Oui, le mois d’avril fut celui du Sneazzy Gate et du changement des règles pour les certifications dans le streaming. N’oublions pas pour autant qu’il s’agit pour l’instant du mois le plus fourni de l’année en termes de sorties rap francophone.

Le 6 avril : Alpha Wann – R5 et Murcielago (Prod. Hugz Hefner)

De retour ce mois-ci avec le troisième volet de sa série Alph Lauren, le Parisien nous gratifie avec ce qui est le second titre de l’EP, d’une leçon de groove réjouissante. Rimes fines et flow subtil au programme, Alpha Wann continue de nous impressionner et de s’imposer sans doute comme l’un des MC les plus intéressants de la scène parisienne. La prod voluptueuse d’un Hugz Hefner toujours aussi bon aux manettes, caresse tranquillement les mots du Don et accompagne délicieusement la virée. On apprécie sans retenue de s’asseoir pour 3 minutes à la place du mort et de se laisser promener avec tant de classe. Et tant qu’on y est, restons branchés pour une petite demi-heure de plaisir et passons-nous le projet en entier… il vaut clairement la balade. – Sarah


Le 6 avril : Lefa – Seul

Depuis son retour, Lefa semble décidé à poursuivre sa route de manière déterminée. Un album court mais d’une qualité certaine qui se conclue avec cette outro : une boucle de piano, un discours introspectif avec cette dose d’egotrip bien sentie et le tour est joué. Lefa sait où il va, sûr de son fait et cela se ressent dans sa musique. Le projet est à écouter car il se pourrait bien qu’il s’agisse de l’un des albums de l’année 2018. – Costa

Le 27 avril : Alkpote – La cour des miracles (Prod. EBTZ)

Le crâne d’œuf d’Evry-Courcouronnes est réellement inarrêtable depuis maintenant plusieurs mois. En avril, Inferno est venu s’ajouter à la gigantesque discographie d’Alkpote. Et la recette est toujours la même. Un multi-syllabisme à faire froid dans le dos, du name-dropping inattendu et un vocabulaire toujours aussi fleuri. Seul DJ Weedim manque à l’appel, Alkpote ayant fait appel à un grand nombre de producteurs pour l’opus, entre autres, Cody Mac Fly, Myth Syzer, I.N.C.H. ou encore EBTZ, aux manettes de l’excellent « La cour des miracles » que nous avons choisi d’extraire. Et s’il nous arrive à quelques moments de nous ennuyer sur Inferno, avec quelques impressions de déjà entendu qui ne sont pas toujours accompagnées par la grande qualité musicale qu’avait Sadisme et Perversion, quelques morceaux sortent clairement du lot. Celui-ci en fait partie, avec sa production nerveuse et martelée qui permet de faire sortir le meilleur Alkpote de l’album. – Xavier

Le 8 avril 2018 : Ormaz – OGG999 Part 1 (Prod. Rolla)

La meilleure plume du Panama Bende (le débat reste ouvert, bien entendu) est ENFIN de retour avec le morceau « OGG999 PART 1 », sorti en début de mois. Ormaz lâche un morceau assez sombre sur quelques arpèges mystiques, avec comme à son habitude, beaucoup d’égotrip. Rare membre de sa bande d’acolytes à ne pas avoir sorti de solo, Ormaz délivre ici la partie 1 d’une partition impeccable. Le rappeur parisien se permet même de comparer sa team à l’équipe de basket d’Oklahoma City (« Mafia Bende efficace comme OKC, retiens nos récits »). On rappelle que cette année, l’équipe d’Oklahoma City n’a pas passé le premier tour des playoffs annuels… Blague à part, espérons que la suite arrive très bientôt ! – Clément

Le 19 avril : Kekra – 10 Balles (Prod. Narcos)

Un semestre de repos aura suffi à Kekra pour repartir de plus belle en 2018. Quelques mois après la sortie de Vréél 3, son dernier opus en date, le rappeur masqué est de retour avec un excellent morceau accompagné d’un clip fabuleux tourné dans les cités Font-Vert et Benza à Marseille, en noir et blanc et alternant les plans à l’envers et à l’endroit. Sur une instrumentale magistrale signée Narcos, rappelant quelque peu la production de « Eaux Troubles » (présent sur Vréél 3) probablement grâce aux harmonieuses notes de piano, Kekra régale une fois de plus, entre flows mélodieux et couplets de trafiquant de drogue. Et les yenyen que nous sommes adhèrent bien évidemment. – Xavier

Le 13 avril : C.Sen X Grems – Bons vivants (Prod. Keno)

Cinq ans près son album Tunnel, C.Sen a enfin fait son retour tant attendu. Afin de patienter jusqu’à la sortie de Vertiges le 13 avril dernier, l’artiste parisien nous a livré une demi-douzaine de morceaux depuis le mois de février. Il semble avoir pris le temps de préparer cet opus et d’avoir réfléchi à une ligne directrice en termes de musicalité. Entièrement produit par Keno, il regorge de nombreuses pépites enivrantes sur lesquelles le rappeur « anti-héros » apparait comme très habile techniquement . Nous pensons par exemple à des morceaux comme « La vraie, la belle », « Classe » ou encore « Bons vivants » sur lequel il croise le micro avec Grems. Les deux mc’s, aux univers proches, partagent en plus du rap une passion pour le graffiti. A noter que c’est la deuxième collaboration des deux rappeurs en 2018. En effet, C.sen fait une rapide apparition sur l’album Sans Titre #7 du membre du TT Crew. – Jordi

Le 20 avril : Veerus – Jacques Chirac 2.0 (Prod. Just Music Beats)

Le temps et le quinquennat clivant de Sarkozy aidant, Jacques Chirac semble bénéficier depuis maintenant plusieurs années d’une cote de sympathie importante, laissant le souvenir d’un bon vivant espiègle et combinard. Ce n’est donc pas pour rien si Veerus, sur son premier album Iceberg Slim paru le mois dernier, a décidé d’intituler un morceau « Jacques Chirac 2.0» afin de vanter le style de vie et l’hédonisme propre aux affranchis, épaulé par le Bruxellois Caballero et les zins du 0.6. Veust et Infinit, venus apporter leur expertise microphonique à cet exercice réussi. « On prend cette monnaie à la Jacques Chirac / Puis on oublie tout à la Jacques ». Mais que ce sourire au coin des lèvres à l’écoute des références à l’ancien Président ne nous fasse pas oublier le bruit et l’odeur ou les essais nucléaires en Polynésie. – Olivier

Le 15 avril : Nebula – Mood

Les expérimentations d’Axizzle, Malik et Meis accouchent depuis plus d’an de sonorités extrêmement différentes d’un morceau à l’autre. Leur entité Nebula désormais lancée dans une course au rythme d’un morceau chaque dimanche, l’embarras du choix nous guettait à l’heure de l’extraction. Pardon aux garants du sens de l’Histoire, on s’est permis d’élire un morceau à l’ancienne dans toutes ses composantes. L’occasion de retrouver avec plaisir les placements et références de Malik et la technique de Meis, entrecoupés des cuts de DJ Lotfé. – Manu

Le 26 avril : Dinos feat. Youssoupha – Bloody Mary

Dinos semble avoir pris la mesure de l’attente autour de la sortie d’Imany, son très attendu premier album paru le mois dernier. En effet, en plus de faire preuve de plus de maîtrise dans son rap, il s’évertue à parler au plus grand nombre, que ce soit dans ses textes ou dans le choix des sonorités, quitte à délivrer parfois des morceaux un peu attendus. Si vous ajoutez à cela une plume hors pair, vous obtenez quelques points communs évidents avec un certain Youssoupha, présent sur le très bon « Bloody Mary ». Sur son couplet, et en interprétant son texte à la manière d’un homme ivre, Dinos laisse son esprit divaguer sans filtre, tout en ne manquant pas de lâcher quelques références  de rap français pointues et soigneusement choisies, comme sur de nombreux morceaux de l’album, avec une mention spéciale à son imitation parfaite de Despo Rutti. – Olivier

Le 26 avril : Veence Hanao X Le Motel – Lexomil

Quatre ans après l’excellent Loweina Laurae, Veence Hanao est enfin de retour, pour un EP cette fois-ci, intitulé Bodie, et entièrement produit par Le Motel. Si le délai peut paraître grand à l’heure où prime l’hyperactivité, force est de constater que le MC bruxellois n’a rien perdu de sa verve. Le sens de la formule, empreint de poésie, est toujours aussi redoutable, et le spleen émanant de ses textes toujours sombre et épais (parfois à la limite du malaise, comme sur l’introduction « Parking »). Cette noirceur dans le propos est forcément le fruit d’un mode de vie noctambule, décrit dans l’excellent « Lexomil ». Sur une boucle lancinante de piano du meilleur effet, Vincent y déclare en effet son amour pour la nuit, et l’infinité des possibilités qu’elle contient. “Je connais la nuit, ses odeurs, ses mélodies, ses fluides, ses flammes, comment préférer dormir ? L’ambiance en stud’, man, tout est possible, depuis le premier tram et les zombies sous Lexomil.” – Olivier