10 Bons Sons en juillet 2020

Comme chaque début de mois, l’heure est au bilan du précédent autour de dix morceaux de rap français qui ont retenu notre attention.

Le 17 juillet – Mac Tyer feat. Ninho – Moto (Prod. Prof366or)

Mac Tyer est donc de retour cet été avec une proposition plutôt bien ficelée. Un petit 8 titres bien calibré qui ne fait pas complètement tourner la tête mais offre clairement un très bon moment à qui se donnera la peine de l’écouter jusqu’au bout. Pour ceux qui n’arriveraient pas à s’isoler toute une demi-heure pour se passer le projet en entier, le titre introductif est une petite pépite qui donnera un bel avant-goût. Ninho, comme souvent, n’est jamais aussi bon qu’en duo, et ici encore apporte profondeur et fluidité au morceau, pour mieux souligner le flow percutant et dense de son acolyte. Car la mise à jour du logiciel chez Le Général a fait un grand pas en avant avec cette sortie et ce n’est pas pour nous déplaire. En construisant ce projet sur son savoir-faire et son expérience, Mac Tyer ne renie pas son style mais le renouvelle, nous encourage à le redécouvrir. Plus concis, plus direct, plus efficace, tout en restant riche et mélodieux, on le retrouve complètement à l’aise sur des sonorités et des attitudes plus modernes sans rien perdre de son aura. – Sarah

Le 4 juillet : Hermano Salvatore – Malasuerte

S’il y en a un que le confinement n’a pas freiné, c’est bien Hermano Salvatore. Ultra productif ces derniers mois, il a multiplié les inédits, les freestyles, les egotrips, les morceaux à thème, introspectifs, les posse cuts ; citons « Tarpin moi », « Salvataurine », « J’ai encore perdu mon s#### », « Abuela », « Sur pépé » ou encore « Insolents III ». Se chargeant souvent lui-même des prods et de la réalisation de ses clips, Hermano semble déterminé à devenir incontournable. En plus d’être très présent, on apprécie la constance et l’originalité du Marseillais dont l’inspiration ne se tarit pas en plus d’être capable de poser sur tous types d’instrus. Son envie de croquer le monde fait plaisir à voir et nous lui souhaitons que son talent soit reconnu à sa juste valeur. On attend à présent un EP digne de ce nom ! – Chafik

Le 27 juillet : Freeze Corleone – Desiigner

La formule de Freeze Corleone fonctionne toujours : une prod minimaliste, une interprétation nonchalante, une maîtrise de la comparaison, des références de connaisseurs, des rimes redoublées, des placements millimétrés, des S/O aux proches ainsi qu’un côté complotiste et un p’tit coucou aux Teutons. Le tout donne un egotrip de haut niveau dans lequel la concurrence prend cher. Freeze trace sa route, à l’écart du game (« seul contre eux comme Saddam Hussein pendant la guerre du Golfe ») tout en étant le rappeur dont le public attend l’album à la rentrée avec la plus grande impatience (Colors ne s’y est pas trompé). Pour confirmer son immense talent, Freeze Corleone devra faire mieux que son très bon EP Projet Blue Beam et ses différentes apparitions auprès d’Alkpote et Roi Heenok, notamment. Continuera-t-il d’ailleurs de nous proposer sa formule ou bien tentera-t-il de nous surprendre ? A suivre. – Chafik

Limsa d’Aulnay – 4 décembre (Prod. Mani Deïz)

Attendu par son public depuis plusieurs années, le nouvel EP de Limsa  portant le nom de Logique Part 1 a vu le jour en ce début d’été. Le rappeur affilié à la 75ème Session était resté globalement discret depuis Les Fleurs de Limsa mais avait pleinement marqué les esprits lors de ses apparitions sur de nombreux freestyles. C’est d’ailleurs pendant le programme Grünt 35 consacré à Sopico et datant d’il y a deux ans déjà  que le rappeur d’Aulnay nous avait délivré les deux premiers couplets du morceau « 4 décembre ». La nouvelle version présente sur l’EP est magnifiée par la production abstract de Mani Deïz et demeure à nos yeux l’un des meilleurs morceaux sortis en 2020. Vivement Logique Part 2. – Jordi

Le 31 juillet : Kaaris – NRV (Prod. Boumidjal X & Holomobb)

Une bonne partie du public rap français attend le retour du Kaaris d’Or Noir depuis des années. Lui-même, en nommant son dernier album Or Noir 3, semblait en quête de cette énergie toute particulière qui caractérisa chacune de ses apparitions discographiques durant la première moitié de la décennie 2010, mais sans succès, hormis quelques violents couplets ici et là, comme sur « Empire » aux côtés de Fianso, ou « Exoplanète » sur la réédition de son dernier projet. Cependant, avec les deux premiers extraits de Château Noir, son nouvel opus programmé pour le 4 septembre prochain, Kaaris semble avoir renoué la marque de fabrique qui avait fait son succès, sans délivrer un son daté, entre esprit de conquête, démesure, épaisseur et brutalité. C’est particulièrement vrai sur le bien nommé « NRV », sur lequel les punchlines pleuvent à un rythme effréné, pour un résultat d’une efficacité redoutable. – Olivier

Le 8 juillet : Niro – Feu de joie

Comme en 2017 avec le diptyque OX7 / M8RE, Niro a débarqué par surprise au début du mois de juillet. Avec 20 titres compressés en 53 minutes, nous avons droit à un album copieux, sobrement intitulé Sale môme. Dense à souhait, le projet part musicalement un peu dans toutes les directions, mais tient la route grâce à une adaptabilité de flow sans égale, et une cohérence dans le propos intacte, et ce depuis les débuts du rappeur de Blois, qui débuta sa discographie voilà huit ans, avec Paraplégique. Sur « Feu de joie », les flows sont multiples et la technique impeccable, et Niro tire à vue sur tout ce qui l’agace, entre références à la vie de rue et conseils avisés, pour une sorte de prolongement de son « Testament remix ». – Olivier

Le 17 juillet : Alkpote – Pharaon

La productivité d’Alkpote le mène logiquement à produire des albums de qualité variable. On constate cependant que le niveau se fait rarement faible, et que le rappeur est parfois capable de s’élever d’un cran supplémentaire, comme c’est le cas sur Vie rapide, dont est issu le morceau Pharaon. Le flow est carré, se réadaptant au ton de chaque couplet. Comme dirait Sidi Sid, c’est pas du rap, c’est des mathématiques. De Gandalf à Appolon en passant par Choron, Akppote passe encore une fois ses références élastiques au mixeur pour créer une atmosphère joyeusement chaotique ou l’humour et la crasserie se côtoient de très près. La recette ne change donc pas, mais son assaisonnement si. Et c’est bien grâce à ce type d’artifices qu’Alka parvient à nous tenir en haleine depuis bientôt 15 ans. – Jérémy

Le 24 juillet : Sofiane & Kool Shen – Undustry (Prod. All in Beatz)

Certaines recettes fonctionnent, c’est comme ça, peu importe combien de fois elles ont pu être cuisinées. Une petite prod toute en contretemps et en envolées, bouffée par une énergie qui déborde violemment de chaque seize, deux flows hyper reconnaissables qui se superposent, s’enchaînent, se soutiennent, des rimes plus ou moins efficaces, qui servent des punchlines qui fonctionnent quand même. Est-ce qu’on est un public facile? Peut-être. Mais on en reprendra un peu, le petit projet Œuvre d’art orchestré par L’Homme de L’Ombre,  dont est extraite cette petite balle tirée à 150km/h, regroupe quatre titres, tenus à un doigt, par de plus ou moins vieilles têtes d’affiches qui n’ont plus rien à prouver, et qui régalent. – Sarah

Le 30 juillet : Deen Burbigo – Tout dedans

Deen semble enfin de retour dans le game ! Après son premier album Grand Cru, intéressant pour certains, décevant pour d’autres, on n’avait entendu le rappeur de L’Entourage que sur quelques featurings (dans le dernier Infinit par exemple). Avec « Tout dedans », le sudiste balance un morceau différent et dans la continuité de ce qu’il a pu faire. Burbigo prend ses libertés avec le format actuel et livre trois couplets. Sur la voix, il a quelque peu changé, essayant d’interpréter son texte avec davantage de velours. Niveau contenu et technique, toujours autant de fulgurances, d’attitude, de gamberge, des références (dont une à Nekfeu?), avec une pointe de phases compromettantes. Sur la prod du fidèle Enzoo, avec un refrain efficace et un clip qui vaut le coup d’œil, le retour de Deen fait plaisir. – Chafik

Le 10 juillet : Lpee – Kilomètre (Prod. Jerzeÿ)

Il semble que Lpee soit bien déterminé à devenir un habitué de ces colonnes tant mois après mois, et depuis maintenant quelques années, il balance régulièrement à nos écouteurs de quoi nous interpeler. Sorti en début de mois, Tryptique, un petit objet bien nommé, regroupe deux nouveaux petits sons qui entourent le « London » sorti le mois dernier. Y’a pas à tortiller, en dix minutes, Le Parisien fait un taff plus qu’honorable. « Kilomètre », qui clôture ce court projet est le son qu’on rétiendra ici. Sur une boucle mélancolique ponctuée par une voix sourde, qui appelle dans le vide, comme un sonar renvoie une présence au fond de l’océan, Lpee attaque sur chaque seize, avec un flow affiné. Une rime dense pour soutenir un fond qui donne matière à réfléchir, un refrain qui fait frissonner, une musicalité qui n’est plus à relever, et voilà, Lpee ce mois-ci. – Sarah

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