Septembre outre Atlantique a été marqué par le piètre “diss” entre Eminem et Machine Gun Kelly et le décès soudain du rappeur Mac Miller, probablement d’une overdose. Un bon nombre de rappeurs lui ont rendu hommage, musical ou pas (le plus bel étant celui de Logic, sur son morceau YSIV), avant de reprendre tranquillement le rythme effréné de la rentrée et ses innombrables sorties. On n’aura d’ailleurs pas pu tout évoquer, cela va de soi.

Aminé – Reel It In (prod. LDG Beats & Tee-WaTT)

Ça marche assez bien pour Aminé. Fort du succès de son premier album Good For You, le rappeur de l’Oregon a remis le couvert récemment avec One Point Five sorti le 15 août dernier. Le morceau “Reel It In” semble avoir été fait pour célébrer cette toute nouvelle notoriété acquise depuis peu. Pas de signification spécifique, juste de l’égotrip, des gros culs et un petit air de flûte… Un instrument qui a rarement été aussi populaire outre Atlantique. Clément

Kirk Knight – Run It Back (Prod. Kirk Kneezy)

L’autre éternel rookie de New York et du collectif PRO ERA marque son retour avec un freestyle plutôt énervé, intitulé “Run It Back” et produit par le mystérieux Kirk Kneezy qui n’est autre que Kirk Knight lui même. On n’est jamais mieux servi que par soi-même disait l’adage… L’instrumentale est d’ailleurs un sacré banger, énergique, un poil violente et totalement entraînante. Le rappeur excelle dans un traditionnel égotrip, mélangeant références NFL et NBA, name dropping classique et quelques élucubrations sur la gent féminine. “Her pussy was fat, had a heart attack / I’m a legend already, back on the map”. On me signale dans l’oreillette que le second album studio de Kirk Knight, intitulé It is what it is devrait sortir courant 2018. Patience donc. Clément

Logic – Everybody Dies (Prod. CuBeatz & 6ix)

Avec “Everybody Dies”, troisième extrait de son Young Sinatra IV, Logic nous régale dès la première semaine de septembre. Entrée, plat, dessert, s’il vous plaît. Addition réglée avec 20% en pourboire. Ça rappe propre, rapide, double time même. Et dire que ce flow ne fait que sublimer une instru carrée, à la boucle entêtante, agréablement datée ni d’hier ni d’aujourd’hui.

Un peu plus tôt pourtant, avec un “One Day”, à la prod somme toute soigneuse, on avait pu s’agacer de ce refrain chanté par Ryan Tedder digne des plus grands saccages de notre chère bande FM. C’est parfois l’un des écueils avec les sorties de Bobby Tarantino, ça sonne quand même pas mal hip-pop. Mais lorsque le kid du DMV (DC, Maryland, Virginia) se décide il n’y a plus débat sur sa facilité à embrayer sur du flow rapide, et tout à la fois limpide. Et surtout à choisir des productions dignes des plus grands albums du genre. Comme pour nous faire pardonner ses quelques écarts “easy-money”. Le tout en invitant des bonhommes du moment (Jaden Smith) et en surchargeant sa mouture de références aux figures de proue de la scène des 90’s. Le tout sans qu’on ne tombe dans le name-dropping ou les featurings dégoulinant le trop plein. En témoigne les samples de AZ, ou la colla avec le Wu, un must du genre. Green

Reason feat Xian Bell – Drive Slow / Taste Like Heaven (Prod. Tropical Gameboy & SWI$H)

Quand un album commence avec un skit sur un son du grand Al Green, que la sortie est de la nouvelle signature de TDE, on se dit qu’on va passer un bon moment. Et de fait, l’album de celui qui s’était signalé sur la plus impressionnante soundtrack de ces derniers mois (Black Panther), ne déçoit pas une seule seconde. Et ne prenez pas Reason pour un freshman, il a passé les épreuves et valide déjà son ticket chez les plus grands. “From rookie Kobe air-ballin’ to becoming nicer than Paul Pierce with a step back”. Les amateurs de culture basket apprécieront.

L’album regorge tout autant de sons darks, que de touches plus aériennes, jazzy, soulful, ou encore dopées à la boîte à rythme. Cette sortie sort à point nommé, fin septembre. Pour les derniers souffles de l’été indien, quand les premiers frissons viennent se faire sentir. Quand le temps s’arrête au détour d’une rue, le vent balayant les premières feuilles mortes le soleil nous berçant d’un dernier rayon. Comme pour nous rappeler la chaleur des mois écoulés et la dureté des hivers passés. Green

Roc Marciano – Amethyst (Prod. Animoss)

Behold a Dark Horse est le deuxième album de Roc Marciano cette année. La traversée du désert est définitivement derrière lui et nous. La moitié est produite par ses soins. Pour le reste, il fait appel à Preservation, Animoss, comme ici, Doncee, The Alchemist et Q-Tip. La magnifique boucle d’Amethyst accompagne un nouveau récit du New Yorkais qui sépare ses deux couplets par une sorte de refrain complètement chanté. Ce n’est pas une nouvelle corde à son arc, mais il semble y prendre beaucoup de plaisir et se laisse de plus en plus aller dans cet exercice, gagnant chaque fois plus en aisance. Moment de vérité, aussi, puisqu’il avoue avoir menti jusque-là. En effet, il n’est finalement rien d’un Pimp, mais est, en fait, un mack. Si la différence vous semble anecdotique, sachez que cette annonce est bouleversante pour quiconque s’est prêté à l’univers. – Wilhelm

Conway – Bullet Holez in my Neck (prod. Daringer)

15 août 2018 : Conway annonce la sortie imminente d’Everybody is F.O.O.D, mixtape disponible uniquement en 100 exemplaires physiques. Quelques jours plus tard, il change d’avis, annonce que les CDs seront livrés début septembre et dévoile quelques centaines d’exemplaires supplémentaires disponibles. Finalement, après un leak prévisible, il décide d’ajouter la vente en digital aux moyens de distribution alors que certains se plaignent (ou non) de n’avoir toujours rien reçu. S’il semble donc évident que, des deux frères, Westside Gunn s’est accaparé les gènes liés au monde des affaires (et à la direction artistique), Conway a pris ceux du cracheur de feu. Sur ces 10 titres plus un skit, comme d’habitude, il poursuit dans la lignée de son dernier projet en date, Blakk Tape, avec cette fois-ci quelques invités : Busta Rhymes, Skyzoo et Elzhi. Derrière les productions, on retrouve Pete Rock, DJ Green Lantern, Statik Selektah et… l’inépuisable Daringer évidemment. Le buffaloan est donc toujours aussi bien entouré sur ce qui sert d’amuse-gueule avant le tant attendu Reject 3 qui devrait sortir chez Shady Records si Eminem ne s’amuse pas à insulter ceux qui n’adulent pas ou plus sa musique d’ici là. – Wilhelm

Young Dolph – Lipstick (prod. Ari Morris & Peezey)

Les fusillés étaient décidément à l’honneur ce mois-ci puisque le meilleur rappeur de Memphis actuellement (c’est moi qui décide) sortait son quatrième album solo, Role Model. Plus discret musicalement qu’à l’accoutumée, Young Dolph avait néanmoins déjà sorti un très bon EP plus tôt dans l’année et, surtout, s’est permis de refuser un deal de 22 millions de dollars avec une major, rien que ça, préférant rester indépendant. Cette idée d’indépendance, de prendre son temps pour faire soi-même et mieux, accompagne tout le disque en filigrane et, parfois, explicitement. Il vise à pousser tant la rue que les étudiants ou les enseignants à réussir plus encore que leurs modèles. Lui y compris. “Lipstick” est plutôt légère, on y retrouve éventuellement le côté motivational music d’un l’ego-trip mais Adolph Thorton Jr. réfléchit surtout à quelle voiture choisir pour aller faire la sérénade à ses innombrables conquêtes. On retrouve son flow nonchalant, ses cris soudains (peut-être plus incrustés plus musicalement qu’avant) et, au refrain, un flow légèrement inspiré de son pote Gucci Mane. – Wilhelm

Lil Wayne – Can’t be broken (prod. Thomas Troelsen & Ben Billion$)

Incroyable mais vrai, Tha Carter V a fini par voir le jour, après être passé par tous les états par lesquels un disque attendu peut passer (indice : il y a souvent l’infâme Homme-Oiseau dans le coup). Alors il est évident que le disque n’est pas celui qu’il aurait dû être s’il était sorti à l’époque où Lil Wayne détenait le titre de popstar ultime. Il n’en contient pas moins quelques ogives qui rappellent pourquoi on envisageait, fut un temps, de lui décerner le titre de plus grand rappeur de tous les temps. Et c’est précisément sa carrière et son parcours, qui sont traités dans cet incroyable « Can’t be broken », morceau magnifié par la sublime boucle de piano et la voix pitchée du refrain (par ailleurs non créditée). Xavier

Lupe Fiasco – Manilla (Prod Freeway TJay)

Après Drogas Light sorti l’année dernière, Lupe Fiasco a sorti son petit frère fin septembre, avec son septième album, Drogas Wave. Et un morceau est particulièrement sorti du lot, puisqu’il symbolise également la pochette de l’album : « Manilla ». Le nom du morceau est une référence à la monnaie utilisée en Afrique de l’Ouest pendant la traite des esclaves. Et dans toute la musicalité qui caractérise sa carrière, Lupe se balade sur l’instrumentale mélodieuse de Freeway TJay, plaidant la cause afro-américaine, notamment avec la phrase très marquante « You can accomplish anything if you survive blackness », tout en gardant une place importante à l’egotrip. Xavier

VDon – London Fog (feat. WestSide Gunn)

Le clip est sorti en août c’est vrai, mais l’opus sur lequel il apparaît, The bone collector, est bien daté de septembre. Ceux qui nous suivent depuis un moment doivent se dire qu’on insiste quelque peu avec les membres de Griselda. Mais qu’ils se rassurent, il suffit d’un peu de bon sens pour savoir que cette insistance est parfaitement raisonnée et rationnelle. Et puis cette fois, c’est surtout le producteur VDon qu’il s’agit de mettre en avant. Toujours aussi productif, le beatmaker d’Harlem en est à son deuxième projet de l’année avec l’album commun avec Adonis, sans compter la compilation Lost Gemz qui réunit ses meilleures productions. Et The bone collector répond parfaitement à ce qu’on peut attendre d’une création de VDon : productions obscures mais aux tons variés, et construit sur mesure pour les MC’s (pour la plupart, d’illustres inconnus) qui ont le plaisir de palabrer dessus. Avis aux amateurs. Xavier