Peu nombreuses sont les compilations de rap de qualité ces dernières années en France, encore moins nombreux sont les artistes non issus du canal France – Etats Unis – et désormais Belgique – à parvenir aux oreilles des auditeurs français, et quasi nulles sont les chances des rappeuses de percer dans l’Hexagone. Partant de ce constat, un projet comme celui de l’association Rencontres Urbaines intitulé « Call Me Femcee », n’avait, en 2017, que peu de chances d’être relayé dans les médias. Mais aucune frontière n’existe pour que le Bon Son circule, et dans la continuité du Mois International et des papiers sur des scènes rap méconnues (Portugal, Allemagne, Italie, Nouvelle-Zélande…), nous avons décidé de vous présenter cette belle initiative inédite qui transpire le hip-hop à grosses gouttes.

« Call Me Femcee », c’est une belle idée : quinze rappeuses venues du monde entier pour poser sur les prods d’un beatmaker le temps d’un album… et d’une tournée. Disponible en digital depuis le 29 Juin, le projet, inédit (en France au moins), est porté par l’Association Rencontres Urbaines, jeune asso parisienne dont les trois mots d’ordre sont le partage, l’enrichissement et l’ouverture, que se chargent de défendre fièrement Mylène et Gauthier. Honneur aux dames, c’est Mylène qui nous présente le concept : « L’idée de cette compilation est partie de Gauthier. Le principe est simple : réunir des Femcees (females rappers) internationales, pour montrer qu’elles peuvent avoir autant de poids que les rappeurs masculins et que c’est le cas à une échelle plus grande : Call Me Femcee réaffirme que le hip hop dépasse les frontières des pays auxquels on attribue la naissance du hip-hop. A partir de cette idée-là, le contact des artistes s’est fait soit par le biais de connaissances issues du milieu associatif (Ready Or Not, Aline, Africulturban …), soit par des écoutes studieuses de titres. Par exemple, pour l’artiste Gia (Roumanie), Gauthier était partenaire de la tournée européenne de Reverie, c’est en suivant les artistes de première partie qu’il a découvert son travail. Une partie des artistes faisait aussi partie du collectif Holdup Team qui est à la base de notre association. C’est un projet qui s’est fait sur le temps long : presque trois ans ! Orkim, le producteur de treize titres, a donc fait les prods et chaque rappeuse a posé son texte dessus. »

L’Italienne Comagatte, la Mexicaine Audry Funk, la Roumaine EnerGIA, les trois Anglaises IcyKal, Oracy, Laayie, la Mongole Gennie, la Française Kwezi Kimosi (ex membre du groupe EKTOMB), la Tunisienne Medusa, l’Espagnole La Furia, les deux Américaines Reverie et She Real, la Danoise Tina Mweni, la Sénégalaise Toussa et la Suissesse KT Gorique ont dont participé à ce projet qui contient quatorze solos et un « European Cypher ». Valeurs hip-hop, connexions internationales, énergie et technique sont autant d’éléments qui rassemblent les différentes plumes de ces Femcees, motivées et rafraîchissantes. Pas de tête d’affiche si ce n’est l’Américaine Reverie, et quelques noms qui commencent à faire parler d’eux comme KT Gorique en Suisse ou Gennie en Mongolie. Avec des prods aux saveurs nettement old school, Orkim donne une cohérence nécessaire au projet, qui a le mérite de ne pas partir dans tous les sens, tout en contentant les différents styles et inspirations des kickeuses en mission.

La Furia rappe les inégalités sociales, les institutions périmées (naphtaline) et la manipulation d’un système. Elle est ouvertement féministe et invite les femmes à connaitre leur histoire afin de mieux lutter, citant comme référence Angela Davis, Sylvia Riveira (militante transgenre), Queen Latifah et Lola Flores. La Roumaine Gia, elle, propose un titre plus introspectif où elle évoque les difficultés quotidiennes et le besoin de se battre pour réussir, de croire en soi et en ses capacités intérieures. Gennie s’attaque pour sa part essentiellement à la politique de la Mongolie sur son morceau: « Je suis fatiguée du système, et j’en ai marre de la fumée toxique du capital. Ça a détruit ma jeunesse à force de lécher le cul de l’Etat paresseux (Destroyed my youth licking the state’s lazy ass.”)« 

Call Me Femcee, ce sont quinze rappeuses des quatre coins du globe, quinze titres inédits, et l’espoir de proposer un format musical inédit, dont l’ambition n’est pas tant d’atteindre les topsdes ventes que les oreilles des amateurs de hip-hop curieux et avides de découvrir autre chose : « Un projet inédit ? Le projet Call Me Femcee n’est pas une exclusivité dans le sens où des compilations réunissant des rappeuses sont déjà sorties. En revanche, une compilation qui réunit des rappeuses internationalement et avec des titres originaux, je ne crois pas que cela ait déjà été fait ! » ajoute Mylène. La musique et le partage, la mise en avant des femmes dans un genre musical particulièrement machiste, et le choix d’une compilation : c’est bien un pari risqué mais qui gagnerait à être connu. En attendant de nouvelles dates de concerts qui devraient être annoncées prochainement en France et peut-être en Europe, et la sortie physique prévue pour la fin d’année, on vous conseille l’écoute… et le partage.

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