Omerta-Muzik, le chant du cygne | Interview

Omerta-Muzik. Depuis quelques années, le groupe toulousain semblait justement appliquer la loi du silence (en dehors des concerts de Melan, qui continue à porter haut le logo aux trois têtes de singes lors de ses concerts avec Capdem et DJ Hesa). Ce silence a été rompu durant le confinement avec l’annonce d’un double album du collectif, Derniers vers, enregistré en 2014, et bénéficiant d’un pressage CD, ainsi que d’une sortie sur sur les plateformes de téléchargement. À contre-temps, leur premier album paru en 2013 sera également disponible sur les différents supports, et les bénéfices engendrés iront à l’association Coud’Pousse. Une façon de conclure en beauté l’épopée artistique du groupe, connu pour ses nombreuses prestations scéniques durant la décennie 2010. Nous avons abordé ce nouvel album et fait le bilan de cette aventure avec Diaz, Rilcy, DJ Hesa (et un peu Melan en simultané par téléphone) à Toulouse, accompagnés de Mathieu, manager de Melan qui a joué un rôle important dans cette sortie.

Photos : Albino Koala (en-tête) et Astrée ©

Melan m’avait parlé du deuxième album d’Omerta en 2017 je crois, à l’époque d’Abandon Sauvage, en disant qu’il allait sortir un jour. Pour être honnête j’avais des doutes puisqu’il avait été enregistré en 2014. Qu’est-ce qui vous a motivés à le sortir ?

Diaz : Le confinement nous a fait réfléchir. Les membres d’Omerta ont pris des routes différentes. On a tous fait nos trucs, moi je me suis mis à travailler, Rilcy est parti en voyage… et le confinement nous a fait nous rappeler. On s’est dit qu’on n’allait pas regretter cet album, qu’on allait le sortir. C’était le 26 avril exactement, et c’est sorti fin juin.

Rilcy : Comme disait Diaz, on a enregistré ce projet il y a cinq ou six ans, et ça aurait été dommage qu’il passe à la trappe. On s’est beaucoup appelé pendant le confinement, moi j’étais encore en Australie il y a deux ou trois semaines. C’est surtout Diaz qui a mis l’impulsion pour le sortir, il s’est bien bougé le cul pour fignoler les morceaux, rajouter deux ou trois couplets par ci par là, et pour le faire partir au mix. Je pense que ça nous fait tous du bien parce qu’on était tous assez contents de cet album. C’était chiant qu’il ne sorte pas, juste parce que chacun avait pris sa route à ce moment-là. On ne voulait pas qu’il passe à la trappe.

Il était dans quel état ce projet avant de le retravailler ?

Diaz : A l’état de maquette. Les morceaux n’étaient pas finis, pas aboutis, et dis-toi qu’on n’a aucune prod en pistes séparés pour cet album. Zéro. Les ordis ont explosé. On a eu la chance que notre grand Capdem ait sauvegardé tout le projet, c’était l’unique personne à l’avoir. Ensuite on a fait ce qu’on a pu pour bricoler quelque chose qui puisse sortir sous forme d’album. Hesa, qui n’était pas du tout dessus à la base, a calé les scratchs. Il a bombardé, parce que ça s’est décidé il y a tout juste deux mois. On s’est bougé le cul avec Melan et Mathieu (manager de Melan, ndlr), Hesa a joué le jeu et s’est mis dans le truc. Diky a voulu à tout prix mixer et masteriser le projet, disons qu’on s’est bougé le cul pour en sortir quelque chose. Au final on arrive avec un 24 titres.

Quel travail postérieur avez-vous effectué ? 

Diaz : On a rajouté quelques instrus genre l’intro et l’outro.

Rilcy : Oui, l’intro et l’outro ont été rajoutées, l’instru du solo de Fadah aussi, qui est de Hesa, et il y a une nouvelle prod d’Enro sur mon solo aussi. On n’a pas trop touché aux prods finalement.

Hesa : En fait il y avait plein de prods dans un dossier en attente que m’a envoyé Diaz, dans lequel j’ai choisi des instrus pour l’intro et l’outro. Et puis j’ai ajouté des petites phrases de films pour faire un petit fil conducteur, qui ait un rapport avec le « dernier verre » un peu.

Vous aviez enregistré A contre-temps un peu dans les mêmes conditions, pourquoi ne pas avoir sorti ce deuxième projet sur le moment ?

Diaz : Pour des raisons internes au groupe. 

Rilcy : Tout le monde a pris son chemin.

Hesa : Et puis à cause des rythmes de vie de tout le monde. Par exemple moi j’ai intégré Omerta parce que le DJ d’avant (DJ Jof, ndlr) ne pouvait plus continuer par rapport à sa famille, son boulot… Il y a eu plein de raisons comme ça chez les uns et les autres. Certains ont choisi de voyager, d’autres de s’arrêter un peu, de partir tout seuls. C’est comme ça, c’est la vie.

Diaz : Il y en a qui ont continué à faire carrière dans le son, Melan s’est structuré avec Hesa, Capdem et Mathieu, alors que moi j’ai monté ma boîte dans les espaces verts. Rilcy est parti en voyage, Fadah est parti en solo de son côté, Selas aussi. Le groupe n’a pas éclaté, mais chacun a repris une vie normale. Du coup ce projet est resté là à traîner la patte, et pour des raisons qui nous regardent, cet album n’est jamais sorti.

Vous nous rappelez les conditions d’enregistrement ?

(Rires, brouhaha général)

Rilcy : On était parti à Mérens-les-Vals, dans une espèce de grotte, à côté d’un fossé d’orties…

Diaz : On a loué un gîte à Mérens-les-Vals, à côté du Pas-de-la-Case (en Andorre, ndlr). C’est un endroit avec des sources d’eau chaude. On a foutu trois matelas dans une chambre, on a mis un micro, et voilà ! La suite c’est coquilles d’oeufs, rites vaudous, et on a failli faire cramer la maison. (rires)

Rilcy : Avec toute l’équipe de champions qu’on a… On avait invité des potes aussi.

Diaz : Deux semaines de l’espace, avec des péripéties. On avait pris des gants donc en résumé, pour ces quinze jours c’était : combats de boxe, coupe du monde 2014, enregistrement et alcool. (rires)

Rilcy : En plus on avait fait venir Lyo, LaCraps.

Diaz : Il y avait du monde.

En six ans vous avez évolué au niveau de votre musique, est-ce que le fait de vous replonger dans le projet ne vous a pas fait bizarre ?

Hesa : Personnellement, je n’ai pas du tout pensé au fait que ça datait, j’étais simplement content qu’on se retrouve, qu’on finisse vraiment ce projet, et qu’on n’en parle plus. On met ça derrière nous, et il n’y a plus de frustrations artistiques.

Rilcy : Moi c’est un peu pareil qu’Hesa, en plus j’ai arrêté le son depuis bien quatre ans. Le dernier son que j’ai enregistré c’était « Stress » avec Capdem, qui était pour un projet à lui à la base. Mais moi j’avais arrêté le son, j’étais parti voyager, ça fait longtemps que j’ai pas écrit de trucs. Là je m’y remets, donc forcément réécouter ce projet ne me choque pas trop, comme je n’ai pas continué derrière.

Ce n’est pas une façon de te motiver à faire du son ?

Rilcy : Carrément. Il n’y a pas longtemps j’étais en Australie, j’hésitais à rentrer avec le Corona Virus, mais ce projet m’a motivé à revenir. On ne va pas remonter Omerta comme à l’époque, mais j’aimerais bien me remettre au son tranquillement de mon côté, et ça m’a donné l’impulsion.

Diaz : Melan et Fadah ne sont plus du tout les mêmes personnages, et n’ont plus les mêmes voix, ni les mêmes flows. Ils ne ressentent plus ce qu’ils ont écrit dedans. On parle de personnes qui ont évolué en six ans. On a tous trente ans, alors qu’on avait la vingtaine à l’époque. On n’est plus du tout dans le même délire, on ne se reconnaît même plus dans ces sons. Mais c’était un truc inabouti qu’il fallait sortir. Melan il crie ! (rires)

Est ce que vous avez dégagé des morceaux ?

Diaz : Oui un !Il s’appelle  » Blitzkrieg », frappe chirurgicale en allemand, il n’y avait que Fadah dessus. Personne ne se sentait de continuer dessus, donc il a viré. Sinon c’est plutôt le contraire, on a rajouté des sons.

Vous avez joué certains de ces sons sur scène si mes souvenirs sont bons…

Rilcy : « Sens & être » oui.

Diaz : On avait joué quelques trucs, mais vraiment pas beaucoup.

Rilcy : On avait joué des petits couplets par ci par là sur face B.

Diaz : Il y a des sons du volume 2 qu’on a joué au Bikini, vu qu’on commençait la promo de cet album, et on s’est coupé l’herbe sous le pied en équipe. En fait on devait le refaire au propre, on était juste parti maquetter. Ça s’annonçait très bien, mais le problème c’était que réenregistrer un projet comme ça maintenant, avec nos rythmes de vie, c’est impossible. 

Pouvez-vous revenir sur le choix de reverser les bénéfices à une association (Coud’Pousse) ?

Diaz : D’une part il y a cette cause qui nous tient à coeur, à savoir donner à nos voisins des rues. Et puis on est dix dessus, qu’est-ce qu’on va faire avec cet argent ?

Hesa : Et puis en vrai c’est un album de maquettes.

Mathieu : Attends c’est un vrai album quand même.

Hesa : C’est propre et tout, mais c’est la vérité.

Mathieu : Diaz a fait le modeste, mais je vais rétablir la vérité : celui qui a pris la décision de sortir l’album c’est Diaz. Il a pris son téléphone, il a appelé tout le monde pour valider, et il a dit : « Ecoutez, il y a quelque chose que je n’ai pas fini dans ma vie, c’est l’album d’Omerta, et ça me fait chier. Il est quasiment fini, c’est une maquette, on a deux ou trois trucs à peaufiner, quelques couplets à finir, on reprend un peu tous les sons, il faut mixer et masteriser, mais il y a moyen que ça sorte. Pour ne pas faire d’histoires avec l’argent on donne tout à une asso, ça fait plaisir. » On a sélectionné l’asso, on est allé faire une maraude avec eux, c’est des gens bien, on a choisi les bons partenaires, et on est content de leur donner 100%. Mais c’est un vrai album, il faut le défendre. Oui ça a été enregistré il y a cinq ou six ans, mais aujourd’hui c’est un vrai album. Le fait de donner à une asso a mis tout le monde d’accord, et a fédéré autour du projet.

Diaz : Addictive a vraiment joué le jeu avec nous, big up à eux. Ils nous ont soutenu dans notre cause aussi.

Mathieu : On a eu le droit à une avance, directement versée à Coud’Pousse, de manière à ce qu’ils n’attendent pas, parce que dans la musique tu es payé tous les trimestres, il y a un décalage. 

Diaz : Au lieu d’avoir une petite somme tous les trois mois, Addictive a donné une avance et se remboursera sur les streams on va dire. Donc ils ont vraiment joué le jeu.

Hesa : Et puis ça fait longtemps qu’Omerta ne publie rien en dehors des actus de Melan, et finalement les gens ont vachement suivi et partagé le projet, c’est super.

Vous faites une sortie en deux temps, comment avez-vous divisé les sons entre les volumes 1 et 2 ?

Diaz : C’est Melan qui s’en est chargé. On a tous eu notre petit rôle on va dire. De la même manière qu’Hesa s’est occupé des scratchs sur tout le projet, avec beaucoup de liberté, Melan a eu toute la liberté pour définir qui serait sur le premier et le deuxième CD. Sur le deuxième on a beaucoup plus de solos, un de chaque MC. On a aussi moins de featurings, et pour moi c’est le meilleur des deux. 

La version physique contiendra également A contre-temps, votre premier album. Est-ce que ce n’est pas le moyen de lui donner une existence officielle en quelque sorte, vu qu’il n’était disponible qu’en téléchargement à l’époque ?

Diaz : On n’a sorti ce projet qu’en téléchargement gratuit. Il s’était téléchargé 3000 ou 4000 fois je me souviens. Mais dans notre équipe personne ne l’avait au moment de le presser. (rires) A l’époque beaucoup de monde avait accroché à ce projet, et on s’est dit autant l’offrir dans le package et le déclarer aussi, le sortir en stream, que les gens puissent l’écouter, et que ce CD donne aussi des bénéfices à l’association. Pour revenir au groupe, Omerta n’existera plus comme avant. Ce sont vraiment Melan, Hesa et Capdem qui ont continué les shows de leur côté, qui ont poussé Omerta du bout de leurs bras. Omerta-Muzik existe toujours, on est toujours là, mais il n’y aura plus l’unification qu’on avait avant à faire plein de scènes, ça ne sera plus jamais comme à l’époque de l’âge d’or de la Dynamo… 

Je vais y venir…

Rilcy : Quand Diaz et Mathieu ont dit qu’ils allaient sortir le deuxième album, et mettre le premier sur les plateformes, en tant que membre du groupe j’étais content de savoir qu’on allait laisser une petite trace, ça m’a fait plaisir.

Vous le voyez comme un chant du cygne, une façon de conclure en beauté ?

Hesa : On ne connaissait pas le chant du cygne, sinon on l’aurait appelé comme ça ! (rires) 

Diaz : C’est clair ! Avec Melan on s’est demandé comment on allait l’appeler. On est parti sur « Dernière lettre », mais ça le faisait pas. Il fallait un truc qui nous rappelle notre alcoolisme de base et à la fois le dernier truc qu’on sorte. Ensuite on a choisi le « Dernier verre » d’alcool, pour finalement partir sur les vers pour l’écriture, ça s’est fait en trois minutes avec Melan au téléphone.

Vous voyez une évolution entre A contre-temps (sorti fin 2012, ndlr) et Dernier vers ?

Diaz : Ce sont deux couleurs différentes.

Hesa : Tu sens qu’il y a une évolution dans la couleur sur le deuxième, mais le fait que ce ne soit pas abouti, ce n’est pas flagrant et marquant comme ça aurait pu l’être si on l’avait fait d’une traite.

Diaz : Le premier album A contre-temps est très sombre, et j’y suis pour quelque chose puisque j’étais dans une période très sombre. Sur le deuxième album j’ai beaucoup moins géré cette partie-là. Ils se sont démerdés, j’étais sur d’autres projets. Ce projet est donc un peu plus bucolique, printanier, d’où la sortie maintenant d’ailleurs. Ce n’est pas un album qui peut sortir en plein hiver comme A contre-temps, pour casser des culs. Pour cet album, j’ai demandé à Belek l’Antiquaire qui s’occupe de la pochette de mettre de la couleur, du violet, du orange. Il est vraiment plus bucolique.

Hesa : Même nous dans nos vies on a tous progressé, on est tous vachement plus positifs alors qu’avant on s’habillait en noir, avec des capuches noires.

Les tee-shirts noirs Omerta, la grande bâche sur scène…

Diaz : On a tous grandi maintenant.

Hesa : On n’a plus les tee-shirts Omerta, c’est dans le cœur maintenant.

Diaz : On est passé du sombre au bucolique entre les deux albums. Celui-ci est un peu plus content que le premier.

Rilcy : Sur les instrus et les choix des thèmes on a essayé de s’ouvrir un peu plus que sur le premier.

Diaz : Le premier c’était sombre.

Vous disiez qu’A contre-temps s’est téléchargé à seulement quelques milliers d’exemplaires, mais il contient quelques morceaux qui ont marqué comme « Ego sans trip » par exemple.

Hesa : Si tu as vu Omerta en live, tu as mangé les trois quarts d’A contre-temps en live, ou une bonne moitié en tout cas.

Rilcy : Les morceaux clippés ont bien tourné oui : « Néfaste », « Ego sans trip », « Parce qu’on est seul »…

Diaz : Celui-ci on l’a enregistré chez ma grand-mère à Luchon.

Melan intervient en vidéo conférence via le téléphone de Mathieu.

Ca ne t’a pas fait bizarre de te replonger dans l’album six ans plus tard, au niveau de ta voix, ou de tes lyrics ?

Melan : Si, j’aime pas. (rires) Non ça va. C’était il y a six ans, j’ai pas mal évolué entre temps c’est sûr. Mais après je suis content qu’on le sorte, et si on le sort, c’est tel qu’on l’a fait à l’époque. De toute façon il n’y a pas de jugement de valeur par rapport à ce qu’on fait maintenant puisqu’on l’a fait à l’époque. Ça sort maintenant mais ça ne me dérange pas, je fais la différence. Si les gens la font tant mieux, sinon c’est pas grave. C’est pour honorer ce qu’on a fait à l’époque, il n’est jamais sorti et ça aurait été dommage.

Melan, quel a été ton rôle sur le projet ?

Melan : En plus de mes couplets j’ai beaucoup enregistré les gens.

Et en 2020, au moment de sortir le projet ?

Melan : J’ai composé la tracklist des deux volets, l’ordre des chansons, pour créer un truc assez homogène et équitable. Je me suis occupé de la tracklist, de certains visuels, et de supports vidéos qu’on sort sur internet. 

Diaz : Il a vraiment mis sa patte artistique sur le truc, même à la fin, sur la sélection de pas mal de choses. On a tous un peu bossé dessus à notre manière. Mathieu et moi on s’est bougé le cul pour faire remonter les abonnés de la page Omerta, on a bossé ! Pour le live Instagram c’est Hesa qui s’est démerdé tout seul. On a tous mis notre main à la pâte.

Quand j ai regardé le tracklist du premier volet et les featurings (Stick, Agathe Da Rama, Diky…) je me suis revu à la Dynamo en 2014.

Diaz : C’est ça ! Tu connais, on reste en famille dans tous les cas. Et puis c’était à l’âge où on était tous ensemble. C’est resté les mêmes, on n’a pas cherché à rajouter qui que ce soit.

Rilcy : Les seuls qui sont venus après que ce soit fini c’était Fhat.R, Pols.k et Diky.

Diaz : C’était des gens qui devaient être sur le projet à la base.

Omerta-Muzik était vraiment un groupe de scène dans la tête des gens…

Diaz : Omerta c’était collectif. C’était un groupe certes, mais tout le monde y avait accès. On avait 100 Larmes avec nous à un moment, Jess aussi (aujourd’hui J.E, ndlr)… Il y a eu du passage dans Omerta. C’était un collectif de beatmakers à la base, puis ça s’est emballé après.

Toxine (Bastard Prod) a été dedans à un moment.

Diaz : Au début oui, puis il a pris son chemin, comme tout le monde.

 Vous aurez sévi durant la décennie 2010, plus activement entre 2011 et 2015, avec beaucoup de scènes, des sorties collectives, solos…  Est-ce que vous sentez qu’il y a un héritage aujourd’hui dans ce que vous voyez sortir ?

Diaz : La scène toulousaine n’est plus ce qu’elle était en 2010 pour moi. Avec la Dynamo au centre-ville, c’était quand même quelque chose d’assez fou qu’on vivait, où on était tous les week ends plantés avec les mêmes personnes. Tout le hip-hop indépendant était là-bas. Mais tu as du monde qui gère, ça décolle super bien pour Furax et la Bastard Prod, il y a plein de gens qui ont continué, mais ce n’est pas de notre héritage, c’est plus leur travail à eux, personnel. La scène hip-hop toulousaine s’est quand même bien ralentie entre 2010 et aujourd’hui. Je vais essayer d’aider du monde à partir de maintenant. Je vais commencer à m’y remettre, mais plus dans le côté management. Je vais essayer d’aider un peu plus de monde parce que ça me branche. 

Rilcy, tu as suivi Melan au début de ses concerts solos avec Capdem et Hesa.

Rilcy : Oui pendant deux ans. Après ça je n’étais plus du tout dans le mouv’, je ne suivais pas vraiment ce qui se passait à Toulouse donc je ne peux pas dire au niveau de la trace qu’on a pu laisser. Ce qui fait plaisir en sortant cet album c’est qu’il y a plein de gens qui s’en rappellent, qui nous disent : « C’est bien les gars, vous sortez un truc.« 

On vous associait beaucoup à l’époque à deux collectifs avec qui vous tourniez souvent : Bastard Prod et Bim Bam Prod.

Diaz : Je les connais depuis petit. Je les aidais à installer des baffles à la MJC de Castelginest, j’avais douze ans. Furax et les autres je les ai vus commencer, ils sont plus vieux que moi. Toxine m’a appris à faire des instrus. Quand j’étais dans la merde je dormais chez lui. Sendo c’est pareil. C’est des gens avec qui j’ai grandi, et quand je me suis lancé dans le hip-hop ils m’ont suivi. Toxine s’est mis avec moi pour m’aider, ils nous ont apporté beaucoup de soutien au début, comme Furax par exemple, avec qui on avait fait « Qui m’demande ? » à l’époque. On a fait beaucoup de choses avec eux, ils m’ont beaucoup aidé et apporté. 10Vers avec la Bim Bam Prod nous a fait faire de multiples scènes. On était leurs petits, ils nous prenaient avec eux partout. Ils nous emmenés faire plein de scènes avec eux, jusqu’en Suisse. Aux yeux du public les trois collectifs étaient associés, mais en vrai ils nous faisaient suivre.

Mon premier concert à La Dynamo c’était Flynt en 2012, et vous aviez fait la première partie. Et même si vous étiez leurs « petits », vous aviez ramené la Bastard en fin de set pour deux ou trois morceaux.

Rilcy : On essayait d’aller dans les deux sens.

Diaz : A l’époque la Bastard Prod avait moins de scènes que maintenant, et nous on arrivait à faire de belles premières parties, donc ça nous semblait normal de les ramener avec nous puisqu’ils nous avaient beaucoup apporté.

Hesa : Le fond du truc dans Omerta, c’est l’envie de partage, même encore avec le dernier album qui sort maintenant, comme le concours qu’on a fait pour un morceau dans le projet, le fait de mettre en avant des gens. Neirda n’est pas dans Omerta par exemple, mais il y a toujours cette envie de partage. Au concert on offre un coup à boire, on a toujours ce truc de faire un truc ensemble. On fait la même musique donc on partage, on ne se tire pas dans les pattes. Surtout quand on est dans la même ville.

Rilcy : C’est un peu l’esprit hip-hop à l’ancienne.

Quel est votre souvenir le plus marquant avec Omerta-Muzik ?

Diaz : Coquilles d’oeufs et rites vaudous, c’est tout ce que j’ai à dire. (rires) Plus sérieusement, les autres te citeront des trucs qui ont eu lieu plus tard, mais pour moi c’est notre rue Bayard (dans le quartier de la gare à Toulouse, ndlr), avec Enro, Jess… On était incontrôlables, on rôdait, on mangeait un grec à cinq… Ça a été une des meilleures époques de ma vie. Ah, et quand j’ai fait l’instru de « La vingtaine » pour Melan. Ce sont mes meilleurs moments de vie dans le hip-hop.

C’est marrant que tu me parles de Jess, je l’ai interviewé il y a un an, et il me parlait du fait qu’il avait fait ses gammes avec vous en termes de rap, même si aujourd’hui il est parti vers d’autres sonorités.

Diaz : Gros big up à Jess ! On a pris plein de routes différentes, mais on est tous copains au final, c’est ça qu’il faut retenir.

Hesa : Big up à 100 Larmes aussi.

Diaz : Big up à I2C, et Hans qui nous avait fait faire la première partie de Busta Flex. Que des bons souvenirs, mais la meilleure époque c’était 2010 – 2013, quand ça baroudait tous les jours en ville, et que ça tournait grave, qu’on était super productifs.

Rilcy : Moi j’ai kiffé de fou toute cette période-là. J’avais rencontré Jess des années avant, et un jour Melan était venu me sortir de chez moi avec lui, pour me faire la surprise. Ça m’a remis dans le son à ce moment-là, je suis plus ou moins arrivé dans Omerta par le biais de Jess, puisqu’avant d’intégrer Omerta, j’étais avec lui dans un autre groupe qui s’appelait BPC. On avait sorti une petite mixtape, un EP, plus ou moins sous la bannière Omerta déjà, parce qu’on était déjà tous ensemble. Puis je suis resté dans Omerta, et Jess est parti de son côté. Donc cette période-là est un bon souvenir, mais Omerta c’est aussi les scènes, et là j’ai deux gros souvenirs. Il y a eu la première partie de TSR Crew au Bikini (un set de Melan, ndlr). Je suis entré tout seul sur la scène, comme Melan et Capdem, en arrivant depuis le public. On devait escalader les rambardes de sécurité, et en arrivant, je me suis retourné, et j’ai vu le Bikini plein à craquer, même le premier étage. J’ai craqué, putain de gros souvenir. Et puis le Théâtre de la Mer à Sète, un peu moins ouf parce qu’on avait un set plus court, mais le Demi Festival c’est un truc d’enfoiré, et le lieu est super.

Diaz : Au niveau des scènes, il y a eu la première partie d’Ärsenik et Inglourious Bastardz au Bikini, une de mes meilleures scènes.

Hesa : IBZ / Omerta à la Case à Chocs à Neuchâtel c’était la folie aussi.

Neuchâtel revient souvent j’ai l’impression…

Diaz : Big up aux suisses, « Cigarette City », c’est la folie là-bas !

Rilcy : On a été trop bien reçus. On était parti à huit dans un gros fourgon. Tu fais la première partie, mais tu as l’impression d’être une guest star !

Diaz : Des souvenirs impérissables. Tu pars d’ici à huit dans un fourgon, tu fais douze heures de route avec Selas bourré qui dort derrière. On arrive à La Case à Chocs sans avoir dormi, et après on dort tous ensemble dans les loges en haut…

Hesa : Moi j’ai deux gros souvenirs. Il y en a un qui n’est pas palpable parce que c’était une période merdique de ma vie, et les gars d’Omerta m’ont ouvert les bras. Melan est venu me chercher pour que je vienne dans le groupe, en mode « venez comme vous êtes », mieux que Mc Donald’s. Et le deuxième c’est quand on a fait le Zénith devant 11 000 personnes, plein à craquer… On a marché sur l’eau ce jour-là.

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