Photo © Patricia Huchot-Boissier

Figure incontournable de la scène rap toulousaine, Billy Bats n’a cessé d’occuper le terrain, sans relâche, depuis une vingtaine d’années. Si son patronyme est connu dans le milieu, notamment grâce à quelques faits d’armes en collaboration avec de grands noms, il ne l’est pas forcément du grand public. Son cheminement dans la musique est unique, et comporte de nombreux chapitres, de par les beatmakers avec qui il a travaillé, les nombreuses collaborations qu’il compte à son actif, ses séries de mixtapes, et ses nombreuses performances scéniques et radiophoniques. Un client idéal pour une interview « 10 Bons Sons », réalisée dans le studio de son label CDXX.

1. Diesel & Billy Bats – « On casse tout » (DJ Cris #10, DJ Cris, 2001)

Waouh ! C’était quand ?

2001.

C’est plus vieux que 2001. C’est peut-être sorti à cette époque, mais je pense que ça date d’avant.

C’est paru sur la mixtape DJ Cris #10 en 2001.

C’est vraiment un de mes premiers gros couplets, avec mon cousin Diesel, qui était une idole pour moi. C’est mon premier enregistrement en studio. Je me rappelle que c’était dans les studios de KDD, au-dessus de la Fnac Wilson. Très bon souvenir, le premier pas à l’étrier. C’est la première fois que j’enregistre un couplet avec comme but de le faire entendre aux gens.

J’ai lu quelque part que tu devais avoir un couplet sur le morceau « Pousse les limites » de KDD sur leur album Une couleur de plus au drapeau en 2000. Tu es crédité dans les chœurs du morceau.

Carrément. Je fais le pont dans le morceau en fait. Le délire c’est qu’à la base je devais faire un couplet. Je l’ai posé, réécouté à la maison, et j’ai dit à mon frangin (Dadoo, ndlr) et aux KDD que je ne me sentais pas encore prêt à lâcher un couplet, que mon truc n’était pas encore assez mûri, que j’avais encore du taf au niveau de mon rap. Du coup c’est vrai que ça les a marqués, ils m’ont dit : « Tu es le premier rappeur qu’on croise qui dit qu’il n’est pas prêt ! » (rires) C’était une preuve d’humilité pour eux. Quelques temps après est venue cette opportunité-là de faire un petit morceau avec mon cousin, et j’étais un peu plus prêt.

Tes débuts étaient vraiment dans le sillage des KDD, ou tu faisais les trucs de ton côté ?

Très tôt j’ai déménagé sur Nice avec mes parents, j’avais dix ou onze ans à l’époque, et j’ai commencé à rapper en voyant mon frère. Du coup je me suis un peu forgé de mon côté, retranché sur la Côte d’Azur. C’est vraiment là-bas que j’ai fait mes premières armes, que j’ai commencé à écrire tous les jours, à gratter dans mon coin… Je voyais les KDD une fois par an environ, donc je suivais le parcours de loin, tout en me forgeant vraiment ma propre identité. J’écoutais des sons que je cherchais et trouvais moi-même, j’allais chercher des vinyles au magasin du coin…

En 2002, tu sors ta première mixtape, Ennemi Public n°1, uniquement sur internet. A cette époque ce n’était pas du tout courant de se passer du format CD, même pour une mixtape…

C’est vrai qu’on n’était pas encore sur ce format-là, les mixtapes sortaient sur CD. A l’époque j’avais un pote qui s’appelait Olivier, big up à lui. Son frère nous a fait un site, et nous a dit qu’on pouvait mettre le truc en téléchargement direct dessus. Vu que j’ai toujours été un peu geek, je me suis dit que c’était lourd ! On arrivait direct sur internet sans avoir à presser des CD, c’était directement disponible pour les gens. Et comme tu dis, se passer du CD était un peu bizarre, il n’y avait pas encore l’impact d’internet qu’on connaît aujourd’hui. A l’époque je faisais vraiment les trucs comme je les sentais, sans calculer ce qui se passe à droite à gauche, et c’est encore vrai aujourd’hui. Ça reflète un peu la mentalité que j’ai eu toute ma vie.

Tu le dédicaces dans la chanson, tu avais un groupe sur Toulouse qui s’appelait « Nouvel Equipage ».

Oui, avec mon cousin Cristo, Fazid et Yorrick. A part pour mon cousin, avec les autres on s’est connu au lycée. On n’a pas vraiment sorti de projets, mais on a eu quelques apparitions sur quelques mixtapes toulousaines, notamment sur Rap Feller de Diesel, sur laquelle on retrouve notre gros morceau. On avait voulu participer au concours « Max De 109 » sur Skyrock, on avait été sélectionnés, mais on ne l’a finalement pas fait parce que les grands frères nous ont dit que les contrats ne sentaient pas très bon. On s’est préservés.

Un peu plus tard tu participeras à un concours de freestyle sur Skyrock, et tu gagneras un voyage à New York.

C’est mon premier voyage à New York, mais surtout j’y vais pour enregistrer un morceau, sur une prod de Solar, qui à l’époque est le protégé de DJ Premier. Donc j’ai 18 ou 19 ans, je me retrouve embarqué à New York dans un hôtel, dans une suite magnifique au 52ème étage. C’était lourd de fou.

Une des constantes de ta musique, c’est que tu as toujours évolué avec les tendances US en temps réel. Ce voyage a été un déclic ou tu étais déjà bousillé par le rap US ?

J’étais déjà bousillé par le rap US dans le sens où j’ai commencé à écouter du rap vraiment tous les jours à partir de l’album du Wu Tang 36th Chamber. C’est vraiment à cette époque que je me suis dit : « Je veux être comme eux ». Je voyais leurs clips parce qu’on avait la parabole et on pouvait capter les chaînes américaines. Pour moi c’était des super héros. L’amour du rap français était là aussi, et vu que je faisais du rap en français, il fallait que je sache comment ça se faisait. Mais c’est vrai que j’ai très vite eu une attache pour le rap américain, ce qui m’a poussé à apprendre l’anglais encore mieux.

2. Billy Bats – « Sale Sud part. 2 » (France History X, Dadoo, 2003)

Ouais… On peut monter le son un peu ? Merci.

Ce son est déjà à la pointe de ce qui se faisait aux Etats Unis, c’était OVNIesque comme son en France en 2003.

Bien sûr, particulièrement à cette époque d’ailleurs. J’avais un crew qui s’appelait Back Draft, avec Falgas, Gaël le Crakk… On était vraiment à la pointe de la pointe de ce qui se faisait aux Etats Unis. On était déjà à fond sur du Red Café, on se fracassait la tête aux Dipset. Ça se sentait même dans nos habits, les gens qui nous croisaient sentaient qu’on était des OVNIs. Et ça c’est vraiment le petit morceau sur lequel j’ai capturé cette époque et l’ai crachée dans ce couplet. Je me rappelle que c’était à Polygone, grosse pression, c’était pour l’album du frangin qui avait déjà fait pas mal de chiffre avec KDD, c’était attendu de fou. Et voilà, on a donné le sport.

On a l’impression que tu n’as jamais essayé de profiter de l’exposition de Dadoo, sans pour autant te mettre à l’écart. Là tu es solo sur ce morceau, et même s’il existe des morceaux en commun avec en plus d’autres rappeurs, il n’y a pas de morceaux en duo avec lui ou en featuring avec KDD sur les albums.

C’était nécessaire à l’époque qu’on ne soit pas sur les mêmes morceaux, pour développer nos identités. A chaque fois que j’étais confronté à une situation où je croisais tel ou tel rappeur on me parlait de Dadoo. Donc mon combat a été de me détacher de l’image de « petit frère de Dadoo » pour vraiment devenir Billy. Ce combat a duré pas mal d’années. C’est pour ça que j’ai toujours fait mes trucs de mon côté, comme je les ressentais, pour développer mes propres influences.

Il y a une ressemblance vocale entre vous deux qui a pu pousser à faire des comparaisons à tes débuts. A quel moment considères-tu qu’on ne pouvait plus te mélanger avec ton frère ?

Je dirais à partir de Blackout (2005), parce que c’était une époque où j’étais vraiment enfermé avec Kimfu H24 en studio. Il faisait des beats et je rappais. Ce travail et ces échanges entre lui et moi faisaient de nous une espèce de groupe à la Gangstarr : un beatmaker, un MC et on balance des morceaux. Du coup ça m’a permis d’aller plus loin dans mes recherches, mes tests de flows, etc. Avant ça je n’avais pas l’occasion d’être souvent en studio, c’était plutôt chez des potes à l’arrache. Chez Kimfu, on s’est construit au fur et à mesure quelque chose de très cosy, adapté au travail. C’était dans la cave de sa maison avec des platines, une cabine… Tout était fait pour que ça soit vraiment un studio.

Pour revenir à France History X, tu enchaînes avec la tournée de Dadoo.

Oui, je le backe sur scène avec Falgas, et on fait quelques grosses dates, notamment la première partie de Nas à l’Elysée Monmartre. C’était super lourd. On fait aussi Génération Rap R’n’B au Zénith de Toulouse, qui est vraiment le souvenir marquant de cette époque-là. 9000 personnes à fond, avec des habits vraiment trop grands pour moi je me rappelle. (rires) On débarque en quad sur scène, c’était la folie.

3. Billy Bats – « Sale sud » (Sale Sud Vol.1 : La France d’en bas, DJ Djel & Kimfu, 2005)

Ah ouais c’était sur…

Blackout étant introuvable, j’ai choisi un son de la même époque produit par Kimfu.

(Il réfléchit) Oui, une mixtape avec DJ Djel (en collaboration avec Kimfu, ndlr). Tu as raison, c’est la période qui découle de Blackout.

Combien de temps dure la collaboration avec Kimfu ?

3 ou 4 ans si ma mémoire est bonne, 2004 – 2008. On était vraiment déterminé à faire du son.

Sur Blackout on retrouve Ol’Kainry, Dany Dan, Busta Flex qui ont en commun avec toi de grosses influences US. C’était logique de les retrouver sur ton projet.

Bien sûr, c’était mes influences françaises. Le Wu Tang Clan m’a certes retourné le cerveau, mais Busta Flex m’a aussi fait pas mal de bien à cette période. L’histoire c’est que le premier vinyle que m’offre mon frère c’est « Kick avec mes Nike » avec une dédicace de Busta Flex, parce qu’il savait que j’étais fan. A cette époque, l’avoir sur Blackout c’était vraiment une espèce de récompense personnelle sur mes challenges de rappeurs, surtout que j’avais eu l’occasion de le croiser peut-être un an avant avec mon frère au studio Polygone. Ça freestylait, je lui disais : « Dès que je suis prêt, je t’appelle et on fait un truc ! » Je l’ai appelé, et il a répondu présent direct. Il était sur Toulouse pour enregistrer son album et il est venu un soir chez Kimfu. Très bon souvenir.

On retrouve également Smoker sur le projet. Comment se sont faites toutes ces connexions ?

Via l’entourage que je me suis créé au fur et à mesure de mon parcours. A l’époque je faisais pas mal d’aller-retours sur Paris vu que j’avais deux sœurs qui étaient là-bas. Les rencontres du son ça va vite, surtout à Paris, tu rencontres vite des gens qui connaissent pas mal de monde. Ça m’a permis de naviguer à droite à gauche.

Le grand public ne connaît pas forcément ton nom, mais tous les rappeurs savent qui tu es.

Ouais ils m’ont tous croisé. Et puis j’ai fait beaucoup de premières parties. Après des fois j’ai été là où il fallait au bon moment, comme avec Don Choa qui m’invite à son Planète Rap, Dadoo aussi. Des gens que j’ai connus avant leur succès et qui me renvoient la balle. Très tôt j’ai été pote avec Black Kent ou Joke, qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, ce qui m’a permis aussi d’avoir un peu de lumière.

4. Don Choa feat. Billy Bats & Soprano – « Le sud le fait mieux » (Jungle de béton, Don Choa, 2007)

Oh ouais… Il a une sacrée histoire ce morceau !

Sans parler de hit, c’est peut-être le morceau le plus connu avec toi dessus.

On va dire que c’est un classique dans les cœurs.

C’est un solo de toi à la base…

A l’époque, je continuais de travailler avec Kimfu après Blackout. Je suis chez un pote qui avait un peu de matos et j’avais envie de rapper. Donc on trouve une prod, j’écris un truc, je pose, et à la fin je dis : « Le sud le fait mieux, le le le le le fait mieux ! » Deux semaines plus tard, je suis chez Kimfu, je lui fais écouter ce que j’ai fait, et il me dit : « Attends j’ai une prod pour ça. » J’écris deux autres couplets, et j’appelle le morceau « Le sud le fait mieux ». Le titre est né. Là on se dit qu’on a un sacré morceau quand même. On bossait sur un projet, une espèce d’album qu’on voulait appeler « Il était une fois dans le sud », et « Le sud le fait mieux » allait être LE morceau-phare.

On travaille sur notre truc, Kimfu commence à bosser avec Choa qui a entendu et accroché sur ses prods. Au fur et à mesure Choa passe au studio, et au moment où il écoute ce morceau il se passe un truc dans sa tête. Pour faire court il a kiffé, il s’est dit qu’il fallait qu’il se retrouve sur son album. On a donc fait une deuxième version avec lui et moi, puis il a pensé à Soprano. Le jour où on est au studio pour enregistrer, il voulait que je repose le premier couplet de la version originale, il aimait bien le flow que j’avais pris. Je lui ai dit : « Non, je vais écrire un nouveau truc. » J’ai donc écrit ce que j’ai posé sur cette version, et il a validé direct. (rires)

La première version date donc d’avant l’album de Don Choa, vers 2005.

Oui, quand l’album de Don Choa sort, ça faisait deux ans qu’on l’avait dans le garage.

Ça ne t’a pas embêté de lâcher le morceau ? Sachant que la version originale n’a été dévoilée que dix ans plus tard.

Elle n’était même pas sur mon MySpace effectivement. Quelque part, je me suis dit que… Derrière ce morceau il y a un message for quand même. Outre le fait qu’on vient du sud, ça représente un peu tous les gens sur qui on ne mettrait pas une pièce, et qui au final fournissent plus de boulot que les mecs propres et nets. Donc je me suis dit que le message serait un peu plus grand s’il était diffusé à plus grande échelle. Donc je ne voyais pas d’inconvénient à ce qu’il soit sur l’album de Choa, qui à l’époque était attendu. Jusqu’à aujourd’hui, « Le sud le fait mieux » résonne encore. Mon job est fait.

2007 c’est aussi un moment où Kimfu travaille beaucoup avec Joey Starr, que tu suis sur sa tournée « Gare au jaguar ».

Ouais. C’est l’époque où mon frère produit son album. On a fait quatre ou cinq dates avec lui : Biarritz, Toulouse, Montpellier, dans le nord aussi… Des bons souvenirs aussi, parce qu’avec Kimfu on a la chance de pouvoir tester nos morceaux sur un public, dont des morceaux qui ne sont jamais sortis. On avait la réaction en direct.

A cette époque à Toulouse, sous la houlette de gens comme Al Peco et son morceau « Toulouse All Starz », on a l’impression que les groupes commencent à se mélanger, à parler entre eux.

Ouais, Al Peco faisait partie de ces personnes qui n’étaient pas forcément d’ici, mais qui voyaient le potentiel général de la ville. On est tous dans nos quotidiens, la tête dans le guidon… On n’a pas cette vue de l’extérieur où tu te dis : « Ah ouais quand même, le panel est pas mal. Il y en a pour tout le monde. » Il y a des gens qui ont vu ça à l’époque, et qui ont essayé de rassembler pas mal de gens sur des morceaux.

5. Billy Bats – « Gros cailloux » (Optimus Prime, Billy Bats, 2009)

Ah ouais… Mister King à la prod. C’est le premier Optimus Prime.

Tu aimes les séries de mixtapes.

Ouais je kiffe, c’est mon côté un peu bouffeur de séries. Depuis que je suis petit je regarde des séries, des dessins-animés… J’ai toujours aimé cette liberté qu’on a dans le rap à être un peu cinématographique. Du coup, au niveau de mon approche des sorties, j’aime bien faire comme si c’était une série en fait. Je peux faire des trailers par exemple. Donc très vite j’ai adopté le truc des trilogies, je suis un fan du concept, que ce soit Matrix, Star Wars, Le Seigneur des Anneaux… J’ai toujours aimé les trilogies. J’ai un problème avec les triangles aussi.

On peut le voir sur la pochette d’Optimus Prime oui !

(rires) Voilà, à cette époque j’étais en plein dedans. Des gens me soupçonnaient d’appartenir à des trucs occultes. J’ai même eu des gens de ma famille qui du jour au lendemain m’écrivaient des messages genre : « On est inquiet. » C’est du divertissement !

Tu as également posé sur un nombre incroyable de mixtapes d’autres rappeurs.

Oui. En essayant d’être le plus neutre possible, je pense que j’ai réussi à me forger une réputation de « rappeur ». C’est-à-dire que souvent quand les mecs m’appellent, c’est qu’ils veulent que ça rappe, que dans leur morceau on soit transporté aux Etats Unis, et que les gens deviennent fous. Et puis j’ai toujours ce truc où j’aime bien le challenge, donc amène-moi ton instru, ton délire, et on y va, c’est parti. C’est mon sport, donc je suis sur pas mal de choses. J’ai du temps de jeu. (rires)

On voit aussi que tu participes à un maximum de scènes, peu importe la taille de la salle, que ce soit dans un Zénith ou dans un bar du centre-ville.

J’aime bien dire que j’ai été à la vraie école du rap. Quand j’ai commencé il n’y avait pas de studio, on se démerdait à enregistrer sur des double cassettes en une prise, tu n’avais pas le droit de te tromper. Du coup je suis très vite allé sur la scène parce que c’était l’endroit le plus accessible pour m’exprimer. J’ai fait des concerts très tôt, avant même d’aller en studio. C’est vraiment par la scène que je peux délivrer toutes mes émotions, tous les trucs que j’ai envie de ressortir. Mes morceaux sont pensés pour la scène, tu le ressens tout de suite.

Aujourd’hui on est moins dans ça, mais on assiste à un retour au freestyle face caméra avec Le Cercle par exemple. C’est un concept qui te parle ?

Ouais carrément, plus que Rap Contenders. J’y avais participé, et ce n’est pas vraiment une discipline pour moi. Je pourrais m’éclater sur Le Cercle ouais. Le mode : instru / rap ça me connaît.

6. Billy Bats – « N.W.A. » (Nerd With Attitude, Billy Bats, 2011)

(Au bout de quelques instants) J’ai l’impression d’écouter un autre rappeur ! (rires)

C’était il n’y a pas si longtemps en comparaison avec les morceaux antérieurs.

Bien sûr, c’est surtout que ça me rappelle que je bossais beaucoup en séries. J’ai bossé quelques années avec Kimfu, ensuite nos chemins se sont séparés. J’ai atterri chez un pote à moi qui s’appelle Thomas Givord (Radam), et il s’avère qu’il avait une petite chambre de bonne transformée en studio. Du coup on a commencé à traficoter quelques trucs là-bas. Il s’est ensuite installé dans une maison et là on a eu un vrai petit space ship. On a pu s’installer et tester des trucs. C’est à cette époque qu’on a commencé à tester l’autotune. « N.W.A. » c’est vraiment le pic de cette période-là, durant laquelle je découvre également la beuh, le Jack Daniel’s. Je suis en mode « C’est génial ce truc ! ». Je taffe un peu à côté, dans un magasin de sapes, et je suis tous les soirs chez Thomas, et on rappe.

« N.W.A. » veut dire « Nerd With Attitude », avec une pochette dont le graphisme est inspiré de Nintendo.

En fait ça retrace un peu mes deux inspirations : je voulais le côté musique avec le bonhomme de Pharell, et le côté jeux vidéos avec l’aspect de cassette de Nintendo.

Ça marque aussi la collaboration avec la marque de vêtements Space Monkey.

Carrément, c’est une marque de sapes toulousaine toulousaine à la base, qui s’est ensuite installée à Bordeaux.

La transition est parfaite.

7. Black Kent feat. Sifoor & Billy Bats – « 7h à Toulouse » (2013)

(Il l’écoute jusqu’au bout, backe par moments les autres couplets.)

Comment s’est faite la connexion avec Black Kent, et ton intégration au label Seven Seas ?

Black Kent je le rencontre via MySpace, à l’époque on se suit. Très vite on se rend compte qu’on est un peu sur la même longueur d’onde, donc je l’invite sur le remix de « Gros cailloux » avec Joke aussi d’ailleurs. Lui m’invite aussi sur ses tapes, on s’entend bien et on se retrouve à avoir une espèce de relation assez fusionnelle sans s’être jamais vu. Un jour je me retrouve en concert à Bordeaux, pour un battle de MC’s, pour laquelle il était là en tant que juge, et moi je faisais un show case après le battle. Après mon show il vient me voir et il me dit : « Il faut que tu viennes avec nous, qu’on voit ce qu’on peut faire pour toi. » Après ça je monte sur Paris, je rencontre son équipe, on s’entend bien, on sent que les choses sur lesquelles on travaille peuvent fonctionner si on les met en commun. Il me propose de rejoindre leur label, Seven Seas, et on commence un travail de développement avec eux. Ça a marché sur un titre, « Plus de weed ». Après il y avait des projets de prévus, mais la distance entre Paris et Toulouse a fait que les chemins ont divergé. Après « Plus de weed » j’ai décidé de quitter le label, et de me préparer à ma nouvelle aventure.

Ton côté réactif et prolifique ne collaient peut-être pas avec ce fonctionnement…

J’avais un peu de frustration parce que j’avais déjà des projets de prêts. Flinstone par exemple, qui est sorti quelques temps après, était déjà fini à l’époque Seven Seas. Ça devait être le premier projet que je sortais sous Seven Seas donc j’avais cette frustration de ne pas pouvoir sortir les trucs sur le moment. J’enregistrais beaucoup, je travaillais pas mal avec Guilty (du Katrina Squad, ndlr) à l’époque qui me fournissait beaucoup de productions. On était installés dans un studio à Muret avec toujours le même schéma : ça rappe, ça rappe… Donc on avait pas mal de morceaux et je me retrouvais bloqué à ne pas pouvoir les sortir. Il n’y a pas vraiment eu de mésentente entre eux et moi, c’était juste que mon rythme de sorties n’était pas la leur.

La transition est parfaite là aussi…

8. Billy Bats – « Reefer Anthem » (Flinstone, Billy Bats, 2015)

Oh yeah. C’est Ritmin à la prod, un autre membre du Katrina Squad. Guilty s’est entouré de mecs forts !

Donc ce morceau a été enregistré en 2013 c’est ça ?

Oui.

Quand as-tu commencé à bosser avec Guilty et le Katrina Squad ?

J’ai commencé à bosser avec Guilty pendant la période avant Flinstone, après N.W.A. Ça a donné Flinstone, qui est le premier projet qui est sorti sur le label qu’on a monté avec Arthur et Grin, CDXX.

Tu as beaucoup de mixtapes, mais pas vraiment d’album à proprement parler dans ta discographie. Je me suis dit que malgré son format court (neuf titres), Flinstone est ce qui s’en rapprocherait le plus.

Je n’ai jamais été bon pour donner des étiquettes à mes projets mais Flinstone se rapproche effectivement le plus de ce qui pourrait être mon premier album. Il est d’ailleurs disponible sur iTunes et un peu partout. Il a été fait avec autant de souffrance qu’un premier album.

Il est entièrement produit par le Katrina Squad.

J’ai eu la chance de connaître Guilty assez tôt. Il me connaît, il sait qu’on est sur la pointe, on aime bien entendre ce qui se fait demain. On a ça en commun, on l’a cultivé sur Flinstone.

Tu continues à taffer avec lui ?

Non, il a pas mal de boulot, je le laisse un peu tranquille. Aujourd’hui je taffe avec différents compositeurs, surtout ceux de notre label : Grin, Jay Mootb…

On a l’impression que tu as eu plein de « space ships », mais qu’avec CDXX tu as posé tes valises de façon durable.

Oui, on va dire qu’on a trouvé la terre où poser notre vaisseau.

L’équipage est là depuis longtemps ?

Oui c’est un équipage qui s’est fait au fil du temps. Avec Grin on se connaît depuis pas mal d’années maintenant, on a été amenés à travailler ensemble sur beaucoup de trucs, et on a fini par avoir une relation de frangins. CDXX est né un peu comme ça, avec des rencontres au fil du temps. Tu te rends compte que c’est des gens qui ne se retrouvent pas forcément dans les standards de cette époque. On essaie de construire un peu notre route parallèle.

Tu traînes avec les membres du Barbu Bang depuis pas mal de temps aussi.

Bien sûr. Timuxx c’est le frangin, je l’ai rencontré il y a quelques années et l’entente a été directe. Pareil pour Jess et Tihl. Tout l’entourage, d’Arthur et Grin à l’extra-entourage, c’est vraiment ma famille toulousaine du rap.

Toi qui as multiplié les connexions, tu ne t’es jamais dit, de façon carriériste, que ce serait peut-être bien de bouger à Paris ?

Je fais du rap pour sauver mes gens en fait, et ils sont ici. J’ai envie qu’ils me voient travailler dur, et accéder un jour peut-être au statut que je vise. Je veux leur montrer qu’on n’a pas besoin de quitter notre cocon et d’avoir cette pression de la distance pour poursuivre le million. Je l’ai appliqué très tôt. J’ai aussi essayé l’approche parisienne, d’aller voir les DA de maisons de disques, faire écouter ce que je fais, ce qui a un peu contribué à ma réputation. Mais on me disait déjà à l’époque : « T’as pas besoin de nous, il faut que tu construises ton truc parce que tu es sur quelque chose qui est beaucoup trop authentique pour qu’une maison de disques mette ses pattes dessus et essaie d’en sortir un truc commercial. » Du coup ça a été un parcours… pas du combattant, mais mon île de la mort de phénix.

9. Billy Bats feat. Degom – « Reefo » (Purp Cobain Volume 1, Billy Bats, 2016)

Avec Degom on se connaît depuis super longtemps, depuis l’époque « Back Draft ». On a collaboré sur pas mal de choses.

Là on est encore sur une série de mixtapes, Purb Cobain

Il y a eu trois volets ouais, c’est un peu les fondations de CDXX. Après les Barbus sont venus poser leur poutre aussi.

Ils ont aussi cette démarche de sortir des projets rapprochés dans le temps.

Carrément, on est productifs et on aime la musique, donc on la partage dès qu’on en a l’occasion.

Parmi les rappeurs qui ont 20 ans d’existence discographique, tu fais partie du cercle extrêmement restreint de ceux qui n’ont jamais fait de pauses.

Je suis le rap ! (rires) Tant que les gens écouteront du rap, je serai là.

Qu’est-ce qui explique cette détermination ?

Le rap a vraiment changé ma vie en fait, dans le sens où j’étais très réservé quand j’étais petit, j’étais scotché sur mes consoles. J’avais un ou deux potes sûrs, le reste ne m’intéressait pas. Du coup le rap c’est ma life. Ça m’a permis de voyager, de rencontrer beaucoup de gens, de comprendre ce que mes morceaux pouvaient faire aux gens. C’est ma vie. Il ne peut pas y avoir de Billy sans le rap, ça fait partie de mes gènes.

Aujourd’hui tu arrives à en vivre ou tu travailles à côté ?

Je ne bosse pas à côté. Le but d’avoir monté CDXX, qui est aujourd’hui une entreprise, c’est de faire le choix de ne vivre que de la musique et de tous ses à-côtés. Je reste cantonné à la musique quoi qu’il arrive.

L’activité de CDXX ne concerne pas seulement vos projets j’imagine.

Non, le studio est accessible aux prestations. Il est possible de prendre quelques heures pour enregistrer ici, on propose de la vidéo, de la photo. C’est vraiment un studio en état de marche et fonctionnel.

Vous bossez aussi sur l’image, un aspect important de ta musique.

Comme je t’ai dit, c’est le côté cinématographique. Et puis j’aime bien les beaux vêtements, les silhouettes… C’est de l’art. Pour moi la vidéo et le clip sont des tableaux vivants, j’aime bien quand c’est beau.

10. Billy Bats – « Serengeti » (Chef, Billy Bats, 2017)

Le concept de « tableau vivant » s’applique assez bien au clip de ce morceau.

J’aime bien quand c’est beau. Je travaille l’image et l’esthétique parce que ça me plaît, ça fait partie de mon rap en fait. C’est pour ça que je suis très axé sur le flow, les mélodies, l’image. Dès que je fais un morceau, avant de le poser j’ai le clip en tête, l’ambiance générale.

« Serengeti » est sur ton projet Chef. Pourquoi avoir intitulé ton projet ainsi ?

D’abord parce que ça marque la période de ma paternité. J’ai eu une fille il y a un an et demi. Ça a été fait à cette époque, et vraiment j’endosse le rôle de chef de famille. Et puis avec toute cette clique d’urluberlus, j’ai un peu été élu chef malgré moi de par la longévité et l’expérience que j’ai sur mes épaules. Donc c’est un peu cette double casquette.

Tu travailles beaucoup l’image, mais tu n’es pas accro comme d’autres à Instagram, ni aux réseaux sociaux en général. On a l’impression que tu n’aimes pas trop te mettre en avant de cette façon.

Je n’excelle pas dans ce domaine-là. Il y a trop de filtre en fait. Je ne fais pas ce jeu du Snapchat parce que je vis trop sur le moment, je n’ai pas le temps de sortir mon téléphone quand je vis un truc. Ce n’est pas un réflexe naturel pour moi, peut-être parce que je n’ai pas grandi à cette période-là, même si j’évolue dedans. Je sais me servir de toutes les technologies parce que je suis un geek à jamais, mais ce n’est pas un truc avec lequel je joue non.

Sans connaître le succès commercial tu as toujours été là, soucieux d’être toujours à la page, garant d’une certaine fraîcheur. Est-ce que tu acceptes qu’on utilise le qualificatif d’ « éternel rookie » quand on parle de toi (dans le sens meilleur espoir plus que débutant) ?

Oui, je comprends l’image, dans le sens où j’ai ma chance chaque année. D’ailleurs je le dis dans je ne sais plus quel couplet : « Chaque année je suis le rookie de l’année. » Tant que je peux rapper ça me va, après on a envie de mettre sa famille à l’aise donc on essaie de voir ce qu’il y a en dehors de la musique. (Il réfléchit) Mais je suis déterminé en fait. Je sais que mon truc c’est ça, je le ferai quoiqu’il arrive, avec ou sans succès. Je vais essayer d’amener mes gens mentalement et spirituellement au plus haut niveau qu’ils puissent atteindre.

Verra-t-on un jour un album de Billy Bats annoncé comme tel ?

Oui, bien sûr. Il est dans le cerveau, il faut qu’il arrive à maturité.

Chef est le début d’une nouvelle série de mixtapes ?

Non, c’est un OVNI, sorti à l’occasion de la naissance de ma fille. Mais il y a un truc en préparation, pour l’instant sur deux épisodes. Le premier épisode s’appellera Gogeta, en collaboration avec Jess, un MC du Barbu Gang. On a fait un petit 7 titres à deux, sur lequel on a croisé le fer, lui en tant que Vegeta et moi Sangoku. (rires) Ça promet.

Un mot de la fin ?

Soyez en paix, élevez votre spiritualité, buvez un peu moins d’alcool, et fumez un peu plus de cannabis. Reefer.