Qu’on ne s’y trompe pas, Neva Left n’est pas un énième retour aux sources d’un vieux rappeur sur le déclin. Car si Snoop Dogg s’est offert quelques incartades parfois douteuses en dehors du cosme du hip-hop, il veut rappeler qu’il ne l’a jamais vraiment quitté. Neva Left vient donc de sortir. 45 ans, 15 albums solos, et des collaborations à la pelle. Le MC de Long Beach traverse les époques. Il ne se contente pas de faire des classiques, il est le classique. Comme un auteur dont on vanterait le verbe ou le style, son oeuvre figure parmi les plus belles du hip-hop. Et en 2017, Snoop rappe toujours aussi bien, sans s’enfermer dans un style old school, ou à l’inverse suivre maladroitement les nouvelles vagues inspirées par le son d’Atlanta. Le tout est savamment dosé sur cette nouvelle galette.

Alors bien sûr, on le répète, tout n’est pas parfait dans sa carrière, même en s’en tenant uniquement à la partie musicale. Mais le Snoop Doggy Dogg a traversé les époques avec un certain succès, et a toujours su sortir des bangers à intervalles réguliers au cours des 25 dernières années, sans forcer. Avec cet album, il souhaite montrer ce voyage dans l’histoire du hip-hop. Le résultat est réussi.

Bien sûr, en entendant le sample utilisé par RZA pour « C.R.E.A.M. »*, les soupçons se réveillent. Et si le Snoop nous faisait un album un peu facile, reprenant de vieilles instrus  bien validées pour les remettre à sa sauce? En deux coups de cuillère à pot, il serait capable de mobiliser quelques adeptes du « rap c’était mieux avant », faire un peu de beurre pour engraisser le compte en banque et laisser l’album doucement retomber dans l’oubli. Mais tout aussi businessman qu’il peut être, Snoop Dogg est un vrai amoureux de la musique, un mélomane se réinventant sans arrêt tout en gardant ce flow si singulier, au timbre reconnaissable entre milles, qui glisse sur n’importe quelle production. Déjà avec Coolaid l’an passé, il avait mis la barre à un niveau élevé. Et d’entrée de jeu, il récidive sur un exercice difficile: redonner vie à un des meilleurs samples de l’histoire de cette musique sans le saccager ou manquer de respect à ses prédécesseurs du Wu, ou à l’original (« As Long As I’ve Got You », The Charmels). Il fait de même un peu plus loin, retravaillant le sample de « Check The Rhime » de A Tribe Called Quest sur « Bacc In Da Dayz ».

Faisant toujours aussi facilement corps avec le beat, c’est avec ce flow si singulier, nasillard et chill, mais assassin quand il le faut, que le Californien nous fait voyager. Sur des compositions qui nous ramènent deux décennies en arrière comme « Neva Left » (Prod. Mike & Keys) ou « Let Us Begin » (Feat. KRS One) on se croirait dans le Los Angeles de 1992, ajoutez quelques synthés et on tient avec « Mount Kushmore » un tube qui flirte avec le meilleur du G-Funk. Car il va s’en dire que le projet sent la Californie. Un registre dans lequel les New-Yorkais Method Man et Redman s’invitent avec brio, aux côtés de B-Real. Et comme l’éventail se veut large, Snoop n’oublie pas les sons plus en prise avec l’actualité. On pense notamment au remix de « Lavender » des Canadiens BadBadNotGood et Kaytranada, magnifié à coups de distorsions bien sales qui assassinent figurativement le président Trump. On peut citer « Trash Bags », joli pont entre les synthés des années 90 et les nappes brumeuses très 2017.

Et au milieu de ce pot-pourri, qui n’en a que le nom, on retrouve des compos plus légères comme « I’m Still Here » (feat. Kendrick Lamar en intro) ou « 420 », qui avec « Mount Kushmore » rappellent que chez Snoop Dogg, l’herbe est toujours verte.

Alors oui, l’album est truffé de collaborations avec d’excellents beatmakers et MC’s de renom. Mais ça ne sent pas la réunion d’anciens rouillés, car chacun est venu avec ses plus beaux effets, et c’est cependant bien le Snoopzilla qui sort gagnant, prenant le plus de volume au micro sans avoir à cracher plus fort ou plus vite que les autres. Le débit se déguste doucement, comme un bon millésime. Nous ne sommes pas dans la performance dans le sens sportif du terme, mais dans l’alliage parfait entre rap et instru, sans savoir lequel a été créé pour l’autre. On appelle ça l’osmose.

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