Après avoir été un trio (je ne parle pas du groupe de “musique”), puis un couple, nous revoici en triplette, que dis-je, en triangle isocèle, même équilatéral ! Oui, nous sommes à nouveau trois; le père, le fils, le saint esprit; le passé, le présent, le futur; le matin, l’après-midi, le soir… Enfin bref. Six mains donc, pour tenter de vous offrir le meilleur du rap US (et parfois UK). Et j’ai bien dit “tenter”.

Russ – The Flute Song (Prod. Scott Storch)

Si Atlanta était un royaume, Young Thug en serait surement le roi, Future la reine, Migos le duc et Russ le prince. Et même le petit prince, pour faire un clin d’œil à Antoine. La pépite américano-italienne continue de sortir des très bon morceaux, qu’ils soient esseulés (comme le très bon “Sore Losers”) ou comme ici, qu’ils fassent partie d’un projet. Extrait de son prochain album à venir le 7 septembre prochain et intitulé Zoo, Russ a fait appel à MONSIEUR Scott Storch (aka “Still Cocain Dre”) pour le morceau “The Flute Song”. Quelques accords magiques, un beat plutôt béton, le flow à vitesse modulable de Russ et le tour est joué. Un banger comme on les aime, léger, un peu chantant et rafraîchissant. Clément

Mick Jenkins – What Am I To Do (Prod. Kaytranada)

Au début du mois, Mick Jenkins a annoncé son nouveau projet, intitulé Pieces of Man. L’annonce de ce nouvel opus n’a pas été accompagné de sa date officielle de sortie, mais le natif d’Alabama en a profité pour sortir deux morceaux inédits. Le premier extrait “Bruce Banner” est donc sorti le 6 août, accompagné 20 jours après de “What Am I To Do”. On retrouve l’hyperactif Kaytranada aux manettes pour une prod’ un poil kitsch, qui fleure bon les 60’s/70’s. Mick Jenkins, lui, est toujours aussi efficace, adaptant son flow comme il le souhaite et distillant quelques lyrics plutôt bien senti. Vivement l’album donc. Clément

“[…] Don’t expect a hand-clap ’cause you swim upstream

I’m expecting sand traps, I be in the green
If we talking green backs I’m back in the black
Been having the formula since Similac […]”

Method Man – Grand Prix (Prod. Dame Grease)

On vous l’avez annoncé ces mois derniers, mais on vous le redit ici : les vieux de la vieille sont de retour. Le mois d’août a vu Cypress Hill, Redman et Method Man sortir des morceaux inédits, et encore mieux, récents. Exit Redman dont on a parlé le mois dernier (écoutez quand même son dernier morceau, “1990 Now”) et nos amis de Cypress, avec lesquels nous n’avons plus les mêmes atomes crochus que jadis… Contrairement à ses collègues cités ci-dessus, Method Man n’a pas fait dans la madeleine de proust des 90’s mais bel et bien dans les atmosphères modernes. Un beat avec beaucoup d’influences grim, assez tranchant, et un Method Man plutôt en forme, cisaillant ses mots avec l’efficacité qu’on lui connait. Clément

“[…]You can try but you’ll never understand me
I plan to give it to you raw get a plan B
Y’all be racing to the cash that’s a gran prix
I go Ricky bobby for that bag, that’s a guarantee […]”

Hermit and the Recluse – The Punishment of Sisyphus

Ka, mis en musique par Animoss, nous conte la lutte entre Argonautes et les Sirènes pour imager vie, celle de son peuple, etc. Muri pendant trois ans, le disque attribue un mythe grec à chacune des 10 plages. La production est faite de nappes de samples oppressantes, presque dépressives, empilées les unes sur les autres sans élément percussif extérieur aux samples originaux. Ka a toute la place nécessaire pour s’exprimer. Son écriture, toujours très dense, s’écoule avec une nonchalance perpétuelle mais également une intensité et une profondeur telles que l’on n’a le temps de s’ennuyer. Le sempiternel et impertinent parallèle entre rap et poésie, habituellement annonciateur d’ennui, prend, là, tout son sens. Dans “The Punishment of Sisyphus”, une voix masculine revient sans cesse crier « Hey » sur un fond de guitare électrique et claviers pour que Ka rappelle le prétentieux Sisyphe qui défiait les Dieux, se déclarant plus intelligent que Zeus avant d’être réduit à pousser éternellement un rocher sur une colline au royaume d’Hadès, lui qui donne son nom au titre suivant. Ka, lui, décide « nourrir humblement sa fierté », ayant triomphé des embûches de la vie ou des autres hommes. Wilhelm

Elcamino – Friend or foe (Prod. Shay)

Alors que c’est celui de Benny qui était annoncé pour l’été, c’est le discret El Camino, moitié membre de l’écurie Griselda moitié 5ème roue du carrosse, qui a sorti son album Walking on Water. Le Drake de Buffalo – dixit Benny… juste parce qu’il sait chanter –, nous livre une très solide carte de visite. Les amateurs de l’écurie de Buffalo ne seront pas surpris par la formule typique Daringerienne (qui, d’ailleurs, est… absent du disque), mais la particularité d’Elcamino tient dans ses refrains chantés très efficaces et pertinents. On en regrette même qu’il ne soit pas plus sollicité sur les projets de ses compères beaucoup plus exposés. Une certaine proximité vocale avec Westside Gunn se fait légèrement ressentir lorsqu’il rappe et devient presque évidente sur les skits. Ces deux-là partagent aussi une estime d’eux-mêmes très élevée. Aussi, les samples toujours très soul et jazz seront familiers pour beaucoup puisqu’on retrouve notamment Joe Williams (« La Routine » de la Scred Connexion), Syl Johnson (« Elle donne son corps avant son nom »), Them Two (« Purified Thoughts » de Ghostface Killah ou « Good Man » de Pusha-T et Jadakiss), l’immense « Simply Beautiful » d’Al Green, etc. Dans « Friends or Foe », c’est Don’t you leave me baby de The Founders qui est bouclée. Wilhelm

Travis Scott – Stargazing (prod. Sonny Digital, B Wheezy, B Korn & 30 Roc)

Non, Travis Scott n’a pas sorti le meilleur du siècle, de l’année, de sa carrière ni même du 3 août (YG). La suite directe de Rodéo est néanmoins de très bonne facture. Celui-ci avait fait de lui un rappeur star. Maintenant, après le succès encore plus énorme de Birds in the Trap Sing like McKnight et son mariage avec Kylie Jenner (puisque ces choses comptent), c’est désormais un personnage pop à part entière. Cette introduction annonce tout ce que va être l’album. Plus le temps de regarder les étoiles (subir les drogues), Jacques est un mari et père sobre pour celles qui l’ont sauvé. Le parc d’attraction ouvre sur une note introspective, donc, et fait une pléiade d’hommage au rap, tant passé que présent. Musicalement aussi, on aperçoit ce que seront ces 58 minutes. Alors qu’on croit le morceau s’achever, une deuxième instrumentale lance une partie plus rappée, avec la voix (presque ?) naturelle du texan. Finalement, le plus gros défaut de cet album, c’est l’apparition de Drake, qui singe très mal Juicy J, mais c’est un peu ce train fantôme toujours très décevant qui n’empêche pas de passer un bon moment. Wilhelm

Uncle Murda – Get The Strap feat. 50 Cent & 6ix9ine & Casanova (prod. Trilogy & Blanco)

Ce très joli clip accompagne l’épisode de Power sorti le lendemain. Dans la série, Curtis Jackson interprète un dealer de drogue rival au personnage principal. Dans le morceau, titré d’après le gimmick de ce dernier lors de ces commentaires sur différents beefs, 50 Cent est en pleine démonstration de force accompagné des excellentes prestations d’Uncle Murda et Casanova. Le refrain suit les événements de l’épisode et les couplets sont empreints de rue et de violence. Évidemment, il faut mentionner le plus jeune et tristement célèbre de la bande. Frasques extra-musicales mises à part, la présence de 6ix9ine est loin de gâcher le morceau même s’il est très en dessous tant musicalement que lyricalement. Point positif, son association avec Casanova scelle la fin de leur beef en musique. C’est toujours plus intéressant que les publications un peu gênantes des deux hommes sur les réseaux sociaux et, surtout, la fusillade qui mêlait leurs équipes respectives. Point négatif, puisque la paix c’est chiant, il reprend les piques à l’égard Chief Keef de manière subliminale après une interview volontairement ridicule où il disait vouloir mettre un terme à leur querelle. Wilhelm

YG – 10 Times (Prod. DJ Mustard)

Malgré la canicule, l’été n’était sans doute pas assez rouge avant ce mois d’août. Après Blame it on the streets en 2014 et Still Brazy en 2016, YG continue sur son rythme de sénateur en sortant son troisième album solo intitulé Stay Dangerous. De quoi ravir les plus fervents adeptes de gangsta rap issu directement de la source. Et le MC de Bompton, toujours accompagné de DJ Mustard à la production, frappe fort dès l’introduction, avec un morceau dans la plus pure tradition du gangsta rap angelin, avec tous les thèmes classiques passés en revue, sans pour autant négliger le caractère « cassage de nuque » propre au rap de cette partie de la planète. Xavier

Don Q – He the Man (Prod. The Winners Circle & Go Grizzly)

L’un des plus grands espoirs du rap new-yorkais est de retour aux affaires, quelques mois après un Don Talk plutôt décevant. Et avec Don Season 2, on a peut-être l’album référence pour Don Q, avec des invités de marque, comme 50 Cent, A Boogie Wit a Hoodie, Dave East ou encore Moneybagg Yo. S’il n’a pas été chose simple d’extraire un morceau de cet ensemble de rap brut et brutal, notre choix s’est porté sur l’excellent « He the Man », où le MC de Highbridge dézingue littéralement une production très « zaytovienne » de The Winners Circle et Go Grizzly (que l’on a pu voir récemment produire pour Kevin Gates). Et on espère que cet album soit enfin la pierre qu’il manquait au véritable démarrage de la carrière de Don Q. Xavier

YoungBoy Never Broke Again – We Dem

Le jeune (et bien nommé) YoungBoy s’est montré extrêmement actif cette année, alors qu’il n’a pas encore 20 ans. Avec l’EP 4 titres 4 Freedom, le MC issu des terres brûlées de Baton Rouge n’en est pas moins qu’à sa troisième sortie de l’année (dont son premier album Untill Death Call My Name), alors que le second volume de ses mixtapes collaboratives avec Moneybagg Yo, Fed Baby’s, est toujours prévue pour le dernier trimestre. Et la recette est toujours la même. Une voix criarde et brisée contant les tragédies d’un homme ayant vieilli trop vite, n’étant pas sans rappeler un certain Kodak Black, qui croupit toujours dans les obscures geôles étatsuniennes. Xavier