Tetris SyZif, singulier et pluriel | Interview

Le mois de juin 2019 aura été intense niveau sortie rap français. Entre Nekfeu, Sameer Ahmad, Guizmo, Jul, Jok’Air, Veerus, L.I.M., Kekra, notamment, difficile de savoir où donner de l’oreille. Si certains attendront la rentrée pour ne pas passer inaperçus, d’autres ne s’embarrassent pas de telle considération, à l’image de Tetris Syzif, rappeur marseillais du collectif Tous Salopards. Nous sommes allés à sa rencontre afin d’évoquer avec lui la sortie de son premier projet solo Nombril, album concept où il explore les différentes facettes de sa personnalité avec beaucoup de transparence, d’impudeur même. Pour nous l’occasion d’aborder, entre autres, ses débuts dans le rap, Tous Salopards, les concerts, sa collaboration avec son beatmaker Nef, son expérience aux Rap Contenders, sans parler des digressions sur la saison de l’OM, l’album Mode de vie… Béton style, le cinéma, la Nocturne de Planète Rap. Interview vérité avec Tetris Syzif, qui n’a rien à cacher.

J’aimerai savoir quand et comment tu es tombé dans le rap ?

Le rap a toujours fait partie de ma vie, sans même le savoir. Je ne sais pas toi mais il y a des périodes dans ma vie où j’ai commencé à avoir des réflexions, où tu rends compte de certaines choses que tu analyses… Dès la primaire j’en écoutais déjà, au milieu des années 90. Puis au milieu du collège, j’ai commencé à m’intéresser à l’écriture… Et le rap était devenu une évidence. Et puis le premier CD que j’ai écouté, que je me suis pris, c’est ma sœur qui me l’avait passé, c’est L’Ecole du Micro d’Argent. Après je me suis fait toute l’école marseillaise parce que j’étais très connecté au cocon de la région, donc IAM, FF, tous ceux qui gravitaient autour, Carré Rouge, Psy4, La Swija, Ligne 26, Beretta, il y a avait un groupe à Vitrolles qui s’appelait Procès Verbal qui était exceptionnel, complètement sous-coté. Des fois des gens ramenaient des sons des States, de Paname, on a pris des claques et on s’est mis à tout écouter. Je dis « on » parce que c’est un truc qui se partage. Et puis j’ai commencé à gratter mes premières phases, à les enregistrer sur cassette, rien de sérieux….

Est-ce que comme le disait Shurik’n « ton premier texte est né, engagé socialement, du genre énervé toute l’année » ?

J’essayais d’amener un dynamisme tout en essayant de parler de certaines choses. Tu vois j’ai commencé à écrire durant mon adolescence, à un âge où j’avais un regard très triste sur tout. J’étais assez mélancolique dans mon rap, tu écoutais mes morceaux tu te disais « qu’est-ce qu’il a lui ? ». C’est le style qui nous collait à la peau avec Sang 27, le groupe avec lequel j’ai commencé, par rapport au code postal de Vitrolles (NDLR : 13127).

On participait à des ateliers d’écriture de Beretta, il y avait Sheir, Kalash L’Afro, qui venait de temps en temps. On recevait pas mal d’avis, de conseils, qui donnaient beaucoup de confiance. On passait d’un rap enregistré dans notre chambre sur magnétocassette à un rap enregistré en studio. Cet atelier nous a vachement servi. C’était la première étape.

Je ne vais pas revenir sur la constitution du collectif Tous Salopards. On s’était vu l’an dernier sur Radio Grenouille pour la promo de votre album Olympe : quels ont été les retours que vous avez eu sur ce projet ?

Très bons retours de la part des gens qui nous suivent. On était très contents. Juste, on était déçus de ne pas avoir fait plus de scènes en dehors de Marseille. On pensait que c’était l’album qui pouvait nous mettre un pied dans plus de concerts, dans des festivals. Après on aurait pu démarcher derrière mais on n’a jamais été très bons là-dessus. Après Bouillabaisse (NDLR : premier album du collectif), on avait passé des moments formidables sur scène, donc sur Olympe on avait mis une dimension scénique encore plus forte…

Parce qu’être un collectif et donc nombreux sur scène ça suffit pas à faire un vrai show…

Des fois faut alléger la scène, être que 4 ou 5 sur scène, pendant ce temps, les 3 autres prennent du retrait, vont boire un coup, pour faire souffler tout le monde parce que comme tu dis, à 8 sur scène, c’est très compliqué. Pendant des shows d’une heure / une heure et demi, ton œil est tout le temps sollicité et distrait donc ça peut être fatiguant pour une personne qui suit le show.


Surtout qu’on n’est plus habitués à voir des groupes ! Depuis 10 piges, c’est la surreprésentation des artistes solos, il n’y a quasiment plus de groupes de rap.

C’est vrai ce que tu dis… Du coup le fait d’être un groupe, il y a quand même un côté négatif, faut pas se leurrer : quand on t’invite pour des festivals, des concerts, quand tu défraies une personne ou que tu en défraies 8, c’est pas du tout le même prix. Et c’est dommageable pour nous ! Qu’est-ce qu’on aurait kiffé partir… On a passé des moments incroyables entre nous dans des petits studios, alors si on était partis, en prenant la route, en voyageant, en rencontrant des gens, j’imagine même pas… Peut-être que ça se fera dans un futur proche !

Quand as-tu pris la décision de faire une escapade en solo ? C’était pendant la réalisation de l’album Olympe ? Juste après ?

C’était dans les semaines qui ont suivi la sortie de Olympe en mars 2018. J’avais capté que j’avais évolué sur pas mal de points grâce à Tous Salopards. On sortait de 5/6 ans où on avait créés deux albums. Quand je travaille sur un truc, j’aime bien le faire de manière exclusive, parce que je trouve que j’y mets plus de moi-même, je n’arrive pas à diviser mes passions. En 2017, je quitte mon travail pour faire que de la musique et me concentrer sur l’album Olympe, la réalisation de clips, etc. Tu trouves toujours un temps pour faire de la musique mais faire de la vidéo, ce n’est pas un truc avec lequel j’ai grandi donc il me faut plus de temps pour ça, donc je me dégage du temps pour faire que ça et œuvrer pour le groupe.

A la fin du projet, on s’est tous dit « qu’est-ce qu’on fait ? ». Certains avaient déjà des projets solos sur le feu et vu qu’on était pas mal à être dans cette dynamique-là, autant profiter de cet espace pour mettre à profit toutes les techniques que j’avais pu élaborer avec Tous Salopards et les mettre au service de mon Nombril, de moi-même (sourire).

Tu t’es donc entouré de Nef, exclusivement. Comment se déroulait votre processus créatif : il t’envoyait des prods et tu écrivais, tu écrivais et tu lui demandais tel type de prod, telle ambiance, vous faisiez tout cela ensemble ?

Nef ça fait plus de 10 ans que je le connais, qu’il tape des prods. Et quand il a commencé à m’en envoyer, il y a de cela 7/8 ans, il y avait déjà une grosse palette d’instrus. J’ai toujours senti chez lui l’envie de faire un projet avec quelqu’un, pas juste de placer des prods. Je savais donc qu’on allait faire un projet lui et moi, c’était une évidence. Après on était focalisé sur Tous Salopards et nos propres prods. Et puis ce qu’on aimait c’était se retrouver et partir de rien. Si un beatmaker nous avait passé des prods, on aurait passé beaucoup moins de temps tous ensemble.

La musique c’est presque un prétexte pour se retrouver entre potes.

Exactement ! A l’époque on disait un truc (il réfléchit)… Pour nous ce n’était pas « On se retrouve pour faire de la musique » mais plutôt « on fait de la musique pour se retrouver ». Je savais donc qu’avec Nef on allait faire un projet ensemble même si j’avais mis ça de côté. Après Olympe, je me suis dis « qu’est-ce que je fais, où je vais ? ». Nef venait de reprendre du service après une phase où il était moins inspiré. J’écoutais pas mal de ses prods, je devais en avoir 150, facile ! Et je me suis dis que j’allais partir sur un projet, avec un concept original. Ses prods m’amenaient exactement là où je voulais aller en terme de musicalité, de technique. Et on s’est dit « vamos ! ». Il a fallu que je crée une thématique, un délire, parce qu’il avait réussi dans sa musique à créer un univers.

J’ai trouvé le projet très transparent, personnel, limite impudique, le titre est assez explicite à ce sujet et on voit plus la personne que le personnage dans tes morceaux. On en apprend sur toi, en tout cas pour ceux qui ne te connaissent pas.

C’est enrichissant d’avoir l’avis d’une personne qui ne me connaît pas. Là, tu rentres vraiment dans le vif du sujet. J’ai eu des retours de personnes qui ne me connaissaient pas. Ceux qui me connaissent m’ont parlé d’entrée du côté très personnel de l’album.

C’est pas hyper cool ce que je vais te dire mais est-ce parce que ton rap n’a pas une audience de ouf que tu te permets d’être décomplexé dans tes textes ?

Grave. Je m’en balance du filtre que je vais mettre ou pas dans mes textes. Je sais que je peux être libéré dans ma musique parce que je ne vais pas être hyper écouté.

Tu explores plusieurs thèmes tout au long de l’album, notamment le manque d’argent, « l’envie de croquer le monde » comme disait la FF (), tu dis d’ailleurs « que faire sans salaire ? Deuxièmement je rappe, premièrement j’galère »… Et c’est un fil rouge dans l’album, il y a beaucoup de phases qui parlent de ça…

Complètement… J’avais même peur d’en parler trop, je voulais trouver le bon équilibre. Parce que  tu peux aborder la même idée dans tes morceaux, mais faut pas que ce soit redondant. Mais moi je pensais que c’était super important que j’en parle. Après j’en parle mais de manière différente. Le but c’était de faire briller des trucs qui ne brillent pas. Lino disait « faire pousser des roses sur un tas de bouse ». Dans un morceau je parle d’une Porsche, dans un autre d’une Mercedes, dans un autre d’une Audi, même si on ne peut pas se payer ce genre de véhicule, je trouvais intéressant de faire briller l’idée qu’on ne puisse pas se les payer. Des fois je trouve que c’est une bonne chose de parler d’espoir même si on sait qu’on ne va pas tout avoir. Si la jeunesse n’a pas ça, elle déprime ! Si tu ne te donnes pas des rêves inaccessibles…

Autre thème qui traverse l’album, c’est les femmes, l’amour, ou sa recherche et j’ai pensé à l’album de Jazzy Bazz Nuit, qui aborde aussi fortement ce thème…

Ouai, comme dans le morceau Leticia… Je pense que des fois faut livrer les choses et ne pas se cacher, parce que peut être qu’on sort plus de vérité quand on se livre…

C’est un thème que tu n’aurais pas évoqué par le passé ?

Je pense que j’arrive à un âge où il fallait que je le fasse. Avant je ne l’aurais pas fait parce que mon vécu dicte aussi ma musique.

On sent aussi tout au long de l’album que tu « rappes sur le rap », que ça te tient à cœur et que tu n’es pas forcément ravi du tournant que prend le mouvement, même si on parle d’âge d’or en ce moment.

Ça se ressent comme ça (sourire) ?

J’ai relevé des phases en pagaille ! Dans Elizabeth II (« Je suis le seul original, ils se ressemblent tous à vouloir se distinguer, ils rappent pareil, ils disent rien de vrai »), dans Chirac (« Cette musique je l’aime mais certains se l’approprient » ; «  Y a plus de rap audible »), dans « Moi Jeu » (« Je parle de moi eux parlent de rien »)

(il coupe) C’est un regard très dur. C’est un truc d’ego. Ça part du vrai et après tu grossis le trait. Pour parler de moi, de mon nombril, je vais avoir tendance à dire qu’à côté c’est moins bon. C’est une très mauvaise méthode (rires) ! Parce qu’en plus le rap actuellement est incroyable ! Il y a de tout et en quantité.

Toi, à quel point tu te considères « rappeur » ? Parce que tu dis dans un morceau « MC du dimanche, de celui-ci à celui d’après ».

En fait tu te dis toujours « qu’est-ce que ça veut dire rappeur » ? Est-ce que c’est le fait d’en vivre ? Donc pour moi, depuis deux ans que j’ai arrêté mon travail, ce n’est pas le cas. Pour moi, c’est le fait de se jeter et de se foutre du reste. Juste « je fais du rap ». C’est cet engagement-là. Délaisser le travail alimentaire qui ne te donne pas ce que t’apporte la musique…

Musique qui te coûte et ne te rapporte pas financièrement !

Complètement. Pour que les albums soient écoutables, il y a des sessions de studio à payer, les clips à faire, tout coûte cher dans l’art, même si tu essaies de t’autoproduire. Sans clip qui tourne, pas évident que certains t’identifient.

Et puis l’album est dispo sur gratuitement sur YouTube…

Gros, tu sais pourquoi, parce que j’ai énormément de collègues qui n’ont pas Deezer, Spotify, iTunes… Et en plus on ne l’a pas sorti en physique, ou en tout cas pas encore. Le but c’est juste d’être écouté, c’est la plus grande richesse… C’est pas les 10 centimes que tu vas gagner sur Spotify qui vont changer grand-chose. Après j’ai quand même à l’esprit de passer des étapes pour pouvoir espérer vivre de la musique. Parce que je sais que malheureusement la vie que je suis en train de mener aura une fin, je ne peux pas me permettre de ne pas travailler.

Tu le dis à un moment que tu vas bientôt arrêter. Mais c’est une phrase de rappeur ça, vous arrêtez jamais après l’avoir dite (rires).

En fait quand tu fais une œuvre dans l’urgence en te disant que c’est peut-être la dernière, tu y mets une passion de fou en fait. Et puis peut être que demain t’es plus là. Et du coup tu te livres davantage. Moi j’aime bien l’urgence dans ma façon de créer, j’adore ! J’adore finir d’écrire un texte une heure avant de rentrer en studio.

Ça c’est parce que t’es pas un mec organisé (rires)

C’est pas faux ! Et je suis arrivé qu’avec 30 minutes de retard (rires). Mais vouloir mettre trop d’organisation dans ta musique, c’est être trop sérieux et tu te lâches moins dans ta musique.

C’est Kool Shen dans « That’s my people » qui disait « Trop sophistiqué c’est péché ».

La vie c’est pas parfait, c’est pas droit !

Avec Tous Salopards vous avez toujours porté une attention particulière aux clips, sur ce projet tu as tourné « Elizabeth II » à Marseille mais les suivants tu es parti à l’étranger pour les faire.

Ouais en Amérique du Sud. Je voulais faire de la musique là-bas, surtout que les opportunités n’y manquent pas ! C’est dingue ! Tout le monde a un pied dans la musique. Ils naissent dedans ! Tout le monde a un lien avec la danse, un instrument, le chant. Et puis quand t’es en voyage tu te libères pas mal et tu t’accordes plus d’opportunités.

Ce voyage va sûrement t’influencer dans tes créations futures…

Je venais de finir l’enregistrement de Nombril avant que je parte mais dans la suite c’est sûr que ça va apparaître. Et je savais que j’allais partir donc ça doit être présent dans l’album, comme avec le morceau « Visa »…

Dans un autre titre tu dis « j’aime la France mais pas ma patrie »…

Dans « Imperial Family » ! J’avais ce truc en tête d’aimer son pays mais de détester tous les mauvais côtés au point de vouloir partir… J’avais cet oxymore à l’esprit.

Tu finis justement « Visa » en parlant de ceux qui veulent y venir alors que tu cherches à t’en aller toi.

T’en viens à te demander « est-ce que tu te poses pas des problèmes de riche ? »

En fait ton voyage a été le prolongement de l’album qui t’aura permis de vivre avec l’enfoiré qu’il y a dans ton miroir ! Tu évoquais le morceau « Imperial Family » et j’ai beaucoup aimé la phase « entre partenaires on a grandi avec des phrases de rap pour dicton ».

Je t’ai dit, le rap pour moi c’était une évidence ! Il était trop riche ! Alors quand on disait de nous qu’on faisait partie d’une sous culture, je me disais (il grimace) « comment ? ». Quand t’écoutes des phases de Lino, tu peux les mettre facile près de phrases de vrais auteurs… (il s’arrête) Tu vois même là je dis « vrais auteurs » comme si j’avais ce regard négatif sur nous… C’est comme le Comte de Bouderbala, je l’aime bien, mais quand il délire sur le rap, c’est dommage… Il y a des vérités dans ce qu’il dit, mais merde, qu’est-ce que c’est pas représentatif !  Il y a déjà Laurent Gerra dans cet « humour »…

Alors quels sont les rappeurs ou les phases que tu cites souvent ?

Lino, Booba, Nakk, Oxmo ont des phases incroyables, Luciano c’est pareil, t’as toute la FF en vrai ! « Des phrases de rap pour dicton » je trouve que c’est représentatif de toute une école de fou ! La dernière fois, on marchait et Lamanif commence à rapper un couplet de « Demain c’est loin » et des jeunes de 20 ans ne savaient pas du tout ce qu’on était en train de rapper alors que pour nous c’est un classique ! Il m’est déjà arrivé dans un devoir de philo de citer des phrases de rap et le prof trouvait qu’il y avait beaucoup de vrai dans ces propos. Tu vois quand Nakk sort « y a pas de casseurs de vitres, y a que des jeunes qui veulent exister », je l’ai cité dans un sujet sur « est-il bon d’être violent ? », en pleine crise des banlieues en 2005. Des rappeurs ont résolu des énigmes en une phrase et demi. Quand Lino te balance « la réalité c’est un cauchemar pour celui qui rêve »… (il sourit)

Tu as fait l’album avec Nef ; en terme de feat, il y a la famille, avec L’Ami Caccio et Poz, tu as aussi invité LAU. Pourquoi ces choix ? Et est-ce que tu voulais être seul sur les morceaux de A à Z au départ ?

Oui, j’étais parti sur ça. Je sors de 6 ans de projets de groupe où je n’ai pas un son enregistré solo, pas un texte écrit où je me suis dit « celui-là je vais le faire seul ». J’étais donc parti pour faire un album que de moi, normal. Et puis je me suis dit que je me privais de gens autour de moi et que c’était trop bête.

Surtout j’étais parti pour faire un projet que de moi et je me suis dit qu’il fallait détacher le truc. Il y a des rappeurs qui écrivent beaucoup à la troisième personne, moi, je suis beaucoup dans le « je » quand même et c’est assumé, c’est pour ça que j’ai voulu l’appeler « Nombril ». Même si on peut me reprocher de trop parler de moi, mais c’est le but ! Histoire que d’autres puissent se sentir concernés par ce que je vais dire.

J’ai voulu amener d’autres vibes, comme Poz et son délire très ensoleillé, je voulais aussi une voix féminine avec LAU et Caccio, qui est le plus social de Tous Salopards, dans sa façon d’être et sa conception de la musique. Il écrit différemment de moi, il n’est pas dans le « je ». Je trouvais ça cool de contrebalancer avec moi, son côté social dans un album égoïste. On est donc partis dans un délire de passe-passe pour parler du Marseille actuel.

Comment t’as pensé l’agencement des titres ?

Je voulais attaquer sur le morceau « Nombril » qui était l’amorce du projet et qui était un titre très rap. Je dis très rap parce qu’aujourd’hui… Parce que ça rappe pas beaucoup.

Il y a notamment des placements très techniques comme quand tu dis « je suis pas patient dès le matin je veux des dinars, il me faut du buzz pour que je mette du beurre sur mes 4 tartines, qu’est-ce que mes écrits narrent ? »…

On est dans la feinte… ça fait plaisir que tu l’aies comprise parce que j’ai un pote qui m’a demandé « mais t’as fait exprès ? » (rires)

La question suivante, on pourra en discuter et voir si on la garde dans l’interview, mais j’aimerai revenir sur ton expérience aux Rap Contenders. Je me suis posé la question si j’allais te la poser, mais je trouvais que c’était logique vu que ton album est très personnel et que tu ne caches rien… Je m’attendais presque à ce que tu en parles, comme Alpha Wann en parlait dans son album

Je savais que tu allais me parler de ça… Pour être honnête avec toi, je voulais en parler et la façon dont je voulais en parler, c’est la même que celle d’Alpha Wann. C’était pas intéressant de reprendre le même angle, parce que j’ai exactement ce regard-là…

J’ai kiffé de fou cette expérience, dans ce qu’elle m’a apporté, dans ma personne. J’ai fait ça pour briser ma timidité. T’es devant un public, t’es dans un inconfort total, t’as pas le choix. En plus j’ai vraiment pas de mémoire, j’ai fait que chocker, notamment contre Pasteur H. Je pense que j’aurais pu mieux faire mais ça m’a développé de fou, en tant que personne, en tant que rappeur. S’il fallait le refaire, j’y retournerais. Je sais pourquoi je n’y ai pas réussi. Je n’avais pas le truc scénique alors que c’est hyper important. Tu vois mon premier battle, je rappe mon texte sans prendre en compte la scène, le public. Alors que d’autres ne rappent pas mais sont excellents dans la représentation scénique. Et le RC a pris cette direction. Le dernier battle que j’ai fait avec Lamanif, on a voulu replacer le rap au cœur du débat, avec des passe-passes. Et nous on kiffe notre performance rap, mais en terme de prestation scénique on le perd. Pour capter des trucs, il faut atteindre un certain âge ou rencontrer des épreuves.

Que ce soit avec Tous Salopards ou en solo, on peut capter que tu aimes beaucoup le cinéma, quel est le dernier film que tu as vu ?

(il réfléchit) Alors c’est pas le dernier, mais c’est le dernier gros film que j’ai kiffé, que j’ai vu ici en plus (interview réalisée à La Baleine, cinéma et bistrot du Cours Julien, à Marseille), c’est Shéhérazade. Meilleur film sur Marseille ! C’est le meilleur !

Il n’y a rien d’étonnant à ce que tu aies aimé ce film en fait, par rapport à ton album, puisque le film porte sur un jeune qui se dévoile, qui ose s’affranchir de certains codes, du regard des autres…

Il y a trop de pureté dans ce film ! C’est impudique, les plans sont très serrés, la lumière est terrible, tu reconnais la ville, sans que ce soit forcé, sans que ça fasse carte postale. Le gars se découvre quoi. Grosse claque !

Pour en revenir sur ce projet, quelles sont tes attentes ?

J’ai pas beaucoup d’attentes, le but c’était de donner ce que je pouvais faire de mieux, fin 2018/début 2019. C’est ma carte de visite. C’est important pour ma réalisation personnelle de savoir ce que je pouvais faire en solo, à côté de Tous Salopards. Et je suis très fier de ce que j’ai donné. Je suis content des retours que j’ai eu de la famille, des amis et sur les réseaux notamment de Mokless, de Demi Portion. Mais l’album s’appelle « Nombril » parce que je l’ai fait pour moi.

On arrive à la fin de l’interview, c’est quoi le bon son que tu écoutes en ce moment ?

C’est varié de fou… J’ai pris une grosse influence sud-américaine… Je vais te dire Crudo Means Raw, un rappeur de Medellin, qui est aussi beatmaker, un ovni. Là il est sur des rythmiques reggaeton, latino et des influences électroniques, en poussant les fréquences vers un truc planant. Je te conseille « No Copio« . Sinon, il y A.Chal, Nekfeu, le morceau avec Alpha Wann je le trouve super lourd, le dernier projet de mon pote Poz était trop lourd… C’est une discussion qui pourrait durer une heure sur tous les trucs que j’écoute. Je me suis ouvert musicalement donc je suis prêt à écouter plus de trucs maintenant.

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Chafik

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