Entretien avec Pandemik Muzik | Beatmaking et entreprenariat

Pandemik Muzik est un duo de beatmaker qui fait de plus en plus parler de lui ces derniers mois. Après des collaborations remarquées avec des artistes comme Sam’s, Despo Rutti, Ty Nitty et bien sûr Joe Lucazz, les deux producteurs J-Lock et Bachir se sont faits une place sur la scène du rap français. Nous avons eu l’opportunité d’échanger avec ce dernier au cours d’un entretien fleuve.

Salut Bachir, pour commencer, peux-tu nous expliquer avec quels artistes as-tu découvert le rap ?

J’écoute du rap depuis tout petit, notamment des  groupes du Sénégal où j’ai grandi : Positive Black Soul, Daara J, Kantiolis. Également du rap US avec les hits qui tournaient au pays : Fugees, Snoop, Nas, Puff et Bad Boy. Ensuite, en arrivant en France en 2001, j’ai pu me plonger à fond dans les albums.  J’ai pu m’imprégner des projets en entier, des crédits, découvrir de nouveaux artistes. Mes premières influences étaient aussi le son de Houston avec le label Rap-A-Lot, Dipset, le son de New-York en général et un peu le son de la West Coast comme Dj Quik et Dre. Les instrumentales d’ Alchemist, Primo, Just Blaze m’ont vraiment poussées à me tourner vers la production.

Pour qui as-tu commencé à produire et comment s’est créée l’entité Pandemik Muzik ?

En fait moi je ne j’ai jamais rappé. Avant de rencontrer J-Lock, je produisais déjà pour Black Kent et pour un collectif bordelais qui s’appelle 99 Pro-G. C’est en produisant Black Kent que j’ai rencontré J-Lock. Je me suis retrouvé à être Dj pour ses scènes et J-Lock s’occupait de ses arrangements et de ses mix. C’était son ingé son. Nous avons donc commencé à collaborer ensemble en travaillant des sons pour Kent. Petit à petit, nous avons décidé de travailler en duo et de produire sous le nom de Pandemik. Nous étions complémentaires car lui était plutôt axé sur la composition, l’arrangement et moi sur le sample.

Parle-nous de ton partenaire J-Lock et de son parcours.

Il a débuté très jeune en étudiant le solfège et la guitare sèche au conservatoire de musique de Damas pendant une dizaine d’années. Il a ensuite déménagé à Bordeaux. C’est là qu’il a rencontré Kent qui commençait tout juste dans le milieu, et il s’est mis à la production d’instrus. Il a commencé sur Fruity Loops, puis Reason et utilise maintenant Logic pro. Il a débuté seul puis a créé le duo The Symphonix. Son style de base est très influencé par le crunk, le dirty south. Ensemble, on a trouvé un compromis entre l’utilisation de boucles et la compo/orchestration. Il a déménagé à Montreal en 2012 ce qui nous a forcé à modifier nos méthodes de travail avec la distance. On a tout de même réussi à trouver un équilibre.

Comment avez-vous commencé à travailler avec Black Kent ?

Il est arrivé de Côte d’Ivoire. C’est à travers un ami commun qui s’appelle Big O. Celui-ci était dans le rap mais ne chantait pas. Il donnait plutôt des conseils à Kent. Pour l’époque, cela marchait pas mal  pour lui ce qui nous a permis de faire des concerts et certaines dates à l’étranger. Au niveau des ventes par contre je n’ai aucune idée des chiffres. Il a eu un contrat en major et a pu lancer son truc directement. Par la suite, il a eu quelques soucis avec sa production et il a dû ralentir le rap. Actuellement il bosse chez Universal, dans les bureaux, donc je suis content pour lui. Nous sommes toujours de bons potes.

Une autre rencontre importante pour vous est celle avec Sam’s. Comment vous êtes-vous connus ?

À l’époque, les réseaux sociaux n’étaient pas très développés donc les connexions se faisaient différemment. J’ai toujours fait l’effort d’aller rencontrer les gens.  Sam’s est de Bordeaux et nous nous sommes rencontrés en studio au C.A.T. Ce jour-là j’étais allé faire écouter des prods à Zohen. À l’époque, Sam’s n’avait pas encore sorti son street album Un nouveau jour, un nouveau billet. Notre collaboration a mis du temps à se mettre en place. Avec J-Lock nous n’étions pas encore définitivement rodés en termes de production. Le premier son sur lequel nous avons collaboré fait partie de la Go Fast Mixtape et il s’appelle « Mon univers ». Nous avons mis deux ou trois ans avant de faire un morceau ensemble même si on lui envoyait des prods de temps en temps. En tout cas, nous avons une excellente relation, c’est comme un grand frère. Il est sénégalais comme moi donc nous avons des atomes crochus.

Vous êtes amenés ensuite à travailler avec Youssoupha mais, comme nous avons pu le lire sur vos réseaux sociaux, vous êtes en litige à cause du titre « Danse pour moi ». Peux-tu nous expliquer ce qu’il s’est passé ?

Je n’ai pas envie de trop m’étaler dessus car l’affaire est devant les tribunaux son équipe ne mériterait pas d’être mentionnée dans cette interview. Pour faire court, on a produit en 2014-2015 ce titre pour Youssoupha et son label. Titre dont ils ont revendu les droits d’exploitation à Orange pour des campagnes de pub dans plusieurs pays d’Afrique, sans nous reverser nos droits. Ça fait 3 ans qu’on leur coure après et nous sommes dorénavant obligés d’aller devant les tribunaux. Ils ne veulent même pas dire à combien ils ont cédé les droits de la chanson à Orange, ce qui va à l’encontre de leurs obligations d’éditeur. On va donc devant la justice non seulement pour savoir à combien nous avons droit, mais aussi pour obtenir le paiement de notre dû. Cette mauvaise expérience s’est passée avant que je monte ma structure donc maintenant je n’aurai plus à faire à ce genre d’individus malhonnêtes.

Hors des frontières françaises, vous avez aussi placé des productions sur des morceaux de Ty Nitty du groupe Infamous Mobb. Raconte-nous cette expérience qui date de 2013.

Un jour j’ai remarqué qu’il me suivait sur Twitter mais je ne pensais pas que c’était le vrai Ty Nitty. À l’époque j’étais déjà assez direct quand j’appréciais le travail des rappeurs. Je lui ai proposé de collaborer ensemble et cela tombait bien puisqu’il était sur un projet. J’ai envoyé des instrus mais je n’avais pas trop d’espoir et pensais que ça n’aboutirait pas. Finalement, trois ou quatre jours plus tard, le son était enregistré et il l’a clippé tout en nous créditant. Cela reste une super expérience car ce sont des artistes que nous écoutions depuis longtemps.

L’album de Joe Lucazz intitulé Carbone 14 vient tout juste de sortir. Le projet est entièrement produit par vos soins. Vos premiers morceaux avec lui datent d’il y a quelques années et notamment de la sortie de No Name. Comment avez-vous commencé à travailler ensemble ?

C’est à travers une amie de Joe prénommée Daphné. Elle lui a parlé de notre travail. Elle a avait écouté des pack d’instrus que j’avais envoyés pour Lino. Il y a aussi Dam sur Twitter qui a joué un rôle dans la connexion. Je crois même que c’est lui qui a parlé de nous à Daphné. Joe a donc tendu l’oreille vers notre musique. Nous nous sommes rencontrés personnellement juste avant la sortie de No Name mais lors de l’enregistrement tout s’est fait à distance. Je bossais à Paris et en septembre 2014 nous sommes allés en studio ensemble. Nous avons vite émis l’idée de partir sur un nouveau projet ensemble.

C‘est à partir de là que vous décidez que vous serez sur No Name 2.0 ?

Exactement. Ce qui a été intéressant c’est que ce nouveau projet a été produit différemment. Je suis allé à Montréal pour voir J-Lock qui vit là-bas. Nous nous sommes captés et avons fait des prods sur mesure pour Joe. Nous avons fait du digging sur place et entre juillet et août 2015, nous avons composé les instrus de 9 sons qui sont sur l’album, sachant qu’au total nous en avons produit 10.

Comment vous êtes-vous adaptés à l’univers de Joe ?

Nous nous sommes dirigés vers des choses qui nous plaisaient avant tout au niveau du sample et des rythmiques. En faisant du Pandemik, on savait que nos univers pouvaient coller. No Name 2 est plus jazz que le premier No Name. À l’époque je diggais beaucoup dans la soul et dans le rock. Nous nous sommes tournés plus vers du jazz en sélectionnant des artistes du monde entier: des américains, des bulgares, des éthiopiens et des français.

Comment sont répartis les rôles entre J-Lock et toi lorsque vous créez une instru ?

En 2015 nous étions dans la même pièce donc c’était synergique, il n ‘y avait pas de taches réparties. J’entrais en cabine et je commençais à découper le sample et lui à faire la rythmique ou les accords, mais on pouvait changer les rôles. Quand nous travaillons à distance, on essaie de s’organiser du mieux possible. Tout dépend de qui a l’inspiration en premier. Parfois, nous travaillons le même sample et nous nous l’envoyons avant de comparer et de nous décider.

A partir de quand avez-vous commencé à produire Carbone 14 ?

Quand No Name 2 était bouclé, je pensais déjà à un futur projet commun avec Joe et j’avais des idées de morceaux. Il fallait que j’arrive à le capter au bon moment. En novembre 2016, il est venu à Bordeaux mais en coup d’éclair. Nous n’avons pu commencer à travailler que sur un titre que nous avons rebossé par la suite. Durant l’été 2017, il est repassé dans la région un peu par hasard. J’en ai profité pour l’engrainer. Il y avait une bonne énergie chez moi car de nombreux artistes bordelais était présents. Je pense à Joey Larsé et Yepes par exemple. On parlait souvent avec J-Lock par Skype pour qu’il nous livre ses impressions. L’objectif était de faire un morceau par jour. Dans ma tête j’avais déjà l’ordre des morceaux. Lorsque Joe est parti, je me suis rendu compte de la charge de travail que cela représentait, toutes mes idées devaient être matérialisées sur le disque.

Comment avez-vous choisi de sortir un projet de 9 titres?

En vérité, je voulais que l’on parte sur le modèle des albums de jazz des années 60/70 composés de 7 ou 8 titres. À la base, Carbone 14 devait être composé de 7 titres. Pour la promo je voulais jouer sur « 7 X 2= 14 ». Pendant l’été, Kanye West a utilisé un concept autour de 7 chansons donc j’ai préféré oublier pour ne pas refaire quelque chose de déjà fait. On est donc partis sur deux titres de plus.

Le fait que tu te sois impliqué dans la direction artistique et dans la promotion de ce projet fait que tes attentes sont différentes par rapport aux projets précédents sur lesquels vous avez bossés ?

Rien que le fait que le projet sorte, je considère que c’est une incroyable victoire. Il a fallu penser aux titres des morceaux, à la cover, aux déclarations SACEM et SDRM. C’est une grosse charge de boulot.  Joe a déjà sorti plusieurs albums donc c’est forcément différent pour lui. Le fait d’avoir géré le projet d’un point de vue artistique, administratif et d’avoir eu des précommandes c’est déjà quelque chose de fort. Avec J-Lock, nous sommes très conscients de notre place et de la portée de notre musique. On ne fera jamais un disque d’or avec ce genre d’album mais si  on en vend plusieurs centaines ce sera déjà bien. D’autre part, l’investissement en termes de temps n’a pas de prix. De la production à la distribution, nous avons choisi de tout faire nous-mêmes.

Pour le mix, vous avez fait appel à une figure du rap français en la personne de Fred Le Magicien.

Avec Fred nous nous sommes rencontrés en 2009 grâce à Jean-Pierre Seck. C’était lorsque je travaillais avec Black Kent. Avec J-Lock, nous nous sommes toujours dits que si on sortait un projet que l’on produirait dans sa totalité, on se tournerait vers Fred. Déjà dans No Name 2 il y a trois morceaux mixés par lui. Le fait de gérer Carbone 14 dans sa globalité nous a permis de faire ce genre de choix. J’ai une confiance aveugle en Fred. C’est une légende du rap français. C’est un ingé qui respecte notre travail et qui est prêt à s’investir personnellement dans notre projet. C’est donc un honneur pour nous.

Parle-nous également de votre collaboration avec Despo Rutti.

Ça fait longtemps que je voulais bosser  avec lui. Je l’ai rencontré quand j’étais de passage à Paris. On s’est croisés en studio et vu que je suis assez direct quand j’aime le travail d’un artiste, je lui ai proposé. Il connaissait notre travail qu’il avait découvert sur No Name 2.0 et il a été de suite partant. J’avais des instrus qui étaient préparées spécialement pour lui mais il ne les a pas gardées. Il en a pris d’autres tout en justifiant son choix. C’est un artiste sérieux qui communique très bien pendant qu’il bosse avec toi. Il t’appelle dès le matin pour t’expliquer ce qu’il va faire sur le morceau. Il te le fait écouter dès que c’est prêt. Un vrai plaisir.

Cela fait environ un an et demi que tu as monté ta propre  structure nommée Jambaar Muzik. Peux-tu expliquer à nos lecteurs pourquoi tu t’es décidé à te lancer dans l’entreprenariat ?

À la base je suis juriste en propriété intellectuelle. En 2016, j’ai eu mon dernier contrat en tant qu’employé en maison de disques. Je bossais au service royalties et juridique. J’étais sur Paris à ce moment-là et j’ai donc décidé de revenir sur Bordeaux. J’ai fait plusieurs entretiens dans des labels qui n’ont pas abouti. Je me suis donc lancé avec comme premier objectif de pouvoir gérer mes éditions, pour faire les choses correctement. Au fur et à mesure, j’ai développé une activité de consulting juridique pour des artistes qui veulent signer des contrats. Je m’occupe des dépôts SACEM, de l’administratif, d’aller récupérer des droits. J’ai  une double casquette : artiste/éditeur, donc chef d’entreprise, et artiste/producteur. Je dois un peu jongler et beaucoup segmenter mes différentes activités. Je fais en sorte de préserver notre intégrité artistique tout en maintenant une économie autour de nos projets. Je veux que les artistes avec qui je travaille soient bien conseillés et bien entourés, aussi bien artistiquement que juridiquement et administrativement. Par exemple avec Carbone 14 via ma structure, je me suis occupé de toute la production, la distribution, les déclarations. C’est-à-dire qu’aussi bien du point de vue artistique qu’administratif nous avons tout fait nous-mêmes. On a eu des propositions mais elles n’étaient pas vraiment intéressantes et on ne s’y retrouvait pas. C’était donc plus judicieux pour nous d’être totalement indépendants.

Tu ne travailles donc pas exclusivement avec des artistes issus du monde du rap.

Je bosse avec des gens issus de nombreux milieux, pas exclusivement de la musique. Certains sont sculpteurs, dessinateurs, et même des personnes du monde viticole et des appellations contrôlées. Je ne me limite ni à la musique, ni au rap. J’essaie de m’ouvrir à de nouveaux univers.

En ce qui concerne l’édition, par le biais de Jambaar tu proposes des catalogues de sons pour le monde de la télévision et de la publicité. C’est une ressource intéressante pour les producteurs qui demeure souvent méconnue du grand public.

Effectivement. Pendant mes péripéties à Paris, j’ai travaillé avec une société qui était spécialisée dans la musique à l’image. C’est à ce moment précis que j’ai appris le métier. Il s’agit de l’équipe de  MYma  que je salue au passage. D’autre part, avec BMG nous avons sorti il y a peu un projet avec Yepes, Plae Casi et moi-même. En fonction des albums, nous sommes ou producteurs ou éditeurs voire un peu des deux. L’album se retrouve dans le catalogue d’une major ou d’un label. Eux se chargent de proposer leur catalogue à leurs partenaires du monde audiovisuel. Ils s’occupent de la distribution car ce sont eux qui ont les connexions avec les professionnels du cinéma ou de la publicité. De mon côté, j’ai fait en sorte d’avoir un bon deal pour que les artistes s’y retrouvent en tant que compositeurs ou arrangeurs. Nous travaillons également avec d’autres labels indépendants.

Joey Larsé, MC de Bordeaux, va lui aussi sortir prochainement un projet. Est-ce que Pandemik sera dessus ?

Pour cet album qui devrait sortir avant l’hiver, c’est Yepes qui s’est chargé de toutes les instrus. J’ai juste donné mon avis et mes conseils lors de sa conception. On a produit plusieurs morceaux pour Joey mais on les garde au chaud. Ils seront sur des projets qui verront le jour dans plusieurs mois. C’est sans doute l’un des rappeurs les plus doués de sa génération. Je ne dis pas ça parce que c’est un pote. Quand un collègue me ramène un son que je trouve moyen, je le dis sans hésiter.

Que penses-tu de la scène bordelaise ? Elle est peu souvent mise en avant alors que de nombreux producteurs (1Up World, Gizzle beats…) et quelques rappeurs sont pourtant bien présents ces dernières années dans l’univers du rap français (Sam’s, Fayçal, Fello…).

Je pense qu’il faut que ça vienne de nous les artistes. On doit se prendre en main. Sur Bordeaux, les jeunes comme Joey Larsé ou Fello font leurs trucs. Il y a Mood SupaChild aussi qui opère avec le groupe Worldwide Kids (dont est issu Plae Casi). Il est très talentueux et tourne en ce moment avec Naâman. Cela prend du temps mais les choses avancent. J’espère qu’ils iront loin et deviendront des références nationales. Au niveau des producteurs il y a aussi Hok et Noxious (SCH, Rim’K)  qui commencent à placer pas mal d’instrus. Après ça ne suffit pas de se  dire « On est ensemble », il faut que tout le monde bosse pour que cela crée de l’émulation.

Quels sont les projets de Pandemik pour les mois à venir ?

Depuis peu je suis en contact avec Sameer Ahmad. C’est un bête de rappeur. J’ai beaucoup apprécié son album Perdants magnifiques. J’espère qu’il sera amené à rapper sur certaines de nos instrus. Normalement on devrait bosser de nouveau avec Despo aussi. La priorité reste quand même de diffuser au maximum Carbone 14 ainsi que le futur album de Joey Larsé, ceux de librairie et de musique à l’image.

Le mot de la fin ?

Merci au Bon Son de s’intéresser à ce qu’on fait et de nous avoir interviewés. Ça fait plaisir. Carbone 14 est dispo. Allez streamer et passez sur le site de Jambaar prendre une copie physique du CD!

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