10 Bons Sons US en octobre 2019

Le mois d’octobre outre l’abîme bleu que l’on nomme océan atlantique est synonyme de sport et de festivités. D’abord avec la reprise de la NBA et de ses interminables quatre vingt deux matchs qui vont nous emmener jusqu’à fin avril, ensuite avec les « World Series » de la MLB (oui, vous savez le sport qui se joue avec une batte et dont les français comprennent autant les règles que la NFL), mais c’est aussi « Octobre Rose » et sa campagne annuelle destinée à sensibiliser au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche. Et bien entendu qui dit mois d’octobre, dit Halloween et son cortège de débilités morbides. C’est aussi le moment que choisissent rappeurs et rappeuses pour sortir quelques projets inédits. Voyez plutôt.

Flee Lord & Eto – In the lobby (Prod. Vdon)

Nous vous avons déjà beaucoup parlé de Flee Lord (notamment ici), beaucoup moins d’Eto. Loin d’avoir un lien de parenté avec le plus grand sportif africain de l’histoire, il fait ses classes depuis un certain temps déjà, puisque ses débuts remontent à la fin de la décennie 2000-2010. Il s’était surtout fait connaître à travers ses collaborations avec le producteur Vdon, et notamment l’excellent Heather Grey sorti avec ce dernier ainsi que le bien nommé Willie the Kid. Eto et Flee Lord donc, ont profité du début de la saison fraîche pour souffler un vent glacial sur la scène rap avec cet excellent Rocamerikkka, une courte galette d’une dizaine d’ogives, aux ambiances toutes plus inquiétantes les unes que les autres. Et pour vous illustrer cet ensemble, quoi de mieux qu’« In the lobby », produit par l’inénarrable Vdon, encore lui, qui nous sert une fois de plus, une production des catacombes pour accompagner les sombres histoires d’Eto et Flee Lord. – Xavier

Youngboy NBA – Rich as hell (Prod. SIDEPCE, Gibbo, D-Roc & 17OnDaTrack)

Outre Jesus Is King, la sensation de ce mois d’octobre, en termes de sortie, est sans doute Al Youngboy 2 du (oui, encore) très jeune Youngboy NBA (pour Never Broke Again). Âgé de 20 ans, mais avec le vécu d’un homme en ayant le double, la linéarité de sa carrière est déjà esquintée par les régulières peines de prison et une quadruple paternité précoce. Cela ne l’empêche pourtant pas d’avoir une discographie déjà volumineuse, Al Youngboy 2 n’étant pas moins que sa quatorzième mixtape sortie depuis 2015, en plus de son album Until Death Call My Name.

Sortie sans promotion, la mixtape tourne principalement autour de ses démêlées judiciaires et de l’argent qu’il engrange. C’est notamment le cas sur « Rich as hell », qui, comme son nom l’indique, est un morceau consacré à sa manne financière. Mais il parvient quand bien même à rendre le tout intéressant, de par la mélodie qui accompagne ses lyrics et la grande mélancolie qui s’en dégage. Dans tous les cas, on lui souhaite (sans grand espoir certes) d’enfin en finir avec ses allers retours en prison et de prendre enfin l’envol qui lui est promis. Car en effet, le rap et la justice américaine doivent une star planétaire à Baton Rouge.  – Xavier

Earl Sweatshirt – 74 (Prod. The Alchemist)

Pour combattre les tristes jours d’hiver et les sanglots longs de l’automne, Earl Sweatshirt a toujours quelque chose dans sa besace. Bon vous me direz, faire face à la morosité des jours futurs avec des morceaux qui fleurent la dépression, ce n’est pas non plus ce qu’il y a de mieux. Mais bref, on retrouve donc Earl sur un projet surprise, sortie le 31 octobre et composé de 7 morceaux. Un EP très très court, à l’image de son ancien projet Some Rap Songs sorti plus tôt cette année. On y trouve d’ailleurs un morceau de à peine une minute, sur une prod’ de l’inévitable Alchemist et avec en prime un jolie sample de Mtume, déjà utilisé par Curren$y ou encore Underachievers. 74′, 75′ disait The Connells… Et oui, référence obscure, tout comme l’intégralité de ce nouvel opus. – Clément

Chester Watson – Sanity feat. Blu (Prod. Psymun)

Si Earl Sweatshirt a profité de Halloween pour sortir un projet surprise, Chester Watson l’a aussi fait avec son Nebulous. 5 titres lâchés tranquillement comme ça, dans la pure veine de ce que Chester fait d’habitude : BPM ultra lents, flow de vieil endormi (ou de vieux def’), textures obscures ; du rap « lo-fi » si on peut appeler ça comme ça. Mention spéciale pour ce jolie featuring avec Blu et ses chœurs très envoûtants. – Clément

Gucci Mane – Opps and Adversaries (Prod. Cheeze Beatz & Yung Lan)

Si le Gucci Mane post-prison fédérale a subi (ou a bénéficié de, c’est selon) une transformation physique et stylistique radicale, sa productivité légendaire n’en n’a pas pâti pour autant. Quelques mois après son dernier album, Delusions of Grandeur, le voilà qui revient déjà avec le second volume de Woptober, le premier du nom ayant déjà trois ans. Et derrière la foule d’invités (Takeoff, Quavo, Youngboy NBA, Kodak Black…), les meilleurs morceaux se trouvent être ceux où Guwop est seul, comme cet excellent « Opps and Adversaries », morceau typiquement dans la veine de ce qu’il pouvait faire du Droptopwop, probablement son meilleur opus depuis sa sortie de prison ; une ligne de batterie parfaitement adaptée à son flow saccadé, accompagnée d’une mélodie courte et entêtante légèrement en retrait. Quant au texte, rien de particulièrement révolutionnaire, le Trap God se contentant de régler quelques comptes encore en suspens. – Xavier

Young Dolph – Tric or Treat (Prod. Pyrex Whippa)

Reprenant la fameuse formule répétée tant et tant par les enfants le soir d’Halloween, le malicieux jeune Adolphe ne nous a pas laissés en rade de rap à l’occasion de la soirée où l’infâme impérialisme américain bat son plein. Alors qu’il s’est montré plutôt discret cette année en termes de sorties (à son échelle et rythme habituel évidemment) avec « seulement » un opus concept en compagnie de son cousin Key Glock, Dum & Dummer, sorti en juillet, le voilà qui repointe le bout de son nez alors que les nuits se raccourcissent. Sur une boucle de piano très efficace de Pyrex Whippa, le brigand de South Memphis fait ce qu’il sait faire le mieux pour notre plus grand plaisir : parler d’argent. – Xavier

Jadakiss – ME (Prod. Bryan Michael Cox)

Kicker de génie, Jadakiss demeure un personnage bien singulier dans le paysage rap. Appuyé par un court métrage suffisamment bon pour être mentionné et où l’on retrouve ce bon vieux Wee-Bey, ME est le premier extrait de ce qui s’annonce être un album solo. Si la discographie solitaire du Predator n’a pas grand chose pour nous mettre pas en confiance, on ne peut qu’espérer qu’il aura, enfin, un disque à sa hauteur. Pour l’heure, plutôt que tracer des conjectures à la sauvette, on se délectera volontiers de cette auto-célébration accompagnée par la voix de Peabo Bryson. – Wilhelm

Pusha T & Nicholas Britell – Puppets (Succession Remix)

Non, Pusha T n’a pas passé son année 2019 à voler la vedette à ses confrères, certains pourtant excellents et tous suffisamment aimables pour le convier. Il a aussi été sélectionné, choisi, élu pour remixer le générique de Succession, série télé signée HBO, sur demande du compositeur Nicholas Britell lui-même. Évidemment très inspiré par les thèmes de la série, le morceau s’écoute aussi très bien seul et pourrait être une piste signée King Push tout ce qu’il y a de plus classique… s’il y était fait mention de la vente de drogue. Preuve, s’il en fallait encore, de la supériorité absolue de la chaîne sur le monde de la télévision. – Wilhelm

Smoke DZA & Benny The Butcher & Pete Rock – Drug Rap

Difficile d’extraire un morceau plus qu’un autre dans Statue of Limitations. Les productions, Pete Rock oblige, sont toutes excellentes et les rappeurs se tirent l’un et l’autre vers le haut. Il faut de toute façon dire que ni DZA ni Benny ne nous ont habitué à des performances moyennes. Le format court sied parfaitement à un hustling constant et nul doute que ces 20 minutes de découpe sans répit sauront vous motiver à vous lever pour gagner votre croute par le moyen qui est le votre. – Wilhelm

Reverie – Beso (Prod. Louden)

Reverie a parcouru beaucoup de chemin depuis quelques années, tant sur le plan musical que personnel. Toujours épaulée par son frère et producteur Louden, une ouverture musicale évidente lui a permis de s’épanouir davantage et d’être une artiste plus intéressante. Parallèlement, elle est venue à bout d’une longue dépression et c’est justement la colonne vertébrale de Where the Darkside Ends. On pardonnera les (nombreux ?) poncifs dans l’écriture pour plus se concentrer sur la sincérité et les tiraillements qu’elle continue de traverser, que ce soit vis à vis de ses propres habitudes ou de son entourage moins décidé à s’en sortir. – Wilhelm

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