Alors qu’outre atlantique, et cela depuis un plus d’un mois, le monde du cinéma tente de voguer à travers une tempête d’accusations de harcèlements et d’agressions sexuelles, le monde de la musique ne semble pas (encore ?) touché. Pour cette nouvelle édition, les gros culs sont donc bien en place, les substances coulent à foison… Mais pas que, la douceur et la poésie lorgnent aussi notre sélection.

DRAM – Crumbs feat. Playboi Carti (Prod. OZ)

DRAM fait partie de ces artistes capables de donner dans un style toujours très différent. Alors que les derniers morceaux du MC de la Virginie étaient plutôt R&B, le voici dans un délire 100% stoner. Pour ce moment assez burlesque, tournant donc autour des plantes vertes (plus précisément “les miettes”), DRAM a invité un guest omniprésent ces derniers mois : Playboi Carti. Le tout est saupoudré par un clip un tantinet psychédélique, un régal. – Clément

Talib Kweli – Traveling Light feat. Anderson .Paak (Prod. Kaytranada)

On ne présente plus Talib Kweli. Mais brièvement, pour les trois du fond qui ne suivent pas, Talib Kweli est un rappeur de Brooklyn, moitié du groupe Black Star avec Mos Def. Actif depuis 1997, il a sorti pas moins de neuf albums (studio). Son dernier, Radio Silence, est sorti il y a quelques jours (le 17 novembre). Après deux ans de disette, Talib Kweli revient donc avec un onze titres et une pléiade de featurings : Rick Ross, Jay Electronica, Waka Flocka Flame ou encore Anderson .Paak. Coté productions, les collaborations sont elles aussi nombreuses : The Alchemist, Oh No, Kaytranada, J. Rhodes ou encore Mr. Carmack. Vous l’aurez compris, un casting de luxe pour une (pratiquement) légende. Et ce n’est pas un morceau en particulier qu’on vous conseille d’écouter mais bien tout ce nouvel album. La passion de Talib Kweli est viscérale, et touche toujours autant de monde. Un pouvoir de rallier qui reste intact, et qui fascine toujours, album après album… – Clément

Saba – There You Go

Les berlinois de Colors poursuivent leur exploration à travers le rap, qu’il soit anglais, américain ou encore français. Pour ce nouvel épisode aux tendances “jaune de damas”, c’est Saba, rappeur originaire de Chicago qui s’y colle. Au menu, une instrumentale jazzy assez douce, et un flow à vitesse modulable. Un morceau qui rappelle sans forcer les premières élucubrations de Kanye West (“The Collage Dropout”) ou dans un style tout aussi smooth, le très bon Chuuwee. – Clément

Rae Sremmurd – Perplexing Pegasus (Prod. Mike Will Made It)

Il faudra un jour que la science se penche sur cette exceptionnelle qualité qu’on les protégés de Mike Will Made It de sortir des tubes incroyables quelle que soit la période de l’année. Un lâchant le premier extrait de Sremmlife 3, les frangins de Tupelo, Mississippi, viennent clôturer une année 2017 durant laquelle, outre « Swang », c’est surtout Swae Lee qui s’est illustrée en prenant le contrôle de nombreux singles d’autres artistes (non non on ne parle pas de French Montana). Une année où l’on a donc senti que le départ en solo était plus proche que jamais pour le petit génie du duo. On peut donc penser que Sremmlife 3 viendra clore de manière trilogique une belle aventure pour les Rae Sremmurd. – Xavier

Young Buck – Dope 2 Ya

Le vétéran est inarrêtable. Paraissant toujours plus jeune, Young Buck continue sa série de « 10 » avec 10 Street Commandements, quelques mois après 10 Toes Down. Un projet annoncé une semaine avant sa sortie par « Dope 2 Ya », ogive de trois minutes où Young Buck reste dans sa zone de confort, ce qui ne peut que nous régaler. Au programme donc, rap de rue classique et énergique dans un univers sombre malgré le côté mélodieux de la production. A côté de ça, le MC d’Atlanta a également annoncé un nouveau projet du G-Unit qui devrait arriver en 2018. Tenez-le-vous pour dit, à 36 ans, Young Buck est loin d’en avoir fini avec ce foutu jeu. Xavier

Cam’Ron – It’s Killa (Prod. Dollavision)

Vado ayant perdu de sa verve, Don Q tardant à confirmer et Dave East ayant succombé aux sirènes du sionnisme Defjamien, il ne reste plus grand monde pour représenter le harlémisme sur la carte du rap outre-Atlantique. Il a donc fallu que le père de famille revienne mettre un coup de pied dans la fourmilière avec The Program, mixtape annonçant la sortie prochaine de l’album Killa Season 2. Un projet très solide, dont nous avons extrait l’introduction, dans laquelle Cam parle de sa jeunesse dans Harlem en tirant à boulets rouges sur Ma$e, dans le cadre d’un conflit qui les oppose depuis plus de vingt ans. De quoi ouvrir qualitativement une mixtape composée de morceaux du même acabit. – Xavier

 Jadakiss feat Styles P – Ice Pick (Prod. Pav Bundy)

Il est vrai que ce n’est pas très fair play de mettre en avant, comme extrait d’un album commun, un morceau qui exclut l’un des deux protagonistes. Il faut cependant admettre que Fabulous fait souvent pâle figure aux côtés de la verve de Jadakiss sur ce Friday On Elm Street, sorte d’hommage en 12 titres au cinéma d’épouvante. De plus, le morceau « Ice Pick » convie un invité de choix en la personne de Styles P,  membre du trio The Lox dont il fait partie avec Jadakiss et Sheek Louch. Et, troisième argument qui n’est pas des moindres, le morceau en question est un hommage à Icepick Jay, ancien producteur du label Ruff Ryders dont The Lox fait partie et grand ami de la bande, qui est décédé en juin de cette année après un long combat contre le cancer. – Xavier

Lenny Grant aka Uncle Murda feat Dave East – Tonite

Novembre était décidément le mois des anciens. Du haut de ses 37 ans, Lenny Grant alias Uncle Murda continue de refaire tranquillement sa route depuis la longue pause qu’il avait dû observer suite à la fusillade dont il avait été victime. Et c’est un bien beau panel de jeunes (et vieux) loups qui se retrouve sur sa dernière mixtape intitulée Don’t come outside, vol.1. On y trouve par exemple 50 Cent, Don Q, Jadakiss ou encore Young Dolph. Mais aussi et surtout, la nouvelle star de New York Dave East, qui vient offrir un couplet au vétéran de Brooklyn sur l’excellent « Tonite ». La production ultra-nerveuse sert parfaitement les univers respectifs des deux MC’s. Comme quoi les chocs générationnels ont parfois du bon. – Xavier

B.E.N.N.Y. the Butcher – 52 Montana

Au bout d’une année encore chargée pour l’équipe Griselda, c’est le troisième larron de la bande qui sort du bois pour refroidir ce déjà glacial mois de novembre. Butcher on steroids est le troisième LP du MC de Buffalo, membre de la Black Soprano Family, après 17 Bullets et My First Brick sortis tous deux l’année dernière. Et même si, par rapport à ses comparses, il manque à Benny une certaine dissonance vocale pour s’affirmer clairement comme le troisième membre du groupe, l’album est d’excellente facture, servi par des productions impeccables des habituels DJ Green Lantern, Daringer ou encore Camouflage Monk. « 52 Montana » donne un bon aperçu de l’ensemble du projet, avec un long couplet de 2 minutes sans refrain, où le boucher parle de ses jeunes années dans la Montana Avenue de Buffalo, et l’on peut deviner que ça n’était pas simple tous les jours. – Xavier

G Perico – Affiliated (Prod. Cardo & Polyester The Saint)

Ça aura été une année chargée pour le jeune G Perico, pur produit de l’école South Central Los Angeles. Après All Blue et G-Worthy, le MC angelin a sorti début décembre son troisième long format de l’année avec 2 Tha Left. Il avait lâché deux extraits de l’album en novembre, avec « Affiliated » et « Everybody ». Et c’est le premier cité que nous avons décidé de mettre en avant ici. Produit par deux des plus fines lames de ce rap californien, à savoir, Cardo et Polyester The Saint, le morceau est dans la droite lignée de ce que nous a proposé G Perico jusqu’ici. Un gangsta rap west coast sans concession, fait dans l’urgence et nerveux. – Xavier