10 Bons Sons en août 2020

Comme chaque début de mois, l’heure est au bilan du précédent autour de dix morceaux de rap français qui ont retenu notre attention.

Lucio Bukowski & Oster Lapwass – Road Runner

Lucio Bukowski s’est révélé au monde suite à son association avec Oster Lapwass. Une combinaison qui a fait ses preuves à de nombreuses reprises sur la décennie 2010. L’annonce d’un nouvel album collaboratif entre les deux hommes cette année promet donc quelque chose de solide. Sur ce « Road Runner », Lucio déroule une nouvelle fois des couplets très denses, mêlant des images terre-à-terre (Le bon coin, Cetelem, les poufs, etc.) à des allusions plus mythologiques (les géants) et à des références artistiques poussées (le Trecento, Brian Eno). Suite à son premier album, Lucio a poussé de plus en plus loin dans le cryptique, s’appuyant notamment sur un lexique surprenant, un flow constant, et de nombreux allitérations et assonances qui viennent étoffer le sentiment de complexité qui ressort de sa musique. De plus en plus, sa musique semble s’adresser à un public précis, déterminé et patient. Lucio et Oster ne sont plus des promesses, mais des valeurs sûres, et ils peuvent désormais se permettre de pousser le curseur toujours un peu plus loin. Suivront ceux qui le veulent. – Jérémy

Le 14 août : Primero – Promenades (Prod. PH Trigano)

Si l’on a pris l’habitude d’écouter et de se régaler avec les projets solo de Swing du groupe L’Or Du Commun, on connait moins Loxley et Primero. Ce dernier avait sorti un EP Scénarios en 2017, et le revoilà cette année avec un deuxième EP très appréciable. Quatre nouveaux titres aux mélodies soignées, qui se complètent les uns avec les autres, et sur lesquels il réussit à accorder sa voix à sa technique sans dénaturer ses textes profonds. Parfois fataliste, parfois rêveur, souvent épicurien et toujours réaliste, le rappeur bruxellois demeure « serein » et sa musique s’en ressent. Un concentré d’énergie douce, de réflexion pure et de rap frais à consommer en plus des cinq fruits et légumes… chaque jour ! – Antoine

Le 12 août : LuXe – Du Seigneur (Prod. LuXe) 

Si l’on s’amusait à recenser les rappeurs qui utilisent encore l’occurrence « hip-hop » dans leurs textes, on aurait du mal à les compter sur les doigts de deux mains, mais surtout, il y aurait assurément dans le peloton de tête LuXe. Dévoué à la cause, attaché au break, il n’hésite jamais à déclarer sa flamme au mouvement. Mais dans ce son, nous avons affaire à une « profession de foi » à sa religion. Avec beaucoup d’humilité, sans faire de zèle, il évoque ce que lui apporte l’Islam, le tout sur une prod planante, apaisante, qu’il a lui-même réalisée. Plein de positive énergie, on en vient à penser qu’Ali voire Medine aurait pu réaliser ce track (d’ailleurs hormis Tito Prince, seuls les rappeurs musulmans se permettent ce type de morceau…). Néanmoins, le plus new-yorkais des rappeurs français n’en oublie pas son penchant pour l’egotrip et a toujours quelques phases sur le game (même Eminem en prend pour s’en grade !). Avec « Du Seigneur », LuXe vient rappeler que « sur le plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son boule ». – Chafik

Le 27 août : Dirlo – La haine  

Alors que ceux dans la lumière font du fan service bien que 13 organisés, d’autres tracent leur sillon dans l’ombre, seuls, loin de la tendance. Dirlo fait partie de ces derniers. Pourtant le Marseillais n’est pas tout à fait un jeune premier, avec un EP au compteur en 2017, une victoire au Buzz Booster PACA, des clips léchés, des scènes à Marsatac ou encore en première partie d’Isha. Ce mois-ci, il sort le projet Ceci n’est pas une opération séduction et a pourtant pas mal d’arguments pour plaire. Certes, le format est très court (4 petits morceaux et 10 minutes) mais le propos en dit long sur le potentiel de Dirlo. En effet, à l’image du titre « La haine », on devine son univers haut en couleurs, quand le flow démontre lui l’habileté du MC qui kicke l’instru (et fait penser parfois à Grems dans le débit). L’insolence, les références et les punchs finissent de convaincre. Dirlo, un rappeur à suivre. – Chafik

Le 21 août : Grödash – Active les ways

Souvent imité, jamais égalé. Ce vieil adage vaut toujours pour l’éternel Grödash des Halls (lire notre récente interview) qui revient aux affaires doucement mais sûrement. Un nouvel album sorti en deux temps avec son groupe U’lteam Atom, Mauvais présage, entièrement produit par Mani Deïz, et qui est peut-être l’une des sorties les plus rap de cette drôle d’année 2020. Un retour aux sources qui a eu un effet positif sur l’inspiration du célèbre Moggo du 9.1, que l’on avait aussi eu l’occasion de voir au début de l’été dans le très sérieux documentaire de Fik’s Niavo, en coproduction avec Les Gros Sourcils, « Clasher l’ennui ». « Active les ways » et reste bien à l’affût car le Dash est remonté et ne va pas se priver de bousiller les prochains mois. – Antoine

Le 25 août : Rocé & Kyo Itachi – Puissance feu

Une carrière long comme le bras, des dizaines de connexions avec des MC’s américains ou avec des rappeurs français, des beats fat en veux-tu en voilà, mais il aura fallu attendre une décennie et donc 2020 (2021 ?) pour voir se concrétiser cet album. Solide sera le premier projet 100% francophone du beatmaker Kyo Itachi, d’où sont extraits les excellents « Mensonges et make up » du trio X-Men & Maj Trafyk, et donc ce titre solo de Rocé parfaitement intitulé. Particulièrement énervé, Rocé fait du Rocé, incite à la méfiance des conseils, débite un torrent d’images et de punchlines qui font mouche, et, « traverse les pièces comme une sandalette de daronne » ! – Antoine

Le 21 août : Zesau – Sheesh (Prod. Redrum Beatz)

Zesau a fait parler de lui lors de l’annonce de son morceau « Anarchie » en collaboration avec deux des rappeurs les plus en vue de la scène drill actuelle, Freeze Corleone et Stavo de 13 Block. Les auditeurs de rap les plus jeunes ont ainsi pu découvrir le talent du vétéran du 94, capable de briller sans forcer sur ce type de sonorités. Son morceau « Sheesh », paru également le mois dernier, vient lui aussi démontrer qu’il est capable de traverser les époques et d’appliquer des mises à jour à son rap, ces dernières étant facilitées par son flow tout-terrain, marque de fabrique qui le caractérise depuis ses débuts. Son album chez Ambition Music (le label de Niro) se fait attendre, mais il semblerait qu’on s’en approche doucement avec l’annonce d’un projet intitulé Bad-Game vol.1 programmé pour 2020. – Olivier

Le 28 août : PLK – Dégaine de bandit (Prod. Fleetzy)

Et en cet fin d’été ombrageux et pour le moins exceptionnel, Le Parisien sort – déjà? – un nouvel album. La productivité de l’éminent membre du Panama Bende n’est plus à démontrer, l’animal ne prend pas de vacances. On est cependant rassurés de voir que projet après projet, même en peu de temps, une certaine qualité reste au rendez vous, mieux, que le niveau monte. Sur cet opus, au creux d’un format assez dense, on déniche de jolies pépites qui nous consolent des quelques morceaux moins aboutis, mais nous confirment que PLK en a encore sous la semelle. C’est le cas de “Dégaine de bandit”, sur lequel avec un flow rugissant et toutes griffes dehors, le jeune ours nous attaque à la gorge, avec juste l’envie de tout bouffer, puis repart simplement, fier et rassasié, non sans laisser de jolies traces dans la neige. – Sarah

Le 19 août : Grems X Trankil Trankil – Monsmile (Prod. DJ Wall)

Durant le mois d’avril, nous avions fait la découverte du rappeur Trankil Trankil. Son morceau en featuring avec Grems, portant le nom de « BTZ » et figurant sur le projet Muses et hommes, contenait tous les ingrédients d’un solide banger. Pour la sortie cette fois-ci du premier album de celui que l’on surnomme « Estebangbang », les deux acolytes ont remis le couvert avec le titre « Monsmile », clippé par le réalisateur Monsieur Tok. Artiste insaisissable et énergique, Trankil Trankil souffle comme un vent de fraîcheur sur notre scène rap nationale, tel le brouillarta sur la Grande Plage de Biarritz. Prometteur. – Jordi

Le 21 août : Souffrance – Cités d’or (Prod. Nizuk)

Souffrance, membre de L’Uzine, s’était arrêté de rapper une bonne partie de la décennie 2010, pour finalement réintégrer le groupe vers 2018, et apporter une touche faussement calme à l’équipe de braillards de Montreuil. « Faussement calme », parce que sa nonchalance apparente et sa voix moins forcée que les autres membres sont contrebalancées par une plume exigeante et un débit redoutable. Avec son trois titres Cités d’or, il signe un début d’aventure en solo aux côtés du beatmaker Nizuk. Sur le titre éponyme du projet, l’instrumentale et le rap de Souffrance ont en commun un groove qui font du morceau la B.O. toute trouvée d’une ride nocturne. « J’suis trop vieux pour le four, pas assez pieux pour accepter le sort / J’lâche des freestyles du feu de Dieu qui réveillent les morts. » – Olivier 

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la rédac'

Un commentaire

  • Bonjour,

    J’aimerais revenir sur le commentaire d’Antoine à propos du morceau commun entre Rocé & Kyo Itachi qui dit : « Solide sera le premier projet 100% francophone du beatmaker Kyo Itachi (…) »

    Or, en 2015 il sortait « Kiai Sous La Pluie Noire » en collaboration avec Lucio Bukowski.

    Je ne sais pas si l’erreur a été faite exprès ou non …

    En tous cas merci pour ces bonnes rubriques ! Force à vous !

    Baptiste

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