Décembre a été marqué outre atlantique par la sortie de Revival, le neuvième album du grand et unique Eminem. Malheureusement, au sens du pôle US du Bon Son, l’album est largement comparable à l’épisode 8 de Star Wars : proche du navet. Pour oublier ces deux accidents, rien de mieux que notre sélection des 10 bons sons US (un peu UK, aussi). Bonne année à tous.

Conway feat. Styles P – Arabian Sams (Prod. Daringer)

La fin d’année a été faste pour Griselda. Après More Steroids de Conway et Hitler Wears Hermes 5 de Westside Gunn en octobre, puis Butcher on steroids de Benny, Conway a clos l’année 2017 avec G.O.A.T. (Grimiest of all time). Un projet de dix titres produit presque intégralement par Daringer (excepté « Trump », produit par The Alchemist). On retrouve également un plateau de qualité pour accompagner le bison de Buffalo derrière le micro : Lloyd Banks, Benny, Prodigy (sur un morceau sorti avant sa mort sur l’EP Hell still on earth), Royce Da 5’9 ou encore Styles P. C’est le morceau avec ce dernier que nous avons choisi d’extraire de cet ensemble toujours très dense et homogène. La production angoissante de Daringer offre un terrain de jeu parfait pour les couplets très menaçants des MC’s newyorkais, toujours agrémenté des formidables adlibs de Conway. – Xavier

Juicy J feat. Project Pat & A$AP Rocky – Feed the streets (Prod. Metro Boomin & G Koop)

On ne sait plus vraiment quoi ajouter à chaque fois que l’on vous parle de l’inoxydable Juicy J, 42 ans au compteur, qui continue de nous balancer sempiternellement du neuf, réinventant les codes à chaque nouvelle sortie. Mais cette fois on ne rigole pas. Rubba Band Business est officiellement le quatrième album solo de l’homme de “Beans & lean”. Quatre ans après Stay Trippy, rien que ça. Et l’introduction de l’album (si l’on excepte la première piste, en forme de skit de 30 secondes) fera plaisir aux fans de la première heure de l’ancienne tête d’affiche de la Three 6 Mafia. Le nécromancien de Memphis, aux côtés de son vieux compère Project Pat, parvient à fournir une nouvelle corde à l’arc de Metro Boomin, qui ne cesse de montrer ses nombreuses ressources, en le faisant produire un véritable beat de horrorcore. Et comme si cela ne suffisait pas, le fantasque A$AP Rocky est également venu se mêler à tout ce beau monde (qui rappe, au passage, pour la première fois aux côtés de Project Pat). – Xavier

Jeezy feat. YG & Kodak Black – Pressure (Prod. D. Rich)

Le père illégitime de la trap music n’a plus le temps. Fraîchement quarantenaire, Jeezy continue son rythme effréné d’un album par année depuis quatre ans. Le huitième depuis Thuggin’ under the influence sorti en 2001. Si Pressure est loin d’être sa pièce maîtresse, il contient son lot d’invités prestigieux et de morceaux marquants. L’un d’entre eux, éponyme de l’album, réunit ainsi deux figures éminentes de deux styles de rap différents de celui dans lequel il brille : le gangsta rap californien pour YG et le rap mélancolique et balafré initié dans la Louisiane pour le jeune Floridien Kodak Black. Le résultat est plutôt étonnant et ne plaira pas forcément aux inconditionnels de chacun des MC’s ; la production g-funk de D.Rich, très douce et l’ambiance pas vraiment de saison amènent une touche très particulière au morceau, où les trois compères semblent être utilisés à contre-emploi, alors que le rendu final est très bon. – Xavier

Joey Bada$$ & Kirk Knight – Gazzliona (Prod. Kirk Knight)

Pour célébrer les fêtes de fin d’année, Joey Bada$$ et son label PRO ERA ont tout simplement décidé de déterrer de vieilles pépites enfouies sous l’asphalte new-yorkais. Et quand je vous dis que ça date, c’est que ça nous mettrait presque un bon gros coup de vieux. Le morceau a été enregistré en 2013, l’année même où Bada$$ sortait sa seconde mixtape, Summer Knights. Mais si vous savez, Summer Knights avec le morceau ultra smooth “Waves” et le désormais mythique “Unorthodox”, produit par DJ Premier… Un jolie retour vers le futur donc, avec un Kirk Knight en Doc Brown, et un Joey Bada$$ en Marty, histoire de (nous) rappeler le bon vieux temps. – Clément

Lil’ Wayne – Family Feud feat. Drake (Remix)

A l’origine, “Family Feud” est un morceau présent sur 4:44, et réunit (comme son nom l’indique) le protagoniste de l’album, Jay-Z, et sa dulcinée Beyoncé. J’ai bien dit “à l’origine” parce que le morceau dont je vais vous parler est en fait un remix. Extrait du sixième volet de ses mixtapes intitulées Dedication, “Family Feud” réunit donc Lil’ Wayne et Drake. L’instrumentale est quasiment identique à l’originale, à savoir une bonne vieille boucle de The Clark Sisters samplé par le beatmaker (presque) attitré de Jay-Z : No I.D. Lil’ Wayne et Drake donnent leur version des ”querelles de famille” et en profitent pour casser quelques genoux : ceux de Birdman, de P. Diddy ou encore des grandes instances du groupe Universal… En somme une jolie lettre de Noël. – Clément

Dreezy – Spar feat. 6BLACK, Kodak Black (Prod. Stwo)

Bon d’accord on triche un peu. Pour les plus fins diggueurs, ce morceau est sorti en octobre dernier. Mais je vous avoue que j’étais complètement passé à coté de cette pépite. Et il a fallu la sortie du clip au début du mois de décembre pour que je tombe sous le charme de ce track. Dreezy est une rappeuse de 23 ans qui nous vient de Chicago. Active depuis 2012, elle a depuis sortie quatre mixtapes et son premier album en 2016, intitulé No Hard Feelings. En octobre dernier donc (le 16 pour être plus précis), elle a sorti le morceau “Spar” en featuring avec le géorgien 6BLACK et Kodak Black (dont on a déjà parlé au-dessus). Véritable pavé dans la mare à l’encontre du président Donald Trump, “Spar” résume parfaitement la pensée de beaucoup de rappeurs américain (et pas que). La prod’ du parisien Stwo apporte une atmosphère hypnotique en plus, le tout animé pour un  magnifique clip. – Clément

Rejjie Snow – Milk & Honey (Prod. Rahki)

Nouvelle entorse au règlement puisqu’il s’agit ici d’un rappeur Irlandais. On en avait déjà parlé précédemment dans nos 10 bons sons US mais cette fois-ci, au diable les collaborations avec des américains, concentrons nous sur ce rap britannique, qui n’est d’ailleurs pas du grime. Rejjie Snow est donc un rappeur qui nous vient de Dublin et qui œuvre dans l’ombre depuis pas mal de temps déjà. A l’aise sur à peu près tous les types d’instrumentales, il distille des textes sombres, mélancoliques et foutrement nébuleux. Après quelques mois sans nouvelle, excepté une tournée déjà bien entamée, le rappeur de 24 ans a sorti au début du mois le track “Milk & Honey”, extrait de son prochain album Dear Annie. Produit par Rahki (dont on a pu entendre le travail avec Ab-Soul, Kendrick Lamar ou encore Mac Miller), le morceau est un véritable “lullaby banger”, ou Rejjie Snow débite avec l’aisance qu’on lui connait, tentant et réussissant divers flows : du caverneux à la Tyler The Creator (la comparaison sera toujours faite) à des intonations à la Lil’ Uzy Vert, en passant par des délires vocoder à la Future. On est comblé. – Clément.

Nipsey Husstle – Rap Niggas

Nipsey Hussle a officiellement ouvert les précommandes de son nouvel album Victory Lap, annoncé depuis plusieurs années, avec “Rap niggas”. Gamos luxueux pour arpenter les avenues de L.A. en équipe, tattoos et bandanas fièrement arborés, alarmes en fond et plans au ralenti… Comme à l’axcoutumée, Nipsey Hussle livre un puissant banger dans la plus pure tradition du rap West Coast, tout en restant très actuel dans la musicalité. Si Victory Lap devrait bénéficier d’une sortie classique (le 16 février), à l’inverse de ses précédents projets qui sortaient en édition très limitée à des prix très élevés, son Marathon Book (beau livre contenant des photos rares et un peu de texte) annoncé le même jour que la sortie du clip de “Rap Niggas”, coûtera 500 dollars pour 1000 copies éditées. On ne se refait pas. – Olivier

Quavo & Travi$ Scott – Huncho Jack (Prod. Murda Beatz, Quavo, Mike Dean & !llmind)

Elle est là la bonne surprise de cette fin d’année. Bien qu’ayant connu chacun une année 2017 bien différente, Quavo en ayant été l’un des principaux protagonistes et Travi$ Scott s’étant montré plutôt discret, les deux hommes ont largué sans prévenir un album commun de treize titres, intitulé Huncho Jack, Jack Huncho. Le projet a été rasé de tout featuring (excepté Takeoff sur « Eye 2 Eye » et Offset sur « Dubai Shit ») et c’est tant mieux tant la complémentarité entre les deux MC’s est frappante. Une complémentarité qui s’illustre tout particulièrement dans ce « Huncho Jack », qui réanime une pratique quasiment perdue dans le rap actuel, le passe-passe, à l’œuvre dans le refrain et le troisième couplet. – Xavier

OG Maco feat. Offset – Ticket (Prod. Dolan)

Voilà un bon bout de temps que l’on n’avait pas entendu parler de OG Maco. Alors qu’il devenait gentiment une valeur sûre de la scène d’Atlanta il y a de cela deux ans, le jeune MC a quelque peu disparu des radars, après un grave accident dont il a été victime en juillet 2016. Après une mixtape sortie en mars, intitulée Children of the rage, passée totalement inaperçue, le revoilà très énervé avant d’attaquer 2018. Il a en effet annoncé sur son twitter qu’il était « fatigué de planifier et d’attendre et qu’il allait lâcher des sons sans promotion ni rien et sans se soucier du nombre d’écoutes » avant de publier ce morceau sorti tout droit des enfers avec Offset. Quand bien même le morceau n’a pas été enregistré récemment, la qualité est présente et on ne peut que se réjouir de pouvoir profiter de cette combinaison inattendue en cette fin d’année. – Xavier