Zippo, l’interview « 10 Bons Sons »

Zippo mène sa barque depuis toujours, à l’écart du game. En près de 15 ans de carrière, le Niçois a constitué une discographie solide, avec son groupe Le Pakkt avec lequel il a sorti cinq albums puis en solo, dans laquelle les egotrips, les brûlots, les exercices de style s’entremêlent. Très lucide sur lui-même, sur le monde rêvé et le monde réel, nous sommes revenus via dix morceaux sur son parcours fait de double-albums, d’EP, de projets avortés, mais surtout sur la vie de groupe, son engagement, le progrès technologique, la matrice, son évolution, son (dés)amour du rap, l’école, son état d’esprit actuel, ainsi que le film « Into the Wild » et Jul. Feu.

Photo: Vianne Burquier

1 – Le Pakkt – « Grand Cru » (Album Vestige D’un arT, 2008)

> Le Pakkt – Gran cru

Alors j’ai reconnu le sample, je sais que c’était un vieux son du Pakkt… Redis-moi le titre ?

« Grand cru ».

On a fait tellement de morceaux… On a du faire cinq ou six albums avec Le Pakkt… Et c’est sur quel album ?

Il est sur Vestige D’un Art.

Ah il est sur Vestige ! A l’ancienne… T’es allé digguer ! Mais je rappe sur ce morceau-là ?

Non justement et c’est ce qui est bizarre pour un morceau qui regarde dans le rétroviseur.

C’est une période un peu particulière parce que je me suis barré vers 2007-2008, j’étais à New York et je n’ai pas pu être présent sur tout l’album. Je me rappelle que j’ai un titre solo « Pomme de terre » sur l’album. J’avais du enregistrer deux/trois morceaux ici avant de partir. Et de là-bas, j’avais même enregistré un morceau au téléphone mais je ne sais plus lequel. C’était vraiment l’époque où tout était possible, on y croyait grave, on s’était bien sortis les doigts du cul pour cet album.

Tu peux revenir sur les débuts du groupe ?

J’ai rencontré Nico du Pakkt, (NDLR : John Creazy) au lycée en Première ou en Terminale. On a commencé à faire un peu de son ensemble. Après on a voulu faire un groupe qui s’appelait Silence et on a commencé à enregistrer à Nice au studio Sud Pop. On y allait tous les dimanches de 10h à 12h, souvent on avait la gueule de bois… On a enregistré 2/3 maquettes et ce n’est jamais allé beaucoup plus loin que ça. Puis on s’est un peu perdu de vue.

Et un jour je retombe sur John Creazy et Vargas sur le parking de Cap 3000 (NDLR : grand centre commercial en périphérie niçoise), ils étaient en train de boire des bières. Il y avait aussi Terence qui était très prometteur comme beatmaker, il ne devait avoir que 17 piges, il ne samplait que de la soul. Ils m’ont proposé de venir avec eux enregistrer le vendredi suivant. Et à partir de là, Le Pakkt était né.

De là, on a fait assez spontanément le premier album, Récital Immakulé, l’alchimie a bien pris et on a enchainé avec un bon rythme. Je me rappelle on se retrouvait tous les vendredis chez Nico au 8ème étage d’une tour aux Moulins (NDLR : quartier populaire situé en périphérie de la ville de Nice) et on enregistrait dans sa salle de bains. Et jusqu’à aujourd’hui on est encore très proches les uns des autres.

2 – Le Pakkt –  « On joue aux boules sous la pluie » (Album Musiques meurtrières, 2011)

« On joue aux boules »… C’est un de nos premiers classiques qui a bien marché et qui a installé notre marque de fabrique. Je pense qu’on est arrivés avec un univers très assumé, très personnel, qui ne ressemblait pas à grand-chose d’autre. Au niveau musical, c’était référence Queensbridge à mort, boom bap, vraiment un modèle du genre, minimaliste avec un gros kick snare à l’ancienne. Si je me souviens, c’est Nico qui a fait la prod, sous le nom Le Président. On était en train d’écouter l’instru et de boire des bières, il devait pleuvoir et ça nous a inspiré ce titre. La phrase « On joue aux boules sous la pluie » est sortie comme ça, surtout qu’on a toujours joué à la pétanque avec Le Pakkt comme tout sudiste qui se respecte. (sourire) Ce morceau a un côté pas défaitiste, mais il y avait l’idée d’acceptation du destin, un peu triste, un peu lancinant dans l’instru. Une fois qu’on avait balancé la phrase, tout le monde s’est mis à écrire et le morceau est né rapidement jusqu’au moment du clip qui était une grosse expérience parce qu’il pleuvait sa grand-mère ce jour-là ! (rires) Je me souviens de l’équipe de tournage qui a vu les parapluies partir avec le vent, nous on jouait à la pétanque, c’était vraiment cool.

A l’image du clip, vous prenez le contre-pied des représentations qu’on se fait de Nice et de la Côte d’Azur.

Complètement. Nice est associée au bling bling, aux putes dans les voitures de luxe, en plein soleil sur la Promenade des Anglais et les palmiers en arrière-plan. On voulait montrer autre chose, l’envers du décor… Et l’instru s’y prêtait bien.

Le premier extrait de l’album est sur un tout autre ton ; après coup, vous vous êtes dits qu’il aurait fallu d’abord sortir « On joue aux boules sous la pluie » ?

Je ne pense pas. Tu sais, à l’époque on faisait les choses vachement spontanément, on était super créatifs, on ne se posait pas trop de questions. On avait un coup de cœur pour une instru, on écrivait un texte, dès que quelqu’un avait une bonne idée pour le clip, on le faisait. Mais effectivement le premier extrait n’était pas du tout dans la même vibe mais la prod de « Rends nous un service » était tellement patate qu’il fallait que ça suive au niveau des images. L’idée des ballons était venue comme ça sur un délire, on avait rempli le salon d’un pote de ballons, c’était du grand n’importe quoi le tournage. (sourire) Mais « Rends nous un service » est un morceau que j’aime beaucoup, je le trouve efficace.

En 2011, vous sortez donc l’album Musiques meurtrières, vous en êtes au troisième album en quatre ans, la musique devait prendre une grande place dans vos vies, vous avez démarché des labels, vous aviez été sollicités ?

Le truc c’est qu’on avait tous nos tafs respectifs en parallèle et on avait envie d’être libres vis-à-vis de la musique. Faut dire aussi qu’on était peut-être des branleurs, on n’a jamais pris la peine de contacter des gens. On se confortait peut-être d’être dans l’underground et on se sentait très bien dans notre créneau, dans notre coin. On faisait du son, on rappait, parce qu’on kiffait, pour nous occuper, nous vider la tête. On ne se projetait pas dans le monde du rap. On avait envie d’être reconnus, normal, comme tout le monde, ça fait du bien, mais c’était un peu illusoire de vivre de ça. Et on n’avait pas envie de faire de compromis.

3 – Zippo – « Maintenant j’ai une hache » (EP Bucheron, 2012)

(Il reprend les premières notes de l’instru, ndlr) C’est Vargas qui a fait l’instru, comme 80% de mes prods d’ailleurs. Il s’est mis à en faire en cours de route, un peu après que Nico ait arrêté et il se trouve qu’il est vachement bon en beatmaking. Il m’envoyait régulièrement ses prods. Je crois me rappeler que cette instru avait été repérée aussi par Scarz, avec lequel on avait fait le projet Boom Bap Mafiozos. Il l’avait sélectionnée mais j’avais un gros coup de cœur sur cette prod et il n’y a pas du tout eu de problème pour que je la récupère. Mais j’avais quand même écrit rapidement un morceau dessus pour être sûr de l’avoir. (rires) En général, je mets du temps à écrire mes morceaux, mais celui-là, en une soirée ou deux, c’était réglé.

J’avais déjà eu l’idée d’un EP, qui n’a jamais vu le jour, qui devait s’appeler le Kiwi bleu, un truc très onirique, avec un univers un peu étrange, mais j’avais laissé de côté le concept parce que je ne trouvais pas ça assez rentre-dedans. C’était le moment où je voulais partir un peu en solo avec cet EP un peu bucheronnesque et qui représente une partie de ma vie. J’ai grandi entre la ville et la campagne, entre ma mère et mon père, en coupant du bois avec mon daron, c’était ça que je voulais mettre en avant aussi, avec le symbole de la hache qui est très fort. Je voulais donc une chanson rentre-dedans et c’était l’occasion avec ce morceau et son instru.

Sur le morceau, on comprend que tu as une dent contre l’école, dès le début tu dis « 15 années de formatage intellectuel, suivi de 15 années à réapprendre à penser par moi-même ». Et c’est vraiment un fil rouge dans ta carrière, régulièrement tu y reviens (sur « Paradis perdu », sur « Charlie », entre autres), on sent que tu déplores l’organisation de l’Education Nationale…

Je déplore d’un point de vue général le formatage de l’esprit et le premier mécanisme de formatage, c’est l’école. C’est le premier endroit où on va essayer (il cherche ses mots)… de comprimer ce que tu as dans la tête d’une certaine façon, d’aménager ta façon de penser et ça m’emmerde profondément parce qu’il faut développer un esprit critique. Ce dégoût, ce rejet que j’ai pour l’école, je peux l’avoir pour la société du divertissement aussi par exemple.

Pourtant, j’ai l’impression que l’école peut aussi développer l’esprit critique chez des jeunes qui n’en ont pas encore ou très peu, ou affranchir les enfants du point de vue de leurs parents, en leur apprenant à penser par eux-mêmes.

C’est vrai. C’est pour ça que l’école doit te fournir les armes nécessaires pour pouvoir la remettre en question, et de ce côté je ne peux cracher sur le fait qu’effectivement j’ai eu, comme tous mes contemporains occidentaux, des armes intellectuelles qui m’ont été fournies par l’école. L’école donne accès à des connaissances qui te permettent de réfléchir par toi-même. Mais ce qu’on ne t’apprend pas, c’est à développer un état critique. L’école te bourre le crâne avec des connaissances et c’est quelque chose qu’il faut se réapproprier soi-même. Il faut se donner un coup de pied au cul pour réapprendre par soi-même sinon l’école ne fait que formater de futurs bureaucrates, des agents du système disciplinés.

J’aimerais savoir pour quelles raisons tu te lances dans cet EP, dans cette escapade en solo ?

Je pense qu’à ce moment-là, j’en avais un peu marre de faire de l’egotrip et j’avais envie de quelque chose de plus personnel, une quête spirituelle. Je voulais voir ce dont j’étais capable en solo, c’était un défi que je m’étais fixé. Et ça n’a jamais été une rupture avec Le Pakkt. Beaucoup de gens ont cru à ça mais en fait pas du tout. Et puis avec Le Pakkt on est clairement en train de penser à la suite, on continue à avoir envie de faire du son ensemble, même si c’est un peu plus compliqué avec le temps.

4- Le Pakkt – « Allez y tous » (Album L’album lent, 2013)

J’aime vraiment beaucoup cet album, il est court, 10 morceaux. Il me semble qu’il arrive juste avant que je me mette à faire les morceaux de Bucheron. C’était une période où Vargas était ultra-prolifique, il faisait une instru par jour, on n’arrêtait pas de se retrouver, les apéros partaient dans tous les sens, on avait beaucoup d’idées. Et le concept de l’album… (sourire) Le titre est un peu débile, on trouvait ça décalé. Et ça tranchait avec ce qu’on avait fait jusque-là, on avait fait beaucoup de bomm bap réglé à 85-90 bpm et d’un seul coup les prods se sont mises à ralentir, à 65 bpm avec des flows accélérés mais nous on avait voulu faire des flows très lents, très assumés et ce n’est pas facile ! Ce que tu dis doit vachement être percutant ! Il faut compenser l’absence de flows par des punchlines et c’était un peu le défi de cet album-là. On avait envie de créer quelque chose de différent dans la forme et dans le fond. On l’a fait comme un jeu, comme un exercice de style : « Venez on fait un album à 65 bpm, on l’appelle L’Album Lent, nique sa mère ! ».

Dans l’egotrip « Allez y tous », on vous entend cracher votre haine du game.

Toujours ! (sourire) C’est une base du Pakkt de rapper sur le rap. Ça vient aussi du fait que Nico et Vargas ont une culture rapologique absolument ahurissante, ces gars sont des bibles du rap, contrairement à moi. Je connais assez bien mes classiques mais eux, ce sont des encyclopédies. Du coup ils avaient toujours un peu ce dédain vis-à-vis du rap français qui à leurs oreilles ne sonnaient pas du tout comme du vrai rap. Quand on disait d’une instru qu’elle sonnait « rap français », c’était une façon de s’en moquer. Vu qu’en plus les deux sont de gros beatmakers, ils avaient quand même un niveau d’exigence assez élevé.

L’album lent avait reçu un beau succès d’estime, notamment de la part de la presse spé. Comment l’avez-vous vécu ?

C’est vrai que c’est le premier album qui a commencé à buzzer, plus que Musiques Meurtrières qui avait commencé à faire parler de nous. L’album lent avait une cohérence, il était court. Symboliquement, c’était un peu l’inverse de Musiques Meurtrières qui correspondait à un an de boulot, c’était un double album avec 34 titres. Et d’un seul coup, on ne revenait quasiment qu’avec un EP. Etant donné les efforts que nous avait coûté le double album et le peu de répercussions, on s’est dit qu’on ne repartait que sur un 10 titres mais qu’il fallait que ce soit chiadé.

5 – Zippo – « Le paradis perdu » 2014

Le feat avec Easy Deviance. Après mon EP solo, j’ai commencé à être démarché par des gens, des beatmakers, chose inédite jusque-là parce qu’on était en mode consanguins, entre nous, et ça m’allait très bien. Autant au niveau feat avec des rappeurs, je suis un peu récalcitrant en général, parce que je mets du temps à écrire, autant avec des beatmakers, ça permet d’aller dans de nouvelles directions. Et puis Easy Deviance, c’était un gars que je ne connaissais pas du tout, je suis allé écouter ce qu’il faisait et j’ai trouvé ça pas mal. On a bien accroché au niveau humain aussi. Ce qui m’a surtout intéressé sur ce feat c’est que pour la première fois j’avais affaire à quelqu’un qui pouvait ajouter des instruments. A la fin du titre, il y a un solo de trompette, ça m’avait vraiment plu. Après Bucheron, j’avais un peu rangé les stylos, j’ai dû mettre 6 mois à écrire le morceau, parce que je n’écrivais plu trop à ce moment de ma vie. Ce morceau m’a permis de garder un pied dans le rap à un moment où j’en étais un peu sorti.

Vu ton propos dans le morceau, ce retour vers des choses plus simples correspondait à un moment où tu vivais encore en ville ? Où tu es retourné à la campagne ?

En fait j’ai toujours eu ce fantasme de retour à la terre, parce que j’ai grandi entre la ville et la campagne. A un moment, la campagne, ce n’était plus possible, parce que la maison de mon père a brûlé dans un incendie, du coup j’ai un rapport au feu un peu spécial, d’où le blaze Zippo, entre autre. A l’époque du titre, j’étais en train d’envisager un changement de vie. Après Bucheron, j’avais l’impression d’avoir fait le tour du rap. Mais le rap te colle à la peau. (sourire) Je n’ai jamais dit que j’arrêtais le rap même si j’y ai souvent pensé, parce que je savais que j’y retournerai tôt ou tard.

Concernant la forme, on entend que tu ne négliges pas la technique, avec beaucoup de multi syllabiques, est-ce qu’il y a eu une influence de l’école du 06 ?

Je n’ai pas trop de connaissances en rap local, je n’écoutais pas trop de rappeurs du 06 si ce n’est Chiens de Paille parce qu’il avait une sacrée plume. Par contre, on était des gros fans d’Alkpote, dès le début, en 2008 avec Unité 2 Feu et je pense que la multi-syllabique est plus rentrée dans notre style via ce style de rap-là qu’à travers des mecs de notre département. Il y a eu une vraie évolution dans mon approche de l’écriture, parce que tu es forcément influencé par ce que tu écoutes. Petit à petit, à force d’écouter des gars qui font de la multi-syllabique, indirectement ça t’impacte. Il y a toujours un mimétisme inconscient. Mais même au niveau du groupe, à force d’écouter tes potes rapper, tu utilises le même champ lexical qu’eux, tu as des phases qu’ils auraient pu sortir.

6 – Le Pakkt – « Ile perdue » (Album Cadaverik, 2015)

« Ile perdue ». A cette époque, Le Pakkt veut repartir sur un album et moi je suis hors rap à ce moment. Limite, je fais un rejet du rap, je suis occupé à d’autres choses, je fais plein de boulots différents, je n’étais pas inspiré, je n’avais pas envie de repartir sur un album egotrip. Certains croyaient qu’il y avait eu une sorte de clash entre nous membres du Pakkt, mais pas du tout. C’est juste la vie qui fait que par moments, tu prends tes distances. Je ne voulais pas trop être présent sur cet album, ce qui a peut-être été un peu une déception de leur côté, mais pas plus que ça. Finalement, ils m’ont fait écouter les premiers morceaux, des instrus et je savais que j’allais quand même y être. Sur ce beat-là en particulier ! Ils avaient déjà leurs couplets sur ce morceau et je leur ai dit qu’il fallait absolument que je rappe dessus. C’est pour ça que j’apparais en dernière position parce que leurs couplets étaient déjà collés. Sur Cadaverik je ne fais que trois apparitions, « Ile perdue », sur « Pushers » pareil, je suis en troisième position parce que leurs couplets se suivaient et je fais le refrain de « Téléphone maison ». Mais ils m’ont accueilli à bras ouverts et c’est ce qui m’a permis en fait de garder encore un pied dans le rap.

A l’époque je bossais dans un hôtel, j’étais voiturier-bagagiste, assez dégueulasse comme taf. Grosse remise en question personnelle… J’étais obligé de me raser, de m’habiller en costard-cravate, de garer des voitures de fils de pute… Des petits moments d’humiliation ordinaire où tu te sens être le larbin de service. D’ailleurs c’est là que j’ai commencé à écrire les morceaux « Nœud de cravate » et « Festival de Cannes » présents sur Zippo contre les robots

Dans ton couplet sur « Ile perdue », tu dis « On traverse le rap sans laisser d’écho au radar » et il se trouve que Cadaverik est le dernier album du groupe. D’après toi, qu’est-ce qui fait que Le Pakkt n’ait pas eu une plus large audience ?

C’est beaucoup notre faute parce qu’on est des grands branleurs devant l’éternel. On ne s’est jamais vraiment bougé le cul pour faire plus de scènes, pour contacter plus de labels, on n’est jamais vraiment rentré là-dedans. On a eu peut-être un comportement puéril : on faisait du rap juste parce qu’on kiffait, on ne se posait pas trop de questions. Et puis chacun avait son boulot à côté, sa petite vie à côté… Si on avait dépendu du rap pour remplir le frigo, on se serait plus bougés. Le rap c’était un petit bonus.

Mais il y a plusieurs facteurs qui expliquent qu’on n’ait pas eu une large audience. Le fait d’habiter à Nice, ça joue. Paname, c’est là où les choses se passent, tu fais plus de rencontres, tu peux faire plus de concerts. Quand tu es dans une périphérie lointaine, les choses peuvent se faire mais c’est quand même vachement de travail, d’abnégation. Et vu qu’on était plus dans une approche dilettante du bordel, forcément la mayonnaise a moins pris que si on avait été plus investis. On a fait du rap comme un hobby.

7- Zippo – « Charlie » (Album Zippo contre les robots, 2018)

« Charlie », bien sûr. On en revient au formatage de l’école. On avait affaire et de façon nette, ahurissante, à un effet de foule compact, de formatage collectif. D’un seul coup, il y a eu une espèce de consensus national : plus personne ne réfléchissait. Les émotions avaient pris le pas sur la réflexion. Tu pouvais entendre tout et n’importe quoi, dans les témoignages, les interviews… C’était sidérant de voir à quel point les gens réfléchissaient peu et ne faisaient pas un pas de côté. C’était un élan émotionnel total. Et je ressentais le besoin de remettre les pendules à l’heure, en expliquant les tenants et les aboutissants qui faisaient qu’on était arrivés là. J’avais envie de revenir sur cet évènement-là qui était quand même assez symbolique parce que Charlie hebdo était le premier gros attentat de cette période de stress et de psychose collective. Le morceau n’a pas vraiment été accueilli. Il est passé à la trappe, très peu de gens le connaissent. Le grand regret que j’ai, c’est qu’il n’a pas été clippé. Les gens regardent la musique de nos jours. Avec un clip, il aurait eu beaucoup plus de visibilité. Ce thème me touchait de près, j’en voyais les conséquences sur mon entourage. Il y avait un point de vue que je considérais comme juste qu’on n’entendait pas et il fallait que j’en parle.

Dans le morceau, tu montres bien comment le mot « zouave », tombé dans le langage courant, bien que fortement connoté à la période coloniale, est utilisé…

C’est un mot terrible, d’une violence extrême, utilisé par des personnes qui ne sont pas forcément racistes, mais qui n’ont pas conscience de sa réelle signification. Ça vaut la peine parfois de s’interroger sur le langage aussi. C’est une manière de placer un tacle à tous ceux qui employaient ce genre de vocabulaire à ce moment-là.

Dans Zippo contre les robots, tu es très critique envers l’espèce humaine, est-ce que qu’on ne peut que se contenter de s’améliorer soi-même pour améliorer le monde ?

Les critiques sur le capitalisme, le libéralisme, ont déjà été faites par beaucoup beaucoup de gens. Il y a un truc que je voulais remettre en question dans cet album-là, c’est le progrès technique, la technologie. Il me semblait que peu de gens, dans le rap, avaient pris le temps de se poser cette question. La technologie, en général, tout le monde accueille ça à bras ouverts, parce qu’on vit dans une époque où on est friands de gadgets, de nouvelles consoles, de nouveaux ordinateurs, de nouveaux téléphones, etc. Et je voulais poser la question de ce que ça nous apportait et de ce que ça nous enlevait en parallèle, parce que ce que tu gagnes en confort, tu le perds en liberté et on est train de le voir avec le tracking actuellement (interview réalisée durant le confinement, en avril 2020, ndlr). Et c’était donc juste une question de temps avant que ces outils-là se retournent contre nous.

Après sur le fait de s’améliorer soi-même, c’est la pensée de Pierre Rabhi, que je respecte, qui apporte une part de réflexion nécessaire, mais je ne pense pas que cela suffise. Il faut se changer soi-même, changer sa façon de vivre, de consommer mais même si tu rejettes la société en allant au fin de la cambrousse pour élever des lapins, le système continue d’avancer et va te rattraper. Les gens qui sont dans une logique de business et de profits ne vont pas s’arrêter à ta porte s’ils découvrent un gisement d’uranium ou de pétrole sous ton terrain à la campagne, ils vont venir te péter les couilles. Tu ne peux pas fuir éternellement. Il y a une part de responsabilité individuelle, en essayant de se changer soi-même mais il faut en parallèle que tu sois prêt à combattre ces gens qui sont en face de toi et qui ne l’entendent pas du tout de la même oreille. Il faut des fermiers et il faut des combattants, des soldats et des gens qui fassent pousser des pommes de terre. Si tu as la force de caractère d’être les deux à la fois, c’est encore mieux. Après tu as les gens qui sont plus dans la révolution poétique comme moi même si je ne suis pas un exemple en terme de mode de vie. Je vis encore en ville, j’essaie de lire des choses là-dessus, d’aller dans le bon sens, mais il faut remplir ton frigo, il faut que tu fasses de la thune, que tu participes à ce système d’une manière ou d’une autre…

Dans l’album, on sent ton envie de sensibiliser les gens, ton agacement, ton énervement et on remarque aussi l’absence d’humour. D’autres personnes qui sont aussi indignés, voire misanthropes, comme Casey, Vîrus ou Fuzati…

(Il coupe.) Les trois que tu viens de citer j’adore !

Ça ne m’étonne pas ! Ces rappeurs arrivent à disséminer un peu d’humour dans leur propos mine de rien…

En plus, je suis quelqu’un qui aime vraiment bien déconner et j’avais tendance à être plus drôle sur les albums du Pakkt mais effectivement, je me suis un peu pris à mon propre piège, je me suis un peu pris au sérieux sur cet album-là. C’est quelque chose que je regrette un peu dans un sens parce que je pense que tu peux faire passer énormément de messages avec l’humour.

Un mec comme Vald par exemple, quand tu l’entends en interview, tu sens que ce gars est putain de conscient des problèmes. Le problème, c’est qu’il a créé un personnage qui ne peut que se tourner en dérision en permanence, faire le con et rigoler. Je comprends complètement qu’on puisse se retrouver pris au piège de son personnage dans le rap. Le problème c’est que les messages passent moins bien quand tu les fais passer avec humour parce que même si tu as des punchlines qui sont percutantes, c’est le côté rigolo qui va prendre le pas sur ton message. A un moment, tu as un peu envie d’essayer d’ouvrir un peu les yeux des gens, de faire bouger un peu les consciences, même si c’est une ambition un peu naïve. Mais je pense qu’on peut peut-être espérer ne serait-ce que faire éclore des idées dans la tête des gens. C’est pour ça, des fois, tu es un peu obligé de te prendre au sérieux.

8- Lucio Bukowski X Didaï X Zippo – « Truman show » (EP Aucun potentiel commercial 2, 2018)

Le feat avec Didaï et Lucio. On s’est rapprochés idéologiquement avec Lucio, on avait des références communes en terme d’anarchisme, de pensée libertaire, une certaine estime l’un pour l’autre aussi. Il y avait déjà un morceau qui aurait dû naître sur un album de Lucio, un ou deux ans avant, mais qui n’a jamais vu le jour, avec Anton Serra, peut-être Dooz Kawa, je ne sais plus… Puis il est revenu vers moi, on a parlé de refaire un morceau, les planètes étaient alignées et on l’a fait ! Un morceau que je kiffe bien !

En écoutant le morceau, on comprend que l’homme moderne serait pris au piège, à son propre piège. Le morceau aurait pu s’appeler d’ailleurs « Courage fuyons » et m’a fait penser au film « Into the Wild ». Partir n’empêche pas de se prendre le retour du boomerang, comme sur ton morceau « L’épouvantail ».

Il y a un décalage entre l’homme et son milieu. Dans le film « Truman show », le gars se rend compte qu’on lui a menti, il encaisse le truc de façon passive. « Into the Wild », c’est un mec qui a compris qu’on lui mentait et qui a décidé de se casser. C’est vrai que dans les deux cas c’est quelqu’un qui a décidé de partir. Sauf que dans « Into the Wild », il le comprend de suite et il se barre pour aller chercher la vérité ailleurs et dans « Truman show », il se ment à lui-même…

Mais effectivement, c’est peut-être deux périodes de ma vie qu’on peut y voir… A l’époque de Bucheron, j’avais cette velléité de vouloir sortir du système pour essayer de m’en émanciper le plus vite possible alors que pour Zippo contre les robots, j’ai été obligé de rentrer profondément dans les infrastructures de ce monde-là, l’époque où je me mettais en costard-cravate pour garer des bagnoles, et j’étais plus en mode « Truman show ». Pour Zippo contre les robots je suis devenu un robot.

Dans « Into the Wild », le personnage principal a un petit côté capricieux, je n’étais pas mécontent qu’à la fin il meurt (rires).

C’est une histoire de choix entre le confort et la liberté. Et dans « Into the Wild », son confort ne lui apporte pas les réponses existentielles auxquelles il est confronté. Il est donc allé les chercher ailleurs. Mais effectivement, il a un côté énervant ce personnage parce qu’il avait tout, il était promis à une grande carrière mais si c’est pour se taper une crise de la quarantaine, avec une femme qui ne t’aime plus et deux gosses qui te détestent…

On va continuer la discussion cinématographique et mettre le rap un peu de côté, dans le film « Captain Fantastic », on voit bien la vision des deux côtés, l’aspect idéalisé et diabolisé de chaque environnement, qu’il soit rural ou urbain.

L’expérience de la vie à la campagne tu la payes cher ! J’avais vraiment kiffé « Captain Fantastic ». Déjà humainement, l’acteur Viggo Mortensen, c’est vraiment un bonhomme, pour l’avoir croisé au Festival de Cannes. Qu’importe l’environnement dans lequel tu vas choisir de vivre, tu vas perdre des choses et en gagner d’autres. Est-ce que la technologie t’apporte des choses suffisantes pour être heureux ou est-ce qu’il n’aurait pas fallu envisager autre chose tant que tu étais jeune et que tu en avais encore les moyens de le faire ? Je n’ai pas envie d’avoir de regrets plus tard, j’ai envie d’essayer de me poser les bonnes questions tant qu’il est encore temps de se les poser.

Pour en revenir au morceau, il me semble qu’il y avait dans les tuyaux un projet commun avec Lucio Bukowski, non ?

C’est venu sur la table, on en a parlé un petit peu.  Mais c’est vrai qu’on n’habite pas dans la même ville, on a nos vies… On n’en a pas reparlé depuis un moment. Connaissant le bonhomme, ça peut revenir du jour au lendemain sur le tapis. (sourire) On verra, mais le projet n’est pas tombé à l’eau.

9- Greenfinch feat Melan, Tekilla, D.ace, Zippo, Davodka, Le Bon Nob, Ywill, Oprim, Sknes, Lautrec, Dooz Kawa, Guilty, Fhat.R, GANjre the Giant & DJ Venum – « La mémoire des jours » (Album From soul to souls, 2019)

Le Greenfinch. La rencontre avec lui s’est faite pendant la genèse de Zippo contre les robots, il m’avait balancé des prods, j’en ai retenu une, celle du morceau « Dernier cri ». C’est devenu un pote depuis. Un jour, il a voulu faire ce morceau-là. Le concept était de réunir tous les rappeurs qui avaient déjà posé sur ses instrus. Il m’a proposé le plan, ça m’a plu et ça a mis du temps à se mettre en place, parce qu’on est plus d’une dizaine sur le morceau. Même si on a enregistré à distance, c’était une belle expérience !

J’aimerais connaitre ton rapport avec le game, parce que tu fais peu de featurings, tu fais peu de références à d’autres rappeurs, si ce n’est au Wu-Tang, quand tu peux balancer une crotte de nez en mode egotrip, tu y vas…

« La mémoire des jours » m’a permis de découvrir pas mal de mecs, que j’ai écouté par la suite et que j’ai vraiment apprécié. Après je suis quelqu’un qui vit en décalage, je ne suis pas à fond rap, j’en écoute un peu quand même, mais je suis assez décalé, j’écoute d’autres styles musicaux. Surtout, il y a eu un moment où j’ai arrêté d’écouter du rap pendant pas mal de temps. Du coup, récemment, j’ai découvert des styles que je ne connaissais pas. En ce moment, et ça peut paraître un peu étrange, mais je suis dans une phase de redécouverte du rap street, j’écoute beaucoup de SCH, beaucoup de Ninho, de Niro. Et je kiffe bien parce que je découvre des univers que j’avais un peu laissés de côté. Et pour tout te dire, étant donné que je suis en confinement avec 3 potes, il y en a un qui écoute du Jul et (sourire), je n’avais jamais vraiment écouté ce qu’il faisait et je commence à kiffer Jul. Pour te dire à quel point je suis ouvert. Sincèrement, je trouve ça assez chouette, il y a des freestyles de Jul que je trouve très cools. Tout le monde lui chie dessus dans l’underground, mais c’est tirer sur l’ambulance. Quand tu farfouilles un petit peu, il a fait des trucs géniaux. C’est dommage de zapper une partie de sa musique, parce qu’il sait être original, créatif. Donc en ce moment, je suis dans une phase où j’écoute ces rappeurs-là.

10- Zippo X Greenfich – « Charbon blanc » 2020

Le charbon… Ce morceau correspond à la phase dans laquelle je suis maintenant. J’ai l’impression d’avoir un peu trop donné mon avis sur la société à travers mon dernier album. J’avais envie de revenir à quelque chose de beaucoup plus personnel, plus intimiste, où je raconte un peu plus mon quotidien, ma vie, mon entourage… Quitte à décevoir certains, ne pas être digne de l’étiquette qu’on me colle, celle du rappeur conscient. Parce que ce n’est pas ce que je suis. A un moment, j’ai eu deux ou trois idées à certains sujets, c’est pour ça que j’ai fait Zippo contre les robots. Ce morceau marque un peu un retour aux fondamentaux, sur ma vie au quotidien, avec mes potes. On essaie de survivre, tout simplement.

C’est Greenfinch à la prod. L’instru s’est faite à deux : j’avais repéré un sample de mon côté et lui aussi, donc c’était un heureux hasard, on avait laissé tous les deux un commentaire sur YouTube, sous la vidéo du sample en question, donc c’était une drôle de coïncidence. C’est un sample issu de la B.O. de Thor III, qu’il a rejoué.

Tu as beau ne pas te considérer comme un rappeur conscient, tu as longtemps motivé les auditeurs à ne pas être « du carburant pour la machine ». Mais quand on voit les conséquences de ce qui a été appelé les « Émeutes de 2005 », du LKP en Guadeloupe, des bonnets rouges en Bretagne, des gilets jaunes, de l’opposition à la réforme des retraites, quand on lit la tribune de Virginie Despentes  suite aux Césars, on voit que la France d’en bas demeure les dindons de la farce, que ceux d’en haut se foutent de la vie de la France d’en bas. Et on te sent un peu résigné dans ce morceau, comme si on ne pouvait que se faire broyer par la machine ?…

Il y a un peu de ça ouais. C’est un peu réflexe défensif de ne rien attendre de personne : « vous ne nous écoutez pas, on en tire les conclusions nécessaires et on va se démerder entre nous pour trouver des solutions pour survivre ». C’est con à dire mais tu te sens abandonné d’un système, d’un Etat qui ne prend absolument pas en considération ce que toi tu vis. Avec les gens qui m’entourent, on est les grands abandonnés de ce système, je ne me sens pas du tout représenté par les politiciens. C’est une raison pour laquelle j’assume complètement le fait de ne pas voter, de ne pas pousser au vote. Ça va changer quoi de voter ? Les conclusions sont logiques, tu te réorganises, tu apprends à survivre, en essayant de trouver des solutions alternatives. Ce morceau parle de ça, on se démerde, on apprend à vivre, on n’a pas choisi le monde dans lequel on vit, mais on vit dedans. On est les enfants de ce système. Qu’ils ne s’étonnent pas d’avoir enfanté des « barbares », la barbarie ne vient pas des confins du royaume, elle vient du noyau, du mode de vie qu’ils ont construit pour nous. On a été nourris à la publicité, on nous a vendu le rêve américain dans tous les sens. Tous les gens que je connais ne pensent qu’au fric pour s’en sortir. Quand tu n’en as pas eu tu as envie d’en avoir. C’est toujours difficile d’être un grand moralisateur, de donner des leçons de vie aux gens, quand tu vois que la plupart du temps, les gens essaient juste de survivre.

Contrairement à beaucoup de tes anciens morceaux qui avaient une vision à moyen et à long terme, dans le sens où le combat allait être long, celui-là semble dire qu’à chaque jour suffit sa peine.

Il y a une acceptation. J’ai toujours rappé ce que je vivais au fur et à mesure. Ce morceau ressemble à ce que je vis en ce moment. Plus jeune j’y croyais un peu plus, peut-être qu’en ce moment j’y crois un peu moins. Du coup je me replie sur des solutions à court terme et j’essaie de me réorganiser en fonction de ce que je vis au jour le jour. J’essaie de faire une musique qui colle à ce que je vis au fur et à mesure. Sinon ce serait facile de surfer sur la vague, de faire du rap qui parle des grands problèmes, mais ça ne m’intéresse pas. Et je suis désolé de frustrer ceux qui attendent un Zippo contre les robots volume 2 mais ça ne va pas arriver. J’ai fait cet album parce qu’il s’agissait des questions que je me posais et entre temps ma vie a évolué, je suis obligé de composer avec le réel. Je raconte ce que je vis au fur et à mesure. J’essaie de m’adapter.

On arrive à la fin de l’interview, je t’ai proposé une sélection de 10 morceaux, aurais-tu fait d’autres choix ?

Non la sélection est cool. Il y a un morceau qui résonne avec la crise actuelle c’est « Exode » sur Bucheron. Le morceau parle de l’effondrement de la société, même si ce n’est pas encore totalement ce qu’on est en train de vivre. Mais ça fait dix ans que je suis préparé psychologiquement à ce que la société s’effondre, même si je ne savais pas que ça allait se passer de cette façon-là. Très probablement que l’économie va se casser la gueule et les répercussions vont être encore plus graves que le virus en lui-même. Sans vouloir être pessimiste, les mois qui viennent vont être très très dark.

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Un commentaire

  • Excellent article tant pour son intérêt musical que pour son intérêt social et intellectuel! Des bons sons et des bons mots! Un vrai kiffe de lire cette réflexion de l’artiste et du chroniqueur sur la complexité humaine et sur la difficulté de vivre ( ou survivre) dans ce monde inégalitaire à l’heure où il semble s’effondrer… Bravo et merci pour ce moment de pur plaisir! Une interview à lire et à relire!

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