Le mois de janvier est souvent l’occasion d’écouter un nombre incalculable de nouveaux projets : singles (oui ça se dit encore), EP, LP, mixtapes… Les MC’s ont parfaitement digéré les fêtes et mettent tout en œuvre pour d’emblée, marquer l’année 2018.

DJ Duke feat. Skyzoo – « Untitled #1 »

Après plusieurs collaborations avec des MC’s américains (Conway The Machine, Keith Murray, Sean Price) et Guilty Simpson) et également avec des producteurs comme The Alchemist et Oh No, Dj Duke continue d’étendre ses connexions avec le nouvel opus, sobrement intitulé (ou devrais-je dire, “désintitulé”) Untitled EP. Au programme, huit morceaux inédits avec entre autres le featuring avec Skyzoo et la collaboration avec l’éternel rookie HDBeenDope. DJ Duke fournit une nouvelle fois un projet de qualité, réussissant toujours à nous surprendre (preuve en est avec ce sample méconnaissable de Ray Charles) et brandit fièrement le drapeau boom bap français. – Clément

Apollo Brown & Ghostface Killahfeat. RZA – « Rise Of Ghostface Killah »

A bientôt 50 ans, les membres du Wu-Tang Clan tiennent toujours le coup et ont, pour la plupart, toujours la forme. En octobre dernier sortait d’ailleurs leur dernier album en date, The Saga Continues, produit intégralement par Mathematics et ne comportant que des inédits du possee. Mais revenons à celui qui nous intéresse, j’ai nommé monsieur Ghostface Killah aka Ironman, Tony Starks ou encore Sun God… En 2013, Ghostface sortait son dixième album, intitulé Twelve Reasons to Die. 5 ans plus tard, c’est un certain Apollo Brown qui reprend ces “Douze raisons de mourir” à sa sauce, pour y insuffler une seconde vie. Sous la houlette du grand guru RZA, et avec la complicité de Ghostface Killah, Apollo Brown a remixé entièrement le projet. Nouvelles instrumentales, atmosphères un poil plus modernes, groove impeccable, scratchs tout neuf, gros challenge pour le beatmaker de Motors City, qui une fois encore, réussit parfaitement ce qu’il entreprend… – Clément

Jay Rock, Kendrick Lamar, Future & James Blake – « King’s Dead » (Prod. Teddy Walton & Mike WiLL Made-It)

Alors que du coté de Hollywood, la tendance est aux superproductions Marvel/DC Comics, les producteurs font a peu prêt tout ce qu’ils peuvent pour attirer notre attention sur leurs films. Et quoi de mieux qu’un casting 5 étoiles à la BO d’un de ces films ? C’est en effet le cas pour Black Panther (le super héros, pas le mouvement) qui réunit des artistes comme Kendrick Lamar, SZA, Travis Scott, Anderson Paak. ou encore Ab-Soul. Parmi les quatorze morceaux qui composent la BO, j’ai choisi d’en retenir un seul : « King’s Dead ». Quelques accords lugubres, Jay Rock, Kendrick Lamar et Future plutôt en forme… Bref, un morceau efficace, au léger parfum de testostérone. Un titre blockbuster pour un film blockbuster. Clément

Evidence – « 10,000 Hours » (Prod. DJ Premier)

En France, notre monsieur météo a longtemps été le grand Sébastien Folin, maitre de cérémonie des précipitations et autres cumulus. Outre atlantique, le Sébastien Folin de Venice se nomme Evidence. Qu’est ce que c’est que cette comparaison me direz vous. Et bien, figurez vous que le rappeur membre des légendaires Dilated People a sorti le 26 janvier le dernier opus de son triptyque météorologique. Après The Weatherman LP en 2007, et Cats & Dogs en 2011, c’est donc Weather Or Not qui voit le jour en ce début d’année 2018. Dans la parfaite continuité de ce qu’il a pu nous fournir précédemment, Evidence fournit un 16 titres d’une qualité certaine. Entouré de sublimes beatmakers (comme il a toujours su le faire) tels que Samiyam, DJ Premier, The Alchemist, DJ Babu ou encore Nottz et avec quelques featurings plus que notables (Jon Wayne, Rhapsody), Evidence fait ce qu’il a toujours fait jusque ici : rapper sans artifice, avec le cœur et la passion. Si la recette ne semble pas avoir trop changé vis-à-vis de ses précédents opus, les thématiques du rappeurs sont (encore) plus matures, introspectives : un peu normal pour un artiste allant sur ses quarante ans. La paternité, la famille, l’héritage sont des nouveaux thèmes sur lesquels Evidence réfléchie, tout en n’oubliant pas de nous régaler avec un égotrip toujours aussi fin. – Clément

Flohio – « Bands »

Une fois n’est pas coutume, on ne traverse pas l’Atlantique mais seulement la Manche, voire le Rhin. Toujours dans leur quête de nous faire découvrir des pépites inconnus, méconnus, trop connus, les berlinois de Colors ont invité la semaine dernière la rappeuse anglaise Flohio. Sur une instrumentale très typique du grim Londonien, la rappeuse déploie tous ses skills et fournit un banger survitaminé. Pour ceux qui resteraient encore sur leur faim et voudraient parfaire leur culture avant la fin de cette article, direction son bandcamp et son très bon premier EP, sorti en juin 2016. – Clément

Migos feat. 2 Chainz – « Too Playa » (Prod. Quavo & DJ Durel)

Dans un monde où l’on est has been dès que l’on passe six mois sans sortir le moindre opus, il faut battre le fer quand il est chaud. Et ça, Migos l’a bien compris puisqu’à peine un an après l’énorme succès rencontré par Culture, leur premier véritable album (second en fait, puisque Yung Rich Nation est comptabilisé comme un album), les voilà reparti avec le deuxième du nom. Malheureusement, n’est pas Francis Ford Coppola qui veut, et il a fallu creuser parmi un véritable fouillis de morceaux, au mieux reproductions d’anciens bons titres, au pire, reproductions d’anciens mauvais titres pour dénicher quelques passages sortant du lot. C’est le cas de ce « Too Playa », conviant le grand 2 Chainz et sublimé par l’excellente production saxophonée de Quavo et DJ Durel, où il n’est pas question de plage mais simplement de briller dans son activité, ce que le trio de Géorgie ne fait malheureusement pas assez sur Culture II. – Xavier

Dave East – « What Made Me » (Prod. Buda & Grandz, Citoonthebeat & DaSanchize)

Le petit prince d’Harlem (qui n’en est plus du tout un) continue sur sa folle productivité depuis le deuxième semestre 2017. Après Paranoia, Karma et quelques apparitions parsemées çà et là, Dave East commence 2018 de la même manière en sortant Paranoia 2 dès les premiers jours de l’année. Un opus légèrement inférieur aux deux précédemment cités mais qui contient tout de même quelques morceaux d’un certain acabit, comme ce « What Made Me », où sur une boucle lancinante, Dave revient sur ses premiers amours avec cette musique et sur quelques-uns des grands noms qui ont été ses premiers inspirateurs. – Xavier

Payroll Giovanni & Cardo – « Good day to get money »

Deux ans après le premier volet de Big Bossin’, Payroll et Cardo remette le couvert pour une nouvelle salve de bangers g-funk aux sonorités typiques de la Bay Area, à écouter lunettes de soleil accrochées et cheveux aux vents au volant d’une Cadillac longeant la côte californienne. Et si l’on commence à avoir l’habitude des production aussi versatiles qu’excellentes du beatmaker du Minnesota, il faudra commencer à se demander quand est-ce que Payroll Giovanni a sorti un projet moyen pour la dernière fois. Et pour illustrer ce très bon Big Bossin’ vol. 2, nous avons choisi d’extraire cette sympathique balade sur combien il est agréable d’encaisser de l’argent. – Xavier

Beatking – « Quick » (Prod. TM88)

On ne cite que trop rarement le colosse de Houston lorsqu’il s’agit de nommer les grosses têtes du rap texan. Pourtant actif depuis un certain temps à l’ombre de UGK et Scarface, Beatking a tracé sa route laissant derrière lui un certain nombre de projets. Preuve en est la mixtape Stripper Friends, sortie en ce mois de janvier, accompagnée d’une pochette dotée de toute l’élégance qui le caractérise. Comme souvent brouillon et inégal, le projet reste doté de bons morceaux. « Quick », produit par TM88, membre de la 808 Mafia, en est un. Rien qui révolutionnera le rap mais une production minimaliste et une bonne dose d’autotune sont largement suffisants pour faire bouger la tête. Xavier

Berner feat. The Game – « Wait for it » (Prod. Diego Ave & Scott Storch)

Encore un colosse, venu de la Bay Area cette fois-ci. Avec The Big Pescado, Berner continue son bonhomme de chemin sans faire de bruit, toujours aussi régulier dans les albums qu’il laisse derrière lui. Comme nombre d’entre eux, celui-ci brille avant tout par la qualité des productions et le prestige des invités (Ty Dolla $ign, Pusha T, E-40, Too $hort, Wiz Khalifa…). Et c’est The Game que l’on retrouve avec grand plaisir à ses côtés sur « Wait for it », vue la rareté des apparences qu’il a daigné nous offrir ces derniers temps. La production un brin mélancolique signée par Diego Ave et Scott Storch sied parfaitement aux couplets triomphaux des deux hommes. – Xavier