10 Bons Sons US en juillet 2020

Tandis que la majeure partie de notre pays est placé en vigilance rouge canicule, que tous nos parisiens partent à Marseille inonder la mer de masques et que nos Marseillais tâchent de garder leur calme face à cet gangrène purulente, les USA atteignent presque les 5 millions de cas de COVID19.
Mais vous en faites pas, les sports US ont redémarré, le foot aussi, les cinémas sont ouverts, bref, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Joey Bada$$ – The Light (Prod. Statik Selektah)

3 années ont passé depuis le dernier projet de Joey Bada$$, un des inévitables King de New-York. Dans un entretien accordé à COMPLEX en mai dernier, Joey avait prévenu la plèbe : sa spiritualité est désormais au cœur de sa musique. Comme le précise l’encart du début du clip, le boss de PRO ERA a pris part à une cérémonie voodoo traditionnel, en quête de renaissance. Chose faite donc, avec en cadeau un EP surprise intitulé The Light Pack pour -et ce sont ses mots- soigner le corps, l’esprit et l’âme.
Les plus attentifs d’entres vous auront remarqué le double hommage (ou clin d’œil très appuyé on va dire) à Bobby Brown (Joey porte la tenue rouge de Brown d’une soirée en 1989) ainsi qu’au groupe Jedi Mind Tricks (le même sample de Cal Tjader sur l’incroyable « I Against I »). – Clément

Rejjie Snow – Cookie Chips feat. MF Doom & Cam O’Bi (Prod. Nat Baring)

Encore un boug qu’on n’avait pas vu ou entendu depuis longtemps. Après Joey Bada$$ c’est donc au tour de Rejjie Snow de re-pointer le bout de son nez. Après deux ans d’absence, le meilleur emcee irlandais (ce n’est pas trop compliqué en même temps) marque son retour.
Accompagné par le légendaire MF Doom et par le producteur/topliner Cam O’Bi (que vous avez probablement entendu sur le Acid Rap de Chance The Rapper) Rejjie Snow nous fait sa version du film Pixar « Là-Haut ». Souvent onirique et poétique, Rejjie nous rappelle qu’il peut facilement nous offrir un morceau envoûtant et très efficace, loin de certaines déceptions sur Dear Annie sorti en 2018. – Clément

Lord Apex – UK Shit (Prod. V Don)

Une fois n’est pas coutume nous choisissons de traverser la Manche plutôt que l’Océan Atlantique avec le rappeur Lord Apex, fier représentant de la scène UK. Du haut de ses 23 années, Lord Apex distille un rap sombre aux teintes lo-fi, aux bpm très lents et à la « stonitude » très présente. Natif de Londres (quartier ouest plus précisément), le emcee est actif depuis ses plus jeunes années : il publie son premier projet en 2013. S’en suit une horde d’EP et diverses mixtapes (plus d’une dizaine) avant de véritablement éclore aux yeux du monde en 2019 avec son projet Smoke Sessions Vol.2 et SURTOUT un passage chez les immanquables berlinois de Colors.
Après un projet sorti il y a 6 mois, le rappeur a sorti tranquillement un nouveau titre, intitulé sobrement « UK Shit ». Produit par l’immense V Don et avec un sample de Smetana, Apex rappe sec, rappe brut. On croirait presque entendre nos amis Chester Watson, Earl Sweatshirt ou encore Da$h. Gage de qualité donc.
– Clément

Action Bronson – Latin Grammys (Prod. Tommy Mas)

Action Bronson continue son gros bonhomme de chemin en faisant un peu tout ce qu’il a envie. Des collaborations à n’en plus finir, des émissions, des reportages, des films (coucou Scorsese) et bien entendu, des morceaux incroyables comme celui-ci. Sur une très belle boucle groovy de Tommy Mas (le sample nous vient du groupe Harlem River Drive), Action Bronson fait ce qu’il sait faire de mieux : nous raconter des histoires avec la verve et le flegme dont il a le secret. Ajoutez à ça un clip assez barré ou Action Bronson est transformé en Action Ver Magnusson pour participer au concours de l’homme le plus fort du monde et c’est réglé. Le rouquin préféré de ton rouquin préféré annonce même son prochain album, intitulé Only For Dolphins. Il n’y a pas à dire, le monsieur est unique. – Clément

$ha Hef feat. Jay Worthy – F Rappers (Prod. Grimm Doza)

$ha Hef s’est échappé de son coin de rue où l’accès au réseau internet est coupé pour nous livrer son LP estival annuel. Annoncé et introduit le mois précédent par l’excellent « Price of Love », Numb est un voyage cocaïné d’une demi-heure où l’on peut croiser des références du coke-rap : Jim Jones, Benny (à deux reprises), 38 Spesh et Jay Worthy. Ce dernier est justement présent sur l’outro, « F Rappers », où la jolie mélodie au bit depth tronqué rappelle les samplers analogiques vintages et les ambiances d’antan, chères aux amateurs du rap new-yorkais. – Wilhelm

Boldy James & The Alchemist feat. El Camino – Don Flamingo

Peu de monde aurait parié sur la formidable percée de Boldy James, briscard détroitien de bientôt 40 ans, en cette année 2020. C’était sans compter sur notre alchimiste préféré, ainsi que sur le label Griselda Records, qui ont enfin mis la lumière sur ce rappeur de grande qualité, avec The Price of Tea in China, toujours l’une des toutes meilleures sorties de cette année. Et puisqu’il faut battre le fer quand il est chaud, Boldy a profité du mois de juillet pour, non seulement, sortir son nouvel album Manger at McNichols (qui se fait encore attendre sur les plateformes de streaming), mais également la version deluxe de la galette précédemment citée. Un ajout de quatre morceaux, tous de grande qualité évidemment, mais dont nous avons choisi d’extraire cette excellente collaboration avec un autre MC de la maison, El Camino. Et l’association entre deux nonchalances d’une tonalité différente fait merveille sur l’instru « guitarée » d’Alchemist, qui poursuit inlassablement son fantastique run. – Xavier

Curren$y & Harry Fraud feat. Rick Ross – Mugello Red

On parle beaucoup, et à raison, de l’année sensationnelle d’Alchemist qui délivre album commun sur album commun, sublimant tous les MC’s qui ont le privilège de se frotter à ses productions. Toutefois, un autre beatmaker bien connu est également sur des bases excellentes ces dernières semaines. En effet, dans la continuité du très bon Glass 2.0 avec Meyhem Lauren, Harry Fraud nous délivre cette petite pépite estivale avec le très régulier Curren$y. Et lorsque les deux bougres s’associent à un autre homme en pleine bourre ces derniers mois, cela donne ce type de morceau, formidable balade estivale, un brin mélancolique, à bord d’un automobile luxueux. En bref, si la production hyperactive de Curren$y, par la force des choses, laisse régulièrement des déchets sur sa route, The Outrunners fait indéniablement partie de ses sorties marquantes. – Xavier

Buckwild feat. Little Brother– Ease Up

Après Alchemist et Harry Fraud, le mois de juillet était décidément celui des beatmakers. Illustration avec Buckwild, membre légendaire du collectif Diggin’ in the Crates Crew qui continue, à 50 ans passés, de fournir de la matière pour petits et grands. Petits et grands que l’on retrouve justement sur Fully Loaded, son dernier album/compilation, où se succèdent, entre autres, Meyhem Lauren, Raekwon, Rome Streetz ou encore le duo Little Brother, que l’on a choisi d’extraire. Ayant sorti May the Lord watch, leur dernier album l’année dernière, Big Pooh et Phonte montrent encore qu’à l’image de leur hôte de circonstance, ils en ont encore sous la semelle. – Xavier

Lupe Fiasco & Kaelin Ellis – LF95

Alors qu’il avait sorti en début d’année Blackstar, un album commun avec Talib Kweli qui était quelque peu passé sous les radars (en tout cas les nôtres), Lupe Fiasco a profité de l’été, et vraisemblablement de l’inspiration émanant du confinement, pour sortir un EP collaboratif avec le producteur Kaelin Ellis, sur lequel un certain Virgil Abloh fait quelques apparitions, et qui se trouve sobrement intitulé HOUSE. Une petite douceur d’une vingtaine de minutes où l’on retrouve le Chicagoan que l’on aime, lui qui traîne derrière lui une discographie passablement inégale, où les albums géniaux ont l’habitude de succéder à de grosses déceptions, et vice versa. Et outre le léger « Dinosaurs », on retiendra forcément cette sublime outro, où sur un beat lent, toute en légèreté et en mélodie, Lupe fait encore montre de toute sa verve lyrique. – Xavier

Flee Lord & Pete Rock – Different Options

L’ultraproductif Flee Lord continue de noyer ses auditeurs sous les sorties, pas toutes excellentes il faut bien l’admettre, et au format très générique d’une vingtaine de minutes, pour des morceaux qui durent entre 1 minute 30 et 3 minutes. Il faut tout de même souligner celles qui sont notables. Et c’est le cas pour The People’s Champ, où le MC du Queens a l’honneur d’être produit par l’immense Pete Rock, quand bien même il ne s’agit pas des plus belles partitions de l’ancien acolyte de CL Smooth. Quant à Flee Lord, rien de bien révolutionnaire puisqu’il nous offre un rap très typé Queens, avec toujours cette touche mafieuse que l’on retrouve dans ses lyrics, mais aussi dans sa voix très nasillarde et menaçante. Et force est de constater que la magie marche toujours.  – Xavier

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