10 Bons Sons US en mai 2020

Tandis que l’Amérique s’embrase et que les hommes en bleus assassinent et tuent, nous essayons (et c’est difficile) d’évacuer avec quelques morceaux de bon ACABit. Voici donc nos 10 Bons Sons US (et parfois UK) mensuels.

Little Simz – Damn Right (Prod. Little Simz & Kal Banx)

La rappeuse (et actrice) anglaise Little Simz est toujours bien en forme. A peine un peu plus d’un an après son très bon troisième album Grey Area, la londonienne nous offre son sixième EP, DROP 6, toujours dans la mini-série d’EP intitulée Age 101: DROP. Ecrit et enregistré dans sa chambre pendant la pandémie du COVID19, le projet comporte cinq morceaux (dont un seul et unique feat avec Alewya) produit respectivement par Kal Banx, St Francis Hotel, Kadeem Clarke et OTG (les producteurs habituels de la rappeuse). Le résultat est comme à son habitude; efficace et envoûtant. -Clément

Young Buck – All we do (prod. Young Seph)

Le rappeur du G-Unit mène, depuis des années maintenant, une carrière plutôt discrète, mais agrémentée de vrais coups d’éclats, à l’image de sa série de mixtapes de 10 titres parue entre 2015 et 2018. C’est sur l’EP Outbreak paru ce mois que l’on trouve ce morceau, où Buck démarre sur la fibre vétéran, blasé par l’état du rap et des rues, tout en tentant de garder la tête hors de l’eau. Ce All we do monte doucement en puissance, tant dans la manière dont Buck se livre, que dans son interprétation qui devient de moins en moins détachée, et de plus en plus incarnée. Young Buck reste un bon faiseur de bangers, mais plus le temps passe, et plus il démontre qu’il est capable de se placer au niveau des meilleurs sur ce type de titres, plus à fleur de peau. – Jérémy

Mozzy feat. King Von & G Herbo – Body Count (Prod. Manu.)

Alors que depuis le début de sa carrière, Mozzy n’a jamais réellement soufflé, enchaînant sortie sur sortie jusqu’à accumuler une discographie assez gargantuesque et inégale, il a cette fois pris le temps (à son échelle bien entendu) pour préparer son dernier album, Beyond Bulletproof, sorti le premier jour de ce mois de mai. Et grand bien lui en a pris. Le disque est dans la continuité de ses excellents derniers albums, 1up to Ahk, Gangland Landlord et Internal Affairs, sorti l’année dernière. Le rappeur de Sacramento se livre, une fois de plus, à cœur ouvert, sur ses démons et sur son passé et présent douloureux, et son rapport à la spiritualité. La connexion avec G Herbo semblait ainsi aller de soi, ce qui confère à « Body Count », au-delà de la passe d’arme entre rappeurs de grande qualité, un caractère très solennel. – Xavier

DJ Muggs feat. Evidence & Eto – What a Night

On ne présente plus DJ Muggs, légendaire beatmaker de Cypress Hill, ni Evidence, figure principale des Dilated People s’étant depuis bâti une discographie solo des plus solides. Quant à Eto, il est certes moins connu mais on vous en a déjà passablement parlé, et on ne manquera pas de vous recommander d’aller écouter son excellent The Beauty Of it, également sorti en ce mois de mai. Dans tous les cas, on a là les ingrédients nécessaires à une collaboration des plus réussies, ce qui est évidemment le cas. DJ Muggs, s’étant offert une véritable cure de jouvence ces dernières années à travers de nombreuses collaborations avec des pontes de l’underground newyorkais, conserve son grain si particulier. Il emmène ici ses deux compères dans une virée nocturne brumeuse et inquiétante, où Evidence et Eto se donnent la réplique d’une main de maître. – Xavier

Future – Trapped in the Sun (Prod. Will-A-Fool)

L’ouragan annuel qu’est censé constituer chaque sortie d’album de Future n’aura pas soulevé moultes vagues cette année avec High Off Life. Preuve d’une formule répétitive qui tend à s’essouffler ? Toujours est-il que le rappeur d’Atlanta n’est pas le dernier des guignols sirupeux arborant d’infâmes teintures, et même dans un album qui ne restera pas dans son panthéon, il parvient à en tirer un lot de morceaux qui ambianceront vos superbes engins de locomotion. Parmi ceux-ci, on peut citer « Trapped in the sun », qui confirme le talent de Nayvadius lorsqu’il s’agit d’ouvrir ses albums (on se souvient bien sûr des excellents « Rent Money » ou « Thought it was a drought »). Il faudra toutefois songer à se renouveler.  – Xavier

Key Glock – FYTB (Prod. Sosa808)

Longtemps dans l’ombre de son cousin Young Dolph, le jeune Key Glock commence à inverser la tendance depuis leur mixtape en commun Dum & Dummer sortie l’année dernière. Après avoir déjà publié l’excellente Yellow Tape en début d’année, le voilà qui récidive avec Son of a Gun. La filiation à Young Dolph reste toutefois évidente, tant dans le flow, le vocabulaire utilisé et dans le ton général. Sur « FYTB » (Fuck you talkin’bout), Glizock prend une tonalité un peu plus sombre et nerveuse que sur le reste de la tape, pour nous livrer l’un de ses meilleurs morceaux de l’année. A ce titre, la production de Sosa808 fait largement le travail, et apporte au rappeur de Memphis l’atmosphère idoine pour ce morceau. – Xavier

Freddie Gibbs & Alchemist – 1985

Sans prendre la peine de nous prévenir, Fredrick et Alan ont confectionné un album commun. Le format collaboratif sied tellement aux deux joyeux lurons qu’Alfredo voit le jour même pas deux ans après Fetti, où ils étaient également accompagnés de Curren$y. Mais cette fois, on a entre les mains un véritable album plus qu’un voyage immersif. Les batteries en retrait et les boucles assez basiques d’Alain requièrent un Frédéric des grands jours et, avec une insultante facilité, le rappeur de Gary fait mouche. D’aucuns préciseront, à raison, que le basique d’Alchemist est déjà bien au delà des standards de production pendant que les autres salueront l’exceptionnelle guitare électrique de « 1985 ». En outre, il est à noter que l’album s’accompagne d’un comics dessiné par Mike Del Mundo (Thor, Avengers). – Wilhelm

TM88 & Southside – Blue jean bandit (feat Young Thug & Future & Moneybagg Yo)

Alors en pleine confection d’un album, Young Thug s’enferme avec TM88 et Southside pour, vous l’aurez deviné, enregistrer des chansons. Jeffery Williams fait son choix (probablement « Big Tipper » et « Pussy ») et laisse les producteurs jouir des morceaux restants à leur convenance. Hélas les internets sont cruels et la maquette, comme trop souvent dans la carrière de Young Thug, se retrouve jetée en pâture aux vils auditeurs voraces que nous sommes. Les deux acolytes estiment que « Blue Jean Bandit » vaut son pesant d’or et qu’il doit sortir en bonne et due forme. Ils contactent donc Future et Moneybagg Yo pour donner une plus-value à la version finale. Et toc, les brigands ont perdu. – Wilhelm

slowthai – BB (BODYBAG) (Prod. Dom Maker)

Une année après son premier (et pas mauvais) album Nothing Great About Britain, le natif de Northampton Slowthai est revenu aux affaires avec trois morceaux en solo en seulement trois semaines : « Enemy », « Magic » avec ce bon vieux Kenny Beats, et enfin le titre qui nous intéresse ici, « BB » aka BodyBag. Notons aussi une collaboration très remarquée avec Gorillaz et Slaves au début du mois de février. Sur une prod’ de Dom Maker (la moitié de Mount Kimbie, duo électronique) et avec l’aide d’une mélodie plus qu’entêtante, le emcee anglais fait l’étalage de toute sa palette, entre égotrip nerveux et images angoissantes. – Clément

Ka – Every now and then

S’il a longtemps attendu d’être, selon ses standards, légitime à présenter un album, Ka s’est illustré dès son premier disque comme l’une des plus grandes plumes de l’histoire de cette musique. Bien sûr, cette tendance a raconter à peu près toujours la même histoire, la sienne, sous un angle unique et à travers des personnages chaque fois différents, tranche avec les rappeurs dont on a déjà l’impression d’avoir entendu les textes avant la fin d’un couplet. Mais s’il y a bien un domaine dans lequel la marge de progression est immédiatement audible, c’est la production. Dans son dernier opus, l’auteur y est plus à l’aise que jamais, et quelle porte d’entrée plus logique que sa touchante introduction, Every Now and Then. – Wilhelm


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