Oz et Mani Deïz, « Pour toujours »

Mani Deïz s’est découvert un certain talent pour donner de la visibilité à des rappeurs qui, du fond de l’underground, sont capables d’apporter un peu de lumière. Au même titre qu’Hartigan il y a quelques mois, Oz fait partie de ceux que très peu connaissaient avant d’entendre le premier extrait de son album commun avec l’un des beatmakers les plus prolifiques de ces dernières années. Car Oz vient de Flers, petite ville normande située dans l’Orne, inconnue pour sa scène rap, et qu’il a de ce fait un handicap important. Mais il s’en moque, le revendique, nous livre des textes poignants et sort avec Mani Deïz un album carré et propre qui méritait bien qu’on en dise quelques mots dans nos colonnes.

Pour toujours est un album court d’une durée de 33 minutes et d’une douzaine de titres. On y retrouve un featuring avec Hartigan, Ol Zico et un son en équipe (Ritzo, Djibril, Madtom, Ismaël Lesage, Sapeur, Assad, Slob). Mani Deïz, comme à son habitude maintenant, n’hésite pas à gratter quelques lignes et à prendre le micro, soit pour un refrain soit pour un couplet. Un album sans prétention aucune qui se révèle être une bonne surprise du premier au dernier titre, tant la qualité d’écriture du rappeur normand, son flow et les instrumentales du beatmaker se marient à merveille. Nous sommes très clairement dans la lignée de ce que Mani Deïz avait pu faire avec Hartigan, mais Oz se distingue de celui-ci par une écriture plus brute, moins poétique, avec des références moins recherchées mais une pertinence du propos qui atteint le cœur à chaque phase.

On perdrait son temps à chercher la punchline ou à trouver de quoi se divertir dans un album qui tend plutôt à nous ancrer dans la réalité. L’introduction de l’album est très classique de ce fait avec un discours de Pierre Rabhi qui donne le ton. Oz a les pieds sur terre et l’expérience de la vie qui fait que l’on trouve dans Pour toujours davantage de sagesse et d’appel à la vertu qu’au vice. Vieillir ne semble pas être un mal quand on entend Oz, toujours en quête d’ataraxie comme il le dit lui-même dans le titre « Pour toujours », et les hommages aux anciens sont nombreux tout au long de l’album.

A défaut d’être un véritable alchimiste qui transforme le plomb en or, comme il le déclare dans « Balafrés », Mani Deïz magnifie les rappeurs avec lesquels il collabore. Sa relative discrétion ces derniers mois fait que l’on apprécie davantage d’entendre ses instrumentales. Les prods sont faites sur mesure et le timbre de voix grave du rappeur de Flers apporte une musicalité à des titres qui s’enchaînent de manière parfaite. Exclusivement boom-bap et s’inscrivant dans la lignée d’un rap politisé sans tomber dans le militantisme, Pour toujours est clairement un album à contre-courant de la tendance actuelle.

Les thèmes abordés dans l’album sont des thèmes classiques du rap français puisqu’on y retrouve le manque d’argent, l’importance des liens familiaux et de l’amitié, la souffrance des plus faibles, la nécessité de vivre avec honneur ou encore le manque d’authenticité. Rien d’original de ce point de vue, mais un traitement de ces thèmes qui est bien fait, la rime ne sombrant jamais dans la trop grande simplicité tout en évitant l’écueil d’un traitement superficiel de ce qui a déjà été dit et redit. Les textes d’Oz viennent clairement du cœur et parviendront sans aucun doute à toucher l’auditeur qui ne peut que sortir grandi de l’écoute d’un album qui parle à l’intellect comme à l’âme.

Ceux qui se demandent encore à quoi peut ressembler un rap adulte et mature trouveront dans cet album une réponse à leur question. En mettant Flers sur la carte du rap français, Oz et Mani Deïz réussissent un tour de force qui a le mérite d’inscrire leur collaboration dans le futur : les anciens peuvent continuer à rapper sans devoir se travestir pour obéir aux codes actuels. Alors, s’il est certain que Pour toujours ne rencontrera pas un public large, il est également certain que cet album aura le succès d’estime qu’il mérite. Il y a encore de la place dans le rap français pour des hommes d’honneur, une écriture brute qui dit des choses simples de manière convaincante sans chercher la tendance, une musique qui vient de là où les hommes n’essayent pas de paraître avant d’être et où la vérité est sans fard. Aucun faux-semblant, Oz et Mani Deïz nous dévoilent la réalité telle qu’elle est. Cela fait du bien parfois.

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