Fidèle à sa réputation de rappeur prolifique et tout-terrain, Jarod continue d’occuper le terrain en 2017. Attitude, son nouveau projet digital est programmé pour le 13 octobre, l’occasion de dresser un petit état des lieux à quelques jours de la sortie, en compagnie de l’intéressé.

Tu reviens un peu plus d’un an après Caméléon, quel bilan tires-tu de cet album ?

On est contents, on doit être à 13 000 ou 14 000 ventes, toujours en indépendant, ce qui est cool au vu de l’énergie qu’on a donné. On va s’occuper bientôt de clipper les trois ou quatre titres qui ne l’ont pas encore été, parce qu’on a dit qu’on clipperait tout. On a fait beaucoup de dates, beaucoup de concerts, et ça nous a malgré tout débloqué beaucoup de choses. On a fait des super scores sur Youtube avec des titres comme « John Wayne », « Boyboy », ainsi que « Termine 2016 » qui a profité de la dynamique autour de l’album. Ça a permis aux gens de comprendre encore mieux qui j’étais, que j’allais rester dans la même direction.

Tu reviens avec un album digital, peux-tu nous expliquer ce choix de format ?

Je voulais tester. C’est juste ça.

En quoi est-il différent d’une mixtape, ou d’un album classique ?

Je ne le vois pas comme un album ou une mixtape, mais comme un projet. Il n’est ni construit comme un album, ni comme une mixtape. Il a son format à lui, et je pense que c’est cool de le sortir en digital. On verra bien si ça marche.

Comment s’est-il construit ?

J’ai récupéré des morceaux que j’avais en fait, qui étaient là depuis un moment, et j’y ai ajouté de nouveaux morceaux.

Est-il dans la continuité de Caméléon, ou tu t’es essayé à d’autres choses ?

(Il réfléchit) Il y a des choses différentes. On m’a souvent dit qu’il n’y avait pas assez de featurings sur mes projets, sur celui-là il y a cinq ou six personnes invitées. Il est différent des autres en fait, même si je n’aime pas comparer les projets. Pour moi il est comme il doit être.

Tu l’as annoncé notamment au travers d’extraits hebdomadaires de 2 minutes seulement, pour quelle raison ? Etait-ce une façon de multiplier les extraits sans trop en dévoiler ?

Oui, c’était du teasing on va dire. Il y a eu trois extraits, avec les morceaux entiers sur Deezer et Spotify. Et puis on a sorti le titre « Maladie », puis « Harakiri » avec Beriz, et derrière il y aura encore d’autres clips.

« Libre », qui semble avoir particulièrement touché ton public, n’appairait pas au tracklisting, c’est dû au fait que c’est une face B ?

En fait à la base, BBP m’avait envoyé l’instru il y a trois ans de ça. J’avais commencé un morceau dessus, et je lui avais dit que je la gardais. Je crois qu’il ne l’avait pas noté, et il l’a envoyé à Jr O Crom et Doomams qui ont fait un morceau dessus (L’ermite, ndlr). Quand j’en ai parlé à BBP, il m’a dit que c’était trop tard, que le clip était déjà fait. Je me suis dit que je n’allais pas m’acharner, même si ça m’a un peu déçu dans le sens où je voulais faire un morceau entier dessus. Puis finalement j’ai décidé de l’utiliser, sans la commercialiser. Je voulais juste le rendre disponible gratuitement, que les gens puissent l’écouter. S’il avait été sur l’album il n’aurait plus été gratuit.

Tu es un rappeur tout terrain, un peu à l’aise partout… Quels sont tes critères pour sélectionner les prods pour un album ?

C’est un feeling, une vibe. Je ne peux pas t’expliquer quelle prod je choisis, pourquoi, ni comment. Je pense que chaque artiste construit ses projets différemment. Moi j’ai ma manière à moi de le faire, et c’est purement du feeling.

Cet album digital annonce un troisième album ?

Bien sûr oui, quelque mois après, pour le mois de mars je pense. Attitude c’était plus pour donner du contenu aux gens à la rentrée, qu’ils aient du son à se mettre dans les oreilles, vu qu’on avait pas sorti de projet depuis un an et demi.

Tu parlais d’une deuxième carrière en indé après l’aventure Wati B. Sens-tu que tu te diriges vers une nouvelle phase ?

J’ai davantage diversifié mes activités. Disons que je suis beaucoup plus producteur qu’avant, je fais plein de choses : du management, de la production, de l’évènementiel, à côté de Jarod. J’essaie aussi de travailler un peu à l’international. En tant qu’artiste c’est différent, j’évolue au feeling comme je te disais, le truc suit son cours.

Le fait d’être en solo et de ne plus avoir un collectif autour de toi comme ça a pu être le cas avec le Wati-B, est-ce que ce n’est pas quelque chose qui te manque ?

Je pense que dans la vie, chaque chose a son temps. L’Institut (son ancien groupe, ndlr) a eu son temps, c’était cool, jusqu’à sa date de péremption. Aujourd’hui je vis des vibes différentes avec d’autres artistes avec qui je bosse, sans que ce soit forcément un collectif. Par exemple quand je pose sur un morceau avec Beriz, qui était avec moi en groupe, on retrouve plus ou moins cette vibe qu’on a toujours eu lui et moi, mais avec plus de maturité on va dire. C’est différent.

Tu te vois produire, développer et sortir d’autres artistes ?

Oui, je pense que je vais le faire dans très peu de temps. Je suis déjà en train de préparer des choses par rapport à ça. La structure existe déjà.

En 2015, pour la promo de Caméléon, tu disais être un artiste en développement, considères-tu que c’est encore le cas aujourd’hui ?

Oui, je pense que je suis encore en développement. Certes, j’ai un certaine assise dans le milieu du hip-hop et par rapport au business, je fais des dates toute l’année, je vends entre 10 000 et 15 000 albums à chaque sortie. Mais je pense que je peux faire plus de dates par an, vendre plus de disques encore. Donc je peux encore me développer oui.

En 2017, le freestyle est moins central qu’il y a une dizaine d’années. Comment as-tu perçu ce retour en grâce du freestyle avec le succès de Fianso, toi qui y as toujours accordé une grande importance ?

Je ne sais pas si ça revient, il n’y a que Fianso qui fait ça, il n’y a personne parmi les gros artistes qui ait axé leur com’ sur le freestyle. Je pense que n’importe quel MC qui prend un micro et qui se filme peut marcher, s’il sait freestyler. Pour Fianso ça marche, parce qu’il sait freestyler, c’est un vrai freestyleur.  Il a toujours aimé ça, ce n’est pas nouveau. Les gens qui ne connaissaient pas Fianso voient ça comme quelque chose de nouveau. Lui et moi on a commencé à peu près en même temps, on s’est retrouvés autour de tables de freestyle il y a plusieurs années.

Le concept de freestyle qu’il met en place aujourd’hui (« Rentre dans le cercle », ndlr), je l’avais déjà fait à ma manière il y a cinq ou six ans avec le « Freestyle Tour ». Je n’ai pas vu toutes ses émissions d’ailleurs, mais dans les extraits que j’ai pu voir, je n’ai pas vu de gros niveau chez les participants… Ça ne donne pas du gros freestyle en tout cas, je ne trouve pas ça très impressionnant. Je ne parle pas de Sofiane, je sais très bien que quand il prend un micro il le découpe. Mais je pense que les artistes d’aujourd’hui ne savent plus freestyler comme nous à l’époque, que le freestyle s’est perdu chez plein de gens. C’est devenu un autre style de rap. Mais en même temps, pour avoir fait des Freestyle Tours, il y a plein de gens qui freestylent avec talent, c’est juste qu’ils ne sont pas sur le devant de la scène, c’est tout. Ce ne sont pas les têtes d’affiche que tu vas entendre à la radio ou à la télé.

Selon toi, à quoi est lié le fait que ce soit moins mis en avant qu’avant ?

Avant, pour faire un clip, il fallait que tu loues une grosse caméra qui coûtait cher, que tu payes une équipe de tournage, et si ton clip ne passait pas en télé tu n’avais aucun moyen de le diffuser puisque Youtube et Dailymotion n’existaient pas. Ta musique était diffusée que si tu passais en radio. La seule façon de promotionner ton art, c’était en attrapant un mec dans la rue et en lui lâchant un texte, ou en montant sur une scène. En rappant en fait, en faisant du freestyle, du live. Tu étais obligé de faire du live, alors qu’aujourd’hui, tu prends ton smartphone, tu mets une instru, tu filmes, tu mets ça sur Youtube et le monde entier peut le voir, donc forcément, les gens ont perdu cette habitude de freestyler en live. Ce qui est bien avec les moyens d’aujourd’hui c’est que tu peux faire ça dans ta chambre, et recommencer cent fois avant de garder la bonne. Avant, quand tu arrivais devant quelqu’un, sur scène, dans un groupe, ou dans un cercle de freestyle, il ne fallait pas te louper, tu n’avais qu’une chance. Donc forcément tu travaillais plus en amont pour ne pas t’afficher quand tu rappais ton truc. Avant on connaissait tous nos textes par cœur, on les apprenait. Ça n’a rien à voir.

Un dernier mot ?

Le prochain album arrive très vite, et je pense que les gens qui ont acheté Caméléon et Frappe préventive doivent écouter Attitude.

 

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