Ärsenik, l’interview « 10 Bons Sons »

En 2019, Ärsenik aura occupé le terrain médiatique à travers leur concert entourant les vingt ans de leur premier album, Quelques gouttes suffisent, avec le sens de la ponctualité qui les caractérise (soit un an de retard dans ce cas). Cependant, aussi qualitatif et marquant qu’il puisse paraître, ce premier opus ne saurait résumer le parcours d’Ärsenik, si l’on considère leurs apparitions antérieures, postérieures, et les échappées en solo ou collectives. C’est la carrière du duo Lino / Calbo dans son ensemble que nous avons voulu retracer, à l’occasion de leur concert le 12 décembre dernier au Metronum à Toulouse (merci Bleu Citron et Conçu Pour Durer). Une interview autour de 10 morceaux marquants, parus entre 1995 et 2015 mais pas que, puisqu’il y est également largement question du troisième album, dans les tuyaux depuis déjà une décennie et demie.

Photo : © Joel Saget

1 – Ärsenik : « Ball Trap » (1995, L’art d’utiliser son savoir)

Lino : Ouais, « Balltrap », en 1995 je crois. C’est le premier morceau qu’on a posé en studio.

A cette époque-là vous êtes encore trois membres (avec Tony TNT, ndlr), quels sont les autres morceaux sur lesquels on peut vous retrouver dans cette formation ?

Calbo : « L’enfer remonte à la surface » sur Hostile.

Lino : Et « J’avance pour ma familia » sur l’album de Stomy aussi

Quand vous enregistrez ce morceau, vous faites déjà partie de Secteur Ä ?

Lino : Non. On travaillait avec Desh, ce morceau était pour sa compilation, L’art d’utiliser son savoir. Après il a bossé avec Sniper.

C’est donc votre première apparition studio ?

Lino : Ouais.

Calbo : C’était la première fois qu’on posait nos bouches derrière un micro de studio.

Il y a des premières apparitions plus honteuses…

Lino : C’est ce qui a mis la puce à l’oreille à Kenzy. C’est justement avec ce morceau-là qu’on a signé avec Secteur Ä.

2 – Ärsenik : « L’enfer remonte à la surface » (1996, Hostile)  

Calbo : C’est sur la compilation Hostile.

Lino : C’est le premier morceau «  Secteur Ä » : c’est Guetch, le DJ de Ministère Amer, qui a fait le son. On était dans le Secteur Ä, c’est pour ça qu’on entend Kenzy qui parle à la fin. C’était l’introduction à Quelques gouttes suffisent. On commençait déjà à laisser notre empreinte sur le game.

Calbo : Après le premier Hostile, plein de groupes ont fait leur petit trou.

C’est votre première apparition marquante, qui va vous permettre d’enchaîner sur plein de participations à des compilations, des albums, etc.

Lino : A l’époque c’était comme ça, pour se faire connaître il fallait faire des compilations, des apparitions. Aujourd’hui c’est plus simple avec le net.

Calbo : Il fallait faire découvrir son kung fu comme on dit.

C’était une compil’ avec une grosse exposition.

Lino : On a eu la chance de tomber sur ces compils-là. Il y en a pour qui le chemin a été plus long, mais c’était ça le principe : des mixtapes, des compils…

Vous pouvez revenir sur le passage de Kenzy à la fin du morceau ?

Lino : Il dit « on en garde pour l’album », donc c’était un peu comme une introduction. Au-delà de la compil, c’était notre introduction à Quelques gouttes suffisent.

Qui ne sortira que deux ans plus tard.

Lino : Oui. Après on a fait une autre grosse compilation, L432.

A cette période, vous êtes déjà dans l’idée de l’album ?

Lino : Pas encore, parce qu’on n’avait pas rencontré Djimi Finger, qui va faire les sons de tout l’album, ou la majorité des morceaux. On n’avait pas encore l’idée de l’album, mais c’était dans les tuyaux.

Calbo : On savait que toutes ces compils nous emmèneraient à l’album.

3 – Neg’Marrons feat. Ministère AMER, Hamed Daye, Doc Gynéco & Ärsenik : « Tel une bombe » (version live) (1997, Rue Case Nègres / 1998, Le Secteur Ä Live à l’Olympia)

Lino : C’est quoi ça ? (rires)

Vous allez reconnaître, ça met un peu de temps à partir.

Lino : C’est l’Olympia ?

Oui.

Lino : C’est « Tel une bombe » ?

Exact.

Lino : Mais là tu as mis la version à l’Olympia…

C’est voulu.

Lino : Les deux versions sont mémorables. « Tel une bombe » c’était pour l’album de Neg’Marrons. D’ailleurs je me demande même si ce n’est pas la première fois qu’on apparaît avec le Secteur Ä.

Calbo : Premier gros concert du Secteur Ä.

Lino : Mais c’était pas avant Hostile ?

L’enregistrement je ne sais pas, par contre Hostile sort en 1996, et le maxi « Tel une bombe » et  l’album Rue Case Nègres sortent en 1997.

Lino : Je ne me rappelle plus.

Ce qui est sûr en revanche, c’est que la version à l’Olympia sort plus tard.

Lino : L’Olympia c’était énorme, on a fait deux concerts deux soirs d’affilée !

Calbo : On était censé n’en faire qu’un.

Rien que le concept de ce concert autour des 150 ans de l’abolition de l’esclavage était une première. Et puis c’est le seul collectif / label de cette époque qui ait réussi à faire quelque chose de cette envergure.

Lino : D’ailleurs même le disque du live a très bien marché. C’est rare de vendre du live comme ça, c’était énorme à l’époque.

J’ai aussi mis ce morceau parce qu’il reflète ce moment où vous participez à toutes les sorties du Secteur Ä. J’ai hésité avec d’autres morceaux comme « Arrête de mentir » avec Doc Gynéco sur la face B de « Né ici », « J’avance pour ma familia » sur l’album de Stomy, « Par où t’es rentré » avec Passi…

Lino : C’est stratégique : on est dans le même label, on pousse tous les artistes. Tout le monde apparaît dans les albums, et on entend le flow du nouveau qui va arriver. C’est comme ça que ça fonctionne.

C’est stratégique, mais à la fois c’était dur de percevoir que tout allait marcher.

Lino : On ne sait jamais ce qui marche ou ce qui ne marche pas.

Calbo : C’était nouveau de voir tous ces groupes réunis pour ne former qu’un collectif, le Secteur Ä. Après c’était original, on était tous avec des styles différents.

Le Secteur Ä était à la fois un label et un collectif. On sentait une unité dans le collectif malgré les différences entre les groupes. Kenzy a réussi à monter un collectif sans qu’il ne paraisse monté de toutes pièces.

Lino : Oui parce qu’en vérité on se connaissait tous. Il y a différentes branches, il y a des mecs qui se connaissent plus que d’autres, mais en général tout le monde se connaissait de très longtemps. Il n’y avait pas de pièces rapportées. Neg’Marrons on les connaissait d’avant, Passi aussi. Stomy et Passi se connaissaient, Stomy connaissait Gynéco, Neg’Marrons connaissaient les autres à Garges. En fait tout le monde se connaissait.

Je vais aller plus loin dans le temps, mais si on regarde la greffe avec Pit Baccardi prend, alors qu’il arrive un peu plus tard.

Lino : Pit arrive un peu plus tard, mais il connaissait les Neg’Marrons par Patou, et la connexion s’est fait par Première Classe. Et puis Pit c’est une crème donc il s’est vite intégré.

4 – Ärsenik : « Une saison blanche et sèche » (1998, Quelques gouttes suffisent)

Lino : « Une saison blanche et sèche » sur notre premier album, Quelques gouttes suffisent.

Calbo : Quand on est partis sur l’album, c’était un thème de société du moment. On aimait dire qu’on rappe ce qu’on vit et ce qu’on voit, on était en plein dans les trucs politiques. Ça me tenait à cœur de faire ce morceau sur le Front à l’époque. C’est comme ça qu’est né « Une saison blanche et sèche ».

Lino : Le Rassemblement National…

Il est très compliqué de ne sortir qu’un titre d’un disque qui a autant marqué, qui a eu beaucoup de singles. « Une saison blanche et sèche » a marqué les gens sans pour autant passer à la radio. Est-ce que vous le jouez toujours aujourd’hui ?

Calbo : On le joue oui.

Lino : Après il y a toujours ce thème qui revient aujourd’hui. J’ai tendance à dire que si je l’avais fait maintenant je l’aurais plus étoffé, j’aurais attaqué plus de gens en dehors du FN. J’aurais élargi le truc, je n’aurais pas centré sur le Front National, parce qu’il y a plus de cibles. Il y en a qui méritent dans tous les coins.

Aujourd’hui vous réécririez donc un morceau sur ce thème-là ?

Lino : Oui bien sûr, avec un spectre plus large, qui s’adapterait plus à l’époque. Aujourd’hui il y a vraiment de quoi faire à ce niveau-là. Il y a une libération de la parole raciste. Le Front National n’a plus le monopole du racisme. Ils sont beaucoup là-dedans.

Calbo : Ils essaient même de diluer ça dans les discours, ça se banalise de plus en plus, ce n’est plus propre au Front National.

Vous avez fêté les vingt ans de cet album, avez-vous été tentés de sortir un album Ärsenik en suivant ?

Lino : Oui, on a commencé des trucs, et il va sortir, il va arriver. Il va arriver tranquillement, en train. (rires) Il y a la grève des cheminots donc il aura un peu de retard, mais il va arriver assez rapidement normalement.

J’ai réalisé une interview sur le même concept avec votre frère T.Killa début 2019 à l’occasion de la sortie de son projet Dernier Malaxe, et il me disait : « On a la maladie de ‘on a le disque mais on ne le sort pas’ ».

Lino : Non mais de toute façon il va sortir, là comme il n’y a pas de date précise on ne peut pas trop en dire. Mais il y a des trucs qui vont arriver ouais.

5 – Ärsenik & Lunatic : « Fusion » (1999, Sang d’encre)

Lino : C’était pour…

Calbo : C’était pas une mixtape ?

Lino : C’est une mixtape, c’est Sang d’encre de Jean-Pierre Seck !

Calbo : C’était deux groupes qui s’aimaient bien et qui étaient voués à faire un morceau ensemble. Les gars autour ont tout fait pour qu’on le fasse.

Lino : C’est la première rencontre avec Lunatic, une tuerie.

La connexion se fait à l’époque d’Hostile déjà ou pas ?

Lino : Oui mais on ne s’est pas rencontrés. On s’était plus ou moins croisés comme ça. La connexion ne s’est pas faite là. On s’est vus à l’occasion de Sang d’encre. On voulait que Lunatic fasse un titre avec nous sur Quelques gouttes suffisent, mais à l’époque Booba était en prison.

Dans « Lunatic » il raconte qu’il a écouté l’album d’Ärsenik en prison.

Lino : Je ne sais plus exactement, je ne voudrais pas dire de conneries, mais je crois qu’il est tombé quand on était en train de faire le disque. Ali est passé au studio, on lui a dit : « Si Booba est pas là, pose un petit truc quand même… » et il nous a dit que c’était relou pour lui de faire le titre tout seul, il préférait que Booba soit là. On lui a dit que c’était pas grave, tranquille, mais bon on a raté l’occasion de faire le Lunatic / Ärsenik pour l’album.

Il y a d’ailleurs très peu de morceaux en featuring avec le duo Lunatic (en dehors des morceaux avec leurs collectifs). Pour revenir à Sang d’encre, c’est une mixtape, et alors que vous avez connu cette période où elles foisonnaient, vous apparaissez sur assez peu de mixtapes, en comparaison avec Lunatic, Ménage à 3, La Cliqua…

Lino : Oui mais parce que nous on a été très tôt dans le circuit des majors, même si on a fait quelques mixtapes.

Vous étiez donc quand même sollicités à cette période pour les mixtapes ?

Lino : Oui, on en a quand même fait quelques-unes : Opération Coup de poing je crois, des Poskas… Pour les mixtapes Cut Killer, il bossait plus avec des groupes qui étaient en indé, alors que nous on était déjà en major. Les grosses compils qu’on a faites c’est des compils de major pour la plupart.

Calbo : Quand tu es dans l’album tu dois le défendre donc c’est autre chose.

Lino : On avait déjà de l’exposition en fait. Les mixtapes à l’époque servaient de tremplin pour les artistes.

Calbo : Pour arriver en major, pour être plus exposé.

6 – Ärsenik : « P***** d’poésie » (2002, Quelque chose a survécu)

Lino : Ah putain j’ai écouté ce titre-là il y a pas longtemps ! Un mec me l’a fait écouter et j’ai dit : « Putain j’ai écrit ça moi ? »

Calbo : Ce morceau il est bon.

Lino : C’est dans le deuxième album. C’est difficile d’en parler parce que c’est un morceau que je n’écoute pas beaucoup.

Dans ce morceau vous parlez de l’écriture, de la fonction d’exutoire qu’elle peut avoir, du fait que 16 mesures c’est peu pour vous exprimer, que vous vous entraînez beaucoup. Est-ce qu’aujourd’hui vous continuez à écrire beaucoup, de façon quotidienne ?

Lino : Oui, mais maintenant on est obligés de faire des formats plus courts. On est dans une période où tu ne peux plus faire énormément de couplets, les gens sont hyperactifs, ils ont du mal à rester concentrés.

Calbo : Ils ne sont pas prêts à écouter des 42 mesures !

Lino : On est dans l’ère du streaming aujourd’hui, c’est très rare d’avoir des trois minutes trente. Les morceaux font deux, voire trois minutes, alors je ne te parle même pas des morceaux de cinq minutes. C’est hors de question maintenant. C’était une bonne chose à l’époque, mais ça peut aussi être un défaut, ça dépend.

Avez-vous pris en compte cette nouvelle façon de consommer la musique (en termes de rythme, de teasing, de stratégie) dans votre façon de composer ?

Lino : Non, parce que pour nous comme pour quelques autres de notre génération, l’empreinte est déjà là. On n’a pas besoin de constamment teaser et de dire : « on arrive on arrive » parce qu’il y a un public qui suit.

Calbo : Tu vois là par exemple, on stoppe la tournée parce qu’on veut bien la stopper, mais sinon on pourrait continuer à faire des dates comme ça parce qu’on a marqué un public, on l’a fidélisé.

Lino : Passé un certain truc tu n’as pas besoin de teasing. Tu prends un mec comme Oxmo ou Kery c’est pareil. Booba je ne t’en parle même pas. On a quand même laissé une empreinte avec nos albums d’avant, donc le boulot est plus ou moins fait.

Sur ton album solo Requiem en 2015, tu n’as pas non plus cédé à ce format-là.

Lino : On n’a pas besoin, on fait ce qu’on veut. Je ne vais pas me mettre à faire des morceaux d’une minute vingt ou des trucs comme ça, faut pas déconner non plus. Je fais ce que j’aime faire c’est tout. Mais c’est vrai que les longs morceaux c’est dur à digérer aujourd’hui.

Pour revenir à Quelque chose a survécu, beaucoup de deuxièmes albums de rappeurs de votre génération, issus de l’âge d’or, sont difficiles à assumer. Quel regard vous portez sur le vôtre ?

Calbo : On a tenté des nouvelles sonorités déjà. On ne voulait pas faire le frère jumeau du premier.

Lino : Le deuxième album est un problème pour les gens dont le premier album est marquant. Ça ne s’applique qu’aux artistes dont le premier album a marqué les gens. Si le premier album n’avait pas marqué les gens à ce point-là, on aurait peut-être crié au génie sur le deuxième album, je ne sais pas ! C’est juste que le standard c’est le premier. On est obligé d’être jugé à chaque fois en fonction du premier album. Snoop Dogg il est mort, il est foutu avec Doggystyle. On lui dira toujours : « Mais putain, Doggystyle, Doggystyle, Doggystyle ». Tu ne sors pas de ça. Il se trouve que notre classique c’est le premier album, et tout est jugé à côté de Quelques gouttes suffisent. Mais n’empêche que Quelque chose a survécu est un bon album.

Calbo : Il y a quelques morceaux qui ressortent de cet album aussi.

Lino : C’est un bon album, et il ne ressemblait pas à Quelques gouttes suffisent. Les sonorités n’étaient pas les mêmes. A l’époque c’était très piano / violon et on était parti sur des trucs plus « ricains » avec les sonorités qui commençaient arriver, un peu à la Swizz Beatz, un peu plus électroniques à l’époque. Ça a un peu déstabilisé les gens parce qu’ils ne s’y attendaient pas. Ce n’était pas commun à l’époque.

Je trouve que le premier album, même en comparaison avec d’autres albums de la même époque, est caractérisé par des boucles particulièrement mélodieuses, ce qui a pu rajouter à l’effet de surprise avec le deuxième album.

Lino : Oui bien sûr.

Calbo : Et les interludes du premier album aussi, classiques ! (rires)

7 – Noyau Dur feat. Mystik : « Instinct de survie » (2005, Noyau Dur)

Calbo : (Dès l’intro, ndlr) « L’instinct de survie » non ?

Oui.

Calbo : Le Noyau Dur. Cet album est très bon. A cette époque on s’était fait un kif, avec des membres du Secteur Ä. On a monté un collectif après le Bisso, Noyau Dur. On était là, on avait des studios, des kickeurs, et en un mois ou deux on s’est enfermé et on a fait un album.

On pourrait penser que ce collectif a été formé à ce moment-là, mais il y a eu quelques morceaux avant avec cette formation, donc un morceau qui date de 2000…

Lino : Oui, avec Janik, « Le public respecte ». Je crois que c’était pour une compil Secteur Ä. (Secteur Ä All Stars, ndlr)

Calbo : Ce qui fait qu’après on est partis faire cet album, on a eu le temps.

Cet album est le dernier disque chez Première Classe et Särcellite Records

Lino : Oui je crois. Après j’ai quelques petits problèmes de mémoire, je ne peux pas te dire exactement.

Calbo : Après ce projet on est vite retournés à nos carrières respectives. Mais ce délire était bon. On a enregistré plein de trucs, puis on a donné ça aux gens.

Sur ce morceau on retrouve Mystik avec qui vous étiez dans le Bisso, aux côtés des Ben-J également et d’autres. Sur le projet on retrouve aussi une partie du Ghetto Star sur le morceau « Le chant des loups ». Je dis ça parce que je voulais aborder les collectifs que vous aviez à côté : le Bisso qui a élargi votre spectre musical, le Noyau Dur façon Avengers, et le collectif du quartier avec Ghetto Star. Dans tous ces collectifs vous étiez ensemble, tous les deux.

Lino : Oui, parce que c’est des mecs qu’on connait à deux. Ghetto Star c’était des mecs avec qui on traînait plus ou moins, c’est la famille. C’était comme ça à l’époque : il y avait le truc du collectif. Le rap était très collectif. Ça s’est un peu perdu aujourd’hui. Avant tu avais même des collectifs dans le collectif. (rires) On ne faisait que ça, on faisait énormément de disques ensemble, beaucoup d’albums de groupes.

Calbo : C’est vrai que dans les collectifs on est toujours resté Ärsenik.

Il n’y a jamais eu d’album Ghetto Star.

Lino : Si ! Mais il n’est pas sorti. (sourire) Il y avait un album avec une vingtaine de titres, même plus. Il était quasiment prêt.

Calbo : Le cimetière du rap regorge de trésors cachés ! (rires)

Lino : On a les titres, peut-être qu’on les sortira.

Vous avez pensé à les sortir ?

Lino : Je pense qu’on le fera.

Calbo : Il y a des morceaux que personne n’a écoutés.

Lino : Peut-être qu’il y aura un collector avec des inédits.

Je reviens à l’interview de T.Killa, il disait que ces « balles perdues » qu’il a placées à la fin de Dernier Malaxe étaient une façon de donner ces inédits au public.

Lino : On va les sortir c’est obligé. Il y a des trucs qu’on a fait…

Calbo : … qui méritent d’être écoutés.

8 – Lino feat. Booba & Calbo : « Première catégorie » (2005, Paradis assassiné)

Calbo : C’est le featuring avec Booba…

Je sais que ça fait deux morceaux avec Booba, mais c’est le morceau du premier solo de Lino sur lequel vous apparaissez tous les deux.

Lino : (Il continue à écouter, ndlr) C’est le morceau avec le Duc, l’énième featuring.

J’ai lu quelque part que ce morceau était destiné au troisième album d’Ärsenik.

Lino : Oui, au troisième album qui n’est pas sorti.

Et donc, parmi ces titres jamais sortis, pourquoi avoir choisi ce morceau pour ton album, et pas un autre ?

Lino : Parce que je l’aimais bien. Et puis je voulais faire un morceau avec Booba, et on avait déjà le titre en fait. Autant le garder.

On en revient à ce troisième album qui était dans les tuyaux…

Lino : (il coupe) Il y a toujours des albums ! (rires) Il y en a même un quatrième qui traîne, il y en partout ! Mais ça va arriver, ne vous inquiétez pas, il y a un petit collector qui va se faire.

C’est ton premier album solo, salué par la critique.

Lino : Ouais. Beaucoup beaucoup de textes. Sur le prochain il n’y aura pas beaucoup de textes, je vais chanter ! (rires) C’est un premier album, donc j’expérimentais le truc tout seul. Bonne expérience.

Je trouve qu’on est revenu sur des prods un peu plus mélodieuses.

Lino : Oui, ça se rapproche un peu plus de Quelques gouttes suffisent. Dans le deuxième album il y en avait aussi, mais c’était différent. Sur mon solo ce n’était pas voulu, c’est la musique que j’aime faire. Il n’y avait pas de calcul là-dedans, je ne me suis pas dit : « Je vais à revenir à un truc comme Quelques gouttes suffisent ».

9 – Ärsenik, Youssoupha & Mam’s : « Ne compare pas » (2010, Street Lourd II)

Lino : Street Lourd. C’est avec Youssoupha et le pote d’Oxmo… (Il cherche)

Mam’s Maniolo.

Lino : Ouais Mam’s. C’était cool ouais.

Calbo : C’est toujours l’exercice des compils : on t’appelle, tu y vas, tu kickes.

Lino : Et puis c’est Mosko, c’est des gars avec qui on s’entend bien.

Vous avez beaucoup de morceaux avec la Mafia K’1Fry.

Lino : Oui, ils font partie des… C’est comme les mecs de Time Bomb, on s’appréciait.

Calbo : Ils nous appréciaient, on s’appréciait, comme avec la FF…

Avec la Mafia, si on regarde le nombre de collaborations, cette relation artistique a perduré longtemps.

Lino : Parce qu’ils sont un peu plus ! (rires)

Il y a quelques jours est sorti un bootleg (par nos confrères de Moggopoly) de tous tes featurings ou presque Lino, et on retrouve énormément de collaborations avec ce collectif.

Lino : Oui, Daphné (leur manageuse, ndlr) m’en a parlé, mais je ne suis pas encore allé voir. Mais oui, Rim’K, Rohff, Dry aussi. Il y a aussi eu compil de Dawala PSG à l’époque. Il y en a beaucoup. Kery je l’ai fait plusieurs fois, il y a même des morceaux qui ne sont pas sortis.

10 – Lino feat. Calbo & T.Killa : « Ne m’appelle plus rappeur » (2015, Requiem)

Lino : « Ne m’appelle plus rappeur ».

Calbo : C’est un morceau pour l’album de Lino Requiem. Dans « Ne m’appelle plus rappeur » on dit que le rap était fait pour dénoncer, dire des choses, et à cette époque on partait un peu dans du rap où les mecs ne disaient plus rien, ne parlaient que de trucs très nombrilistes. Le thème du morceau c’était : si vous appelez ça du rap, alors ne m’appelle plus rappeur.

On parlait de format tout à l’heure, sur ce morceau à trois avec T.Killa, vous faites chacun 32 mesures. Ce ne sont même plus des 16 !

Lino : Non mais déjà sur Requiem les morceaux sont plus longs que sur Paradis Assassiné. Il y a des trucs vachement plus longs.

Calbo : On s’est dit : « Allez, on fait un morceau où on dit les choses. » L’origine du rap c’était ça

On sent que vous vous êtes mis dans un mood spécialement pour ce morceau. On retrouve une phase comme « La trap c’est que des gimmicks » alors que certains morceaux de l’album peuvent s’en rapprocher dans les sonorités.

Lino : Après il ne faut pas prendre ça comme une attaque sur la trap. Il en faut ! Je pense que le rap est multiple. « Ne m’appelle plus rappeur » c’est ironique. Ce n’est pas que basé là-dessus. Tout le monde ne peut pas non plus arriver avec un discours parce que pour avoir un discours il faut déjà avoir des trucs à dire. Quand tu t’en bas les couilles et que tu n’as rien à dire… Si tu veux raconter des histoires banales tu peux le faire, il faut juste le faire bien c’est tout. Tu peux parler de meufs, de tout ce que tu veux en fait. Il n’y a pas une charte ou un truc qui dit : « Non ». C’était ironique, pour casser les couilles.

Ce morceau marque aussi le moment où votre frère T.Killa vous rejoint pour les tournées.

Lino : Oui, c’était aussi pour introduire T.Killa dans la boucle. On boucle la boucle. On a commencé à trois, on repart à trois.

C’est exactement ce que je me suis dit. Je me suis même posé la question de savoir si vous n’avez pas envisagé de faire ce fameux troisième album à trois.

Lino : Si si. Bien sûr. Il y a des trucs qui se passent. Il y a des trucs qui se sont passés… (sourire)

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Olivier LBS

Doyen et autocrate en chef de cette incroyable aventure journalistique. Professeur des écoles dans le civil. Twitter : @OlivierLBS

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