A l’instar de janvier 2017, 2018 s’annonce sous les meilleurs hospices : une grande variété de bons morceaux, de nombreux projets et pas assez de 10 titres pour tous les mentionner.

Le 2 janvier : Despo Rutti – « Ani Mizta’er » (Prod. Majster)

C’est encore un album bien particulier que Despo Rutti nous a servi avec Dr Sophie Said. Entre monologues de dix minutes, règlements de comptes avec d’anciens collègues et introspections, on trouve quelques morceaux incroyablement poignants comme ce « Ani Mizta’er » (qui signifie « Je suis désolé » en hébreu). Sur un fond de violon, Despo parle de sa fille qui lui a été volée par son ancienne compagne, tout en poésie et comme à son habitude, avec les sentences tonitruantes et bien particulières qui le caractérisent. – Xavier

Le 22 janvier : Ron Brice – « Truck Turner » (Prod. Grimaz Muzik)

Trois notes de basse, réveillées par des relents de guitares elles-mêmes électrisées par l’appel d’un beat ultra classe, et le décor est planté pour recevoir le flow régulier et familier d’un Ron Brice qui, s’il sait se faire rare, envoie toujours des textes egotripés de haut niveau. Entremêlé subtil de rimes, punchlines et références tranquilles, le morceau est, comme souvent avec le Parisien, une balade gracieuse qu’on peut écouter dix fois de suite sans lassitude et sans se rendre compte qu’on vient de passer trente minutes en boucle… Présent sur la troisième  piste d’une compile sortie ce mois-ci par DJ King Flow et Young Amsterdam (French Revolution Vol. 2) – et qui vaut par ailleurs franchement le détour – Ron Brice continue de nous donner de petits rendez-vous discrets, inattendus et plaisants. Tant que ça dure, nous sommes presque prêts à ne plus lui en vouloir de  ne pas sortir de projet … – Sarah

Le 15 janvier : Veence Hanao & Le Motel – « Asphalte »

Avant la marée Caballero, JeanJass, Damso et autres Roméo Elvis, il y avait Veence Hanao. Et on vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre… Personnellement j’ai découvert l’univers du MC en 2011, avec un morceau très original, intitulé « Kick, Snare, Bien ». C’est là que j’ai fait connaissance avec le flow nonchalant et la (belle) plume du belge. J’ai depuis ce jour suivi les pérégrinations de cet MC jusqu’à son magnifique album sorti en 2013 et intitulé Loweina Laurae. Puis, plus rien. Veence a eu de sérieux problèmes d’audition et à combattu les plus grands gangs d’ORL du plat pays. Et quatre ans après son Loweina Laurae, sept ans après son « Kick, Snare, Bien » et après deux ans loin des scènes, Veence est de retour. En collaboration et sur une instrumentale très aérienne de Le Motel (que vous avez vu dernièrement aux cotés de Roméo Elvis), Veence Hanao revient donc avec « Asphalte » et son clip sur fond de streetball. Flow un poil indolent, rimes léchées, catharsis des sentiments, images parlantes : le belge n’a pas changé et c’est tant mieux. Vivement l’album qui devrait « rapidement » arriver. – Clément

Le 26 janvier : ATK – « Soir de pluie »

1998-2018… Oui, le temps passe. On vieillit et on regarde de plus en plus souvent en arrière, voir ce qu’on a réussi, ce qu’on a manqué. Il y a donc 20 ans qu’un des meilleurs albums de rap français est sorti : Heptagone d’ATK. (A ce propos, nous en parlons dans notre entretien avec Cyanure sur notre site paru le mois dernier ainsi que dans notre dossier sur l’année 1998). Et à cette occasion, nos excellents confrères de l’Abcdr du Son ont sorti le premier volume d’une mixtape (mixée par G High DJo) en trois parties qui retrace la carrière d’ATK avec, cerise sur le gâteau, des inédits dont « Soir de pluie » qui vient conclure ce premier volet. On y retrouve Axis, Cyanure et Antilop Sa sur une éternelle mais toujours efficace boucle de piano. Les thèmes abordés restent bien évidemment dans la même veine que ce qu’on a pu entendre dans Heptagone voire même dans la compilation d’inédits Prestige 1998 : les regrets, le recul sur les choses, le passé qui nous hante, la morosité du quotidien, les affres du temps… ATK a toujours cet étrange pouvoir de remuer et ressasser la mélancolie et la nostalgie qui pourraient sommeiller en nous. Vivement les deux prochains volets. – Clément

Le 3 janvier : Lhomé & Akhénaton – « L’architecte » (Prod. Joshua Norton).

Quel kiff d’entendre AKH sur un piano / beat / voix ! Formule des plus simples, n’ayant qu’une voix pitchée en fond pour conforter la mélodie, la légende marseillaise a posé aux côtés de Lhomé, « poète urbain » localisé en Ile-de-France. Inconnu du grand public, il n’en est pourtant pas à son premier essai comme l’indique sa discographie déjà fournie. « L’architexte » concentre toute cette volonté et ces efforts d’écriture, de construction d’une chanson, saluant esthétiquement et humblement « 30 ans de rap ». Extrait de son nouvel album Tout est lumière à paraitre le 16 Février, retrouvez toutes les infos ici. – Antoine

Le 19 janvier : Stick – « 666 euros » (Prod. Goune)

Les descriptions des grands ensembles et des logements HLM sont légion dans le rap français, les rappeurs se plaçant tantôt comme des observateurs objectifs, tantôt comme des témoins de premier ordre de l’insalubrité et la précarité imposés par ce type d’habitat. Avec « 666 euros », Stick aborde le sujet sous un nouvel angle, celui de l’agent immobilier véreux ventant les mérites d’un appartement miteux à grand renfort de cynisme et de commentaires déplacés. Le rappeur toulousain instaure un malaise grandissant au fur et à mesure de la visite de l’appartement, aidé par l’instrumentale froide de Goune. « 666 euros » est extrait de Glossolalie, le deuxième album de Stick, que nous avions interviewé en 2014. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, nous conseillons le morceau “Exorcisme“, l’outro du même album, en forme de carte de visite glaçante. – Olivier

Le 28 janvier : AL – Camions bennes (Prod. Kung Fu Beats)

Curieux, agréable puis définitivement fort. C’est ainsi qu’apparaissent les sentiments à l’écoute du nouveau titre « Camions bennes » d’AL. C’est le troisième extrait de l’album Punchlife annoncé dès septembre par AL qui semble hiberner pour mieux le sortir une fois qu’il fera jour… et peut-être chaud. Si le flow du Dijonnais semble innovant, ceux qui suivent son parcours comprendront la tentation et l’évolution d’un rappeur qui n’a presque jamais eu le même flow d’un album à l’autre, allant parfois même jusqu’à en adopter plusieurs sur un seul opus. La surprise n’est pas sans rappeler la prise de risque du titre « La deuxième partie ». De vraies punchlines à l’ancienne comme « L’autre jour je crois que j’ai vu hip-hop en photo d’avertissement sur des paquets de clopes » viennent appuyer sa guerre totale contre les médias. AL, Matière Première, ce n’est pas une question d’attitude ou de marques de fringues : tout est dans le contenu. – Antoine

Le 22 janvier : T.Killa feat. Lino – “AVSH”

Images percutantes et technique impeccable, le passe-passe de haut vol auquel se sont livrés les deux frères Lino et T.Killa sur le troisième acte de la série de freestyles de ce dernier révèle une fois de plus l’alchimie qui les unit. Malgré leur proximité et leur longévité dans le rap, les morceaux sur lesquels les deux Valdoiseurs partagent le micro ne sont pas si nombreux, mais au vu du concentré de qualité qui caractérise chacune de leurs collaborations, on en viendrait à souhaiter un album commun. Mention spéciale à la production signée 87 du collectif de beatmakers Street Fabulous, qui 13 ans après Paradis assassiné continue a fournir du sur-mesure à Borsalino. Quant à T.Killa, l’album solo se fait attendre, mais les quatre freestyles “Dernier malaxe” disséminés depuis décembre laissent penser que le MC a enfin décidé de passer à la vitesse supérieure. – Olivier

Le 2 janvier : Kalash – « Willie Lynch » (Prod. Pyroman)

Après une polémique en septembre sur le fait qu’il se produisait en concert pour les quatre-vingt-cinq ans de la marque Neisson, et alors qu’il s’était déjà expliqué sur les réseaux sociaux, Kalash a décidé de prolonger sa réponse en musique. En reprenant le nom à haute valeur symbolique de l’esclavagiste William Lynch pour titre, il cible et dénonce les formes d’esclavagisme moderne dont les noirs sont victimes. Publié sur sa chaîne perso en-dehors de Vevo, Kalash démontre par ce titre qu’il a beaucoup de choses à dire et qu’il n’est pas qu’un spécialiste de l’entertainment. Sur l’instrumentale de Pyroman, ce sont des paroles fortes qui résonnent. Le talent de Kalash, qui tend sur ce son à prendre un flow qui n’est pas sans rappeler celui de Booba, est véritablement tout-terrain. – Costa

Le 13 janvier : Joe Lucazz – « Humeur Parisienne » (Prod. Pee Magnum)

De retour ce mois-ci après 3 ans d’absence en solo, Joe Lucazz nous a gratifié d’un projet toute en dentelle que nous ne pouvons que vous inviter à aller écouter au plus vite (on vous en parlait d’ailleurs ici). Si on termine l’écoute du 13 titres avec le sentiment agréable d’avoir déambulé dans un décor de cinéma ou de s’être laissé aller à écouter une conversation à bâtons rompus entre deux vieux amis autour d’un café bien chaud, « Humeur Parisienne » est sûrement un des extraits qui rend le mieux compte de cette ambiance si particulière. Sur une instru aux airs de piano bar, il nous rappelle avec subtilité et simplicité tout le savoir-faire du MC parisien quand il s’agit que poser son flow tranquille et habile dans les rues de Paris. Le clip, très esthétique, rend justice au personnage énigmatique et à la silhouette si singulière de Lucazz qui épouse à merveille cette capitale tantôt lumineuse et colorée, tantôt pluvieuse et traversée de passages sombres et méconnus… – Sarah