Entretien avec Deparone, fondateur du label belge Give Me 5

Activiste hip-hop depuis de longues années à Bruxelles, c’est d’abord dans le milieu du graffiti que Deparone fait ses premières armes. Il décide par la suite de fonder le label Give Me 5 et produit plusieurs compilations avec des artistes rap. Vidéaste passionné, il parcourt les rues de différents pays francophones afin de filmer d’innombrables freestyles qui inondent la toile depuis plus de dix ans. Retour sur le parcours du créateur de la désormais mythique « Poignée de Punchlines ».

Tu as découvert le rap au début des années 90 à Bruxelles. Par le biais de quels artistes ?

Je dirais même à la fin des années 80 avec le groupe Benny B, je connaissais les textes par cœur. Des vrais précurseurs du rap francophone. Les BRC aussi. Ensuite en 1992 j’écoutais NTM à l’époque de J’appuie sur la gachette. IAM aussi. Pour ce qui est du rap américain, N.W.A, le Wu Tang évidemment, KRS One. Les gros classiques du début.

À quel moment commences-tu à décerner la présence d’une scène belge underground ? 

En 95, lorsque je me suis immiscé dans le milieu graffiti. Il y avait déjà des groupes comme CNN, De Puta Madre, BigShot, P50, La Konspiration du Triple H, Pablo Andres qui était un  ami à moi, Ultime Confusion groupe précursseur d’ Ultime Team. Certains festivals s’organisaient. Je pense notamment à Lezarts Urbain. J’ai un souvenir d’un gros concert en 96 à dans le quartier de Schaerbeek à Bruxelles. Il y avait IAM, NTM et toute la scène locale. Sur Radio Campus, dans l’émission Oskoorland les rappeurs de la ville avaient l’habitude de freestyler. Le groupe Onde De Choc était souvent invité. C’était la scène underground de chez nous. En 98/99, les CNN et les R.A.B / De Puta Madre étaient les deux crews dominants et rivaux mais d’autres se développaient dans le pays. Ensuite vers 2000 les premières mixtapes sortent et des nouveaux collectifs font parler d’eux comme, Starflam, Ultime Team, La Rez, La Révolte, L’Hexaler, Opak, James Deano, A6mil et plein d’autres. Pour ma part, je suis arrivé en 2005 et je n’ai pas lâché depuis.

Quels étaient les lieux où les amateurs de hip-hop avaient l’habitude de se réunir sur Bruxelles ?

Le shop Musique Mania près de La Bourse où bossait Dj LeFtO, un néerlandophone qui vient de Gand. Il avait une grosse culture musicale rap américain. Dès qu’on voulait des mixtapes underground qui étaient introuvables pour le grand public car trop hardocre niveau lyrics, on pouvait les acheter grâce à lui. Je pense à celles de  Body Count intitulée Cop Killer du groupe d’Ice T par exemple. Les mixtapes belges pouvaient être déposées dans ce magasin aussi. C’était vraiment le QG. Il y avait un snack qui était juste à côté, le Pic Nic, le rendez-vous de tous les tageurs et des rappeurs. Il était situé tout près de la Bourse.

En parlant des tagueurs, ton nom d’artiste provient du graffiti. Es-tu rentré dans le milieu hip-hop grâce à cette discipline ?

J’ai toujours préféré le vandale donc j’étais plutôt axé sur le tag. Je me suis intéressé au graffiti mais il fallait beaucoup de patience et de talent. Poser sa signature était plus facile et donnait une satisfaction immédiate. On avait notre crew qui s’appelait BUC à l’époque et par la suite KB. On avait le cousin d’un des membres qui vivait à Miami et qui avait déjà implanté ce collectif là-bas. Par la suite, un de nos membres, ASEPT,  faisait partie du crew Bruxellois BH34, sous-possee des anciens R.A.B / De Puta Madre. Cela nous a permis de rencontrer du monde.

Il y avait déjà un esprit d’ouverture vers des crews internationaux.

La Belgique s’exporte depuis toujours en fait. Les grands noms de BX peignaient dans d’autres villes, s’associaient avec des crews des États-Unis ou de France comme le 156. 

Raconte-nous la génèse de Give Me 5. Quels sont tes objectifs à tes débuts dans la production ?

Étant du milieu du graffiti, beaucoup d’artistes que je côtoyais s’étaient convertis à la musique. J’ai voulu les rassembler sur un support. Au départ, le label s’appelait KB Style Lab. Après la deuxième mixtape que l’on vendait cinq euros de main à main, j’ai eu l’idée de Give Me 5. Elle était composée de cinq titres. J’ai donc sorti deux mixtapes supplémentaires et les vidéos ont débarqué. Le logo a été réalisé par le graffeur Defo.

En 2008, la compilation Give Me 5 est donc composée uniquement de cinq titres. Le but était de faire un condensé des meilleurs artistes de la scène locale ?

Avec les deux premières mixtapes, on était sur des formats de dix-sept / dix-huit tracks. Souvent on me disait : « Il y cinq morceaux qui tuent sur ta compile ». J’ai tenté de prendre les meilleurs MC’s et proches de ma ville comme Convok, 13Hor, Stromae, Shadow Loowee. J’ai voulu organiser des featurings pour qu’il y ait plus de cinq artistes.  Après il y en avait évidemment d’autres mais eux étaient plus accessibles à ce moment-là.

L’idée des featurings était déjà présente sur En Mode Rasta en 2009 où tu mélangeais artistes rap et reggae/ragga. 

Tout à fait, par exemple James Deano y pose sur un morceau avec D Ju Lion et Scylla avec Nerlock et Korchid. Le but a toujours été de rassembler les artistes qui me semblaient être au top sur le moment. Bien évidemment cela reste subjectif mais c’était ma marque de fabrique.

Pour les projets cinq titres, est-ce que tu étais présent en studio avec les artistes ou chacun travaillait de son côté ?

Nous étions avec les artistes même si nous avons enregistré dans différents studios. Stromae, Shadow Lowee et Ekila avaient enregistré chez Basile, un pote de l’époque. D’autres morceaux ont été enregistrés chez Velvet Sick et nous avons tout masteriser chez EQuuS pour équilibrer le tout. 

Quand commences-tu à produire tes premières capsules vidéos ?

En 2009 justement je venais d’acquérir une caméra pour filmer mes vacances. C’était encore l’époque des formats mini DV. Il fallait que j’aille dans un magasin spécialisé pour dérusher et avoir mes vidéos sur DVD. Ensuite je les envoyais à un monteur qui s’occupait de caler le logo et le générique. Une vraie galère. Par la suite je suis passé à une petite caméra numérique, celles avec un petit écran clapet sur le côté. J’allais dans les magasins de BX de la Galerie Agora et du centre ville pour faire poser des rappeurs sur une même prod, un beat versus cinq MC’s. Des artistes comme Scylla, B-Lel, Convok y ont participé dès le début, chacun dans un magasin différent pour tenter entre autres de faire la promo du lieu. 

En 2009 il y avait peu de médias qui produisent fréquemment des vidéos rap.

Il y avait déjà des gens en place mais peu. Street Life par exemple qui proposait de magnifiques freestyles. On s’était même mis en collaboration à un moment. Rapadonf et Booska-P aussi. 

En Belgique vous étiez précurseurs pour ce type de format ?

Juste avant moi il y a eu Legal Sounds composé de Raben et Tembs. Ils avaient produit un projet qui s’appelait BX Tour. Ils s’étaient organisés avec un planning de douze heures dans toute la ville pour aller filmer plusieurs crews. Je suis arrivé juste après et grâce à mes connexions, j’ai pu avoir des noms d’artistes un peu plus connus. C’est ce qui m’a permis de me faire un nom assez rapidement. Je me suis associé direct avec Tembs et à l’heure actuelle il travaille toujours avec moi. 

Il y a eu aussi des freestyles radio qui avaient bien tournés à l’époque. On se souvient notamment d’un passage de Scylla dans l’émission « Keep It Real » sur Fun Radio. 

Au début, j’ai pu avoir une émission chez la radio underground  K I F. Au final à cause de problèmes de communication avec les dirigeants nous avons dû arrêter. Ensuite, nous sommes partis sur une radio néerlandophone grâce à Rival de CNN. Il avait une émission tous les jeudis qui s’appelait le Bumrush Show. On prenait le relais un jeudi par mois avec le Give Me 5 Show. On a fait des gros freestyles avec La Smala, Cabalero, Jean Jass. Il y avait une partie interview animée par Martin Vachiery. En ce qui concerne Keep It Real, nous avons pu faire ça grâce à Vins, un animateur qui est passé ensuite sur Fun Radio France. Il est actuellement chez Tarmac. Il nous avait ouvert les portes du studio. Chez NRJ, c’était Wendy qui était en connexion avec Stromae et Beretta qui était proche de Wati B. Ils avaient organisé « La nuit du rap ». J’avais pu filmer Alonzo, Grödash ou Bouga. C’était les premiers gros freestyles entre la France et la Belgique. 

Je voulais justement te parler de la scène néerlandophone en Belgique. Est-ce une scène rap que tu as suivie ?

Non et c’est d’ailleurs une grosse erreur de ma part, surtout quand je vois aujourd’hui des rappeurs comme Zwanguere Guy. Il est en train de tout arracher. J’ai pris quelques vidéos freestyles sur Anvers d’artistes comme Nag et Twan mais j’ai quelques regrets. Il y a une grosse solidarité du public néerlandophone envers leurs artistes, il se déplace en masse aux concerts et fait preuve d’un soutien sans faille. C’est quelque chose que l’on retrouve un peu moins chez les francophones car il y a beaucoup d’artistes et les auditeurs sont un peu plus partagés. 

En 2014 tu as sorti la mixtape Dès Le Dépar Volume 2 avec entre autres Caballero, Jeff Le Nerf, Vald, L’Or Du Commun… Ce fut juste avant que certains d’entre eux explosent?

La sortie en fait n’était pas vraiment calculée. C’était avant que Caballero ou Vald ne pètent. Après le premier volet je m’étais fixé l’objectif de publier un volume 2. Mes connexions étaient aussi plus ancrées avec la France ce qui explique mes collaborations avec Jeff Le Nerf et Furax. 

On peut remarquer que tu as toujours eu ce souhait de t’ouvrir au rap francophone en général, que ce soit la France, la Suisse ou le Canada. 

J’ai toujours cherché à mettre en lumière des artistes qui avaient la dalle, peu importe leurs origines : Belgique, France, Canada, Suisse. J’ai même produit une « Poignée de Punchlines » pour Eskro, un artiste de l’île de la Réunion. Cela m’a toujours paru normal, naturel. Je dois avouer qu’avec le temps, je me suis rendu compte que, après que certains artistes aient gagné en notoriété, ils ont pu oublier mes coups de pouce.

C’est de ce constat que sont nés tes freestyles « Coup de main » qui consistent à donner de l’exposition à des artistes ayant très peu de visibilité?

Il y a deux ans ma chaîne était mois active que d’habitude et j’ai donc décidé de lancer ce concept avec des artistes n’ayant que quelques centaines de vues et qui méritaient plus. Bien entendu je l’ai fait gratuitement pendant que certains médias rap demandent des tarifs hallucinants pour publier des clips de rappeurs en développement. J’ai pensé que cela pouvait être bénéfique pour certains et permettre de faire vivre ma chaîne Youtube.

Un des concepts qui a fait que Give Me 5 gagne en notoriété a été incontestablement « La Poignée de Punchlines ». Comment est né ce projet ? La première « Poignée » de Youssef Swatt’s a marqué beaucoup d’auditeurs à l’époque.

En France le « Partiel de Punchline » existait déjà. Mais il y avait moins de mots et il n’était pas accompagné d’un vrai clip. L’idée était déjà là. La première « Poignée de Punchlines » ne s’appelait pas vraiment comme ça, c’était un « Partiel de Punchlines » que Youssef Swatt’s avait fait de son côté. Il m’avait demandé mon avis. Je trouvais ça lourd et je lui ai proposé de pousser le concept encore plus loin. Il a donc réalisé les deux premières et ensuite Semji puis Jeff Le Nerf ont collaboré. Le concept était lancé. On est à plus de 250 « Poignées » à l’heure actuelle, c’est un truc de fou. J’ai même arrêté de les numéroter. Je reçois énormément de demandes. 

Comment procèdes-tu à la sélection des artistes ?

Pour chaque sollicitation, je demande un son mais aussi un clip de l’artiste. C’est important de savoir si le rappeur a une équipe vidéo opérationelle. J’ai déjà fait confiance à des artistes sans voir le clip, en étant sûr qu’ils avaient du talent. J’ai fait marcher mon réseau pour leur trouver un filmaker. Certains réalisateurs étaient intéressés de collaborer avec Give Me 5 pour leur carte de visite. 

Pour certains rappeurs, le fait d’avoir participé à ce concept leur a permis de franchir un palier dans leur carrière. 

Le premier qui me vient à l’esprit c’est LaCraps. Il m’avait sollicité et j’avais demandé à B-Lel qui le connaissait ce qu’il en pensait. Quand on s’est mis d’accord, on a commencé à parler du clip. Il m’a dit qu’il avait un concert avec la Scred quelques jours plus tard et qu’il allait tenter de poser sa Poignée à côté de Koma. Je lui ai mis la pression pour que cela se fasse. Par la suite, elle a passé le million de vues, les concerts se sont enchaînés pour lui. Il me remercie souvent pour le soutien. C’est un des rares MC’s à qui j’ai envoyé l’ascenseur qui m’a dit: « Viens on monte dedans ensemble ! ». Je ne n’ai pas vécu d’équivalence en Belgique. 

Parle-nous de ta collaboration de longue date avec le shop Stoemp.

Cela a commencé en 2012, avant la « Poignée de Punchlines » justement. Ils faisaient déjà des collaborations avec des rappeurs, notamment avec L’AB2C et James Deano. Ils ont senti l’énergie positive que je véhiculais avec mes freestyles et ils m’ont demandé de bosser avec eux. Dans un premier temps, j’invitais des rappeurs dans le shop et on recevait des bons d’achat pour acheter des fringues. Au fil du temps, on a proposé des concours, la série « Freestyle chez Stoemp » est née aussi. On a ramené Demi Portion, Vald à ses débuts pour les cinq ans de Give Me 5. Le magasin est devenu l’endroit où les rappeurs venaient faire des showcases. Les clients sont contents de venir à l’endroit où Caballero ou Scylla sont venus  rapper. Il est situé à Louvain La Neuve, à 20 minutes de Bruxelles. C’est une mentalité plus ouverte et plus généreuse que dans la capitale. Nous sommes sur la même longueur d’onde.

Après plus de 700 vidéos sur la chaine du label, as-tu des nouveaux objectifs pour l’avenir ? N’as-tu pas la sensation d’avoir fait le tour et le besoin de te tourner vers de nouveaux horizons comme le développement d’artistes ?

J’avoue que durant une période j’ai eu la sensation de tourner un peu en rond. J’ai toujours la dalle de concepts. Je suis sur quelque chose de nouveau, toujours dans l’esprit freestyle que beaucoup de médias n’ont plus. Ce qui marche maintenant c’est de parler de la marque de la  paire de pompes des MC’s ou de leur barber shop. Je reste dans mon esprit puriste en m’ouvrant à de nouveaux artistes qui vont apporter de la fraicheur. Mon objectif dans l’immédiat est d’atteindre la barre symbolique des 100 000 abonnés sur ma chaîne Youtube. Je me suis remis à réaliser des vidéos, récemment, avec le rappeur Kaïah qui vient de Toulouse. J’ai clippé un de ses morceaux sur Bruxelles pour un de mes nouveaux concepts : « Les Freestyles 5G ». C’est un mec talentueux qui mérite.

Tu as eu la reconnaissance de Fianso qui t’a invité sur le plateau de « Rentre dans le cercle » fin 2017. Nous imaginons que ça t’a fait plaisir de voir ton travail apprécié à sa juste valeur par l’une des figures du rap français.

Il m’a invité en tant qu’intervenant sur le tournage par le biais de la structure Back in the Dayz qui m’a proposé de collaborer avec eux pour cet évènement. Quand un mec comme Fianso explique face caméra que tu faisais des « Rentre dans le cercle » avant que lui ne lance l’idée, forcément tu te dis que tu as fait des choses qui ont marqué. Nous avions tourné un freestyle de lui pour Give Me 5 en 2013.

As-tu déjà été contacté par des majors ou des labels pour travailler sur de la direction artistique ou en tant que chef de projet ?

J’ai eu des approches pour des gros artistes que je ne peux pas citer. Avec ma mentalité de puriste j’ai refusé car cela ne correspondait pas à la mentalité de Give Me 5. Ce n’était peut-être pas les bons moments pour moi pour prendre des décisions de ce genre. Je pense avec le recul que je me suis trompé. 

Tu sembles attaché aux lives. On peut souvent te croiser dans des évènements, soit dans le public soit au niveau des tables de merchandising. Qu’en est-il de la production de concerts ?

J’ai fait plusieurs collaborations avec la structure Back in the Dayz qui s’occupe de Caballero et Jean Jass, La Smala, Romeo Elvis. On faisait des co-productions. Nous avons programmé Hugo TSR deux fois, à La Madeleine et au Magasin 4. Pour les cinq ans de Give Me 5 en 2012, j’ai programmé un plateau avec Vald et Demi Portion à la salle de théâtre l’Atelier 210. J’avais aussi organisé le lancement de la première mixtape Give Me 5 là-bas en 2008. Pour les dix ans du label, j’ai pu monter un plateau sur la dalle du parlement européen, grâce à mon ami B.flow, un grand activiste qui organisait beaucoup de battles MC’s et de nombreux évènements. Il est décédé il y a quelques mois, paix à son âme. 

As-tu déjà participé à la production d’évènements publics à Bruxelles  ?

On m’a demandé plusieurs fois des noms pour des plateaux. Cependant, j’ai toujours refusé les subventions pour ne pas avoir de compte à rendre. Certains pensent que c’est tout à mon honneur, d’autres que j’aurais dû en profiter. Actuellement, je suis en train de me dire que je devrais peut-être voir ce qu’il y a à prendre et ce que je pourrais organiser avec des salles comme Le Botanique. On verra cela après la covid. 

Tu as évoqué précédemment ta relation privilégiée avec LaCraps. Es-tu fier d’avoir collaboré avec d’autres artistes sur ton label ?

Je suis fier qu’un rappeur comme Swift Guad m’ait toujours fait confiance. Quand tu vois qu’un artiste sort une « Poignée 2.0 », ce n’est pas moi qui suis allé vers l’artiste pour lui demander d’en faire une deuxième. C’est lui qui est motivé et apprécie la collaboration. Nekfeu aussi je l’ai filmé lorsqu’ il était tout jeune. Je l’ai quasiment sorti du lit en lendemain de soirée où nous avions rendez-vous. Regarde son parcours maintenant. Stromae aussi est venu poser en cabine pour moi. Quand je le recroise dix ans après et qu’il me dit: « Je t’ai vu dans le clip d’un tel », j’ai envie de lui rétorquer : « De quoi tu me parles, tu as vu tout ce que tu as accompli ? ». J’apprécie les gens humbles en fait. 

Quel est l’artiste de la nouvelle génération qui se démarque pour toi ?

Freeze Corleone clairement. Il y a un jeune de Namur qui s’appelle Semji qui le connaît depuis trois ou quatre ans et qui m’avait parlé de lui. Je trouve que c’est un artiste complet, qui apporte le flow de la nouvelle génération avec une culture incroyable sur les jeux vidéos, l’histoire. Il a balancé des punchlines qui peuvent être considérées un peu hardcores pour certains, mais il n’y a pas de quoi à se faire lâcher par Universal et à se faire retirer ses morceaux des plateformes de streaming. Le label a bossé avec lui sur le projet, l’a validé et signé. Et maintenant il se retire ? Malgré la polémique, Freeze Corleone a fait son disque d’or au calme et c’est tant mieux pour lui.

Tu as eu l’idée de lancer l’application pour mobile Give Me 5 mais le projet semble à l’arrêt. 

J’ai un ami qui est développeur, BABE du crew de graffeurs PK, qui s’était mis dessus. Je n’avais pas mesuré la charge de travail et donc le budget que cela représentait. Je voulais que les gens puissent partager leurs freestyles dessus mais il fallait adapter les sons, les micros à toutes les marques de téléphones du marché. C’était des réglages différents et c’est devenu une galère. On devait lancer un partenariat avec Wiko, en proposant un package Give Me 5 pour le démarrage de l’appli. Au final ils ont investi dans le clip avec Soprano et dans la Roller Parade de Bruxelles avec de l’affichage. C’est dommage, l’enveloppe reçue m’aurait aidé à mieux développer cette initiative ambitieuse. 

Pour finir, as-tu des nouveaux projets concernant ton merchandising ?

Je vais essayer d’élargir la gamme. Je commence à avoir une belle collection de logos depuis douze ans. Je songe à chercher un textile de meilleure qualité, à améliorer les coupes des vêtements, à proposer des ensembles complets, des vestes. Pourquoi pas se développer encore plus à ce niveau sans bien évidemment mettre de côté l’essentiel, le rap. 

Le mot de la fin ?

Avis aux jeunes entrepreneurs: ne lâchez jamais vos objectifs, croyez en votre travail et surtout, si vous sentez que la passion disparaît, c’est qu’il est l’heure de se retirer. Pour ma part, la passion est toujours au rendez-vous donc vous entendrez encore parler de moi, inch’Allah !

Crédit photographie: Patrick Delabye

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