Beaucoup d’hommages aux mamans et aux papas dans cette sélection, comme si les rappeurs avaient élu octobre « mois de la parentalité ». Jugez plutôt.

Le 25 octobre : Pejmaxx feat. Furax (& Scylla) – Cœur de miel (Prod. Lionel Soulchlidren)

Joliment intitulé « Cœur de miel », le deuxième extrait du troisième album de Pejmaxx fleure la sortie gagnante. S’il n’a jamais eu besoin d’invités ou de featurings pour développer sa notoriété, il a construit ce nouvel effort solo en imaginant pas mal de monde pour l’épauler, et ce sont finalement 15 plumes indiscutables qui se retrouvent sur la tracklist. Sur cette piste, on retrouve un Pej’ serein et cotonneux et un Furax très en jambes comme à l’accoutumée. Seul hic : Scylla manque à l’appel, volontairement censuré pour laisser le teasing agir. Alors, en attendant, « Demande à ma mère si je suis un mauvais type… » – Antoine

Le 20 octobre : Orelsan feat. Ibeyi – Notes pour trop tard

Sans forcer, Orelsan est en train de faire l’unanimité avec La fête est finie, son nouvel album. Les Zeniths de France se remplissent en un temps record alors que les bacs se vident à la même vitesse, et tout le monde parle de son opus le plus abouti, plus adulte, plus réussi. N’allez pas croire pour autant que le MC caennais a perdu son amour du bon mot ou de la punchline potache, car malgré une écriture plus épurée, Orelsan fait plus que jamais preuve d’un sens de la formule hors pair. « Notes pour trop tard » en est la parfaite illustration, avec son déluge de conseils sous forme de grosses lignes imparables 7 minutes durant, destinés au jeune adulescent qu’il a décrit en large et en travers sur ses deux premiers disques. – Olivier

Le 16 octobre : Isha – Karma (Prod. Kendo)

En milieu de mois, alors que l’été indien se prolonge encore sur l’hexagone, Isha débarque sans crier gare chez Colors pour envoyer un inédit glaçant. La boucle électrique saturée qui démarre sur une image flippante du Belge grimé en clown, crée d’emblée une ambiance peu rassurante. Se pose alors le flow féroce du MC qui joue avec les niveaux de sa voix, son intensité, ses intonations, pour nous emporter dans un déferlement furieux. La mise en scène qui va de pair avec le concept de Colors permet aussi à Isha de soigner l’image et de donner au texte une couleur pas complètement nette. A l’écoute de ce son court mais efficace, avec des références aussi soignées que d’habitude, on en revient à la même conclusion qu’après l’EP La vie augmente Vol. 1 sorti en avril : on est curieux de la suite. – Sarah

Le 11 octobre : Freez – RIP (Prod. Chilea’s)

C’est décidément une salve de morceaux « causant pertes et fracas » qu’envoie Freez sur le web ces dernières semaines. A l’aube de son premier EP solo, Les minutes vides, c’est « RIP » qui vient sonner le rappel de la fête des morts sur lequel il passe en revue et en rimes les pires aberrations de notre société, de la situation des migrants à celles des travailleurs pauvres. Maîtrisant et argumentant son point de vue non sans humour (cf. Balkany), il vide son sac en expédiant 2’22 de souffle chaud où il fait bon ne pas figurer sur son listing. Chilea’s n’y va pas de main morte non plus en produisant une instru solide, cassante, dans la même veine que celle du premier extrait. Le clip, habile et explicite, est un atout réalisé par Tarmack Film. Rendez-vous le 17 novembre. – Antoine

Le 6 octobre : S2E & DJ Masta – Dune de sel

Mieux qu’une soirée diapo, les superbes images de vacances à Cuba de S2E & DJ Masta qui agrémentent le morceau « Dune de sel », sorti en début de mois. Sur une superbe production maison, S2E régale, entre multi-syllabique outrancière, changements de flow et quelques petites sentences subtiles. Décrit comme le « premier extrait d’on ne sait pas trop quoi », on ose espérer que les Tontons Sampleurs de Besançon nous réservent encore un projet pour cette fin d’année. – Xavier

Le 20 octobre : Seyté – Je n’ai pas changé

Non, Seyté n’a pas changé. Alors que la plupart de ses compères du plat pays s’aventurent dans un rap aux sonorités beaucoup plus modernes, le MC de La Smala reste dans la recette classique, à savoir un rap mélancolique aux forts accents boom bap. Sur une magnifique instrumentale piano-voix-violons d’un autre belge, Coalt Art (prononcez Coltar), Seyté couche ses thématiques habituelles avec la plume qu’on lui connait : des rimes acérés et des images simples qui font toujours mouche. « Face au néant, je n’ai pas tremblé, je reste loin de vos ragots de vos histoires de cash […]« . Non Seyté n’a pas changé. – Clément

Le 22 octobre : Lou Fresco & La Base feat. Prince Waly – Codes (Prod. Tru Comers)

« Ils disent qu’on est les descendants des singes, mais j’suis le descendant d’une Merco-Benz, croisé avec un flingue » Un morceau qui commence comme ça, ça sent forcément bon. Et c’est une vraie bonne idée qu’a eu La Base en convoquant Lil Supa aka Lou Fresco, la méga star du rap vénézuélien avec qui ils avaient déjà collaboré, et Prince Waly, la moitié de Big Budha Cheez pour donner une attitude puissante à un thème et un visuel qui faisaient déjà saliver les Internautes : « Codes ». La boucle de Tru Comers et les références précises des années 90’s, so fresh so clean, tout y est. Tourné en partie à Paris, le clip est un bijou. Un nouveau vinyle 3 titres est à paraître en début d’année 2018, en attendant un long format. – Antoine

Le 27 octobre : Hamza – 1994

Le faiseur de refrain le plus prisé du rap belge est de retour avec une nouvelle mixtape, 1994, chose plutôt banale ces derniers temps pour le prolifique Hamza. La nouvelle particularité est que c’est la première à sortir en maison de disques (Warner en l’occurence) et non en indé, et à bénéficier d’un pressage CD. S’il ne s’agit pas d’un album, on commence à s’en approcher avec 1994, que ce soit dans le soin apporté à la production, la cohérence, ou la consistance des textes. En effet, sa science de la mélodie mêlant rap et chant sur fond d’autotune n’est plus seulement mise au service des thèmes superficiels chers à son personnage, mais aussi à des émotions plus personnelles, comme sur les morceaux « 1994 » ou « Life ». L’album ne devrait logiquement plus tarder, et au vu de sa courbe de progression, rien ne semble désormais stopper son avancée. – Olivier


Le 24 octobre : Eli MC – Mona Lisa (Prod. Soulchildren)

Il y a tout juste un an, Eli MC annonçait via les réseaux sociaux sa décision de mettre un terme à sa carrière rapologique. En guise d’adieux, la Montpelliéraine a souhaité léguer à son public un dernier projet qui portera le nom de Manque-moi. Celui-ci ayant inéluctablement une saveur particulière, elle a su parfaitement s’entourer puisque le beatmaker Lionel Soulchildren a été chargé d’apporter sa sensibilité et son talent côté productions. Sur « Mona Lisa », c’est accompagnée par une mélodie taillée sur-mesure qu’Eli nous livre un morceau touchant, rempli de poésie. A travers ce titre, elle rend hommage à celle qui l’a vu naître et qu’elle considère comme sa  propre égérie.  Il ne reste que quelques jours à patienter pour découvrir la suite de Manque-moi car sa sortie est prévue pour le 6 novembre. Il ne fait d’ores et déjà aucun doute que ce projet regorge d’autres morceaux de qualité. – Jordi 

Le 25 octobre : Mani Deïz – Le feu des singes

Un hommage profond, attachant et hyper bien tourné, c’est ainsi que Mani a repris le mic pour envoyer un inédit à quelques jours de la Toussaint. « J’ai prié très fort, c’est impossible qu’il ne m’entende pas, mais j’devais manquer de conviction mon père est mort » Glaçant de réalisme, il signe une prod à 67 BPM (!) qui écarte toute ressemblance ou critique vis-à-vis des prods qu’il a pris l’habitude de distribuer ces dernières années. Au détour de cette pensée adressée à son père, il établit un parallèle judicieux entre l’Homme et son plus proche cousin, esquisse démoralisante dont la plus belle punchline est saisissante : « Donnons l’feu aux singes, pour qu’ils descendent de nous, pour qu’ils se mettent debout avec des logos sur leur linge » Accompagné d’une vidéo documentaire simple et efficace. – Antoine