La traditionnelle trêve estivale approchant à grands pas, les mois de mai et juin sont en général synonymes de nombreuses sorties. Mai 2017 n’a pas dérogé à la règle, c’est pourquoi il nous a fallu, une nouvelle fois, faire des choix afin de ne sélectionner que dix morceaux, pour une sélection forcément non-exhaustive.

Le 24 mai – Double A – Singe Funèbre (Prod. Wone2)

Ça faisait vraiment longtemps qu’on avait pas eu de nouvelle de Double A. La dernière fois c’était probablement il y a trois ans, et il sévissait aux cotés de Vax1 pour le morceau « La Campagne ». Le membre du collectif lyonnais La Mégafaune (composé de Deux Lyricists, L’Exode ou encore Vax1) est donc de retour avec le titre « Singe Funèbre », premier extrait d’un EP qu’on attendait plus. Sur une prod’ aérienne de Wone2, Double A nous démontre qu’il n’a rien perdu de sa verve : flow rapide et mélodique, rimes alambiquées, punchlines lumineuses : pas de doute, le Doubli Doubla est en forme. Il ne reste plus qu’à patienter encore un peu. – Clément

Le 19 mai : Josman – Megazord (Prod. Eazy Dew)

Après les sorties d’Echecs positifs et de sa mixtape Matrix l’an passé, Josman revient en force avec 000$. Ce projet s’annonce lourd. Preuve en est, cet extrait « Megazord » qui vient confirmer le fait que le rappeur de Vierzon est définitivement installé comme une valeur sûre de la scène rap français. La production fracassante du morceau est l’oeuvre d’Eazy Dew, beatmaker très en vue ces derniers mois. En effet, c’est à lui que l’on doit, entre autres, les récents titres « Sur mon nom » de Jean Jass et Caballero ainsi que « Les hommes pleurent en hiver » d’A2H. Enfin, il sera mis à contribution sur la majorité des morceaux de 000$ qui sortira le 09 juin. Excellente nouvelle pour les amateurs de bon son. – Jordi

Le 24 mai : Django – Fable (Prod. Django)

Alors qu’il a depuis un petit moment posé sa patte sur le rap français, entre un flow très technique et des références culturelles par dizaines, Django continue son bonhomme de chemin. Sur « Fable », Django (qui produit lui-même le morceau) ne change pas la recette qui a fait sa réputation. On a encore droit à une avalanche de références culturelles issues de toutes sortes de domaines, et des placements de rimes très précis. On est désormais en droit d’attendre une première trace discographique histoire de concrétiser cette belle saison 2016-2017. – Xavier

Le 29 mai : Sopico  – Le hasard ou la chance (Prod. Sheldon)

La recette est simple et au cœur de la zone de confort de Sopico : sur une prod planante pensée avec le copain Sheldon, l’éminent membre du DojoKlan pose sa technicité impeccable, nous gratifie encore une fois d’un refrain ultra efficace, et tape en plein dans le mille. D’autant que le concept des berlinois de Colors sied à merveille au jeune prodige du 18ème qui, sur 4 accords d’une guitare imperturbable, continue de nous montrer l’étendue de son talent. Si la magie opère sans la vidéo, impossible de rester insensible au combo son-image. Doigté flegmatique pour prose incisive, groove maximum sur timbre grave, yeux mi-clos sous l’incontournable duo casquette-capuche : le parisien est visiblement en train de prendre un gros kiff, et le petit sourire à dix mille balles qui apparaît çà et là sur ses lèvres le trahit discrètement… Le plaisir est partagé, merci. – Sarah

Le 12 mai : JeanJass & Caballero – Un endroit sûr (Prod. Hamstergramm)

L’egotrip permet de s’affranchir de nombreuses règles et de barrières, JeanJass et Caballero l’ont bien compris. Ils ont en effet su varier les concepts autour de cet exercice, et le pratiquer sur la quasi totalité des 16 titres de leur nouvel album, Double Hélice 2, qui fait lui-même suite à un premier projet dans cette veine. Certainement dans un souci de ne pas lasser l’auditeur, ils ont également livré quelques titres plus sérieux et moins détachés sur leur nouvel opus, tels que « Voler », « Match retour » ou « Un endroit sûr ». Sur ce dernier morceau, sans doute le plus personnel des trois, les deux rappeurs enlèvent leurs masques et profitent d’une boucle mélodieuse et du son crépitant du vinyle pour mettre leur maîtrise technique au service de l’introspection. Une parenthèse moins légère que l’ensemble du projet, mais une véritable respiration en plein milieu de l’album. – Olivier

Le 10 mai : Di-Meh – Agité

On vous a déjà parlé de Di-Meh, jeune rookie genevois issu du groupe SuperWakClique, découvert il y a quelques années dans le collectif 13 Sarkastik. Alors qu’il compte déjà quelques projets à son actif, il a sorti le 10 mai (évidemment) un 11 titres d’excellente facture dont cet « Agité » est l’outro. Au menu, très grosses basses, autotune, et un style très atypique, qui n’est pas sans rappeler Kekra à certains moments. Cependant Di-Meh n’oublie pas de livrer des textes soignés et parfois impressionnants au niveau de la multi syllabique. Focus est une des très bonnes sorties de ce mois de mai, confirmant la très bonne année du groupe helvétique qui avait déjà vu la sortie de Not Bad vol.1 de Slimka en début d’année. – Xavier

Le 12 mai : Sofiane – Bois d’Argent 

Alors que la plupart l’ont découvert avec sa série de freestyles de rue « Je suis passé chez So » ou des morceaux dans le même registre, il ne faut pas oublier que le rappeur du Blanc-Mesnil est capable délivrer des morceaux fleuves plus personnels, sans refrain, et truffés de références. « Outro », « Lettre à un jeune rappeur » et désormais « Bois d’Argent »… Les outros des albums de Sofiane sont là pour rappeler à la mémoire des allergiques aux morceaux hardcores les talents d’écriture du MC, ainsi que sa capacité à rapper avec ses tripes. Dans cette catégorie de morceaux, « Bois d’Argent » occupe certainement la première place, et il y a fort à parier qu’il deviendra rapidement un des plus grands classiques de Fianso. En outre, il a le mérite de clôturer magistralement Bandit Saleté, un album un peu attendu, dans la continuité de #JeSuisPasséChezSo, paru moins de quatre mois avant.  – Olivier

Le 10 mai : La Smala – On avance seul (Prod. Killodream)

Petite surprise dans la discographie smalienne : « On avance seul » sorti le 10 mai à eu le mérite de prendre le public habituel de La Smala à contre-pied. Senamo avait pourtant annoncé l’envie d’explorer d’autres horizons dans diverses interviews, mais il faut dire que nous sommes peu habitués à entendre les cinq belges sur ce genre d’instrumentale très aérienne. Si la prod est toujours de l’équipe Killodream (Rizla et Shawn H), le beat change radicalement par rapport à ce sur quoi ils ont l’habitude de kicker. Bien entendu, les textes restent lucides, poétiques, avec cette touche de mélancolie qui caractérise si bien le groupe. Si la prod est surprenante, il n’y a rien dans ce son qui puisse justifier le déferlement de commentaires désobligeants qu’il a entraîne. Peut-être est-il temps pour certains auditeurs d’accepter que les artistes évoluent. En espérant qu’il y ait dans l’avenir d’autres sons de ce genre qui ne leur va pas si mal. – Costa

Le 25 mai : Poupa Lost – Je plane (Prod. Djar One)

« Je plane » est le troisième extrait de l’album Incantations de Poupa Lost sorti le 2 mai. Il aura fallu attendre trois semaines pour voir le clip de « Je plane » apparaître sur Youtube. Sur une prod de Djar One (Serpat Crew), le membre du crew Emtooci laisse parler sa musicalité avec ce flow aux teintes de reggae qui le rend si reconnaissable. Avec un discours moins critique que sur certains titres de l’album, Poupa fait passer la bonne vibe dans un son qui donne le sourire et qui respire la bonne humeur. Un album qu’il faut écouter ! – Costa

Le 26 mai : Maître Gims – Ana Fi Dar

Il est toujours bon de rappeler qu’avant d’être l’une des plus grosses pop stars de la musique française, l’ancien leader de la Sexion d’Assaut reste l’un des rappeurs les plus doués de ce siècle. Avec « Ana di fare », Maître Gims est revenu à ses fondamentaux : une imagerie cultiste très sombre, des rimes subliminales et un flow dévastateur. Nous savons pertinemment que l’illusion d’un retour définitif vers le rap de Gims n’est qu’une utopie qu’il ne se prive pas de nourrir à chaque sortie d’album, mais il n’empêche qu’un son de ce calibre une fois de temps en temps de ne peut pas faire de mal. – Xavier