Ça faisait longtemps qu’on l’attendait… Et de pied ferme qui plus est. Des années qu’on garde un œil, ou plutôt une oreille attentive sur le rappeur membre du Bohemian Club, du Val Mobb Industries ou encore de l’excellent duo Ol’Kameez. La première fois, et on s’en rappelle comme toutes nos premières fois, c’était pour la net tape d’Hippocampe Fou en 2011 suivie de près par le premier album éponyme d’Ol’Kameez, avec son compère Skyle. Je vous parle d’un temps où Lomepal n’avait pas encore sorti Cette Foutue Perle

Sur le cours, j’ai trop d’swagg caleçon à la Medvedev
Gueule de G-Squad à fond, on dit que mon mécène, c’est Dave
J’vous graille en deux-deux, comme les sandwichs SNCF
Le corps d’la miss est bleu, ça fait un bail qu’j’essaye ses lèvres […]

Hippocampe Fou – Guerre, Haine & Individualisme (feat. Skyle, Walter & T.I.S)

On a donc découvert Walter en 2011, mais aussi avec le succulent Petits Meurtres Entre Amis sorti la même année. (un projet qui réunissait Nekfeu et Guizmo, par exemple). Le très goûtu projet 22h-06h, avec Lomepal, confirmera tout le bien qu’on pensait du rappeur du 77. Entre temps, plusieurs apparitions chez Grünt (les premières éditions précisément), quelques featurings et  morceaux volants sur les réseaux. Mais il faudra véritablement attendre 2014, et le second volume (ou plutôt le volume 1.5) d’Ol’Kameez pour réentendre la voix gutturale et les textes de Walter.

Puis vint la vague « trap » et les influences sans doute plus américaines. 2015 marqua la montée du groupe Bohemian Club, composé de Zoonard, Orus, du beatmaker GooMar et donc, de Walter. Le 29 avril 2015 sortait leur premier opus plutôt réussi, Bohemian Groove. Atmosphères glauques, instrumentales tout aussi énervées que les emcees : le Bohemian développe son rap percutant et incisif. Proche de la 75e Session et du Dojo Klan, ce n’était donc pas un hasard de constater la présence de Walter aka Waltmann sur le 444 nuits de Népal, un an plus tard.

Je rime sans manière, c’est voulu
Revenir en arrière, c’est foutu
Je n’joue plus, j’ai tout vu, t’es mourru
Eux s’fixent dans la pierre […]

Népal – Overdab (feat. Fixpen Sill & Waltmann)

La noirceur des ses textes, les placements et les césures de Walter ont toujours attiré notre attention. Que ce soit sur du boom-bap ou de la trap, Walter aka le sommelier (surnom mystérieux) est toujours dans le vif du sujet, avec l’ironie, l’absurdité et le sarcasme justement dosé. Du rap qui fait grincer des dents, qui fait rire jaune ou/et fait broyer du noir. Un artisan du mic avec beaucoup de verve, et une précision dans le choix des mots et des expressions.

Tout ça nous emmène en 2018, année durant laquelle le rappeur nous donne rendez vous fin juin, début juillet, pour son premier solo véritable, intitulé T.O.C. Produit par une jolie brochette de beatmakers (Sheldon, GooMar, A Little Roster, D-Side et Parysys) et accompagné de quelques featurings comme Vesti, Hankock ou encore Nigel (également producteur sur le projet), Walter nous livres ses tocs (cette fois sans camisole) avec huit pistes dont lui seul à la recette, toujours avec cette intonation profonde et cette voix caverneuse. Références ésotériques, troubles compulsifs, pulsions animales, condition humaine, rapport homme/femme, drogue, sexe, pornographie… Les sujets sont variés mais rarement joyeux.

Je ne veux pas cette vie là
Je ne veux pas faire l’dictateur
Tu ne veux pas être tricard
Tu ne veux pas d’aide p’tit acteur […]

Walter – Allez 3

Les atmosphères sont sombres et les productions menaçantes, même si on retrouve le saint arpège oscillant entre les bells et l’orgue sur quelques morceaux. Peut-être que faire un album « trap » n’est plus possible sans ces montées/descentes de notes. On retiendra tout de même la prod hypnotique de GooMar, qui ouvre le projet avec le morceau “Secteur 2” et qui donne plus d’un frisson ainsi que le mastodonte fourni par Nigel sur le track “Diablesse”.

Au final, ce premier EP ou ce premier mini solo, appelez ça comme vous voulez, est plutôt une réussite. Certains morceaux sont trop courts et certaines instrumentales peut-être trop entendues (maudits soient les type beats), mais l’essentiel est là. Un huit titres homogène, qui place enfin Walter comme un rappeur à part entière, et non pas simplement comme un larron prenant part à plusieurs collectifs. Espérons qu’il ne faille pas attendre quatre ans pour entrevoir la suite…