Alors le voilà, le premier projet solo de Doums. « Enfin » diront les impatients en se ruant sur la galette, tandis que les plus sages appuieront lentement sur play, en s’installant confortablement, pour s’assurer un kiff tranquille, confiants. La sortie, il y a quelques semaines de la 445e nuit de sa moitié Népal, qui avait enchanté les aficionados, avait ranimé l’impatience des amoureux du parisien, qui rongeaient leur frein depuis que Doumams avait lâché l’intro du projet en avril chez les berlinois de Colors. Mais doucement mais sûrement, le géant de l’Entourage a attendu cette fin d’année pour se lancer, à son rythme, avec 8 titres qui lui ressemblent.

« Question de temps, pour entrer dans la légende c’est qu’une question de cran » – QDC.

Et à l’écoute, il semble évident que la qualité du projet lui donne raison : ça valait visiblement le coup de prendre le temps. L’ensemble très cohérent nous attire dans un univers plutôt intéressant. Globalement on l’attendait sur ce créneau mais il faut reconnaître que ça lui va décidément très bien. Les prod majoritairement vaporeuses du projet portent sans faillir un flow en apparence nonchalant mais en réalité particulièrement rigoureux, à l’image de ce à quoi cette jeune école parisienne nous a habitué. À la fois éminent membre de l’Entourage, fidèle addition du S-Crew, gravitant autour de la 75e Session via Népal ou encore proche de Lomepal, Doums sait être technique et manier une grande musicalité pour prouver aux sceptiques qu’il n’a rien à envier à ceux de ses compagnons de route déjà lancés en solo. À cheval entre Paris Sud et Paris Nord, Doums mêle les influences des acteurs majeurs de la capitale avec subtilité, et son flow habitué à s’illustrer en équipe s’impose seul comme une évidence.

Juste et simple dans ses textes, on retrouve un peu partout le thème de l’avancée vers le succès sans se presser… mais sans douter, sur fond de chill entre pote et bicrave. Le doute d’ailleurs entretenu sur ce dernier point, on se saurait trop dire si c’est de substance ou de musique dont il est question dans ces échanges tarifés. Vivre du rap ou de la drogue, les deux semblent interchangeables et se confondent, chaque addiction nourrissant l’autre vice, répondant à une nécessité, un besoin élémentaire, pour soi, pour la famille. Bien entouré, on ne retrouve que des proches associés au projet. Népal, évidemment, assure un bon tiers des prods, ne lâchant la main que pour laisser 2zer, Hologram Lo’, Hugz ou L$30 prendre le relais. L’ambiance générale très maîtrisée fait une jolie place aux guitares ou aux pianos sur des beats aériens où se répondent des caisses qui s’éclaircissent en fonction des BPMs.

Seul bémol, les trois featurings, concentrés les uns après les autres en fin de projet, peuvent décevoir sous certains aspects, semblant par moment un peu en dessous de ses cinq autres prestations solos. Est-ce parce qu’on avait tellement envie de l’entendre seul qu’on boude de le retrouver encore à partager des instrus (pourtant de haute qualité), et des thèmes parfois un peu plus profonds (comme sur « Jeunes retraités ») ? Mais Doums est un rappeur de clan, d’équipe, de famille. Impensable alors d’obtenir de lui un projet sans autres voix venues apporter la diversité qui nourrit justement ses inspirations.

Baptisé « Pilote », comme le premier épisode d’une série qu’on teste sur son public, ce 8 titres finement ciselé nous charme en toute simplicité et se glisse dans nos écouteurs comme une petite douceur de cette fin d’année. Satisfaits de la prestation, le projet nous paraît alors un brin trop court, mais on sait que Doumama reviendra, vite cette fois, au moins avec le 2Fingz, en 2018. Et pour le prochain solo ? Tout vient à point à qui sait attendre.

« J’suis ni très vieux ni très pieux mais je sais quand me taire » – Intro