Ancien membre du groupe La Formule en tant que rappeur et beatmaker, Pedro le Kraken s’est tourné il y a quelques mois vers une nouvelle discipline : le live MPC. Cette fois-ci en solo, il propose au public un show explosif aux sonorités variées qui mérite d’être reconnu. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec l’artiste nantais durant ce mois de février.

Pour commencer, peux-tu nous dire si tu as une formation musicale?

J’ai commencé la batterie à 8 ans. Par la suite, je me suis mis à la guitare, à la basse et au piano. J’ai fait de la batterie jusqu’à mes 14-15 ans. Évidemment cela a été un apprentissage important dont je me sers aujourd’hui pour la MPC.

Les sets que tu proposes en live sont assez hétéroclites. Quelles ont été tes influences ?

J’ai écouté vraiment de tout : du rock, du grunge comme Nirvana ou de la musique classique comme Vivaldi par exemple. The Prodigy ainsi que les Daft Punk en éléctro. En fait, je m’ennuyais un peu à jouer du rap donc je me tournais vers d’autres horizons, plus techniques. Sans être fan des chansons et des mélodies, j’ai même écouté du Blink 182 car le batteur, Travis Barker, était incroyable. C’est un artiste qui m’a influencé à la batterie. J’ai aussi écouté beaucoup de musique de films. Au niveau des constructions musicales, un compositeur comme Hans Zimmer est pour moi une référence.

Tu arrives dans le milieu hip-hop comme membre du groupe nantais La Formule. Comment le groupe s’est-il formé?

On avait tous un pote en commun qui montait un projet autour d’un média qui souhaitait promouvoir le rap de Nantes et sa région. Nous étions tous dans le même style d’écriture et on se croisait régulièrement dans des événements. Un des membres du groupe a proposé le nom de la Formule et on a sorti un clip qui a bien tourné. Il nous a permis de faire beaucoup de concerts par la suite. Nous avons ensuite sorti l’EP 5E. Le groupe était composé de Ladislas, Didoo, Meis, Véridik et moi.

Au sein du groupe tu rappais mais tu t’occupais déjà de la partie production. Comment t’es-tu retrouvé à composer?

Cela faisait un moment que je faisais des prods de mon côté. Étant donné qu’on rappait pas mal sur mes instrus, on s’est mis d’accord pour garder une ligne directrice cohérente au niveau des sonorités. On a opté pour conserver un seul beatmaker pour le projet.

Comment es-tu passé des instruments de musique à produire des beats de rap ?

En fait cela s’est fait progressivement. J’ai commencé le beatmaking vers mes 19 ans environ. Tout d’abord sur PC pendant deux ou trois ans. J’ai arrêté pendant un moment et je m’y suis remis un petit peu avant la formation de la Formule.

Quels étaient les producteurs que tu suivais à l’époque ?

Niveau rap américain, Dr Dre évidemment, J-Dilla et Scott Storch. En France, Skread, Nizi et Imhotep, qui sont pour moi des références. Je connais et je suis leur travail depuis de longues années. Il y en a beaucoup que j’apprécie mais c’est ceux que je retiendrai.

Avec la Formule, vous n’avez pas sorti d’autres projets. Comment se fait-il que le groupe n’ait pas continué ?

Il y a plusieurs choses qui ont fait que nous nous sommes arrêtés. Nous étions un groupe composé de cinq personnes et nous avions tous un projet en solo avant le groupe. Nous savions donc qu’après la sortie du premier EP, chacun allait continuer ses propres projets de son côté. C’est exactement ce qu’il s’est passé.

C’est donc après cette aventure que tu décides de te tourner vers le live MPC ?

Cela faisait des années que j’étais intrigué par les MPC et que j’avais très envie d’en tester une. Mais j’ai pris mon temps pendant plusieurs années. Pour le premier gros concert de La Formule, j’en ai acheté une. C’était une MPC 2500. Quand je l’ai eue entre les mains, j’ai tout de suite adoré.

A quel moment tu décides de travailler sur un live composé exclusivement de fingers drumming ?

Après ce fameux concert, j’ai joué dessus pendant près de six mois pour pouvoir proposer par la suite un réel show d’une heure. J’ai trouvé de nouvelles techniques au fur et à mesure et je me suis perfectionné autant que je pouvais. A cette époque, j’ai d’ailleurs composé la reprise d’ « Emmenez-moi » de Charles Aznavour que je joue encore en live car il est apprécié du public. Ce morceau est sorti seulement il y a quelques mois sur internet mais en fait je l’ai composé il y a cinq ans !

Concernant cet EP, lorsque tu le joues en concert, il y a toute une scénographie assez impressionnante. Peux-tu nous dire avec qui tu travailles pour la scène et pour ta web série ?

Bien sûr ! A mes côtés, on peut retrouver Raphaël Barreau qui est technicien lumières. Il s’est occupé de la web série mais il bosse aussi avec moi sur les concerts. Concernant la vidéo, il y a  Kévin Charvot qui s’est occupé de la réalisation. Enfin, Moshi Motion, qui s’est chargé de la partie animations graphiques vidéoprojetées sur l’écran géant. Elles sont travaillées en fonction de chaque morceau. Je viens d’ailleurs de bosser récemment sur l’évolution de la scénographie. Elle est encore plus puissante qu’avant. Les 16 pads sont reproduits sur un écran géant derrière moi et réactifs à chaque fois que j’appuie sur l’un deux. C’est quelque chose d’inédit. On a pu présenter ce travail récemment au cours de concerts à Angers et Nantes.

Peux-tu expliquer en quoi consiste le live MPC, d’un point de vue technique ?

En réalité c’est assez simple. Tout ce qu’on entend, c’est à dire chaque sonorité correspond à un déclenchement de pad. C’est donc du 100% live.

En clair il n’y a pas de boucles de programmées ?

Voilà exactement, il n’y a pas de loop. Un son correspond à un élément sur un pad. Si tu entends trois charleys de batterie différents, avec un kick, un snare et une cymballe, ainsi que des notes de basse et de piano, c’est que tout est joué en même temps. Je dois déclencher plusieurs pads à la fois avec une certaine rapidité.

Concernant ta promotion, ton management et ton booking, travailles-tu seul ou tu as quelqu’un qui t’épaule au quotidien ?

Lorsque j’ai débuté ma carrière solo en 2015, j’étais avec un manager. Cette collaboration a cessé depuis quelques mois. Depuis je suis un peu tout seul à gérer ces aspects. Cependant, Mathieu, un ami à moi, m’aide de temps en temps en répondant aux mails de demande de programmation. Il ne démarche pas directement pour les concerts pour le moment. Le but final reste tout de même de travailler avec un tourneur régulier, ce qui me permettrait de me concentrer uniquement sur l’aspect artistique.

Tu as également obtenu un partenariat avec la marque Akaï Professional. Comment s’est faite cette collaboration ?

Lors de la session studio avec Imhotep à Trempolino, j’ai rencontré Karim Bennani, responsable pédagogique de la structure. Il m’a proposé de me donner un contact qu’il avait chez Akaï, pensant que mon travail pouvait peut-être les intéresser. J’avais déjà l’idée du projet Very Pad Trip. Vu que je bossais sur une MPC Akaï depuis longtemps, je les ai contactés par mail. Ils m’ont répondu qu’ils avaient déjà pas mal de partenariats avec des artistes et qu’ils n’en recherchaient pas de nouveau. Cependant, vu qu’ils connaissaient mon travail, ils m’ont tout de même proposé un rendez-vous. J’ai pu présenter mon projet. Comme il était assez novateur et qu’ils ont apprécié la démarche, ils m’ont proposé de me sponsoriser.

Par la suite, tu as donc pu acquérir un nouveau modèle de MPC en exclusivité mondiale…

Effectivement. Il s’agit de la MPC Live que j’ai reçue deux mois et demie avant sa sortie mondiale. C’est complètement fou quand j’y repense. En plus cette MPC est parfaite, c’est une véritable avancée technique et technologique.

Qu’a-t-elle de plus que les autres machines ?

Pour commencer, elle marche avec une batterie. Que tu sois dans le train ou dans l’avion, tu as six heures devant toi pour taper ta prod. Tu n’es pas obligé d’avoir un PC pour la faire fonctionner, tu peux travailler en « standalone ». C’est parfait. Elle a aussi un écran tactile. Lorsque je l’ai eue, j’ai fait profiter mes potes passionnés de machines. On l’a testée ensemble. Je pense par exemple à Juliano que je considère comme un excellent beatmaker et qui bosse sur MPC depuis très longtemps. Je suis allé voir aussi le très bon Renato Rizoli qui customisait les MPC, ainsi que Docteur KRNS qui répare avec brio des platines et du matériel électronique.

Depuis cette année, tu donnes des cours à l’école « DJ Eanov School ». Comment t’es tu retrouvé à enseigner ta discipline ?

Les 3 et 4 septembre derniers, j’étais sur un salon pro afin de réaliser des démonstrations pour Akaï Professional. J’ai rencontré le directeur de la « DJ Eanov School » qui était également présent puisque lui faisait une démo pour la marque Denon juste avant moi. Il a aimé ce que je faisais et il m’a proposé de venir travailler dans son établissement. Étant donné que j’avais effectué une multitude d’ateliers par le passé, j’ai accepté. J’ai donc commencé fin d’année dernière et cela se passe très bien. Le niveau est bon et les élèves sont motivés. Il y a un beau potentiel.

En concert, quels sont les critères qui font que tu prépares tel ou tel set ?

Je suis quelqu’un d’ouvert au même titre que mes influences demeurent variées. Je peux passer du rap old school à de la trap, du dubstep ou de l’électro. En fait, je m’adapte. Principalement, je tiens compte du contexte de la soirée et des artistes qui passent sur scène avant et après moi.

On peut te voir sur une vidéo en studio aux côtés d’Imothep. Il dit qu’il serait incapable de faire ce que tu fais car c’est un véritable métier, une discipline à part entière. Quelles sont tes méthodes de travail, de composition ? Quelle est la part d’improvisation ?

L’improvisation, justement, reste une des meilleures méthodes de travail pour composer. En bossant et en expérimentant, tu vas forcément arriver à un résultat petit à petit. Il faut savoir que tu as seize pads et donc seize sons potentiels sur ta machine. Mes éléments de batterie ne sont quasiment jamais les mêmes d’un morceau à l’autre.

Tu arrives à bosser sur ta machine de manière quotidienne?

Malheureusement non. Il faut savoir que la communication, la gestion des dates de concerts, les visuels, mon site internet et d’autres tâches me prennent énormément de temps. Je ne peux donc pas être créatif autant que je le voudrais. A l’avenir, j’espère pouvoir me délester de ces contraintes et me consacrer uniquement à l’artistique.

Envisages-tu de ressortir un projet en tant qu’MC ou as-tu complètement mis de côté cet aspect de ta carrière?

Peut-être dans le futur, je ne sais pas encore. J’aime beaucoup écrire, j’aime beaucoup rapper mais pour le moment je préfère me consacrer à la MPC.

Et enregistrer un opus avec des rappeurs sur tes productions?

C’est quelque chose qui me tente. Le problème c’est que je suis assez difficile. Il faut que le MC assure. En termes de collaboration, je ne cherche pas spécialement à faire des scènes avec d’autres rappeurs. Je peux tout de même vous dire que j’ai un morceau avec Saké qui devrait sortir cette année : un avion de chasse !

Comment vois-tu la scène nantaise à ce jour?

Honnêtement il y a beaucoup de talents émergents à Nantes dans toute la scène hip-hop. Je ne peux même pas te citer une liste car elle serait trop longue. Cependant, je pense que les installations municipales devraient être beaucoup plus accessibles. Si les artistes étaient un peu plus aidés, on pourrait faire de grandes choses.

Pourtant Nantes a la réputation d’être une ville dynamique culturellement parlant. Les associations du monde de la musique semblent aussi très actives.

Il y a tout de même des structures à l’écoute des artistes locaux, je pense à Trempolino, Le Ferrailleur, La Barakason… mais je vais te donner un exemple. Tu vois où a été tournée ma web série ? À Saint-Nazaire. Ce n’est pas une coïncidence. Même si nous avions des contraintes particulières aux niveaux logistique et technique, on aurait dû avoir la possibilité de la tourner dans notre ville mais c’était cher et compliqué. C’est dommage. Je ne suis pas le premier à le dire. D’autres artistes émergents ont demandé des coups de pouce à certaines structures et n’ont pas réellement été pris au sérieux.

As-tu des dates de programmées pour ce début d’année 2018 ?

Récemment j’ai joué les 19,20 et 21 janvier dernier au Scred Festival au New morning à Paris, c’était dingue! Le 2 février j’étais programmé à Nantes sur un concert avec Davodka et le 9 au Rond-Point avec DJ Looping. Début mars je pars 15 jours au Burkina Faso pour jouer sur le Festival African Bass Culture à Ouagadougou avec les équipes Humanit’Art et TrickArt. Je serai également le 31 mars à Tournai en Belgique (Journée et Nuit de l’Architecture), le 28 avril à Vitré (Don Jigi Fest) et les 1er et 2 mai à Turin en Italie.

Le mot de la fin?

J’aime les femmes, pas la violence, donc je ne ferai pas de mal à une moule ! Very Pad Trip Vol.1 toujours disponible! Un grand merci Le Bon Son !

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