10 Bons Sons US en juin 2020

Chez nous, juin a été le mois du déconfinement et de la redécouverte de la liberté de déplacement. Aux USA, cela s’est traduit par une poursuite de l’embrasement débuté en mai. Dans l’attente d’une nouvelle guerre de sécession, on essaie encore et toujours de vous fournir une sélection de qualité pour accompagner vos sorties estivales.

Dame D.O.L.L.A – Goat Spirit feat. Raphael Saadiq (Prod. Nonstop Da Hitman)

Qui a dit qu’on ne pouvait pas être un des meilleurs meneurs de sa génération et taquiner le microphone de façon très efficace ? Depuis longtemps, basket et rap vont de pair(es) (d’Air Jordan tant qu’à y être) et on peut citer plusieurs acteurs de la balle orange qui ont tenté le pont entre ces deux disciplines avec plus ou moins de réussite, voire de talent : Allen Iverson, Shaquille O’Neal, Gary Payton, Jason Kidd, Stephen Jackson, Iman Shumpert ou encore l’incroyable découpeur Tony Parker.
Mais celui qui fait l’unanimité, que ce soit dans le money time ou sur 32 mesures, c’est bien Damian Lillard aka Dame D.O.L.L.A, meneur des Trails Blazers de Portland depuis 2012. Avec trois albums plutôt réussis, The Letter O (2016), Confirmed (2017) et BIG D.O.L.L.A (2019), Damian s’impose tranquillement comme une valeur sûre, et n’hésite pas à collaborer avec des artistes renommés comme Lil’Wayne, 2 Chainz, Mozzy ou encore Jamie Foxx. Le numéro 0 de l’Oregon a donc profité de la pandémie du COVID19 et de l’arrêt de la NBA pour tourner à domicile le clip du morceau GOAT Spirit, en featuring avec Raphael Saadiq pour l’outro et produit par Nonstop Da Hitman de la 808 Mafia.
On vous laisse apprécier. – Clément

Blu & Exile – Miles Davis

Il y a un peu plus d’un an, le duo Blu et Exile sortait l’EP True & Livin’ qui marquait leur retour après deux ans d’absence, et leur dernier projet sorti en 2017 intitulé In The Beggining : Before The Heavens. Déjà à ce moment, nous étions pas mal jouasses de revoir ces deux bougs ensemble, alors l’annonce d’un LP pour le mois de juillet 2020 nous a pas mal hypés. Avec un premier morceau intitulé « Miles Davis », il était évident que le beatmaker Exile allait donné dans le cocktail jazz : quelques notes de piano, quelques cuivres bien sentis et un beat un tantinet lo-fi, un tantinet cossu. Une prod’ qui rappelle le travail de producteurs tels que Apollo Brown ou Phoniks (en particulier son duo avec Anti-Lilly). Blu, quant à lui, se ballade gentiment sur l’instru, comme depuis ses premiers pas et avec le flegme qu’on lui connait.
Un sublime hommage à un des plus grands trompettistes de l’histoire. – Clément

Skyzoo – Eyes wide shut (Prod. MarcNfinit)

Quelques semaines après l’excellent The Bluest Note avec le groupe de jazz italien Dumbo Station dont on vous a déjà parlé, Skyzoo s’obstine à ne pas sortir de mauvais projet, tout en gardant une fécondité et une régularité remarquables. Dernier en date, Milestones, petit EP pas piqué des hannetons, sorti à l’occasion de la fête des pères outre-Atlantique. Et sur « Eyes Wide Shut » comme sur l’ensemble du EP, le MC de Brooklyn nous montre une fois de plus qu’il est largement l’une des plus fines plumes de ce milieu, tant dans la qualité des rimes que dans la richesse des lyrics. – Xavier

Meyhem Lauren & Harry Fraud feat. Big Body Bes – Root of Evil

Deux ans après l’excellent Glass, Meyhem Lauren et Harry Fraud ont remis le couvert pour un second volume. Si le premier constituait probablement l’une des pièces maîtresses de la discographie pourtant fournie du MC du Queens, le second n’atteint pas de tels sommets. Il s’écoute toutefois très facilement, et contient notamment cet excellent « Root of Evil », où la magie entre Harry et la voix lourde du gros Meyhem opère, une fois de plus. Si, au travers du EP, ce dernier montre qu’il est parfaitement capable de dresser des productions plus rythmées, ce morceau nous montre que c’est peut-être sur des instrumentales mélodieuses et sans batterie que l’on profite de la plénitude de sa voix toute particulière. – Xavier

Tee Grizzley – The Funeral (Prod. Helluva Beats)

La scène de Detroit s’est depuis longtemps détachée de l’importante figure d’Eminem, et dispose depuis un peu moins d’une décennie maintenant d’une identité facilement identifiable, mais difficilement définissable, oscillant entre des couplets nerveux, et des productions g-funk toutefois relativement froides. Et Tee Grizzley en est largement l’une des têtes d’affiche, depuis le relatif succès de ses derniers opus, notamment Scriptures, où il s’est pourtant détaché des structures musicales de sa ville pour pencher vers des sonorités plus conventionnelles. Ce n’est pas le cas sur « The Funeral », extrait de The Smartest, son dernier album sorti en ce mois de juin, qui, grâce à l’excellente production d’Helluva Beat nous replonge dans les ambiances oppressantes de la ville fantôme. – Xavier

Starlito feat Jelly Roll & Don Trip – Girl Dad (prod. Trakksounds)

Discret ces dernières années, un peu trop d’ailleurs, Starlito nous a, comme Skyzoo, gratifié d’un délicieux EP pour la fête des père. La date n’est pas anodine puisqu’il y est essentiellement question de paternité et, en ce sens, « Girl Dad » avec Jelly Roll et Don Trip, les seuls invités, est une petite merveille. L’écriture toujours très soignée du sudiste n’empêche pas le tout d’être très digeste et si l’on préfère éviter de tomber dans le cliché du « c’est bien écrit, ça dit des choses mais c’est pas chiant » il faut bien reconnaître que l’ennui n’est pas au rendez-vous. Le sample RnB accéléré de Jagged Edge (« Walked outta heaven »), encore plus doux que dans la version originale, et la batterie puissante mais aérée s’acoquinent particulièrement bien avec la saison des amours et des coquelicots. – Wilhelm

Meek Mill – Otherside of America (prod. SHROOM & Butter Beats)

Depuis sa libération en 2018, Meek Mill lutte contre les peines de prison injustes dont sont victimes de nombreux afro-américains mais qui, contrairement à lui, n’ont ni les moyens financiers de lutter ni la visibilité nécessaire pour se faire entendre. Les tensions sociales qui se sont déclenchées aux États-Unis ces dernières semaines, après des années de maturation, ont donc un retentissement très personnel pour le natif de Philadelphie qui a tenu à mettre des mots sur les conditions de vie dans son environnement. – Wilhelm

Young Chris feat Wale – Yellow Page

Un autre rappeur de Philly était de la partie en ce mois de juin. Il ne suffit à Young Chris et Wale que d’une superbe boucle soul dénichée et arrangée par Super Miles et DJ Money pour aller et venir, à tour de rôle, derrière le micro. Pas de thème particulier au programme, les deux collègues parlent d’un peu de tout mais le passe-passe est d’une efficacité redoutable. Cependant, on ne peut s’empêcher de regretter que le jeune Chris n’ait pas eu une carrière et, surtout, une discographie à sa hauteur. – Wilhelm

Noname & Madlib – Song 33

La situation sociale outre-atlantique influence nécessairement les créatifs. Cette fois, c’est Noname qui prend la parole en tant que femme noire. Si le morceau est excessivement court et s’arrête très brutalement, elle n’y va pas de main morte et en profite pour souligner l’ironie d’un récent morceau de J. Cole qui, d’après elle, a été plus enclin à répondre à un tweet qu’à s’exprimer sur la situation. Contrairement aux morceaux précédents (31 et 32) produits par Phoelix, celui-ci est produit de la main de maître d’un Madlib des grands jours, dans la même veine jazzy. – Wilhelm

MaxThaDemon – The godfather

Production tragique, drums intermittents, et discret sample du Parrain : MaxThaDemon nous revient sur un écrin qui lui convient parfaitement. Son rap rugueux, porté par une voix brisée, a quelque chose d’irrémédiablement funeste. L’atmosphère est cohérente et maîtrisée. Techniquement, il n’est pas non plus en reste, se permettant notamment une très jolie démonstration, en équilibre, sur la sortie de son deuxième couplet, avant de rebondir une dernière fois sur un refrain triste et brutal. En attendant de découvrir le jeune rappeur new-yorkais sur un véritable album, on ne peut que vous recommander l’écoute de ses EP, Demon season volume 1 et Double Baccin, qui font office de carte de visite, et sur lesquels il démontre tout son talent. – Jérémy

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