10 Bons Sons en juillet 2019

À l’heure où le mois de juillet dévoile son lot de canicules, d’orages et de rencontres éphémères se concluant langoureusement sur des airs formatés pour la saison, l’été qui s’installe continue de charrier inlassablement dans son lit, sa dose de sons discrètement calibrés pour le kif. Diffusées parfois loin du fiévreux tumulte estival, ces rafraîchissantes pépites sont comme autant de brillants trésors tombant par chance dans les mains du mineur assoiffé…

Le 5 juillet : Dhab King, Warlock & Ol Zico feat. Sear Lui-Même : L’or ou le plomb (Prod. Sarbacane)

C’est marrant, on connaît déjà bien la formule et pourtant, ça semble si facile de nous la faire, encore une fois. Une poignée d’alchimistes plutôt du genre expérimentés mais discrets, un beatmaker touche-à-tout posant sa patte sur chaque morceau pour garantir une certaine cohérence… Et au fil de la tracklist, de petites bombes comme celle-ci, lestée comme un pied de nez sous nos radars, pour nous rappeler, sous le soleil de plomb de ce mois de juillet, qu’on trouve toujours de l’or en 90 bpm. – Sarah

Le 5 juillet : Funk – Changerz (Prod. Mokoa)

On rembobine et on se retrouve quasi au même moment l’année dernière, alors que Changerz voit le jour. Association des deux électrons peut être les plus groovy du Panama Bende, le duo était prometteur… Et puis l’EP Identique, porté par le titre éponyme, bien qu’intéressant, très honnête et fort bien réalisé, ne trouve pas son chemin jusqu’à nos sélections. Ce qui lui manquait ? Allez savoir… Cette petite étincelle qui change une flamme en brasero. Un an plus tard, on ne boude pas notre plaisir de voir enfin, avec « Funk », le véritable incendie commencer… Entêtante à souhait, la prod de Mokoa rend une réelle justice aux flow parfaitement alignés des deux Parisiens qui nous attirent dans leur univers claquant aux relents rétro avec autant de talent que de désinvolture. Seul bémol : le clip, qui surfant sur les mêmes codes d’auto-dérision maitrisés que l’an passé, déçoit un peu le b-boy qui sommeille en chacun de nous et qui entendait ici une belle opportunité rejoindre un joli cypher… (Et on ne nous fera pas croire qu’il n’y a pas un danseur à filmer dispo en juillet 2019 à Paname) – Sarah

Le 4 juillet : Poz – Tout ira bien (Prod. Poz)

Le mois dernier, nous vous présentions le nouvel album Nombril de Tétris Syzif, du collectif Tous Salopards. Si Hermano Salvatore et Lamanif ont aussi fait parler d’eux au Rap Contenders, ce mois-ci c’est Poz qui vient représenter le 13. En effet, celui-ci sort son projet Olive le 9 août. « Tout ira bien » est en le premier extrait. Poz lui-même est à la prod et à la réalisation du clip (visuels toujours travaillés par cette équipe), tourné en Provence. Sur ce morceau, Poz montre tout ce dont il est capable : couplets laidback, flows variés, sens de la formule (« mélange d’Icare et Socrate, je bois la vie et la mort, mélange de Ricard et d’eau plate »), refrain chanté. Tout va bien. – Chafik

Le 8 juillet : Ateyaba – Droptop (Prod. Notinbed)

Joke devenu Ateyaba est un génie pour certains, le rappeur qu’on aime détester pour d’autres. Suite à l’annulation de la sortie de son album tant attendu Ultra Violet, ses fans et ses haters ont animé les réseaux. Mais il faut reconnaitre que depuis septembre 2018, le montpelliérain est omniprésent : il a sorti le clip de « Rock with you », le titre « Negresco », est apparu sur la tape de Myth Syzer en compagnie de Lino, puis a balancé les morceaux « Lgibiri », « Neo (911) », « Metacultivation », « Job », « MMM » et donc « Droptop » ! Rappeur ayant influencé toute une génération de rookies, faisant parler de lui pour des maladresses ou des tracas, Ateyaba a surtout le mérite de livrer une proposition artistique personnelle. Toujours pas de clip pour ce nouveau morceau très court (chute d’Ultra Violet ? Nouveau mood du futur album ?) mais un visuel minimaliste avec l’écusson de Rolls Royce. Une nouvelle fois, beaucoup de nonchalance, d’attitude, dans cet egotrip qui ne laisse pas envisager une sortie d’album immédiate (« Je fais ce que je veux et si je veux je sors l’autre album dans 5 piges »). Quand vous lirez ces lignes, un nouveau morceau « PDRB » sera pourtant sorti. – Chafik

Le 10 juillet : Kery James feat. Orelsan – A qui la faute ? (Prod. Fleetzy/Traxx/Lionel Fabert)

Kery James se bat encore. Depuis plus de 2 ans, il est sur tous les fronts. Sa pièce de théâtre « A vif » aura été de très grande qualité. Si son album « J’rappe encore » aura eu un succès mitigé, le combat d’Alix Mathurin pour produire son film touche à sa fin puisqu’il sera diffusé le 12 octobre 2019 sur Netflix… et non dans les salles de cinéma, Kery n’ayant obtenu les financements nécessaires de la part du CNC ou de Canal +. Néanmoins, a contrario de Kery James, faut-il vraiment se plaindre quand on arrive malgré tout à obtenir le soutien de Netflix ? Les artistes, les rappeurs à avoir eu du mal à financer leur film sont légion. Et à l’écoute du titre « A qui la faute », en compagnie d’Orelsan, on ressent comme un malaise à écouter Kery exhiber une nouvelle fois ses difficultés, ses réussites et déplorer le manque de fraternité, de solidarité de notre société (surement a-t-il raison de le répéter d’ailleurs ?). Certes le morceau entre ces deux poids lourds du rap français s’écoute, mais pas dit qu’il se ré-écoute, comme dirait Medine. N’empêche, le scénario du film « Banlieusards » attise la curiosité par sa finesse. – Chafik

Le 19 juillet : Tahia – PNL (Prod. BBP)

Après une occupation tactique du terrain ces quatre derniers mois, entre single, album et extension, la stratégie du duo essonnois se confirme organisée, offensive, opportuniste… Et continue de nous faire frissonner à coup d’apparitions inattendues et percutantes. Ici, le beat de BBP flambe et la crise est cardiaque dans les foyers de Paris et d’Alger alors que le coup de sifflet final annonce enfin le début de prolongations festives endiablées! One two three… oh… C’est reparti. – Sarah

Le 2 juillet : Waltmann – DIGIMON (Prod. Atsui)

« Digimon petit monstre tu es le champion » entendait on sur Tf1 à des heures où il est normal de dormir… Je n’ai plus trop à le cacher mais je suis un fan absolu du rappeur Waltmann aka Walter le sommelier pour évoquer un temps jadis. Que ce soit à l’ancienne avec Ol’Kameez, le légendaire duo qu’il formait avec Skyle, ou plus récemment avec le groupuscule crépusculaire Bohemian Club (avec Zoonard, Orus et GooMar). Alors autant vous dire que quand le bonhomme sort des morceaux en solo, je suis totalement sur le qui-vive. Sur une prod d’Atsui (dont on a déjà entendu le travail sur le morceau « Serpent » de Kobo) Walter excelle dans son domaine : images ésotériques, références macabres, egotrip cynique, discours anti-drogue (ou pas du tout)… Un morceau totalement efficace. – Clément



Le 4 juillet : Chilla – Bridget (Prod. Fleetzy)

Chilla a pris le temps de sortir son premier album, intitulé Mün. Bénéficiant d’un buzz en 2017, suite à son titre « Lettre au Président » et à la sortie de son EP Karma, elle a bénéficié d’une couverture médiatique importante, en pleine période #metoo, au risque d’être récupérée comme la nouvelle figure féministe du rap français. La Lyonnaise avait lancé en éclaireur les titres « Premier jour d’école » (décevant) et « Mira » (très ambitieux, au clip coup de poing !). La deuxième piste de l’album, « Bridget », aborde la peur du célibat, de la solitude, de ne pas trouver chaussure à son pied (« J’ai ma famille, j’ai mes amis, il m’manque des bisous »). Chilla est une jeune demoiselle cherchant un mec pas forcément mortel et devant composer avec la pression sociale exercée sur les jeunes femmes (notamment). Si les rappeurs ont souvent évoqué le syndrome Peter Pan, ici, Chilla aborde avec finesse, humour et beaucoup d’honnêteté le syndrome Bridget Jones. – Chafik

Le 12 juillet : Jewel – Tel #3

L’été dernier, Jewel sortait le morceau « Fight Club ». Ce titre semblait être une véritable révélation artistique pour lui. En effet, une osmose flagrante entre son rap et la production moderne d’Anton Ewsky se dégageait. Depuis ce jour, l’Argenteuillois a adopté un style actuel qui lui correspond et lui permet de montrer toute l’étendue de son talent. Preuve en est, la trilogie de chansons intitulée « Tel » et plus particulièrement le troisième volet. Placements tranchants, phases chantées et flow insaisissable sur une production planante en font un morceau marquant.  De plus, Jewel indique dans l’introduction qu’il est en train de travailler sur la sortie d’un album. De bon augure pour la suite. – Jordi

Plae Casi feat. Joey Larsé & Kayo « The Chillin’ Champ » – Les miens (Prod .Plae Casi & YEPES)

Peu souvent mise en lumière, la scène bordelaise regorge pourtant de nombreux talents. Nous connaissions déjà la facette de Plae Casi en tant que beatmaker, notamment aux côtés de son acolyte YEPES sur leur projet commun T.Y.A. Cependant, sur le morceau « Les Miens » , le martiniquais s’essaie au rap et à la chanson de fort belle manière. Idéalement accompagné par un Joey Larsé étincelant comme à son habitude et par un Kayo efficace au refrain, il nous offre un morceau idéal pour les journées et les longues soirées d’été. Puisque l’on n’est  jamais mieux servi que par soi-même, Plae Casi s’est chargé de la production du morceau, accompagné, comme souvent par YEPES. Il semblerait d’ailleurs que le binôme prépare un projet commun pour la fin de l’année 2019, avec Plae Casi au chant.

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