Outre l’avalanche de sorties musicales, le mois de septembre a été ponctué par la disparition de Charles Aznavour. Auteur, compositeur, interprète, acteur, Aznavour était un monument de la musique française. Celui que les américains surnommaient “The French Sinatra” a imprégné le hip-hop comme peu d’artistes (de Dr. Dre à Ideal J en passant par Passi, la Fonky Family, Kery James, Nas ou encore Roger Molls…). Profond puits d’inspiration pour les beatmakers mais également les rappeurs (qu’il qualifiait d’ailleurs de « dignes héritiers des poètes »), Aznavour aura nourri plusieurs générations de mélomanes qui continueront, bien des décennies après, à écouter son oeuvre et à s’en inspirer. Et mettre cet artiste et sa musique, tout en haut de l’affiche. Merci monsieur.

Le 21 septembre : Alpha Wann – Olive & Tom (Prod. VM The Don)

Il l’aura laissé mijoter, il aura laissé son public frémir. Depuis son éclosion en 2011, Alpha Wann n’avait laissé que des miettes à ses plus fervents amateurs. Des miettes solides et qualitatives, certes, mais finalement, trois EP en 7 ans était un bien faible ratio. Mais la dette s’est effacée avec la sortie de Une main lave l’autre, son premier album solo, où Philly Phaal prouve tout au long des 17 titres qu’il n’a pas beaucoup d’équivalent dans sa génération. Si l’on était certain de sa qualité de kickeur, qu’il nous prouve et amplifie à longueur de disque, c’est sur des morceaux plus thématiques qu’on l’attendait avec ce premier album. Mission accomplie également, avec des morceaux comme « Olive & Tom », que nous avons choisi pour illustrer l’album, sorte de constat désabusé de la jeunesse où Phaal joue, le temps d’un couplet, le rôle d’un adolescent. – Xavier

Le 14 septembre : Suprême NTM x Sofiane – Sur le drapeau 

Qui, sinon Fianso, pour réussir à faire poser ensemble Joey Starr et Kool Shen ? La compilation 93 Empire aura l’honneur de voir figurer les deux grandes figures du département de la Seine Saint Denis pour un titre qui s’imposera très certainement comme l’hymne de ce projet. Même si on peut regretter que Joey Starr n’apparaisse que sur le refrain, l’association avec Kool Shen est une vraie réussite, et entendre les deux rapper ensemble est un petit événement à côté duquel il aurait été difficile de passer ce mois-ci. En ce qui concerne les paroles, les références aux classiques du groupe sont nombreuses et réjouiront les anciens. Fianso n’est évidemment pas en reste, et on peut supposer qu’il s’est vraiment fait plaisir à poser avec ces deux monstres sacrés du rap français. En 2018, le drapeau du Suprême NTM flotte toujours au-dessus du 93. – Costa

Le 4 septembre : Youssoupha – Polaroïd experience

Ça commence avec une simple boucle, douce, calme, presque une comptine. Et puis les cymbales et le beat tombent, la gravité prend le pas, la gentille boucle de Cehashi devient hypnotique et gagne en profondeur. Nos oreilles sont échauffées, notre attention captée. Alors ? « Yeah ». En une mesure, Youssoupha nous met une petite claque et nous rappelle que le savoir faire est toujours au rendez vous même après 3 ans de quasi silence. Au moment où on se dit que cet album commence bien, et que ça fait plaisir, Youss nous a déjà envoyé un texte inspiré et puissant, introspectif et fier, porté par un flow intarissable, convaincu et sincère. Le refrain, en forme de mantra finit de nous convaincre d’entrer dans la grande famille de Prims, et d’écouter la suite de cet album qui, par ailleurs, tient ses promesses. – Sarah

Le 2 septembre : Numéro 10 – Sans sucre (Prod. Max LBC)

Les premières traces musicales de Numéro 10, rappeur originaire des Hauts-De-Seine, datent d’une petite année. Ces derniers mois, il a pris le temps de réunir les 11 morceaux qui composent Titulaire, tout en disséminant inédits et clips extraits du projet, dont les très bons « Bac S » et « Mauvais tirage ». Porté par des beats trap de très bonne facture signés Max LBC dans leur intégralité, le MC délivre un rap noir et mélancolique, à base des puzzles de mots et de pensées, à l’instar d’un autre (célèbre) numéro 10 des Hauts-De-Seine. Ce premier projet, propre et cohérent du mix à la pochette, laisse penser qu’on entendra parler de ce duo rappeur / beatmaker dans les années à venir. – Olivier

le 23 septembre : Népal feat. Bohemian Club – Necronomicon (Prod. KLM)

Le trublion de la 75e session, des Gars Laxistes et du Dojo a dévoilé le 23 septembre dernier son huitième projet depuis 2012. Comme à son habitude, c’est avec une communication simple et basique que Népal a annoncé sa rentrée et la sortie de KKSHISENSE8. Un simple post sur les réseaux, toujours le même site pour télécharger, et le projet totalement gratuit, encore une fois. Et azuki sur le gâteau, KKSHISENSE8 est également disponible en CDs, limités à 1000 exemplaires. Comportant 8 pistes, cet opus fait la part belle à la culture japonaise (particulièrement aux mangas, coucou Naruto), Népal y multipliant les références à l’empire du soleil levant. Le projet est plutôt solide, avec une petite préférence pour le titre “Necronomicon”, référence au livre fictif inventé par H.P. Lovecraft, qui parle du mythe de Cthulhu (coucou Stranger Things), en featuring avec le Bohemian Club. Avec une instrumentale produite par Népal himself (aka KLM si vous l’ignoriez) et ses quelques notes de pianos très “Jay Rock – Broke+-“, le morceau se déguste comme un verre de sang lors d’un rituel païen. Cependant, à l’écoute de certaines punchlines, une question nous taraude : est ce le dernier projet de Népal ? Avant l’album ? Le rappeur parisien dissémine quelques indices : “[…] Tu sais comment ça va finir ici / Car l’amour bah ça n’existe plus / Dernier projet, REP mon poto nouveau projet […]” Seul le temps nous donnera les réponses. – Clément

Le 14 septembre : Infinit’ – Quand je me lève (Prod. Harry Fraud)

Infinit’ est de plus en plus en chaud. Après « Tout le faire gang » sorti en mai dernier, son nouveau morceau « Quand j’me lève » est une nouvelle fois un egotrip bourré de multisyllabiques, de punchlines, d’adlibs, de références pour les connaisseurs. Le cœur de son refrain (« J’ai besoin d’euros et de zeb et d’une bitch à côté quand j’me lève ») fait d’ailleurs penser à la phase de Booba dans le classique « Hommes de l’ombre » (« J’veux des lingots et puis une pute à côté de moi quand j’ronfle »). Le Niçois étale toute sa technique sur « la musica de Harry Fraud », légende new yorkaise, sollicitée par Red Bull pour donner une suite à la mixtape « Paris/L.A./Bruxelles » produite par Alchemist l’an dernier avec Jeanjass & Caballero, Deen Burbigo, Roméo Elvis et Lomepal, notamment. En compagnie d’Infinit’, la fine fleur de la relève apparait sur ce volume 2 : Dinos, Jok’Air, Triplego, Krisy, Mehdi & Slimka, Swing et Blu Samu. Inf’ est aussi invité sur l’album d’Alpha Wann, pour un autre titre de kicker (« Le Tour »), qui met tout le monde d’accord. Et si Infinit était, en compagnie du boss de Don Dada, « le dernier rappeur qui rappe » ? – Chafik

Le 28 septembre : L’Or Du Commun – Sur ma vie (Prod. Vax1)

Un an après la sortie de leur EP Zeppelin, l’équipe de LODC vient tout juste de diffuser sur la toile le deuxième extrait de son futur album Sapiens prévu pour l’automne. Le moins que l’on puisse dire est que les Bruxellois semblent bien décidés à marquer le rap francophone de leurs empreintes. Le morceau « Sur ma vie » en est le parfait exemple puisque les trois compères ont fourni une nouvelle fois un travail exemplaire. Tout d’abord, le choix de la production n’est pas anodin. En effet, les Belges se sont tournés vers le Lyonnais Vax1, beatmaker qui demeure gage de qualité. Le morceau quant à lui est entraînant, énergique et plein de fraicheur. Enfin, il convient de souligner que le clip réalisé par Romain Habousha est bien soigné et colle parfaitement à l’univers original du groupe. – Jordi

Le 14 septembre : luXe feat. Deen Burbigo

A l’instar d’un Freeman, d’un K.Rhyme Le Roi ou du duo Psykopat, luXe fait partie de ces MC’s qui se sont d’abord illustrés par la danse avant de prendre le micro. Alors que rapper est entre autres parti d’un recyclage nécessaire pour les premiers quand les danseurs ont commencé à disparaître des groupes de rap à la fin des années 90, pour luXe c’est venu des encouragements de certains membres de L’Entourage de raconter son vécu au début de la décennie 2010, alors qu’il exerçait encore sa passion à New York. Avec un parcours atypique et un centre de formation (L’Entourage, toujours) composé de fin limiers, il y avait de grandes chances pour que le résultat vaille le détour. Lexington, son projet « carte de visite », confirme ce pressentiment, et il y est justement beaucoup question du vécu de luXe comme dans « J’étais là » en featuring avec Deen Burbigo. Ce dernier livre là un couplet de kickage pur, qui fait un peu oublier les concessions observées sur Grand Cru. – Olivier

Le 21 septembre : Hors Piste & Mani Deïz – Mal vu

Il y avait la chaîne Daymolition, il y avait la chaîne Give Me 5, il y a désormais la chaîne de Mani Deïz. Beatmaker qu’on ne présente plus, il incarne désormais un dénicheur de pépites en se lançant dans la production d’artistes totalement méconnus du grand public, en proposant des albums en commun comme ce fut le cas les années précédentes avec Hartigan ou HAM Mauvaise Graine. Ce mois d’octobre, ce sont donc successivement le rappeur solo Oz (le 19) puis le duo Hors-Piste (le 26) qui seront à l’honneur. « Mal vu » est le premier extrait de l’opus « Deïz Mesures ». Recette classique en ce qui concerne les sorties du Kid Of Crackling : des rimes en cascade et une boucle à la mélodie évidente. La mission est accomplie, car les Parisiens Kyro et Trelo aka Hors-Piste sont désormais dans les radars des amateurs de Bon Son. Gage à eux de confirmer que les talents que Mani prescrit sont tous des tueurs. – Antoine

Le 6 septembre : Fanny Polly – Introduction (Prod. Sound’n’Pics)

C’est l’histoire d’une jeune femme de Mouans-Sartoux dans le 06 qui monte à Paris pour sa passion, la danse, et qui devient rappeuse en 2016. Repérée par la Scred Connexion, elle poursuit son chemin, avant d’être produite par les grands frères Koma et Mokless. S’ensuivent les premières scènes, en particulier des performances très soignées au Scred Festival et au Demi Festival. « Introduction » annonce son premier album Toute une histoire, qui sortira en octobre. Dans ce morceau de bravoure sans refrain, Fanny Polly montre bien tout son potentiel, entre un flow efficace, une voix, un sens de la formule et un vécu. Si comme elle vous trouvez « le rap au féminin un peu mou ces temps-ci », vous allez changer d’avis. Fanny Polly, une rappeuse à suivre. – Chafik