Gringe, l’interview « 10 Bons Sons »

Les interviews « 10 Bons Sons » sont souvent un moyen d’aborder les différents chapitres de la discographie d’un artiste, de retracer un parcours, ou de se remémorer l’impact de tel ou tel disque… Et puis parfois, c’est simplement l’occasion de revenir en détail sur les dix morceaux, comme ce fut le cas avec Gringe lors de notre rencontre à l’occasion de son concert toulousain au Bikini le 26 mars dernier (organisé par Bleu Citron, merci à eux).

Photos : Astrée Angot

1 – Orel feat. Gringo – « 14 grammes de bordel » (CD sampler du magazine RER n°18, 2002) 

(rires) « O.R.E.L. ! Opérationnel, rationnel, exceptionnel, leusté ! » Il a dit « leusté » quand même. (Il commence à rapper le couplet d’Orelsan)

Tu t’en rappelles bien !

Ouais ! Premier morceau… (Il réfléchit) En fait on connaissait un mec à Caen, Raphaël Yem, qui a fait pas mal de trucs, et qui maintenant a fait son trou en tant que journaliste… A l’époque il avait une émission sur une radio locale à Hérouville-Saint-Clair à côté de Caen, et en même temps il travaillait pour un magazine, je ne sais plus lequel entre Groove, R.A.P…

R.E.R.

Voilà. C’était un mensuel, et il y avait un petit CD promotionnel qui allait avec. Il nous avait dit que si on voulait, il pourrait mettre un de nos morceaux dessus. Sauf que moi je ne rappais pas du tout à l’époque, alors qu’Orel faisait plein de petites maquettes comme ça.

On retrouve quelques morceaux de vous deux disséminés ici et là au début des années 2000, et celui-ci semble être l’occurrence la plus ancienne. Je me demandais : le morceau est crédité comme Orel feat. Gringo…

(Il coupe) Je ne suis pas sur ce morceau en fait, il n’y a qu’Orel. Je suis crédité parce que je lui fais les backs sur le refrain, ou parce que je gueule derrière. Comme Orel est une crème, il m’a mis dessus, pour me faire kiffer. Mais c’est bien que tu aies mis ce morceau, comme ça tu as l’histoire, personne ne la connaît.

Gringo, ça vient d’où ?

C’est un de mes premiers surnoms, qui me colle à la peau depuis que je suis jeune adolescent. C’est un surnom qu’on m’a donné à Cergy, et que j’ai gardé. Avec le temps, les potes l’ont déformé en « Gringe », tout simplement.

2 – Gringe – « Freestyle (Janv. 06) » (Original Bombattak Freestyles Mixtape, 2006)

Oh putain. (Il rappe le début) « Sur Bombattak, j’ramène l’âge d’or à l’âge de pierre, YEAH ! » Marc de Bombattak, qui travaillait sur Générations à l’époque, et qui était une personne influente dans le milieu rap, avait rencontré Skread, qui lui était sur Paris pour faire écouter des sons d’Orel aux maisons de disques. Il était tombé sur un de mes sons, et avait dit à Skread « Il faut que tu le fasses monter à Paris, je veux le faire bosser, le signer, le développer. » Donc j’avais fait ça pour la première de ses deux compils. C’est le premier morceau que j’essaie d’écrire et d’enregistrer à peu près sérieusement. C’était vers 2006.

Sur ce double album, qui regroupe des freestyles et des combinaisons de la fin des 90’s avec des équipes mythiques, on ne retrouve que Brasco en dehors d’Orel et toi dans la catégorie « nouvelles têtes ».

Ouais, il avait mis les freestyles les plus légendaires de Générations, les trucs qu’on écoutait nous sur les cassettes ou à la radio. Il faisait des espèces de rencontres folles, tu avais des trucs de ouf ! Genre Les Spécialistes avec Sadik Asken, et Ill qui déboulait à un moment, ou bien Diam’s et Oxmo… Tu avais tous les rappeurs influents du moment qui passaient chez lui pour des sessions freestyles, et qui se clashaient parfois dans un esprit battle très golri, à l’ancienne. C’était fou, c’était une espèce d’émulation folle.  Et puis Marc était un producteur, donc derrière il produisait des MC’s, qu’il avait regroupés dans un collectif « Bombattak » avec El Matador, Nubi, Brasco et moi.

3 – Gringe – « Rat du macadam » (Bombattak MC’s, 2006)

Pour le coup c’est mon premier vrai morceau, le premier sur lequel je me prends la tête, sur une prod de Skread. « Rat du macadam » c’est ma carte de visite. Je crois que je la donne parce que Marc fait sa compil et qu’il veut me présenter, et que je suis très peu productif par rapport aux autres qui sont des machines. Brasco et Matador bombardent de fou. C’est d’ailleurs pour ça que tout naturellement El Matador a été plus mis en avant.  A cette époque Marc descendait régulièrement à Marseille pour chercher la nouvelle pépite marseillaise. C’était son kif de se dire : « J’ai un label parisien, et je vais faire péter un marseillais. » C’est comme ça qu’en faisant tous les quartiers de Marseille, il était tombé sur El Matador. Quant à moi, Marc m’avait découvert via Sako de Chiens de Paille qui était tombé sur un de mes trucs, et qui lui avait dit : « Ecoute Gringe ».

Comment Sako était tombé sur ta musique ?

Aucune idée. Il avait parlé de moi à Marc, qui était très connecté avec AKH qui bossait avec Sako. Pour revenir à « Rat du macadam », j’ai pour ce morceau-là, une vraie nostalgie. C’est le premier truc que je fais sérieusement.

Pour un premier morceau, que ce soit au niveau de la structure, ou de la technique, il est quand même très carré.

Pas au niveau du souffle et des respirations. Là je n’ai aucune notion de rien, je suis en studio, je débite, je remplis beaucoup. Mais ça faisait quand même un moment que j’écrivais. J’étais familier avec ça, je savais ce que je faisais, je saignais tout ce qui sortait en rap français. Quand Bombattak m’ont chopé, j’avais déjà six ou sept ans de rap dans les pattes, dans mon coin. J’écrivais beaucoup. C’est une musique que j’écoute depuis que j’ai douze ou treize piges. En gros j’avais cette gymnastique de l’écriture, et j’avais déjà chopé les rouages et les codes de cette musique.

4 – Gringe – « Parce que le monde change » (Têtes brûlées 4, 2007)

Oh l’angoisse putain. Ça fait partie des morceaux de la honte ça, avec d’autres trucs comme « Ennemi d’Etat »… Déjà c’est pas bon en termes de rimes, de flows. C’était pour une compil dans laquelle il fallait reprendre des morceaux existants. Ça s’appelait Têtes Brûlées, c’était Franky Montana qui était derrière. Là j’ai repris un morceau de Diam’s. Il fallait reprendre la forme du morceau, et trafiquer ses rimes. Donc j’ai gardé le côté hardcore, ce qui fait que ça ne me ressemble pas vraiment. Quand je réécoute le truc je me dis : « Ouah quand même, c’est trash pour rien » Ce sont des morceaux qui sont partis dans les oubliettes, dans les confins de ma mémoire.

Entre 2006 et 2008, tu apparais sur plusieurs projets avec Orel, comme Talents Fâchés 3 par exemple, mais très rarement seul.

J’ai du mal à me rassembler, à faire des trucs tout seul. Maintenant avec du recul je peux le dire, je crois que depuis le début j’attache énormément d’importance au collectif, à la notion de groupe. Et puis le fait de chanter aux côtés d’Orel c’est hyper stimulant. Je me rappelle de nos premiers morceaux, quand on bossait chez lui et qu’on écrivait nos trucs. C’était archi stimulant parce qu’il avait déjà ce truc à part, il avait des punchlines très fortes. C’était très stimulant pour l’un comme pour l’autre.

Et puis je l’ai vérifié après en partant en tournée, ou après Bombattak, on me disait : « Pourquoi tu ne fais pas d’album ? Tu as des touches en maison de disques, tu pourrais faire un truc… Tu as Skread qui est un grand producteur. Tu as tout à domicile et tu ne fais rien. » Par manque d’envie, de maturité je pense, dans un premier temps. Et aussi parce que j’étais beaucoup plus stimulé par la notion de groupe. C’est comme au cinéma, cette notion de ping-pong là, ce qu’elle provoque chez moi, c’est tellement plus intéressant que moi seul face à moi-même. Généralement, quand je suis seul je suis assez sombre, c’est assez rapidement chiant. J’adore « Mauvaises ondes » sur Talents Fâchés d’Ikbal dont tu parlais juste avant. Ces piqûres de rappel me donnent envie de les réécouter.

5 – Gringe feat. Brasco & Nubi – « Lève la patte » (Original Bombattak 2, 2008)

Ben voilà l’époque Bombattak ! Ce morceau s’appelle « Lève la patte ». Je vais être honnête, c’est un morceau que je fais tout seul à l’origine, pour la compil Bombattak MC’s. J’avais deux solos : « Rat du macadam » et celle-là. Marc, qui était un escroc fini, avait quand même envie que je gratte des refrains pour Matador qui était hyper mis en avant. Par exemple j’avais fait un morceau qui s’appelait « Le péril jeune » avec un putain de refrain, mais les couplets n’étaient pas terribles. Sauf qu’il a filé le morceau à Matador qui a gardé les refrains. Donc il y avait des échanges de bons procédés : en gros il prenait des prods de Skread et il me faisait bosser, mais en même temps il me mettait sur la compil. J’étais pas hyper déterminé, mais lui n’était pas hyper honnête et transparent.

Au final « Lève la patte » est un morceau sur lequel il me dit : « Tu n’es pas assez fort pour que je te mette tout seul dessus, tu vas le faire avec Brasco et Nubi. » Je sais très bien qu’il trouvait le morceau cool. Il était carré, golri, dans l’univers des Casseurs. C’était ce que je savais faire moi, et ça avait fait kiffer tout le monde. Mais après coup peu importe, parce que j’ai quand même Nubi sur le morceau, qui est un de mes rappeurs de référence. C’est un des mecs qui m’a influencé dans l’écriture, qui m’a donné envie d’écrire. Il m’a même influencé dans tout en fait : son charisme, son aisance technique, ses punchlines, l’attitude du mec, gentleman caillera. Donc le fait de me retrouver avec un morceau que écrit et maquetté avec Nubi a été un vrai lot de consolation.

A cette époque, vers 2007-2008 tu es sur Paris, tu vois passer beaucoup de MC’s, tu arrives à garder un lien avec Orel ?

On n’a plus vraiment de lien à ce moment-là parce que j’étais quand même beaucoup sur Paris pendant un an, quasiment tout le temps. Donc on avait un peu splité, et Orel avançait sur son premier album.  J’arrivais sur Paname, je sortais de Caen, j’étais dans une époque bédo, je fumais énormément, j’étais déconnecté. Et d’un coup j’étais propulsé dans le monde du rap français, ça se passait à Paris. Je faisais les émissions spé de Jacky et Cut Killer, on faisait les tournées avec El Matador, Brasco et Nubi. Je voyais tous les rappeurs passer dans les studios de Marc. Je les croisais tous, et je voyais que j’avais un truc. Les mecs me disaient que j’étais fort, mais je ne captais pas ce qui se passait. C’était bizarre, artistiquement je n’étais pas mature. Je n’étais pas prêt tout simplement.

6 – Orelsan feat. Gringe – « Entre bien et mal » (Perdu d’avance, 2009)

Rho ça aussi c’est les morceaux de la honte ! Orel dirait pareil je pense. Autotune sale, morceau manichéen, binaire… « Moi je suis le bien, Orel t’es le mal. » C’est marrant, à l’époque on avait des morceaux concept comme ça. Il fallait qu’on trouve un petit truc catchy, et là par exemple c’était « entre bien et mal », comme l’avaient fait les Psy4 avec « La vengeance à deux visages », sauf que leur morceau était chanmé. C’était histoire qu’on ait un morceau à deux sur l’album d’Orel. J’étais tellement peu productif, je branlais tellement rien, qu’il m’avait tiré en mode « Viens on fait un morceau ».

Rien à voir avec « Ils sont cools » donc.

Rien à voir. Sur ce morceau on s’est retrouvés avec la même envie de punchliner, briller, se faire kiffer. « Entre bien et mal » c’était histoire que j’ai un morceau sur son album.

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Tu parlais des concepts à cette période dans les années 2000, mais si on réécoute l’album des Casseurs (2013), on se rend compte que chaque morceau possède aussi son concept. Dans le format, la structure du morceau, ou la technique, on retrouve quelque chose d’expérimental.

Ouais, l’idée était de ne se fixer aucune limite, de laisser parler nos pulsions. On s’était dit : « On s’en fout, on n’est pas là pour formater quoi que ce soit. » On savait qu’on avait un album qui ne passerait pas en radio. Sauf qu’avec l’univers qu’on amène et nos concepts, le truc prend. Orel a déjà une espèce d’image hyper large donc ça intéresse les gens, ils y viennent petit à petit. Mais oui, on a toujours été dans les concepts, dans le fait de vouloir cultiver notre différence, de faire un truc qui nous ressemble. Avec Orel on est en laboratoire dès qu’on se rencontre. On s’est mis dans le garage de mes darons, on a récupéré une tour d’ordi, on a chopé un micro et on a maquetté nos premiers sons. C’était le bordel ce qu’on faisait. C’était expérimental mais ça nous ressemblait. On a un peu gardé ce truc-là sur l’album des Casseurs.

Pour le premier morceau de la sélection, j’hésitais entre « 14 grammes de bordel » et « Toc toc », qui sort peu de temps après, mais qui pour le coup ne ressemble déjà à rien d’autre.

Ouais et puis on a cette ambivalence… C’est-à-dire qu’on le même esprit torturé au début, sauf que lui le transcende en faisant des phases marrantes et des punchs hyper imagées. Moi il y a tout de suite un côté très sombre, très dépressif. Donc on a une espèce de truc qui se crée très naturellement. Et puis comme on se connaît par cœur, je pense qu’on s’influence mutuellement dans l’écriture des punchlines. On a des références communes, une manière de faire rimer les trucs qui nous ressemble. On a vachement écrit tous les deux. Je me rappelle de longues séances d’écriture qu’on faisait chez lui. On se mettait des instrus, on écrivrait, on essayait de se faire ce qu’on appelle des cadavres exquis, des passe-passes.

7 – Orelsan feat. Gringe – « Ils sont cools » (Le chant des sirènes, 2012)

« Ils sont cools » c’est… Moi j’avais tout arrêté. Je sortais avec une nana avec qui je suis resté longtemps, je reprenais mes études, et Orel préparait Le chant des sirènes. Il avait quasiment fini, et il m’appelle à la fin de l’album et me dit : « Si t’es chaud on fait un morceau ensemble. » J’étais chaud de ouf, on ne se voyait plus depuis un an parce que lui était dans son truc et moi aussi. Une prod de Cookin Soul, et je sais pas, on se tape un délire, et on retrouve l’alchimie du début. Les punchs arrivent toutes seules.

En écoutant le morceau sans connaître les coulisses, on a l’impression que vous ne vous êtes jamais quittés.

Parce qu’on a un truc un peu autistique et archi évident qu’on avait dès le début. Dès qu’on s’enferme et qu’on bosse on a des automatismes. « Ils sont cools » a été le point de départ des Casseurs Flowters, il a annoncé l’album derrière, et les projets qui ont suivi.

Est-ce que ce n’est pas aussi le titre qui fait que le public commence à t’identifier ?

Pas « Ils sont cools ». Orel occupait encore énormément de place. C’est plus avec la série Bloqués et le film « Comment c’est loin » que j’ai commencé à m’émanciper, être un peu plus identifié. Dans le jeu, j’apporte vraiment un truc marqué, on marque nos différences l’un et l’autre. Ça s’est plus fait par le jeu parce qu’Orel, en rap, tu peux pas le choper. Même si je suis son meilleur pote, qu’on se connaît, que je me démerde et tout, c’est une machine. C’est un des meilleurs rappeurs, il a toujours eu cette constance-là.

En 2012 Orel est en train de percer, mais tu es quand même reconnu pour ton écriture.

Ouais, mais il faut quand même lui tenir le crachoir, faire jeu égal avec lui. Tu ne peux pas te retrouver à faire tout un album avec Orel si tu n’es pas bon. Ça va se sentir tout de suite. Il est tellement fort que ça te met une pression de malade. Moi j’étais de retour à l’école du rap avec les Casseurs. Je rentrais le soir chez moi, je réécrivais tous mes trucs. Je me suis pris la tête pour ne pas être trop ridicule.

8 – Casseurs Flowteurs – « Les putes et moi » (Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowteurs, 2013)

Ah mon morceau préféré des Casseurs ! C’est celui qui nous a fait le plus marrer à écrire, qui a été le plus violent… J’avais lâché un couplet en me disant : « Là je vais le mettre à l’amende, il ne pourra pas être plus trash et précis que moi. » Et puis il arrive avec son truc et je me dis « Ah le bâtard, il est vraiment trop fort. » Le morceau est sale, mais c’est du vingtième degré. Et en même temps ça raconte une misère sexuelle dans laquelle on était entre 15 et 20 piges, et c’est vrai que ça nous fascinait à ce moment-là. On voyait des bagnoles tourner autour des camping-cars. Ça fascinait les petits galériens qu’on était, sans succès avec les meufs, misérables. Je pense que ça vient de là, et de l’envie de provoquer typique qui nous correspond avec Orel.

Dans sa structure, le morceau est hors format, avec deux fois 32 mesures, et ce côté pour / contre, mais de façon nuancée.

Pour les mauvaises raisons, dans le mauvais contexte, animé des pires intentions, tu en as un qui est pour et l’autre qui est contre. En vérité tu ne peux pas être pour, il n’y a rien de défendable. C’est justement parce que tu ne peux pas être pour que ça rend le truc provoquant et dérangeant. C’est ce qui nous faisait marrer.

9 – Gringe – « Le mal est fait » (B.O. de Comment c’est loin, 2015)

Mon deuxième morceau solo après « Rat du macadam ». Ou plutôt ce que je considère comme être mon deuxième morceau solo, parce que tout ce qui est entre c’est des essais et des ébauches foirées. Dans les faits, c’est Orel qui me dit qu’il faut que je fasse un morceau pour le film « Comment c’est loin ». Il me fait écouter un son anglais, du two-step. Il me file la face B, et me dit de gratter dessus. C’est même lui qui me trouve la phase « Le mal est fait », et qui me dit d’appeler le morceau comme ça. Il m’avait quand même bien mâché le boulot. Du coup je me dis que je vais écrire un couplet, je garde « Le mal est fait » et on le met dans le film. La version du film est archi pas mixée, c’est dégueulasse, ce n’est pas celle qui se retrouvera sur la B.O. du film. Puis Skread me dit qu’il faut que je le clippe parce que c’est ce qui va annoncer mon truc tout seul. Comme le titre est à l’image de ce que je suis, c’est forcément un indicateur de ce qu’on retrouvera sur Enfant Lune, même s’il s’est passé deux ans entre les deux. Mais Skread disait : « Vas-y ! Que les gens sachent à quoi ressemble ton univers. »

10 – Gringe – « Paradis noir » (Enfant lune, 2018)

C’est la synthèse de mon univers artistique. Je suis mélancolique, sombre, et ça m’éclate de faire des punchlines dark du style « J’écris des chansons d’amour pour ceux qui font l’amour, mais mon cœur est encore vierge » ou « Je tourne pas rond comme le ballon d’Olivier Atton. » Ça m’amuse de faire des trucs comme ça. C’est un morceau qui plante le décor de l’album, un échantillon du côté laboratoire de l’album. C’est une prod trap de Heezy Lee. Je voulais qu’il y ait Pone dessus parce que ça me ramenait un côté old school avec les scratchs et que j’aime bien faire des mash ups bizarres. C’est : « Voilà à quoi va ressembler l’album » en gros. On y retrouve toutes les thématiques que j’aborde dessus.

Tu as souvent eu des conditions favorables pour sortir un album, mais c’est comme si tu avais dû te faire violence et te détacher de ces équipes pour pouvoir sortir cet album.

C’est compliqué, et ça m’est déjà arrivé avec des potes : dès lors qu’intervient une partie business ou « image publique », ça crée des discordes, et ça foire. J’ai besoin de bienveillance en fait pour évoluer dans un même endroit avec les mêmes personnes. J’ai besoin de cette constance-là, qu’il n’y ait pas de jalousie, d’envie, parce que sinon je le ressens tout de suite, et je me barre. Et toutes ces expériences ont été formatrices.

Et puis en vérité, j’avais fait une phrase que je n’ai pas gardée, ça faisait à peu près : « De nombreuses fois j’ai laissé passer ma chance, un peu par peur, beaucoup par galanterie. » C’est que ce n’était pas le bon moment en fait. Je m’écoute et je me dis que je ne suis pas prêt. Et si je suis honnête avec moi-même, il y a des opportunités qui s’offrent à moi que je suis incapable de saisir au moment où elles se présentent. Et là tous les éléments sont réunis dans ma vie depuis deux ou trois ans pour que j’enclenche un projet solo que je sois capable d’assumer et d’emmener au bout, ce qui passe par m’entourer de gens, partir en tournée et y prendre du plaisir. Je vis avec dix ans de retard dans ma tronche et dans mon mode de vie. J’ai toujours eu l’impression d’être en décalage, et là les planètes s’alignent un peu.

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