Presque un an tout juste après la sortie de “La vie augmente Vol. 1”, qui avait enthousiasmé nombre d’entre nous, le trentenaire Bruxellois nous invite à découvrir en cette fin de mois de mars le deuxième volet de ce qui devrait être une trilogie. Plus introspectif, comme le suggère la pochette qui dévoile le dessous du sourire du Belge, ce volume 2 est peut être un peu moins décalé dans les textes mais les choix musicaux n’en restent pas moins intéressants et Isha a encore de très belles choses à proposer sur ce nouveau projet. Son flow, toujours fermement posé sur des 16 efficaces, s’efface notamment çà et là sur des moments chantonnés plutôt réussis, se jouant parfois d’un autotune calibré, mais toujours avec subtilité, et se laisse aller à des jeux de rythmes fort plaisants.

De nouveau en 10 titres, on retrouve sur ce deuxième opus des producteurs déjà vus aux commandes de certains titres du premier, Eazy Dew et BBL en tête. Tirant ainsi cette fois-ci les ficelles de la majorité des morceaux, les deux beatmakers proposent un style qui colle parfaitement, chacun dans leur genre, à la patte et aux intentions d’Isha, sans l’enfermer. Entre tentation banger et ballades plus sentimentales, l’éternellement prometteur Isha nous promène pendant tout juste une demie heure, dans un nouveau quartier de son savoir-faire, et on n’est pas déçu du détour.

Le projet s’ouvre sur un court morceau, pesant et grave, où le Belge balance des vers d’une sincère violence entre de grandes respirations oppressantes, sur une prod en crescendo de Eazy Dew. Comme coupé en trois parties indépendantes, le titre plante immédiatement le décor. Accueillis avec une petite claque, on a l’impression de se sentir désormais préparé à ce que devrait être ce deuxième opus : une démonstration de force. C’est alors qu’un BBL en bonne forme prend le relais à la prod, pour permettre à Isha de poser sur une instru plus légère un texte qui semble à contre emplois, à la fois plein de regrets, de remords et de promesses. Avec une musicalité évidente et une fragilité assumée sur la voix au refrain, nous voilà embarqués dans un univers moins lourd en apparence, où le flow, plus caressant, se fait aussi plus abordable.

« Ils n’ont qu’une idée, c’est d’te crucifier, ils auront l’air con dans tes pompes, s’ils marchent avec des plus p’tits pieds » – L’augmentation pt 2.

 

Au fil des morceaux suivants, on va ainsi osciller entre ce qui ressemble à deux ambiances : légère et musicale d’un côté, dense et épineuse de l’autre. A moins de combiner souvent les deux, comme sur l’impressionnant « Domomamai », qu’Isha avait dévoilé en janvier. On l’entend là avec plaisir s’emporter sur un rythme aux accents électro, et on se surprend à reprendre le mantra du son dès la première écoute, en sautant tout seul chez toi, s’imaginant sans difficulté au cœur d’un pogo en live… Un peu avant dans l’album, le titre « 243 Mafia », en feat avec le jeune rappeur belge Makala, faisait échos au banger, usant d’une mécanique semblable, entre un refrain répétitif asséné avec puissance et un BBL inspiré à la prod.

 

Tricoté avec soin, le projet avance, une maille au-dessus, une maille au-dessous, et nous balade ainsi dans l’univers varié et subtil de Isha. Les morceaux « MP2M » ou « Rien », très introspectifs, nous entraînent le temps d’une danse chaloupée et insouciante dans les méandres des souvenirs et des sentiments du MC, pourtant pas franchement tendres, tandis que « L’augmentation pt 2 » ou « Caravane » nous offrent un paysage plutôt sombre de la vie selon Isha et nous poussent plus directement à la réflexion.

« C’est un mélange de joie et de tristesse, mes larmes ont pu remplir des citernes » – MP2M

Bien accompagné, le Belge signe aussi sur ce projet quelques featuring bien sentis. Le premier d’entre eux, « Tosma », dévoilé en début d’année, fait une jolie part à ses deux compatriotes JJ & Caba, et parvient à intégrer l’univers un peu frivole du duo sans perdre de vue ni le sens, ni l’identité du projet. Les beatmakers qui se partagent le gâteau, rivalisent de talent pour souligner l’étendue du savoir-faire d’Isha. Méticuleusement choisis et mixés, les instrus mettent parfaitement en avant ce flow qui sait jongler entre 16 rudes et véhéments et douce musicalité.

Le morceau de fin, « La maladie mangeuse de chair », clôture avec une grande classe un projet d’une immense qualité. Avec un flow qui assume un groove adouci servi par une prod aux petits oignons de Cehashi, le calme et la fermeté de la voix du Belge assène une vibe presque nostalgique, pour ce qui n’est heureusement qu’un au revoir. Vivement que la vie augmente encore d’un cran.

« Ouais, j’vais l’faire toute ma life, Faire l’amour et la guerre, j’trouve ça hype, La puissance vient d’en haut, Dans la misère, j’trouve la vibe » – Caravane