae et Ezekiel, ce « Cousin Harold » vient ainsi compléter la mythologie développée autour de ses deux personnages. Sameer Ahmad y distille des images impactantes, tout en jonglant entre les cultures, du Maghreb aux US en passant par la France profonde. Un contenu lyrical dense distillé avec style qui laisse place à une plage instrumentale planante qui devrait permettre de nous faire basculer tranquillement d’une histoire à l’autre, puisque les deux EP seront rassemblés. Ce cousin Harold représente-t-il une clé de compréhension nécessaire au(x) récit(s) ? A méditer. – Jérémy

Le 16 octobre : Ockney feat. Freez – Entre le marteau et l’enclume (Prod. Jerrican Beats)

Dans un écrin d’instrus sur mesure aux BPM situés entre 75 et 85 et produits par une palette de beatmakers aguerris, Ockney a livré le mois dernier Best Kept Secret, un opus homogène et dans la droite lignée de ses projets précédents, loin des propositions génériques qui fleurissent chaque vendredi. Un tempo réduit pour le slow flow qui caractérise sa diction, qui se voit contrebalancé sur « Entre le marteau et l’enclume » par un couplet plus enlevé de Freez. Portée par l’implacable production de Jerrican Beats et la complicité apparente entre les deux MC’s, cette combinaison réussie rappelle qu’ils croisent le micro ensemble depuis déjà quelques années. – Olivier

Le 21 octobre : Fadah – Lovely (Prod. Dj Weedim X Nerod)

Au cours de l’été, nous avions eu la bonne surprise de voir apparaître Fadah sur la compilation Boulangerie Française Vol. 4 de Dj Weedim. Il semblerait que les deux artistes apprécient leurs univers respectifs puisque le morceau « Lovely », fruit d’une nouvelle collaboration, vient de voir le jour. Sur une production langoureuse et plus lente qu’à l’accoutumée, le toulousain revient sur ses déboires amoureux avec la justesse et la sensibilité qui le caractérisent. Toujours en quête d’expérimentation artistique, Fadah démontre qu’il est autant capable de chanter que de rapper. L’important étant de sublimer la transmission des émotions. En espérant qu’un nouveau projet viendra très prochainement succéder à l’excellent Furieux. – Jordi

Le 23 octobre : YWill – Skyline (Prod. Greenfinch)

En 2016 sortait le premier album solo d’YWill intitulé Livre d’or. Le voici de retour sur le devant de la scène grâce à la parution de deux morceaux annonçant la sortie de son nouvel opus Arbre à palabres pour début décembre. Après « Là-bas » le mois dernier, « Skyline », subtilement mis en image par Frankee Franz, s’offre à nous comme une bouffée d’air pur en cette période asphyxiante. Les années passent mais la plume du membre de La Jonction demeure toujours finement aiguisée. Authentique kickeur depuis ses débuts, c’est avec une aisance innée qu’il est capable de varier ses placements sur cette production lyrique de Greenfinch. Afin d’en savoir plus la conception de son futur album, une interview d’Ywill sera très bientôt disponible dans nos colonnes. – Jordi

Le 15 octobre : Furax Barbarossa – Flat line (Prod. Shaolin)

Avec l’EP surprise Cha-O-Ha et le clip de « Crazy Horse », Furax démontre encore une fois qu’il est un des meilleurs dans le game des clips en costume. Mais au-delà de l’image, qu’est-ce qui fait que son public continue à le suivre et s’agrandir, malgré une proposition pas des plus accessibles ? Certainement un mélange entre son écriture imagée, son sens de la formule, ses schémas de rimes faisant de lui un des maîtres de la multisyllabie, un ensemble de références cohérent propre au bonhomme… Et indéniablement son interprétation, qui évolue subtilement, album après album, et qui fait de « Flat line » un grand morceau qu’il faudra sûrement ajouter à la liste des incontournables de Barbe Rousse. « J’étais de ceux qui vivent en équipe, maintenant je suis de ceux qui disent ‘on est quittes.’ » – Olivier

Le 30 octobre : Tonio Le Vakeso feat. Cenza – Dix% (Prod. Pire Mastaa)

Les très productifs Cenza & Tonytoxik sont désormais bien identifiés par les amateurs de bon rap français. L’uZine a donc décidé de progressivement mettre en avant ses deux autres membres, Souffrance & Tonio Le Vakeso. Seul ce dernier, Tonio Le Vakeso, n’avait pas encore libéré son premier album solo. C’est chose faite depuis le 30 octobre dernier et la sortie prudente, uniquement en digital, de J.A.M. Les singles nous avaient alerté sur le niveau technique, la fougue, l’envie et la faim du Montreuillois qui confirme, sans forcer, sur 13 titres (et une intro) que son rap parle vrai. Sans forcer, car même à 10%, sur une ogive de Pire Mastaa, il met tout le monde d’accord. A ajouter dans vos discothèques sans… forcément réfléchir. – Antoine

Le 25 octobre : Maj Trafyk – Flinguer un ange

Maj Trafyk roule sa bosse dans l’underground depuis de nombreuses années, comme en témoigne ses collaborations avec des figures importantes du rap français telles que les X-Men, Nakk ou Rockin’ Squat. Avec sa production jazzy et ses scratchs, « Flinguer un ange » ne tombe pas dans les clichés du neo-boom-bap faussement poussiéreux, et tire son épingle du jeu grâce à une forte signature vocale, et à un texte qui navigue entre le frontal et le quasi-mystique. On y sent toute l’expérience et les années passées à se peaufiner un style. Le rappeur prévoit maintenant la sortie de son quatrième solo à paraître début 2021. Un album qui pourrait être l’une des belles surprises de ce début d’année. – Jérémy

Le 23 octobre : Koba LaD feat. Ninho – Encore (Prod. HoloMobb et Boumidjal)

Fin du mois, Koba nous sort encore un projet (le troisième album en trois ans, ça va, on a le temps de s’ennuyer) plutôt joli et bien ficelé. Agrémenté d’un chapelet de petits featurings bien calibrés avec des invités pas degueus, l’opus est d’une qualité globalement homogène et nous garantit sans soucis une petite heure d’écoute paresseuse plutôt agréable. Parmi les invités qui viennent s’illustrer aux côtés du jeune Essonnien, parvenant chacun dans leur genre à apporter profondeur, grâce ou puissance aux morceaux, Ninho, comme souvent dans ce genre d’exercice bien pensés, sort du lot et offre une performance un peu au-dessus des autres. Le timbre clair et le débit tranquille du gaillard répondent sans flancher au flow plaintif et aux harmonies du patron des lieux pour créer un ensemble étonnamment percutant étant donné le tempo guimauve de la prod de HoloMobb et Boumidjal. En sortent trois minutes trente très efficaces, organisées autour d’un refrain qui s’imprime sans effort. Belle perf. – Sarah

Le 11 octobre : Deux Lyricists – Sois Content (Prod. Vax1)

Vieux maillot sur-lavé de Larry Bird sur les épaules, carabine de précision, bobs et chapeaux en tous genres : voilà bien un clip qui ne fait pas dans le traditionnel. Le gang des lyonnais Deux Lyricists est sorti de son trou et dévoile le morceau « Sois Content », extrait de son prochain EP intitulé Intramuros. Sur une bonne prod charnue de leur acolyte de toujours Vax1, les deux emcees poursuivent le groove du temps (ou plutôt le leur), entre réflexions désabusées, parfois ironiques et phases absurdes. Un style assez unique et original pour un résultat plus que prometteur. Vivement la suite. – Clément

Le 2 octobre : L’Algerino, Alonzo, Stone Black, Le Rat Luciano, SCH, Jul, As & Veazy – L’Etoile sur le maillot (Prod : Stef Becker)

« Bande organisée », le premier extrait de 13 Organisé nous avait laissés perplexe, le casting se contentant de faire du fan service et d’envoyer du zumba cafew. Nous attendions la sortie du projet pour voir si la compilation allait dans ce seul sens et étions prêts à descendre cette direction artistique. Et que fut grande la surprise à l’écoute de ces treize titres ! Tous les participants se sont mis sur leur 31 pour envoyer des couplets où le maître mot était de rapper. Que de combinaisons inédites entre l’ancienne et la nouvelle école, avec sept, huit rappeurs voire plus sur des morceaux hors format ! On peut retrouver les vieilles gloires d’IAM, de la FF, du Carré Rouge, de Puissance Nord, mais aussi la middle school, avec L’Algerino, Keny Arkana, les Psy4 de la Rime, ainsi que qu’une grande partie de la nouvelle scène marseillaise (Soso Maness, Kofs, SCH, Naps, 100 Blaze, entre autres). Si l’on peut regretter quelques absents (R.E.D.K., le 3e Œil, YL), on ne peut que se réjouir de cette initiative qui s’est donnée les moyens de ses ambitions, tout en faisant revivre l’époque dorée des compilations. Si « Je suis Marseille » est un morceau qui fera date, « L’Étoile sur le maillot » boxe dans la même catégorie. Les protagonistes sont tous en grande forme : L’Algerino nous rappelle qu’il reste un sacré rimeur, Alonzo est énervé, Stone Black montre que le retour de Carré Rouge risque d’être dangereux, le plaisir est immense d’entendre Le Rat Luciano et ses placements chirurgicaux, SCH est insolent de facilité, Jul se fond à merveille parmi ces monstres, As ne dénote pas, Veazy clôt le morceau de manière mélodieuse, quant à la prod de Stef Becker, elle fait mouche. S/o à Jul qui aura réussi le tour de force de réunir une bonne partie de la scène marseillaise (et d’avoir fini de convaincre ses plus hostiles opposants). On se prend à rêver d’un concert au Vélodrome avec tous ces rappeurs. Dans le monde d’après incha’Allah. – Chafik

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